‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 18 sur 233 · VIGNERON A LYON · texte numérisé non relu

VIGNERON A LYON

On lit dans la Gazette Lyonnaise :

Les luttes qui ont lieu à l’Alcazar, sous la direction de M. Rossignol Rollin, continuent d’attirer les amateurs de ce genre de spectacles qui sont nombreux à Lyon, et les athlètes font de leur mieux pour exciter l’enthousiasme et obtenir les bravos du public. Mais cette année M. Rossignol Rollin a voulu rendre son spectacle plus attrayant, et il a eu la bonne fortune d’engager M. Vigneron connu sous le nom de l’Homme Canon. M. Vigneron ne s’ex-

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plique pas : C’est la force physique portée à un degré encore inconnu. On peut dire de lui avec vérité: il faut le voir pour le croire. L’Etoile des Hercules du Nord et des autres points cardinaux a pâli ; leurs bras de fer sont surpassés par les muscles d'acier de M. Vigneron ; jamais en effet on n’avait traité les kilogs les plus lourds avec tant de légèreté et de laisser aller ; jamais on n'avait songé à jongler avec des boulets d’un pareil calibre, joints à d’autres exercices tout aussi extraordinaires ; enfin le spectacle se termine par une pièce qui a fait beaucoup de bruit, une pièce de canon à laquelle M. Vigneron sert d’affût, pendant que le coup part, sans éprouver la moindre commotion. Demain M. Vigneron, par suite d’un pari, doit ajouter à ses exercioes un tour de force que personne n’a exécuté avant lui ; il a parié de marcher en portant sur sa main, le bras tendu perpendiculairement, un sac de farine du poids de 125 kilogrammes. Voici de quelle façon M. Rossignol Rollin a annoncé ce nouvel exercice, au risque de se faire écharper pour ses affreux jeux de mots.

Après le son du canon viendra le tour de la farine, et M. Vigneron s’en tirera sans être moulu. On peut prédire que le caissier aura le sac. Nous ne savons si le caissier a eu le sac, ce que nous savons c’est que Vigneron a enlevé le sien, aux chaleureux applaudissements des spectateurs : il avait gagné son pari.

Quelques jours après, Vigneron était à Toulon. Le directeur de l'administration des bagnes de cette ville vint le voir et l’invita à venir chez lui, l’informant qu’il avait un fils âgé de 25 ans tellement fort au chausson (sic) qu’il n’avait jamais trouvé de tireur capable de le battre et qu’il ne croyait pas qu’il pût y en avoir, que son fils mettait toujours un enjeu de 1000 francs contre qui voudrait accepter. Sur le moment, Vigneron fut assez surpris de la proposition ; après avoir réfléchi que 1000 fr. étaient une somme onéreuse pour le perdant, mais aussi une aubaine pour le gagnant, il accepta le pari, à condition toutefois que, s'il perdait, il ne prendrait pas de revanche (naturellement), laissant à son partenaire la même liberté de se retirer s’il perdait. Le rendez-vous fut pris pour le lendemain matin. Vigneron fut présenté au jeune homme ; la réception fut très courtoise et des plus sympathiques.

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Rossignol Rollin fut un des témoins en compagnie de plusieurs officiers de marine; une dizaine de personnes invitées étaient présentes. Les conditions présentées et acceptées de part et d'autre, l’assaut commença. Vigneron fort émotionné, non pas qu’il n’eût pas confiance, mais la somme élevée qu’il espérait posséder en était cause. Vigneron gagna : les témoins étant tous d'accord, on lui remit de suite les 1000 fr. A la demande de son adversaire il lui accorda autant de revanches que celui-ci le voulut, de sorte qu'ils firent dix assauts que Vigneron gagna.. La journée se termina par un magnifique souper offert à toute la société, puis Vigneron emporta ses dix mille francs, les éloges et les sympathies de son adversaire ainsi que des personnes présentes. ( Récit d'un officier de marine.) .

Vigneron revint à Paris ; à partir de ce moment, il donna de nombreux assauts à la salle du Waux-Hall (Bal Pilodo), rue de la Douane. 11 donnait aussi des petits assauts dans les environs de Paris : Saint-Germain, Ghatou, Asnières et autres localités. 11 rayonnait dans toute sa gloire.

Son jeu de combat se composait des coups de pied bas, des coups d’arrêt, de la 18e (que nous nommons chassé-croisé) et des coups de poing. Il n’enseignait le coup de pied haut et le dégagé (coup de pied tournant) que pour assouplir ses élèves et leur permettre de briiler dans les assauts contre des adversaires moins forts. Il s’est toujours refusé à admettre les coups de bas ventre prisés par la population interlope des bords du canal Saint-Martin. Il attachait une grande importance aux coups de poing qui, disaitil, peuvent se placer dans un théâtre, dans un salon, lieux où l’espace trop restreint ne permet pas de porter des coups de pied ; ces derniers se remplaçaient par ce qu’il appelait la grêle (série de coups de poing de figure, de poitrine, de revers, au flanc et sous l’oreille).

On a souvent fait à Vigneron le reproche d’avoir comme clientèle des gens mal cotés. En effet. Vigneron, à ses débuts comme professeur, avait conservé des relations avec une certaine quantité d’athlètes et de lutteurs dont la pluparl laissaient fort à désirer sous le rapport de la tenue, mais il faut dire aussi qu’il cherchait

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le plus possible à évincer cette clientèle. Il nous souvient que la présence de certains individus donnait souvent lieu à une scène qui, quand on en était témoin pour la premièrefois, paraissait inquiétante pour la sécurité du maître de la maison. Voici ce que c'était: d’aimables vauriens, souteneurs pour la plupart, mais tous très solides, qui se tenaient dans le petit café précédant la salle de boxe, demandaient à y pénétrer pour s’y amuser un peu. Vigneron, très poli, leur répondait invariablement : « Messieurs, cela m’est impossible de vous laisser entrer, vous devez le comprendre. Les personnes qui sont là sont des gens bien, qui ne veulent pas être mêlés, à la fripouille. » Les souteneurs avalaient ce compliment sans la moindre protestation. En un mot, il tenait à la tenue de sa salle et à la moralité de ses élèves ; il ne recevait pas tout le monde.

Les assauts qui se donnaient à cette époque n’avaient pas le caractère de la spécialité ; presque tous les exercices de défense et autres y étaient représentés : épée, sabre, canne, bâton, boxe française et anglaise, lutte, force, gymnastique, équilibres, fléau, bilboquet. Vigneron était très adroit dans la plupart de tous ces exercices. Leboucher avait même introduit, dans plusieurs de ses assauts, la défense du fantassin armé du fusil, baïonnette au canon, contre le cavalier monté sur son vrai cheval et armé du sabre de cavalerie.

C’est en raison de la diversité des exercices qui figuraient dans les assauts, que nous sommes obligés de citer quelques noms, qui sont en dehors de la boxe. Nous citerons au hasard, parmi les noms des élèves de Vigneron, ceux dont les noms nous reviennent à la mémoire.

MM. le baron Emile Erlanger, banquier, qui, en dehors de ses leçons, faisait une petite renie viagère de 60 fr. par mois à son professeur. En raison de la confiance qu’il avait en lui, il lui remettait souvent des sommes assez importantes (4.000 fr.) pour distribuer aux pauvres. Michel Chevalier, sénateur, professeur d’économie politique, et son frère, Auguste Chevalier, député ; le fils du duc de Persigny, ministre de Napoléon Ilf ; le fils Pineau, chapelier de l’Empereur Napoléon III ; le colonel Hubert de la Hayrie, mort dernièrement général de division en retraite; Henri

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de Pêne, rédacteur en chef du P avis- Journal ; Charles Dindeau, artiste peintre, ex-préfet, actuellement député de l’Ardèche, auteur du tableau représentant Vigneron, le torse nu. Ce tableau se trouve à la salle Charlemont. De Maupas ; le commandant Rigaud, du 20e bataillon de chasseurs à pied ; les frères Alfred et Jules Bernheim, manufacturiers ; Gendrop, marchand boucher, amputé d’une jambe à la suite d’une piqûre de mouche charbonneuse et son ami Rigaud ; Ludovic, Richer de Forges, Georges Barré, comptable; Auguste Combe, dit Mulhan, employé de commerce; Frédéric Lahaye, négociant en cuirs; Picart, comptable ; Alfred Roll, l’artiste peintre bien connu, auteur de la « Grève des mineurs » et de « la Fête du 14 juillet. »

Parmi les élèves qui prenaient part aux assauts publics et intimes, nous nous souvenons de quelques-uns qui tiraient très bien : Emile Lamand, taille moyenne, trapu et solide, était très dur, il répétait souvent la théorie de la boxe ou de la canne, avec Vigneron. Son frère, Eugène Lamand, était plus petit mais très gracieux ; Eugène Bastien, taille moyenne, un beau tireur, souple, très correct, a été nommé 1er maître en arrivant au 11e régiment de ligne. Emile Rive, un tireur peu commode tirant fort bien, mais rageur comme son camarade Augustin Grégoire ; Jules Dufour, un des bons élèves de la salle, grand et beau garçon, très fier du reste de montrer les doubles muscles de ses bras, et son biceps étonnant. Très fort sur les haltères èt la barre fixe, personne ne faisait mieux que lui les rétablissements en avant et la traction d’un bras. 11 s’est fait aéronaute, et a eu, sous le pseudonyme de Duruof,des aventures célèbres. C’est lui qui, en compagnie de sa femme* a été sauvé par des marins, en pleine mer du Nord, où son ballon, après des péripéties sans nombre, était allé tomber. Rs furent sauvés par le capitaine en premier Baskan et son second Oxlex. Auguste Gaulet, fondeur en cuivre, et son ami Léon Guyénot, deux bons et sérieux tireurs ; Joanny Delique, industriel, tireur élégant, fin et doux; Plet. qui mourut d’un coup de pointe de sabre reçu dans un assaut ; Ferdinand Jean, chimiste distingué, excellent tireur de grande vitesse; Edouard, employé de commerce, beau tireur, belle tenue; Vavasseur, dit « Trompette »; Alexandre Dudouie, comptable, tirant

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très bien, et faisant souvent, dans lesassauts, l’exercice du fléau ; Alfred Bernheim, tireur sérieux et vif, fut très heureux un jour de savoir la boxe pour battre un lutteur bien connu pour sa force et son adresse, et marchand de contre- marques aux Délassements ; Tessier, ouvrier passementier, un des bons tireurs de la salle Montesquieu, froid et très dangereux ; Guérineau, camionneur aux chemins de fer, avait été le professeur de Vigneron, grand, sec, voûté, très fendu ; il manquait de grâce dans son jeu, mais il était dangereux par sa manière de lancer des coups de pied droits, qu’il dirigeait au creux de l’estomac, avec une vitesse extraordinaire ; de caractère assez vif, il était redouté dans le quartier de la Çourtille, où plusieurs fois il avait mis des hommes hors de combat d’un seul coup de pied. Guérineau n’était pas un professeur savant ; Gustave Refauvelet, bijoutier, un des meilleurs élèves de la salle ; Théophile Darche, dit Toto, qui avait eu autrefois une salle, rue du Harlay, au Marais ; Tenon, tambour de la garde nationale; Pécoul, Bareiros, qui faisait toujours des entrechats en tirant le sabre et la canne ; Chapelle, un fort tireur à la canne, aussi laid qu’il tirait bien, ce qui prouve qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Parmi les amateurs de la salle Vigneron, il y avait une pléiade d’hercules de première force, dont les exploits suffiraient à remplir un fort volume; nous en citerons quelques-uns :

Bruneau, dit Bonneau, encore vivant, était tueur aux abattoirs et inventeur du masque employé dans les tueries municipales ; il dut à son invention du masque une grande fortune. Ce grand amateur d’exercices était un très beau garçon, bien taillé, qui, durant douze ou quinze ans, représenta le dieu Mars dans le cortège du bœuf gras. Doué d’une force herculéenne, il jouait agréablement du piano et chantait des romances sentimentales. Un autre chanteur à la voix fluette, Auguste Massin, dit le Roi des bras tendus, chantait des airs de Pierre Dupont avec un poids de 25 kgs dans chacune de ses mains, ses bras horizontalement tendus; Louis le teinturier, un honnête ouvrier dont nous ne nous souvenons pas du nom de famille, égalait presque Massin, mais nechantait pas ; Anatole Leperdriel, dit Vigneron fils ; Char-

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les de Paris, dit le Cocher, Lioult de son nom de famille; Darcier, le chanteur bien connu, fort comme un athlète, qui écrivait son nom sur la muraille avec un poids de 20 kilos ; David Davant ; Louis, le mécanicien, l’homme aux essieux de voitures, le plus fort entre tous, mais aussi le plus paresseux ; Gerbault Cœurderoi ; Chabot, l’homme à la pierre ; Jules Lefebvre, qui tient le gymnase de la Madeleine, cité du Retiro ; Louis de Lyon, bien connu à Paris; Paul Flamion, l’homme au tonneau; il était capable de manger sa contenance. Charles Letouzé, du plateau des buttes Chaumont; Alexandre, dit Alexandrini, l’homme au bilboquet, un bel homme fort et adroit ; il devint un équilibriste hors ligne, fit fortune en voyageant. Il eut la malencontreuse idée d’abandonner ses exercices d’équilibre, pour inventer le truc de l’obusier, qui consistait à recevoir dans les deux mains un obus pesant six livres environ. Alexandrini eut une fin malheureuse. Faisant partie d’un grand cirque de passage à Manchester, il avait pris place, avec son obusier et un caisson contenant la poudre, dans une cavalcade, se promenant à travers les rues. Une étincelle de cigare tomba dans ce caisson et Alexandrini fut à son tour changé en obus. Il mourut sur le coup. Comme son professeur Louis Vigneron, il est mort au champ d’honneur.

Mansuy, gymnasiarque ; Couture, l’homme serpent du Cirque d’hiver; Ernest Merret, équilibriste amateur, très distingué, faisant ses exercices de bilboquet sur des échasses.

Un grand nombre de tireurs de l’armée prenaient part aux assauts; parmi les meilleurs: Papy et Renaud, des zouaves de la garde; Gilbert et Maurice, des chasseurs à pied de la garde; Pargon, du 1er grenadiers; Barrère et Gairaud, du 1er voltigeurs de la garde; Roessel, Laurent et Meffray, du 2e voltigeurs; Arnaud et Giraud, du 3e voltigeurs; Pellé, Augé, Ponsolle, Gastet Gouteron, du 4e voltigeurs de la garde; Chauderlot, Duchêne, Mouret, Gérard et Bazin, des chasseurs à pied; Derotte, caporal clairon; Etienne, Fournier. Des différents régiments de ligne : Cauvain, Galgan, caporal, Bouillet, Cornu, Choffin, Hivard, Lacour, Morin, Chauvelot, Faucon, Pellemer, Comte, Roux, Doryal, Bugnot, Liébin, Cabat, Lepetit, Goalirat, Lansoeigne, Vachet, Noël, Dautiez, François, Bosqui, sapeur au 78e de ligne et Verdier, du 14e

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de ligne (Le maître d’armes de ce dernier régiment se nommait : Fleuret, nom prédestiné). D’autres dont les noms nous échappent.

De 1860 à 1870, il y eut une belle période, les exercices ne chômaient pas. En dehors des grands assauts que Vigneron donnait à Paris, il en organisait aussi à la campagne, l’été. Le dimanche ce n’était pas le moindre attrait; nous nous souvenons de plusieurs belles réunions auxquelles nous avons pris part, à Chatou, Asnières, Saint-Germain, etc. On partait le matin de bonne heure, dans un immense char-à-bancs dont le milieu était garni d’une grande planche dans toute la longueur de la voiture; une deuxième planche, qui superposait lapremière, était percée de grandes ouvertures, servant àyplacerles bouteilles et les verres quine pouvaient ainsi se renverser. On cassait la croûte en route et on se rafraîchissait car il faisait chaud, c’était au printemps. C’était aussi le nôtre; c’est avec plaisir que nous nous rappelons ces heureux moments; il faisait bon vivre, on était jeunes, gais et dispos, et la belle pièce de canon nous accompagnait toujours.

Une de ces belles journées, c’était à Saint-Germain. L’assaut devait avoir lieu à 3 heures après-midi, dans le manège des cuirassiers de la garde impériale, misgraeieusement par le colonel de ce régiment à la disposition de Vigneron. Pendant qu’on déjeune dans la forêt, on fait promener en ville la pièce de canon et les engins que Vigneron devait enlevef. A deux heures et demie, on annonce l’ouverture des bureaux par trois coups de canon, comme l’indiquait le programme. La toiture du manège n’était qu’un grand vitrage composé de petits carreaux qui donnaient le jour à l’intérieur. Lorsque Vigneron fit partir sa pièce de canon sur son épaule, comme de coutume, il ne resta presque pas de carreaux en entier; heureusement il y avait tout autour de la toiture une partie couverte en bois, et comme les specta'eurs s’étaient retirés en arrière pendant qu’on tirait le canon, ils furent garantis et personne ne fut atteint par les éclats; Vigneron qui pourtant se trouvait au milieu ne fut pas atteint; il fit même le tour de la piste, son canon sur l’épaule, resta un moment sur une jambe et jeta son canon à terre. A ce moment il était comme atterré de voir tant de débris de verre couvrant le sol. Le colonel des cuirassiers, présent

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à l'assaut, le consola en lui disant qu’il prenait à sa charge les carreaux cassés.

On dîna bien et de bon appétit, on fit de belles promenades et on revint à Paris le soir, toujours dans la grande voiture, satisfait d’avoir passé une excellente journée où l’hygiène avait bien eu sa part. Quelques-uns de la société restèrent à Saint-Germain, c’était la fête des Loges. Heureux temps! qu’êtes-vous devenus et combien en reste-t-il de ceux qui étaient de la fête avec nous?

Le nombre des assauts donnés par Louis Vigneron est tellement grand, qiie nous ne possédons qu’une faible partie des programmes de ses différents assauts. Nous ne voulons pas les reproduire en entier, mais nous rappellerons, pour mémoire, les exercices exéculés par Vigneron dans chacun de ces assauts.

Dimanche, 21 juin 1863, Salon des Folies de Belîeville.

Dans cette séance, Vigneron fait répéter sa théorie de canne; il fait ensuite un assaut de boxe française, exécute une série d’exercices de force et termine par le double coup de canon tiré sur son épaule (poids de la pièce, 305 kilogs), et l’enlèvement de ladite pièce, montée sur son affût, (poids, 1122 kilogs).

Mardi, 8 mars 1864, Salle du Waux-Hall.

Vigneron fait répéter sa théorie de canne par Valentin, son élève, âgé de 13 ans, et sa théorie de boxe française, par Eugène, également son élève. Ensuite il exécute une série d’exercices de force de la plus haute difficulté, dont : la promenade autour de l’enceinte, avec la pièce de canon sur l’épaule et le double coup de canon tiré également sur l’épaule. Enfin il termine en enlevant sur le dos, cette pièce montée sur affût; poids total, 1122 kilogs, y compris l’homme chargé de faire feu. M. Vigneron maintiendra ce fardeau à 40 centimètres du sol, pendant 20 secondes, sans qu’aucun appareil ne se trouve dessous.

Dimanche 18 septembre 1864, fête de Ménilmontant, dans la salle de bal de M. Willis.

Vigneron exécute un assaut de boxe française et un assaut de

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canne, puis toutes ses séries de tours de force ; il termine en tirant le canon sur son épaule et par l’enlèvement de la pièce montée sur son affût.

Mardi 15 novembre 1864, Salle du Waux-IIall.

A cette séance, la pièce de canon se repose. Vigneron n’enlève ni ne tire le canon. Cette fois il exécute une série de six exercices de force, parmi lesquels l’enlèvementd’une demi-pièce de vin, du poids de 115 kilogs à bout de bras, développée sans secousse.

La personne qui exécutera ce tour comme lui aura le droit d’emporter la barrique, elle pourra ainsi, au lieu de porter des canons, en boire.

Vigneron fait répéter sa théorie de canne par M. Jules, âgé de 11 ans; sa théorie de boxe française par M. Eugène, ses élèves, et fait un assaut de boxe française.

Samedi 18 février 1865, grand salon de M. Gelin, chaussée Ménilmontant, 4.

Cette fois encore la pièce de canon est au repos. Vigneron exécute toutes ses séries de tours de force, fait répéter sa théorie de canne par M. Marius, son élève, âgé de 14 ans, fait ensuite deux assauts, l’un de canne, l’autre de boxe française, avec M. Eugène Bastien, son prévôt.

Mardi 11 avril 1865, salle du Waux-Hall.

Vigneron fait deux assauts, un de boxe française et un de canne. 11 exécute ensuite huit exercices de force, dont la promenade avec la pièce sur son épaule et le double coup de canon tiré également sur son épaule.

Lelei juin 1865, salle Vigneron, cité du Waux-Hall, 6.

Grande soirée donnée au bénéfice deM Pécoul, professeur à la salle. Exercices : pointe, contre-poinle, canne, boxe française, exercices de force et de gymnastique.

Dimanche 16 juillet 1865,placedu Trône, cours de Vincennes, Paradis des Roses, ancien Jardin des Délices.

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Louis Vigneron parait dans deux assauts différents, un de canne et un de boxe française, avec M. Eugène Bastien, maître.

Il continue par les exercices de force, entre autres l'enlèvement de la demi-pièce de vin dont nous avons déjà parlé.

Il tire trois fois la pièce de canon sur l’épaule et se tient dix secondes sur une seule jambe. Conditions du défi qui lui a été porté par M. John Williams, directeur du cirque de New-York.

Le dimanche 30 juillet 1865, fête de Pantin, sous la tente du bal de M. Voisin. Louis Vigneron fait deux assauts, un de canne et un de boxe française, puis des exercices de force. A onze heures du matin l’ouverture de la fête a lieu par un coup de canon tiré sur l’épaule de M. Vigneron. A 3 heures, un second coup de canon annonce l’ouverture de l’assaut, et à 5 heures, un double coup de canon clôture cette magnifique représentation.

Le canon est tiré sur l’épaule de M. Vigneron.

Dimanche 20 août 1865, fête de Vincennes, Hippodrome Olympique; carré Marigny, près du fort.

Un coup de canon annonce l’ouverture des bureaux.

Louis Vigneron exécute ses exercices de force et termine par le double coup de canon tiré sur son épaule.

Dimanche 10 septembre 1865, fête de Ménilmontant, sous la tente du bal de M. Willis. Louis Vigneron fait deux assauts, un de canne et un de boxe française, il continue par les exercices de force et termine par le double coup de canon tiré sur son épaule.

Toute personne qui enlèvera, séance tenante, la pièce de canon debout par la culasse, sera invitée à dîner avec M. Louis Vigneron.

Dimanche 24 septembre 1865, salon de l’Elysée-Montmartre.

- Grandassaut extraordinaire, sous la direction deM. Louis Vigneron, au bénéfice deM. Eugène Bastien, son prévôt, soldat de la classe. La séance se termine par des exercices de force et par le double coup de canon tiré sur l’épaule de M. Louis Vigneron.

Mardi 28 novembre 1865, grand salon de M. Perrot, 9, Grande Rue de la Chapelle.

Assaut d’armes et grande séance de caisse donnée par les tambours du 9e bataillon de la garde nationale de la Seine. Louis Vigneron prête son concours et exécute des exercices de force.

Lundi 25 décembre 1865 (fête de Noël), salon des Folies de Belleville, au bénéfice de MM. Théophile et Tessier.

Louis Vigneron fait assaut de boxe française avec Charlemont, et un assaut de canne avec Eugène Bastien. 11 termine par les exercices de force.

Dimanche 19 mai 1867, salon des Folies de Belleville.

L. Vigneron fait un assaut de canne avec E. Bastien, et un assaut de boxe française avec Charlemont, le phénix de la boxe française. Il continue en exécutant six tours de force extraordinaires, dont le double coup de canon tiré sur l’épaule, puis le double coup de canon, la pièce montée sur l’affût (poids 1.122 kilogs):

Dimanche 8 décembre 1867, Arène Athlétique, 51, rue Le Peletier.

Louis Vigneron fait assaut de boxe française avec Charlemont et cède à celui-ci son titre de premier champion de la boxe française, ensuite il tire le double coup de canon sur son épaule.

Mardi 17 décembre 1867, Arène Athlétique, 51, rue LePeletier.

Louis Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, par M. Emile, un de ses premiers élèves, puis un assaut de boxe française et termine par les trois coups de canon tirés sur son épaule.

Mardi 10 novembre 1868, salle Molière, 159, rue Saint-Martin.

Grand assaut offertà la typographie parisienne, par MM. Tessier, Tenon et Théophile Darche, avec le concours de MM. Louis Vigneron, Charles Ducros, Vincent de Lyon et Charlemont.

Louis Vigneron fait un assaut de boxe française? avec Chauderlot et un assaut de canne avec Tessier.

Mardi 4 mai 1869, salle Pilodo et Waux-Hall.

Dans cet assaut, Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, il fait ensuite un assaut de canne, et termine par un assaut de boxe française.

Cet assaut avait été donné à l’occasion d’un défi porté par Vigneron à tous les professeurs et amateurs de Paris. Ce défi s’adressait particulièrement à la salle Lecour qui n’y répondit pas. C’est la salle Ducros qui releva le gant et fut battue en la personne de son représentant M. Malet, le plus fort élève de la salle; Charlemont, qui était le champion, soutenant le défi, fut vainqueur et remporta la médaille d’or.

Mardi 18 mai 1869, salle Pilodo et Waux-Hall.

Louis Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, et fait deux assauts, un de canne et un de boxe française.

Cbarlemont fils, âgé de 6 ans, exécute une démonstration de la canne et de la boxe française.

M. Chapelle, élève de M. Vigneron, reçoit son brevet de prévôt.

Mardi 21 septembre 1869, salle Vigneron, 6, cité du Waux-Hall.

Grand assaut donné à l’occasion du départ de M. Chauderlot. Deux médailles, dont une en or, sont disputées entre MM. Gilbert, des chasseurs delà garde, et Chauderlot.

Des brevets de prévôts sont décernés à MM. Dudouieet Edouard.

Louis Vigneron fait répéter sa théorie de canne'par M. Chapelle, son élève, qui reçoit son brevet de maître, et termine par un assaut de boxe française avec M. Charlemont.

Louis Vigneron donna encore deux assauts à Paris, dont un aü bénéfice des blessés de la guerre, qui eut lieu au manège vélocipédique, boulevard de la Villette.

11 partit ensuite pour Boulogne-sur-Mer où il devait donner une série d’assauts. Le troisième assaut qu’il donna, le mardi 22 août 1871, fut son dernier.

Dans l’énumération que nous donnons ci-dessus, nous voulons indiquer combien l’exercice de la pièce de canon était familier à

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Vigneron. Malgré ce travail herculéen, il ne s’en tenait pas là. Dans presque tousses assauts, nous le voyons paraître trois, quatre et même cinq fois, faire répéter sa théorie de boxe et de canne, et faire assaut de chacun de ces deux exercices, puis les tours de force et presque chaque fois la pièce de canon.

Gomme on le voit, il ne manquait pas d’énergie.

Vigneron avait comme un pressentiment de l’accident qui devait lui arriver plus tard. Peu de temps avant, il ne voulait plus quitter Paris, pour faire des tournées, et paraissait bien décidé à ne plus faire d’exercices de force, tout au moins son canon, et se consacrer uniquement aux exercices d’adresse. Il commençait à réfléchir et avait en partie perdu ses illusions de jeunesse. Les applaudissements du Cirque, de l’Hippodrome, et du Waux-Hall, le laissaient pour ainsi dire froid ; il entrevoyait que cela ne le mènerait pas à la fortune. En effet, de l’adrçsse, on peut encore en faire longtemps, mais de la force on ne peut pas en faire toute la vie, et ça ne rapporte pas. La force est le contraire de la souplesse et de l’agilité ; on ne peut pas être très longtemps très fort, très souple et très vif. Vigneron s’en apercevait bien, ses bras commençaient à s'ankyloser par suite des grands efforts qu’il faisait ; il perdait en souplesse et en agilité. Il aurait dû cesser plus tôt ses exercices de force. D’ailleurs son médecin l’avait prévenu qu’ayant un anévrisme au cœur, il était dangereux de faire de grands efforts.

Au mois d’août 1871 , Vigneron fut engagé par un barnum, M. Delahaye pour une tournée de 8 jours, et chargé de former la troupe pour les représentations. Les personnes qui en faisaient partie étaient : Vigneron, Eugène Bastien, Ferdinand Estrade dit l’Arpète; Charles de Paris dit le Cocher; François Villiers, dit le Rouget; PerretetBerthon, marchandsde vins. Les représentations devaient avoir lieu, dans l’ordre suivant : Boulogne-sur- Mer, Folkestone, Douvres, Calais el revenir à Boulogne-sur-Mer. Il partit de Paris lesamedi 19 août 1871 pour Boulogne. La première représentation eut lieu le dimanche 20, la seconde le lundi 21 ; cesdeux premières séances avaient eu un succès complet; la troisième devait avoir lieu le mardi 22, jour où il fut tué. Ce jour-

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là toute la troupe partit le matin prendre un bain à la mer. Vigneron et Bastien seuls savaient nager; ils partirent tous deux en pleine mer pendant que les autres se baignaient au bord. Ils s’arrêtèrent à une bouée pourso reposer un peu. Tout en seremettant en route et en se mettant sur le dos, Vigneron dit à Bastien : « regardez donc comme je fais bien le mort. » 11 ne savait pas, le malheureux, qu’il le ferait réellement, le soir, à 5 heu resrCe jour-là, Vigneron déjeuna avec un marchand boucher qu’il avait connu à Paris pendant le siège. Après le déjeuner, on se rendit au casino, les représentations se donnaient sur la plage. 11 faisait un temps superbe, tout le monde était content, rien ne faisait prévoir la terrible catastrophe.

Il y eut d’abord une série d’assauts qui se termina par un assaut de boxe française entre Vigneron et Eugène Bastien. Puis vinrent les exercices de force et enfin l’exercice du canon fait par Vigneron. Quatre hommes le lui mirent sur l’épaule, à l’aide de deux barres de fer, l’une à la gueule, l’autre à la culasse ; on procédait ainsi habituellement. Une fois bien placé et son canon bien posé, Vigneron commanda : Charles, feu! Charles, feu, feu ! Charles, qui probablement n’était pas prêt, ne mit pas le feu au premier commandement, ce ne fut qu’au deuxième qu’il le mit précipitamment et au lieu d’allumer la mèche par le bout, il mit probablement le feu juste à la lumière du canon, car le coup partit aussitôt que Charles posa son cigare. Vigneron, n’entendant pas fuser la mèche, voulut regarder en arrière ; il déplaça un tant soit peu son équilibre et fut surpris parle coup. On le vit aussitôt chanceler, tout en essayant, d’après cé qu’on a cru voir, de faire passer son canon par dessus la tête ; mais arrivé au milieu, de la chute, Vigneron vomit un flot de sang et s’affaissa directement dans la position où il était. La culasse du canon lui fit éclater la tète, sans la lui écraser; une des oreilles du canon avait porté à terre et avait ainsi fait basculer le canon. Vigneron s’étendit tout de son long, sans un mouvement de raideur ; on envoya de suite chercher un médecin qui vint presque aussitôt, le docteur. Bazin, croyons-nous. Devant cet épouvantable accident, tous les spectateurs furent complètement anéantis. On nesavait que faire ; Bastien prit un seau d’eau et une éponge et lui lava le visage.

LA BOXE FRANÇAISE

Aussitôt Vigneron tressaillit et se raidit. On dit au docteurBazin : « il n’est peut-être pas mort puisqu’il remue. » Celui-ci répondit : « Si », en faisant voir que le crâne était déboîtéet brisé ; en même temps, il faisait remuer la partie supérieure de l’œil et tout le derrière de la tête. C’était fini. On attribue cet accident à la rupture d’un anévrisme au cœur. On télégraphia au père de Vigneron, qui vint chercher le corps de son fils et le fit revenir à Paris. Il fut inhumé le 25 août 1871, au cimetière du Père Lachaise, 62e division, 3e ligne, face à la 63e division, n° 6, dans un modeste tombeau élevé par souscription, sur lequel est posée une pièce de canon en pierre, symbolede ses succès et de son malheur. On aurait pu graver dessus : — Celle qui le faisait vivre l’a fait mourir.

Ainsi se termina la trop courte carrière de cet homme exceptionnellement superbe, travailleur courageux, doux, bon et sans vanité. Tous ses amis, ses élèves et tous ceux qui l’ont connu, l’ont tenu en haute estime, il n'a laissé que de bons souvenirs et des regrets. Nous qui avons été ses amis intimes, malgré le temps qui nous sépare de ce malheur, c’est le cœur serré que nous écrivons les dernières lignes de sa biographie, qui doit consacrer sa mémoire et le faire revivre dans l’histoire et dans le cœur de ceux qui l’ont connu et aimé.

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