‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 158 sur 233 · A COUPS DE POING · texte numérisé non relu

A COUPS DE POING

Un sport pratique. La renaissance de la boxe à Paris.

Fête d'inauguration de la Société des boxeurs français.

« Que le lecteur se rassure. Ce titre suggestif « A coups de poing » ne doit pas l’effrayer : il ne s’agit point, en l’espèce,

LA BOXE FRANÇAISE

d'une nouvelle charge policière, d’exploits d’agents à poigne ayant démantibulé quelques mâchoires, assommé quelques inoffensifs passants au nom de l’ordre.

« Les boxeurs qui se sont administré hier soir d’élégantes tournées en présence d’une nombreuse assistance de curieux, étaient des gentlemen, des amateurs ou des professionnels, d’un sport éminemment utile, pratique en même temps qu’hygiénique : la boxe française, qui reprend petit à petit le rang, avec même quelque chose en plus, qu’elle occupait il y a quelques années, avant l’envahissement de la bicyclette, dans les distractions de nos contemporains.

« La boxe française n’est pas ce qu’un vain peuple pense : une simple succession de coups de poing et de coups de pied quelconques où la raison du plus fort est toujours la meilleure.

« Il faut taper fort, sans doute, mais il faut surtout taper juste.

« Et pour taper juste, il faut prendre des leçons pendant des mois et des années auprès de bons maîtres. Un colosse aux biceps énormes, ignorant totalement la façon de se servir utilement de ses poings d’hercule, peut recevoir uqe pile effroyable d’un bout d’homme étique ayant cültivé l’art des Gharlemont, des Leclerc et autres virtuoses de la boxe française.

« La boxe est d’une nécessité incontestable. Quelles sont les armes que l’on porte toujours sur soi ?... Les pieds et les poings. Or, à qui n’est-il pas arrivé, au moins une fois en sa vie, d’avoir été obligé de recourir à ces extrémités frappantes ?

« Un voyou vous insulte dans la rue ; si d’un air de mousquetaire vous lui tendez votre carte, en lui disant comme de Nangeac dans le Demi-Monde : « sVous recevrez de mes nouvelles ce soir, monsieur ! » le voyou vous tombe dessus. Si au contraire vous ripostez à ses injures par le pesant argument que vous portez au bout du bras, et pour peu qu’il soit dirigé avec adresse, le voyou ayant son compte, file sans demander son reste.

« Une foule d’autres raisons militent en faveur de l’art, cher jadis aux Grecs — en ce moment si mal en point — cultivé avec ferveur en Angleterre, trop longtemps délaissé chez nous.

« La société des boxeurs, qui inaugurait hier soir son nouveau

local admirablement installé, 9, rue Taitbout, P a pensé et, depuis

LA BOXE FRANÇAISE

deux ans, elle a fait des efforts inouïs, à l’aide d'une propagande intelligente et incessante, pour que la boxe prît enfin sa véritable place, qui est bien près d’être la première dans l’éducation corporelle pratique.

« Ces efforts paraissent aujourd’hui couronnés de succès.

« La fête à laquelle nous venons d’assister, où se sont distingués des amateurs de premier ordre comme MM. Van-Roose, Levallois, Paulian, Groslambert; des maîtres hors pair, comme Charlemont père et fils, marque réellement une date dans la renaissance de la boxe française.

« Ainsi que nous l'ont expliqué deux des membres du comité de la Société, MM. Rogé et Georges Breittmayer, il fallait que la boxe s’établit au centre de Paris afin de pouvoir, par l’exemple des assauts qu’elle compte donner souvent, rayonner et faire des prosélytes jusqu’à la périphérie.

« Voilà qui est fait. Que ceux qui pensent qu’il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de batailler du bec et des ongles, pour faire sa trouée dans l’existence, se le disent.

« On prétend que rien ne vaut le ridicule pour tuer son ennemi. Un bon coup de poing dans les règles de l’art est plus sûr, à notre avis.

«Charles Roger. »

Intransigeant, 2 mars 1897.

Page 1