CORBETT
« J. Gorbett ne nous est pas inconnu. Nous l’avons vu à Paris, aux Folies-Bergère, où il s’exhibait en lutte avec un ballon auquel il administrait une grêle de coups de poing qui provoquait l’enthousiasme des amateurs. J. Gorbett est un parfait gentleman, rasé, imberbe, de mine rose et souriante, de haute taille, mais dont la structure ne dénote aucune force exceptionnelle, dont les membres, les biceps en particulier, ne sauraient faire prévoirie vainqueur de Sullivan, le titan champion qui fut battu à la Nouvelle-Orléans en 1873.
« Gorbett est né de parents irlandais à San-Francisco. 11 fît, au collège de cette ville, d’excellentes études, et fut, comme on dit là-bas un « Schollar » .
« Quand il eut 20 ans, il entra en qualité de caissier dans une banque; mais il s’intéressait beaucoup moins à ses comptes qu’au sport national de la boxe. Il devint vite le champion amateur de « Frisco ».
« Ses amis lui dirent alors : Que ne faites- vous de la boxe «pour de bon ». Devenez professionnel. Gagnez un million par an.
« Ce chiffre n’était pas exagéré et l’on estime que James Corbett en cinq ans a gagné cinq millions.
« Devenu professionnel, il a combattu les professionnels ; il a vaincu Mitchell, Sullivan, il s’est mesuré avec le champion australien Peter Jackson. La lutte avec ce nègre ne cessa qu’avec la fin
du jour. On compta soixante-douze reprises et il n’y eut pas de résultat.
« James Corbett possède une vigueur extraordinaire, une agilité légendaire. Il a pour lui trois avantages :1a jeunesse, lepoids, la vitesse du pied. — Quickness of foot. — Il possède une endurance rare. On l’a vu lutter et vaincre avec les deux poignets brisés, dès la seconde reprise.
FITZSIMMONS
« Ayant battu tous l^s champions, devenu champion du monde, James Corbett, las de combattre et n’ayant plus personne à combattre, passa sa fameuse ceinture de champion à un de ses collègues qu’il élut le plus fort après lui, Maher. Mais Maher fut battu par Fitzsimmons en trois reprises et voici que Corbett se trouve en face de Fitzsimmons.
« Celui-ci a pour lui le poing plus lourd et la plus grande agilité des mains. Il est arrivé à un rare degré d'entraînement. Avant d’avoir à lutter contre Corbett, il lui a fallu battre les sixcatégories de champions que l’on doit battre avant de se mesurer avec le champion des poids lourds. En Amérique on suivait sesprogrès, on ne perdait aucun de ses faits et surtout de ses gestes, depuis deux ans ; on marquait les points et surtout les coups de poing dont l’un tua un homme. U y eut jugement et acquittement bien entendu.
« Pendant ce temps, James Corbett, se reposant sur ses lauriers, jouait la comédie, se faisait payer ses engagements fort cher dans des pièces où la scène de pugilat était la « great attraction ». Il n’empêche qu’aujourd’hui, James Corbett affirme être en excellent état et sûr de vaincre.
— « Je connais, dit-il, je connais à fond « le style » de Fitzsimmons, il n’y a pas un truc de son répertoire que je ne puisse éventer... C’est un novice auprès de moi.
« Il est vrai que le novice prétend, lui aussi, qu’il ne fera qu’une bouchée du champion du monde.
« Comme on le voit, on est beaucoup plus gai que chez nous, de l’autre côté de l’Atlantique... »
Le Matin, 11 mars 1897.
LA BOXE FRANÇAISE