‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 194 sur 233 · NOS FUTURS DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

NOS FUTURS DÉPUTÉS

« le président (de la gauche claudicale, sonnant rue des Martyrs!, àV Académie de boxe). — Monsieur Charlemont, s. v. p.

« charlemont. — C’est moi.

« le président. — Enchanté, cher Monsieur. Voici brièvement le but de ma visite. Je viens vous demander de vous présenter aux prochaines élections, comme député.

c< charlemont. — ???

« le président. — A la suite des derniers événements, mon groupe a résolu de faire assister son leader, dans les grandes séances sensationnelles, par un champion capable de le protéger, lui et ses partisans. Voulez- vous être député?

« charlemont. — Si ça ne doit pas m’empêcher de travailler...

« le président. — On fera une exception pour vous ; vous ne viendrez qu’aux séances extraordinaires et là, à chaque interruption, vous vous mettrez en rapport immédiat avec l’interrupteur.

« C’est moi qui ai eu cette idée-là, car je dois vous l’avouer, je tiens surtout à ce qu’on ne m’abîme pas la figure. Cela vous convient-il?

« charlemont. — Mon Dieu !...

« le président. — Seulement, vous me permettrez bien un petit examen? Il est nécessaireque je sache si vous êtes à la hauteur de votre réputation et en état de nous défendre... Vous savez, je ne tiens pas à ce qu’on m’abîme la figure, moi !

« charlemont. — Interrogez.

« le président. — Je suppose que je suis l’interrupteur... J’in-

LA BOXE FRANÇAISE

lerpelle notre orateur... au hasard.. . jechoisis une des expressions usuelles. (Interpellant :) Tête à claques, calotin...

« charlemont (lui cassant le nez d'un coup de poing de figure). — Vlan !

« le président (enchanté). — Superbe ! Magnifique ! Je continue: Escroc, filou, souteneur... •

« charlemont (lui faisant sortir un œil d' un revers de pied).

— Vlan 1

« le président (ravi). — Admirable ! Carrara, Vacher, Panamiste. « charlemont (lui arrachant quatre dents et le cuir chevelu).

— Vlan !

« le président (enthousiasmé). — Quelle précision ! Vous êtes notre homme. Suivez-moi immédiatement, je vais vous présenter à mon groupe.

« charlemont. — Je vous suis.

« le président (ramassant son œil, ses molaires etsonscalp). — Vous permettez que je reprenne ces menus objets?

« charlemont. — Si ce sont des souvenirs de famille

« le président (radieux). — Avec vous, je serai parfaitement tranquille ; moi, je vous l’ai dit, je tiens surtout à cequ’on ne m’abîme pas la figure.

« P.-L. Flers. »

L’Echo de Paris, 3 février 1898.

Paris qui Passe, politique, art, littérature.

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