‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 193 sur 233 · LA MORT D’UN BOXEUR · texte numérisé non relu

LA MORT D’UN BOXEUR

« Le procès provoqué par la mort du boxeur James Croot, à Londres, s’est terminé hier par l’acquittement de toutes les personnes impliquées dans l’affaire. C’estpendant une lutteque Croot avait succombé. Son adversaire était le boxeur Barry. Celui-ci, d’après les uns, avait, se sentant vaincu, renversé par deux coups terribles en plein ventre, frappant à la fois des deux poings. Mais d’autres témoins du combat, parmi lesquelssir George Cbetwynd, baronnet, une autorité en matière de pugilat, ont affirmé que James Croot n’avait point été tué par les deux coups, mais par une blessure au crâne qu’il s’était faite au moment où il est tombé, en heurtant de la tête le bord en bois de la piste.

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« C’est à la version de ces derniers que le juge s’est rallié.

« Je n’ai pas besoin de dire que pendant les quinze jours que le procès a duré, tous les journaux anglais ont été remplis de discussions à ce sujet. C’est que la boxe en Angleterre « n’est pas seulement, comme l’a dit le juge, un sport légal ; elle est un vieux sport national ». Toutefois, dans les journaux, le débat n’a point dépassé certaines bornes. Mais dans les conversations particulières, c’est autre chose ! On y mettait une véritable passion. Et comme laboxe a sa langue à elle, on entendait se croiser les expressions à la fois les plus étranges et les plus pittoresques.

« Dans ce vocabulaire spécial, le poumon s’appelle le «souflet », les yeux sont des « hublots », le nez devient la « trompe », ou, quand il saigne, la « bouteille à vin rouge » ; la bouche est la « boîte à dominos »; les poings sont la « grappe à cinq grains », les jambes sont des « quilles » ou des « épingles » ; la poitrine est le «porte-manteau ». Pocher les yeux à son adversaire, c’est lui « peindre les hublots »; lui allonger un coup dans les côtes, c’est lui « servir une côtelette » ; lui écraser le nez, c’est lui « tirer une pinte de claret ». Si on le renverse, on emploie une expression, toute charmante, presque idyllique ; on dit qu’ « on vient de l’asseoir sur le gazon ».

« Et il arrive assez souvent que le gentleman ainsi couché sur l’herbe tendre ne se relève plus. Ce fut encore le cas, il n’y a pas longtemps, à Liverpool, d’un boxeur qui, abattu sous les coups, expira quelques heures après le combat. Il est vrai que son adversaire était lui-même en un lamentable état, un œil crevé et la joue fendue.

« Cela rappelle la fameuse lutte de boxe racontée par Victor Hugo dans YHomme qui rit. Les deux boxeurs étaient un Irlandais de Tipperary, nommé du nom de sa montagne natale Phelemghe-Madone, et un Ecossais appelé Helmsgail. Ils s’attaquèrent. Du premier coup, Phelem-ghe-Madone fut frappé en plein front, entre les deux sourcils, et tout son visage ruissela de sang, pendant que la foule criait : « Helmsgail a fait couler le bordeaux ! » Mais, alors, Phelem-ghe-Madone, tournant ses bras comme un

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moulin à ailes, se mita démener ses deux poings au hasard, et à plusieurs reprises son adversaire fut atteint.

« Il y eut vingt-quatre passes.

« Soudain, dit Victor Hugo, Helmsgail trouva moyen de prendre sous son bras gauche courbé comme un croissant d’acier la grosse tête de son adversaire et le tint là, sous son aisselle, cou ployé et nuque basse, pendant que son poing droit, tombant et retombant comme un marteau sur un clou, maisdebas en haut et en dessous, il lui écrasait à l’aise la face. Quand Phelem-ghe-Madone, enfin lâché, releva la tête, il n’avait plus de visage. Ce qui avait été un nez, des yeux et une bouche n’était plus qu’une apparence d’éponge noire trempée dans du sang. »

« A la vingt-cinquième reprise, il y eut un étonnement général. Les deux lutteurs tombèrent. Voici ce qui s’était produit : tandis que Helmsgail, levant le bras, frappait, Phelem-ghe-Madone avait profité du terrible coup que son adversaire lui donnaitsur le crâne pour lui en lancer un non moins terrible dans la poitrine.

« L’assistance s’écria : « Remboursé! » Et on emporta Helmsgail sur une civière. L’opinion était qu’il n’en reviendrait pas. Quant à l’autre, il était estropié pour la vie. »

« Un combat de boxe qu’on évoque souvent en Angleterre est celui qui, le 17 avril 1860, mit aux prises à Fanborough le redoutable Tom Sayers, champion de la Grande-Bretagne, et John Heenan, champion de l’Amérique. Pendant deux mois, la presse anglaise ne s’occupa pas d’autre chose. Et voici en quels termes un journal anglais rendit compte du combat :

« Il s’agissait du combat de Goliath et de David. Tom Sayers était dépassé de quatorze ou quinze pouces par son gigantesque rival. Cependant, au début, l’Anglais semble avoir l’avantage. Plus agile que le colosse qui le menace, il fait pleuvoir sur lui une grêle de coups depoing. Lemieux appliqué brise la mâchoire de l’Américain; on voit jaillir de ses lèvres un flot de sang. Des milliers de bravos éclatent. Mais le blessé se rince la bouche avec un verre d’eau et se jette aussitôt sur Sayers, qu’il envoie rouler à quinze pas, la face contre terre. Sayers se relève et se précipite

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sur Heenan, qui le reçoit par un coup de poing du même calibre. On suspend le combat. A la reprise, Sayersy met de la prudence. Il esquive par des reculades le bras de Goliath, qui frappe dans le vide; il tourne autour de lui, le trompe par des feintes et lui applique un coup terrible en plein visage, qui enlève à son adversaire un œil de J’orbite. »

« Le combat eut trente-huit passes.

« A la fin, dit le journal anglais, Heenan n’a plus figure humaine; c’est une masse de chair hachée en mille endroits comme par un couperet de boucherie. Dans cet état monstrueux, aveuglé sous le sang qui l’inonde, il s’élance contre Sayers, lui brise la mâchoire à son tour, lui casse le bras droit et l’étend de nouveau sur la poussière. Mais celui-ci se relève presque aussitôt et porte encore un coup à son adversaire. »

« Toutefois, aucun des deux blessés ne succomba. Les journaux donnaient chaque jour des nouvelles de leur santé. On les comblait de cadeaux de toute sorte. Et, à la suite de ce combat, Tom Sayers, qui était déjà célèbre, se vit en pleine gloire. Aussi, quand, à trente-neuf ans, il mourut, on lui fit de superbes funérailles.

« Si la boxe était tenue pour un simple exercice, si elle restait à l’état d’assaut courtois entre adversaires pourvus de gants rembourrés, on pourrait la mettre au rang dés sports qui servent au développement physique.

« Malheureusement, comme on vient de le voir, il ne s’agit pas de cela. Et même, dans les collèges anglais, il est admis que deux élèves peuvent ainsi en venir aux mains. A Rugby, par exemple, . si nous en croyons M. Philippe Daryl, qui a consacré plusieurs études à la vie scolaire en \ ngleterre, il y a un champ clos consacré au pugilat. Les champions, dépouillés de leur veste, parfois de leur chemise, et restés en pantalon, se donnent la main pour affirmer quelalutte sera loyale, c’est-à-dire qu’aucun coup ne sera frappé au-dessous de l’ombilic. Puis, sur un signal, le combat s’engage.

« Il y ades témoins, munis de serviettes et de la bouteille d’eau traditionnelle, la serviette servant à éponger la sueur qui va ruis-

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seler des membres des combattants, la bouteille pour leur rafraîchir les tempes, pour laver leurs contusions, pour les ranimer par une gorgée d’eau fraîche.

« La lutte continue jusqu’à ce qu’un des champions soit hors d’état de se remettre en garde ou se reconnaisse battu ; ordinairement, ce résultat est amené par un coup de poing sur les côtes, qui coupe la respiration, ou par un double «/cnoc/cer» sur les yeux, qui aveugle momentanément.

« Le fin, dit M. Philippe Daryl, est de deviner au regard de l’adversaire, où il va frapper, pour arriver à la parade, et, au même instant, de le tromper, par une feinte, pour l’atteindre au point qu’il découvre. »

« Mais, dans les collèges, on surveille assez lalutte pour qu’elle n’ait pas d’issue malheureuse.

« Il en est autrement dans les assauts entre boxeurs de profession, où les assistants parient pourtel ou tel adversaire. Dans le dernier combat du championnat universel de la boxe, où l’Américain JimCorbettet l’Australien Bob Fitzsimmons se mesurèrent, àCarson (État de Nevada), il y eut particulièrement des scènes terribles. A treize reprises de trois minutes, et alors que Corbett semblait avoir l’avantage, Fitzsimmons l’atteignit d’un coup formidable au cœur qui le fit tomber. L’arbitre qui dirigeait le combat ayant compté jusqu’à dix sans que Corbett pût se relever et se remettre en garde, Fitzsimmons fut proclamé vainqueur. Mais, à ce moment, Corbett, revenu à lui, fut saisi d’un véritable accès de rage et voulut se ruer sur son adversaire; il frappa et renversa ses témoins, qui s’interposaient, et il fallut plusieurs hommes pour mettre fin à ce nouveau pugilat.

« De tels incidents devraient, mettre fin aux combats de boxe. Mais non. Et la mort de James Croot ne les empêchera pas davantage. Cependant, le juge anglais qui avait à se prononcer dans le procès concernant ce dernier pugiliste a déclaré qu’il serait nécessaire qu’une loi réglât les assauts de boxe, et il a annoncé qu’il en conférerait avec le gouvernement.

«PoNTARME. ))

Le Petit Parisien, 25. décembre 1897.

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ESCRIME ET BOXE

« La Société « la Boxe française », Charlemont, professeur, a donné avant hier son grand assaut annuel aux arènes du Palais- Bourbon, sous la présidence de M. Brisson.

« 'Séance remplie; beaucoup de jolies femmes aux tribunes; programme alléchant.

« M. Jaurès, le redoutable gaucher, s’est montré plus en forme que jamais ; nous avons admiré sa jolie tenue, sa garde correcte.

« M. Gérault-Richard également gaucher a fait preuve de rares qualités d’attaque! M. de Bernis un droitier peu en forme avanthier a paré par de savantes esquives les rapides coups droits, coups de poing de revers et coups de poing de masse de son vigoureux adversaire.

<( Labelle àM. Gérault-Richard qui abrillamment mis en pratique le vieil adage: la ligne droite est le plus court chemin d’un poing à un autre...

cc Une reprise a eu lieu entre MM. Jaurès et de Bernis; ce dernier, oubliant que la courtoisie doit régner dans ces assauts, a frappé son adversaire à la nuque. Vilain coup pour un gentleman boxing !

« M. Deville, un tireur select, indigné, a jeté à la tête dudit boxing un encrier qui ne l’a heureusement pas atteint.

« A signaler encore les remarquables corps à corps de MM. Viviani, Chauvin. Coûtant, Fauvières contre M. le Provost de Launas, Baudry d’Asson, de Vogue, etc.

« Constatons que les gauchers — question d’entraînement sans doute — sont plus dangereux que les droitiers.

« La Garde Républicaine, sous la direction de son sympathique chef d’orchestre, a entonné l’Hymne russe et la Czarine.

« Bref, jolie séance pour les amateurs de pugilat et triomphe pour le professeur Charlemont, l’adroit chaussonnier.

« Voilà qui laisse bien loin les assauts de Sir Corbett. Des séances de boxe comme celle-là ils n’en ontpas, ils n’en ont jamais eues en Angleterre.

« Georges Wernert. »

La Paix, mardi 25 janvier J 898.

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CASTÉRÈS A LONDRES

« Robert du Voisinage annonçait ces jours derniers que très prochainement Gastérès, le célèbre professeur de boxe de la rue Nouvelle, allait se rendre à Londres pour donner, devant un public de sportsmen, une démonstration de l’école française. Robert du Voisinage était bien informé.

« En effet, vendredi dernier Gastérès recevait une dépêche du très fameux athlète Sandow, qui a ouvert à Londres une merveilleuse école d’athlétisme, l’invitant à franchir la Manche pour tirer en boxe française dans une soirée privée donnée par son académie du muscle.

« Castérès accepta et samedi soir, en compagnie de Graham Lewis, le manager de Sandow venu exprès de Londres, et de son jeune et excellent prévôt E. Antoine, le rival de Gharlemont, s’embarquait à la gare Saint-Lazare, arrivait à Londres dans la matinée du dimanche, tirait le soir à l’Ecole de Sandow, et après quelques heures de repos suivies de quelques pérégrinations à travers les brouillards de la Tamise, reprenait le chemin de la France.

« Hier soir, à sept heures moins le quart, j’étais donc — prévenu de son retour — sur le quai de la gare Saint-Lazare pour avoir de Castérès sur cet événement — car un assaut de boxe française à Londres est un véritable événement — les plus complets renseignements.

« Au diable les hommes modestes! Au diable les silencieux ! Au diable donc Castérès! Il m’a fallu lui arracher mot par mot l’aveu de son succès.

« Le train vientd’entreren gare ; il s’arrête. Paris ! tout le monde descend ! Les voyageurs sautent sur le quai, et parmi eux Castérès etson prévôt. Je l’aborde, et dare dare je commence l’extirpation des renseignements. Voici:

« C’est dimanche, à 9 heures 1/2 du soir, dans une fête intime de l’académie Sandow, située dans les locaux de l’Agricultural Hall, que Castérès a fait assaut.

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« La soirée était présidée par le marquis de Queensbury qui remplissait eu même temps les fonctions de juge.

« L’assaut de boxe française entre Castérès et son prévôt était le seul numéro du genre au programme, qui comportait une partie musicale, artistique, et les exhibitions musculaires de l’étonnant Sandow.

« Assistance nombreuse, élégante. Rien que des sportsmen, des amateurs des luttes pugilistiques; quelques spécialistes delà boxe, et parmi eux Arthur Lamley, un bon champion de Glasgow.

« Castérès a été — ce n’est pas lui qui me l’a dit, mais son prévôt, qui se rappellera longtemps la danse que son professeur lui a fait exécuter — Castérès a été, dis-je, merveilleux. Il a sorti le grand jeu des grands jours: chassés-croisés foudroyants, coups de pied de revers étourdissants ; coups de pied horizontaux estomaquants; le tout entremêlé de coups de poing aussi vigoureusement décochés que rapidement envoyés. Son prévôt, très en verve, et piqué au jeu, lui a fait la riposte avec brio et souvent avec bonheur. Ça ne l’a pas empêché d’ailleurs d’aller par dix fois — record ! — mesurer de tout son long le plancher. Un dernier chassé-croisé l’a déposé plus vite qu’il ne le désirait sur les genoux du juge, le marquis de Queensbury. Le marquis en fut légèrement baba.

« L’assaut a duré une demi-heure. Rien que cela! Et lorsque la distribution de gnons fut arrêtée, les acclamations et les applaudissements de toute l’assistance ont salué Castérès et son prévôt. Trois fois, ils furent rappelés.

« Les Anglais étaient stupéfaits. Ils n’avaient jamais vu ça. Cette lutte leur avait donné une preuve éclatante de l’admirable souplesse, de l’extraordinaire rapidité et de l’étonnante vigueur de notre race française. Le marquis de Queensbury, qui jusqu’alors n’avait été témoin que d’assauts de boxe anglaise, était le plus emballé : « C’est merveilleux ! » a-t-il déclaré. Vous pensez si Castérès triomphait.

« Arthur Lamley, le boxeur de Glasgow cité plus haut, a été très intéressé par cette démonstration pratique. J’te crois, fighter! Lamley a demandé à Castérès de vouloir bien tirer contre lui, Cas-

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térès tirant en boxe française, et lui Lamley en boxe anglaise. Ce régal sportif nous sera offert très probablement en juin, à Paris. Avis à vous, messieurs les boxeurs !

« Dernier détail qu’ils apprécieront : les Anglais n’appellent plus la science de Castérès et de Charlemont « la savate », mais l’appellent «la boxe française ».

« Quel progrès !

« Frantz Reichel. »

Le Vélo, 25 janvier 1898,

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