‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 167 sur 233 · FITZ BAT CORBETT · texte numérisé non relu

FITZ BAT CORBETT

« Notre excellent confrère le ISew-York-Hérald nous adresse la dépêche suivante :

« Carson-City, 17 mars 1897.

« Le match de boxe pou rie championnat du Monde s’est terminé par la victoire de Fitzsimmons en 14 reprises. Corbett a eule dessus au commencement, mais au quatorzième round, Fitz lui donna un fort coup dans la région du cœur et l'Américain n’a pu se relever avant l’expiration des dix secondes.

« Ainsi s’est terminée la lutte engagée aux Etat-Unis entre James Corbett et Robert Fitzsimmons.

« Voilà bien longtemps qu’on entend parler de Corbett contre Fitzsimmons. Si nos lecteurs ont bonne mémoire, ils doivent se souvenir que nous les avons fait passer l’année dernière par toutes les péripéties de la chasse à l’homme qui eut lieu dans plusieurs Etats de l’Amérique du Nord. Fitz et Corbett cherchant toujours à se rencontrer, les mauvaises langues prétendent le contraire et la police déployant toutes les finesses de ses ruses pour empêcher la rencontre. A vrai dire, nous ne croyons pas que la big-fight (la grande lutte) peutjamais être un événementaccompli.

« C’était en quelque sorte pour les gens d’Outre-Atlantique ce que fut pour les cyclistes de France le match Jacquelin Morin, et ces matchs-là n’aboutissent presque jamais.

« Une sorte de guigne les poursuit. Ceux qui assistèrent à la chute mémorable, au vélodrome de la Seine, l’automne dernier ne me contrediront certes point, pas plus que ceux qui attendirent le match Huret-Shorland pendant deux ans.

« La comparaison est cependant exacte, et jusqu’à un certain point, car si les matchs entre cyclistes intéressent au plus haut point les seuls habitués des vélodromes, la lutte entre Corbett et Fitzsimmons a fait couler des fleuves d’encre, fait remuer des millions et tenu anxieuse, pendant unejournée, la population presque entière des Etats-Unis et une bonne partie de celle de la Grande- Bretagne.

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(c Ce journal, qui s’occupe, avec une égale sollicitude, de tous les sports — et son prochain titre est pour le prouver, — ne pouvait se désintéresser d’une manifestation aussi considérable, encore que la boxe anglaise, telle qu’elle est pratiquée par des professionnels, comme les deux hommes dont il s’agit, puisse recevoir un autre nom que celui donnéà l’exercice du chevalou de la bicyclette.

« Cette boxe ressemble à celle qui se pratique chez les maîtres français Charlemont ou Leclerc, à peu près comme le jeu de football ressemble au jeu de volant. Ici, des hommes souples, agiles et élégants, luttant de grâce en même temps que de force, faisant assaut plutôt de qualités brillantes que de force brutale et mauvaise. Là-bas, au contraire, des colosses, frappant comme avec des masses de leurs poings qui, recouverts pour la forme de gants de peau mince, à chaque coup brisent un cartilage ou une dent, s’ils ne font pas sauter un œil de son orbite !

« C’est donc une très ancienne querelle que lesdeux adversaires d’hier avaient à vider.

« Voici brièvement ce qui l’avait motivée :

« En 1892, James Corbett, tout jeuneencore, défit régulièrement, à la Nouvelle-Orléans, le très fameux John Sullivan, un boxeur dont la réputation était telle que, malgré cette défaite, il reste encore dan s beaucoup d’esprits com me le type du champion de boxe.

« Sullivan n’avait aucune tactique et toute sa méthode consistait à se durcir les muscles et le corps le plus possible afin de pouvoir résister impunémentà toutes les attaques, qui ne duraient pas longtemps d’ailleurs, car il avait tôt fait d’étendre un adversaire sur le sol de son poing, qui, — le mot est vrai au moins pour lui, — aurait assommé un bœuf.

« On conçoit que cette victoire de Corbett l’ait du coup mis en lumière : il n’avait que vingt-six ans alors et il en atteint maintenant trente et un. Deux ans après cet exploit, Corbett confirma la qualité que beaucoup lui refusaient encore en réglant en trois rounds l’anglais Mitchell, beaucoup plus facilement qu’il n’avait battu Sullivan, puisque la lutte avec celui-ci avait demandé 22 reprises. C'est là-dessus qu’il fut défié pour le titre de champion du monde par l’Australien Robert Fitzsimmons,

<.( Celui-ci, plus âgé de 4 ans que Corbett, est un vieux lutteur,

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ily a plus de 15 ans qu’il boxe. Ses trois victoires les plus caractéristiques, dont le récit ne vous apprendrait pas grand chose, ont été remportées en quelques minutes. La plus récente — pour beaucoup, le motif déterminant de sa rencontre avec Corbett, — est celle qu’il tira de l’Irlandais Peter-Maher et que nous avons racontée l’année dernière. Ce combat eut lieu en 1896 dans le Mexique et dura juste une minute 35 secondes.

« Or ce Maher se trouvait champion du monde sans avoir combattu. En effet, Corbett, qui régnait en maître incontesté depuis ses succès, avait trouvé plus commode, après un combat de Maher contre un tiers, de feindre une vive admiration et lui avait cédé sanscoup férir ce titre de champion du monde que tous les hommes de sport s’attribuent si facilement en Amérique.

« Maher était donc champion du monde lorsqu’il fut battu par Fitz, d'où il résulte que ce dernier est maintenant détenteur du titre.

« Corbett et surtout ses admirateurs ne pouvaient supporter l’idée que « l’homme rouge » allât se vanter d’avoir repris de haute lutte un titre que l’Américain avait abandonné. Il y allait de sa réputation et de celle du pays, car Fitzsimmons est australien et par conséquent quelque peu anglais.

« Voilà pourquoi la rencontre d’hier s’est faite. Pour échapper aux autorités, les deux hommes ont dû se réfugiera Carson-City, dans l’Etat de Névada, tout près de la frontière du Canada, et là, non seulement on n’a pas mis d’entraves à leur rencontre, mais encore la municipalité a offert au vainqueur une ceinture brodée d’une valeur de 80.000 francs.

« Corbett et Fitzsimmons sont tous les deux grands (lm80environ chacun) et à peu près de même poids; mais le premier est mieux proportionné que le second, dont les jambes sont relativement grêles, comme celles de maints hercules de foires.

« Corbett est, en outre, beaucoup plus tacticien que son adversaire d’hier, et il n’avait rien négligé pour mettre toutes les chances de son côté. Il s’exerçait contre un de ses entraîneurs qui s’entourait la figure d’une sorte de coussin pneumatique, on devine pourquoi.

« Corbett est connu des Parisiens; il est venu il y a quelques années donner des représentations aux Folies-Bergère, si je me

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souviens bien. C’est dire qu’il ne fait passes exercices de force précisément en amateur.

« Avant la big fîght , on avait demandé des pronostics à toutes les personnalités tant soit peu en vue en Amérique ; de ce nombre a naturellement été Haie qui gagna jadis la course de six jours, de triste mémoire. Haie avait pronostiqué Corbett et avait même indiqué d’avance le nombre de rounds auquel il faudrait procéder.

« Enfin l’Américain inspirait une telle confiance à ses partisans que l’un d’eux avait parié sur lui jusqu’à 200.000 fr.

« Johy Mor. »

Paris-Vélo, 18 mars 1897.

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