LES ASSAUTS DE MARSEILLE
« Profitant du passage à Marseille de M. Kirchoffer, le célèbre et jeune gaucher parisien, de M. Conte, le maître italien; deM.Charlemont, l’invincible maître de l’académie de Paris, dont la méthode est affirmée de partout, grâce aux nombreux élèves qu’il a su former; et de M. Géraci, maître italien déjà connu dans notre ville,
LA BOXE FRANÇAISE
comme un fort toucheur, la société d’escrime avait organisé un assaut dans ses salons de la rue Saint-Ferréol.
« A la présidence, M. le Général Znrlinden, commandant le 15e corps d’armée, M. Roussier, le sympathique président de la Société d’escrime, dirigeait les combats.
« MM. Pouzergue, maître à la réunion des anciens sous-officiers, et Farjon, professeur civil, entrenten ligne. Nous avons été heureux de voir ce bon gaucher en face de M. Pouzergue. Leurs jeux se marient absolument bien ; aussi nous avons eu un assaut excessivement fin.
« MM. Gonzalès, lieutenant d’artillerie, membre de la Société d’escrime, et M. Millous, professeur civil.
« Toujours très correct, ce dernier a eu, en M. Gonzalès, un excellent partenaire qui contribua beaucoup à ce joli jeu. A noter un dégagement dedans magistralement fourni.
« MM. Granier, professeur au lycée, et Pinelli, professeur civil, assaut qui mit en belle évidence les deux tireurs.
« MM. Allard, professeur à la société d'escrime, et Gauthier, professeur civil.
« Ce dernier, un gracieux boxeur de l’ancienne méthode, qui a dû prendre une leçon de la nouvelle, créée par M. Charlemont et dont M. Allard est ici le digne élève. M. Gauthier a cependant bien résisté au professeur de la Société d’escrime et mérita des applaudissements.
« MM. Roque et Armard, professeurs civils, nous donnent un assaut de canne.
« Ces messieurs très souples, très agiles, nous montrèrent de jolies passes et de bonnes parades.
« MM. Conte et Géraci, deux maîtres italiens, produisent un assaut fort intéressant certes. M. Conte nous a donné toute la virtuosité dont il a fait preüve à Monte-Carlo. M. Géraci, d’une tenue parfaite, s’est montré adversaire correct et surtout très difficile.
« MM. Charlemont, maître de l'académie de boxe de Paris, et Balme, professeur civil.
« Après le cliquetis des fleurets, coups de poing ouatés alternant avec d’énergiques coups de pied.
LA BOXE FRANÇAISE
« Nous félicitonstrès sincèrement M. Balme qui asoutenu crânement l’assaut du maître; mais hélas! c’élaitle mouton dans les pattes du lion. Quelle souplesse, quelle force et quel travail intelligent ! Nous regrettons de ne pouvoir admirer le champion du monde avec un adversaire capable de lui opposer une résistance effective.
« MM. Kirchoffer et Simon de la société d’escrime.
« Très visiblement ému de se trouver en face d’un adversaire d’une telle force, M. Simon a été moins heureux que d’habitude. 11 faut cependant reconnaître qu’il a fourni un jeu très correct. Remarqué les dérohements sur les changements d’engagementde M. Simon qui lui ont valu certains coups de bouton.
« En somme très joli assaut que le public choisi a souligné d’unanimes applaudissements.
« MM. Conte et Caublot, de la société d’escrime.
« Ce dernier a payé jeudi son manque d’assiduité à la salle. M. Conte, très courtoisement, lui a démontré que lorsque l’on est fort en escrime, il faut quand même travailler pour se maintenir.
« M. Géraci et Ranc, maître au 9e hussards.
« Le fort maître italien a trouvé en M. Ranc un adversaire redoutable. En effet M. Ranc, dont la tenue sur la planche a élé particulièrement remarquée, a su profiter du jeu un peu large de la méthode italienne. M. Géraci, très en forme et bien entraîné, a poussé des attaques vigoureuses que son adversaire a reçues avec un calme et un sang-froid que tout le monde a su apprécier.
« MM. Charlemont et Allard.
« Le maître et l’élève nous ont démontré en quelques leçons la supériorité de cette savante méthode dont M. Charlemont est le créateur. Nous sommes unanimes àdéclarer que l’on peut envoyer dans un monde meilleur l’ancienne savate qui ne peut servir de point de mire à la nouvelle boxe française.
« MM. Kirchoffer et Conte.
« Nous regrettons que quelques malencontreux corps à corps aient déprécié ce jeu aussi vaillamment soutenu de part et d’autre, autrement ce fut le plus suggestif et le plus émouvant. Parfaitement entraînés, les deux maîtres ont été d’une virtuosité admirable. M. Conte nous impressionne avec ses feintes rapides et
les parades de M. Kirchoffer ont une' dextérité et une vitesse admirables. Quel est le vainqueur?
« Remarqué dans l’assistance : MM. Dubois, secrétaire général de la mairie, Vittini, secrétaire de M. le préfet, de Fauconnet, Arnavon, Lagarde, Ghabran, le professeur Carvin, d’Hergard, commandant Guize, Vagliaux, Graffin de Roux, Scaramanga, Chanot, Guiral, etc. , etc.
« L’épée. »
L’Epée, du 10 avril 1897.