‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 197 sur 233 · Deuxième partie · texte numérisé non relu

Deuxième partie

4. Boxe française. M. Charlemontfils, professeur, M.Castérès, professeur.

5. Fleuret, M. Kirchofïer, professeur, M. A. Rouleau, professeur.

Orchestre dirigé par M. Carrié.

LA BOXE FRANÇAISE

« Le « clou » du tournoi athlétique du Journal des Sports a été — la presse fut unanime à le constater — l’assaut de boxefrançaise entre Charlemont et Castérès. Voilà qui nous ravit, car nous n’avons jamais cessé de plaider la cause de cet excellent

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sport, que nous souffrions devoir confondre par le public avec l’ancienne et commune « savate ».

« Or, la boxe française, telle qu’elle a été codifiée par Lecouret par Charlemont père, est bien au contraire un des exercices les plus esthétiques qu’il soit. La rencontre des deux célèbres professeurs a enthousiasmé les spectateurs du Cirque. Rien de plus académique, en effet, que le style des deux tireurs en présence. A les voir en garde, on eût dit deux athlètes olympiques posant devant un Praxitèle.

« Et quelle légèreté dans l’action ! Quelle souplesse, quelle rapidité, quel à-propos dansl’exécutiondes mouvements et des coups, dont le classicisme était absolu !

« Ce fut vraiment un beau spectacle et nous en jouîmes d’autant plus que la salle regorgeait de sportsmen : escrimeurs, footballers, cyclistes, etc., de haute volée et très réputés dans leurs spécialités. Or, certains assistaient pour lapremièrefois à un assaut de boxe française. Ils ont été bien servis, car les fidèles même de cet exercice ne se souviennent pas d’avoir vu si bien faire depuis de longues années.

: « C’est qu’il régnait jusqu’ici entre les deux professeurs un antagonisme qui empêchait la fréquence de leurs rencontres. Et quand celles-ci se produisaient (la dernière remonte à trois ou quatre ans), la brutalité intervenait, qui nuisait à la science de l’assaut. Mardi, Charlemont et Gastérès se sont sans doute souvenus qu’avant d’être les champions de ce genre d’exercice, ils reçurent la leçon d’un maître commun,: Charlemont père, maintenant retiré de la lutte. Leur assaut a été on ne peut plus courtois, sans cesser d’être très disputé.

« Mais il n’y a pas à envisager, dans la boxe française, que le côté esthétique. Son excellence, au double point de vue de l’hygiène et de l’utilité, est incontestable. C’est l’exercice le plus recommandable pour une personne prédisposée à l’embonpoint. En le pratiquant, on est sûr de ne devenir jamais ventru et poussif. Il conserve aussi à tous les muscles une souplesse extraordinaire et nous connaissons des boxeurs qui, bien qu’ayant dépassé la cinquantaine, lèvent la jambe avec une aisance qui rappelle celle de Nini-Patte-en-l’air.

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«Enfin il donne à ses adeptes une confiance et une assurance tout à fait nécessaires. C'est par excellence l’art du self defense , c'est-à-dire l’art de se défendre soi-mème dans un pays où, comme en France, l’usage des pieds dans le pugilat de la rue n’est pas tacitement défendu.

« Or, la boxe anglaise — que j’admire également — ne nous enseigne que le coup de poing; c’est ce qui, sous ce rapport, constitue son infériorité. Je citerai, à l’appui de ce dire, l’anecdote suivante:

« Il y a quelques années, Smith, un champion de la boxe anglaise, était venu s’exhiber au Nouveau-Cirque, où il se contentait de faire, avecson entraîneur, la démonstration de l’exercice, n’ayant pu trouvera Paris d’adversaire de sa valeur. Or, comme on lui parlait de la boxe française, qu’il ignorait jusque-là, Smith eut un sourire méprisant : « Je parie, dit-il, avoir raison de votre Charlemont dans une rencontre où je lui laisserai faire usage de ses bras et de sesjambes tandisqueje n’utiliserai que mes poings. »

« Le match fut décidé ; mais, avant de le disputer, Smith demanda à assister à la démonstration de la méthode de son antagoniste. On se rendit à la salle de la rue des Martyrs et Charlemont donna la leçon à un de ses élèves. Le boxeur anglais ne sourcilla pas. Mais, quand la leçon fut finie, il dit au professeur français : « Je vous prie de renoncer au match; il est impossible, carjamais je ne réussirais à placer un coup de poing. Avec vos sacrées jambes, vous me tiendriez toujours à distance! »

« Voilà qui peut sembler concluant.

« G. de Lafreté. »

18 février 1898.

ATHLÉTISME

« Le tournoi illustré. — L'Illustration de cette semaine (numéro paru aujourd’hui) publie une page remarquable par le texte etles gravures sur le tournoi athlétique donné mardi dernier au Cirque d’Eté par le Journal des Sports. Les dix portraits sont d’une ressemblance frappante et les renseignements donnés par

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Rapière ont un grand intérêt technique. Reproduisonsles suivants, qui ont trait aux deux héros de l’assaut de boxe française:

« Charlemont fils. — Un doux, très puissant, à l'abord rude. Trente-cinq ans. Professeur rue des Martyrs, avec son père, dont il a appris, dès l’âge de trois ans, à donner des coups... et à les recevoir. A formé Castérès, ce qui n’est pas son moindre titre de gloire. Structure débordante démuselés. Tourde poitrine, 1 m. 12. Bras étendus, 1 m. 75. Biceps, 38 centimètres. Charlemont a promené du Midi au Nord, même en Angleterre, sa méthode, et il l'a appuyée, auprès de ses adversaires, d’arguments « frappants » et décisifs. Dans sa vie privée, le professeur devient un excellent ami. Quelquefois aussi un disciple de Michel-Ange : Charlemont a exposé aux Champs-Elysées quelques œuvres remarquables.il n’en est pas plus fier pour cela.

« Castérès. — Trente-deux ans, professeur, rue Nouvelle. Possède une incontestable virtuosité dans l'art de décocher un coup de pie l à son prochain. Elève de Charlemont père et fils, bientôt leur « sujet remarquable » et leur égal. Castérès est d’une taille — 1 m 63 — petite, mais extraordinairement vigoureuse et athlé tique. Large d’épaules, la poitrine rebondissante, il mesure 1 m. 15 au tour de poitrine, 40 centimètres de biceps, 1 m. 71 d’envergure, 70 centimètres de longueur de bras et pèse 74 kilos. Les qualités dominantes chez cet athlète, à la physionomie souriante, sont la vitesse dans l’exécution et le cœur à la lutte. »

La Presse, 19 février 1898.

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