‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 205 sur 233 · CHARLEMONT ET CASTÉRÈS A MARSEILLE · texte numérisé non relu

CHARLEMONT ET CASTÉRÈS A MARSEILLE

« Dans le courant du mois d’avril, Charlemont, le célèbre boxeur parisien, viendra prêter l’appui de sa haute personnalité sportive à une fête de charité organisée par la Société la Boxe Française de notre ville, dirigée par notre ami Louis Allard qui fut, on le sait, l’un des plus brillants prévôts du maître.

« Ce concours précieux, dû aux relations d’amitié qui unissent Charlemont à son remarquable élève, est une bonne fortune pour

LA BOXE FRANÇAISE

la Société la Boxe Française, dont les jeunes débuts, annoncés, sous les plus favorables auspices, ont tenu tout ce que promettait l’enthousiasme ardent de ses courageux fondateurs.

« La participation de l’illustre professionnel est en outre un élément certain de succès pour l'entreprise généreuse de nos concitoyens.

« On se souvient des incidents qui marquèrent la première visite de Charlemontdans notre ville. A cette époque, les opinions soulevées par les rivalités d’écoles étaient violemment défendues par les partisans de l’ancienne méthode du chausson ou de la savate, et les adeptes convaincus de la théorie nouvelle exposée par Charlemont.

« Les hostilités commencèrent avec les premiers assauts organisés par M. L Allard, qui fut le vulgarisateur de cette méthode à Marseille.

« Ces rencontres firent grand bruit dans le public des initiés, qui, fanatiques de la savate, opposèrent à notre vaillant concitoyen une résistance désespérée sinon invariablement courtoise.

« Il y eut, comme toujours, des cabales, des manifestations d’une loyauté douteuse, des conjurations obscures, des complots de coteries, mais la victoire resta fidèle à l’infatigable boxeur dont chaque assaut marqua une étape nouvelle dans la voie brillante du succès.

« Néanmoins, les oppositions persistèrent, et la supériorité de la théorie nouvelle qu’on attribuait aux moyens personnels du tireur distingué qu’est M. L. Allard exigeait une consécration éclatante et définitive.

« Charlemont vint, sollicité par la nécessité d’une démonstration décisive, et son assaut, donné au Cercle d’Escrime de notre ville, fut un événement sportif sans précédent.

« Ce que le tireur parisien révéla de talent incomparable et de virtuosité folle, au cours de cette rencontre homérique, les spectateurs privilégiés qui y furent admis ne l’ont certes pas oublié.

« De tous les fougueux opposants, annoncés à grand fracas, par les trompettes ennemies, un seul osa se présenter, et ce fut de sa part un acte de grand courage dont il put se prévaloir sans vanité.

« Charlemont fut prodigieux.

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« La science qu’il déploya, l’art consommé qu’il étala aux yeux éblouis des professionnels fut bien la révélation surprenante qu’on pressentait.

« Et son triomphe fut de ceux qui déconcertent le commentaire, qui stérilisent dans le germe l’idée même d’une discussion parce qu’ils sont l’éclat fulgurant et meurtrier qui pulvérise, parce qu'ils consomment dans une apothéose cruelle l’anéantissement d’un passé.

« Il est vrai que CharJemont est un incomparable artiste et que, seul, il pouvait démontrer d’aussi magistrale façon la supériorité incontestable de sa méthode.

« Mais son école a été féconde ; elle a produit des disciples nombreux qui suivent pas à pas les traces du maître. Gastérès est de ceux-là, Louis Allard aussi et plusieurs autres que nous aurons peutêtre la bonne fortune d’applaudir dans le tournoi qui se prépare.

« Castérès, un instant le rival du maître, joint à des qualités naturelles très développées une connaissance profonde des ressources qu’on peut tirer de la théorie nouvelle.

« Familier des assauts classiques, partenaire habituel des premiers tireurs de la capitale, Gastérès est un adversaire digne du premier champion de France.

« Dans un duel de cette envergure, nous pouvons apprécier à loisir tout ce que peut donner la jeune Ecole, tout ce qu’elle contient d’efficace, ce qui fait vraiment sa supériorité.

« Les amateurs d’esthétique pure y trouveront des jouissances inédites, et la pratique usuelle, qui, en somme, est le but de la plupart de nos Sociétés sportives, pourra y glaner largement.

« Nous y reviendrons sous peu.

« Amator. »

Midi- Sport, 6 avril 1898.

GASTÉRÈS ET CHARLEMONT A MARSEILLE Lettre de notre correspondant. — Marseille , 5 avril.

« Aussi, et plus heureux que les Parisiens, les sportsmen marseillais verront bientôt aux prises lesdeux plusfameux boxeurs de France, Gastérès et Charlemont.

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« C’est le 15 avril, en effet, que Castérès, l’illustre boxeur parisien, viendra prêter l’appui de sa haute personnalité sportive à la grande fête de charité organisée par la société la Boxe française de notre ville, dirigée par M. L. Allard.

« Cet événement, qui défraie la chronique de nos cercles, a été salué avec joie par les nombreux amateurs de ce sport^ que son utilité et son élégance ont réussi à introduire dans les milieux les plus mondains, d’où l’obscurité de ses origines semblait devoir l’exclure.

« Ainsi que nous l’avons annoncé, Castérès sera accompagné par Charlemont.

« Familier des assauts classiques, adversaire habituel des premiers tireurs de la capitale, dur aux coups, merveilleux d’endurance, Castérès joint à des qualités naturelles très développées, une connaissance profonde des ressources qu’on peut tirer de la théorie dont les principes ont été fixés par Charlemont père.

« A cet assaut qui sera une réédition de Y Assaut des Diæorganisé à Paris il y a quelques semaines, seront conviées les meilleures lames de notre ville et les sujets les plus distingués dans tous les ordres des sports athlétiques.

« Maurin. »

Le Vélo , 8 avril 1898.

MARSEILLE

« On nous communique, avec prière de l’insérer, la lettre suivante adressée au directeur du Vélo ,

« Marseille, le 15 avril 1898.

« Monsieur le directeur du « Vélo ».

« Je Iis, dans le numéro du 6 avril de votre honorable journal, une communication émanée d’un correspondant de Marseille et relative au grand assaut organisé par notre Société locale La Boxe française.

« Cet entrefilet, qui n’est que la reproduction tronquée d’un article du Midi-Sport et du Petit -Marseillais, a été comme à dessein dénaturé dans le but apparent de diminuer la haute notoriété de Charlemont au profit de Castérès, son frère d’armes.

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« On y voit, en effet,figurer le nom de Charlemont en sous-ordre dans tous les points saillants où celui-ci dominait dans l’article travesti ; on y sent l’effort de Y auteur tendant à renverser les rôles, comme si celui du maître était de graviter dans l’éclat d’une autre personnalité quelque brillante qu’elle soit.

« J’éprouve, pour le grand talent de Castérès, une admiration sincère, et pour ses qualités privées une profonde estime, mais je croirais faire injure à la loyauté de son caractère en affectant de le placer au-dessus de Charlemont qui fut son maître et qui est resté jusqu’ici le premier tireur du monde.

« J’en appelle de cette opinion à Gastérès lui-même, dont la modestie très grande a dû être singulièrement offensée par le zèle

intempestif et maladroit du rédacteur de votre note.

« Aussi bien, le parti pris de ce dernier se révèle d’une façon à ce point calculée, qu’elle semble vouloir blesser l’amour-propre de Gharlemont et créer entre les deux professionnels un levain d’animosité dont peut-être notre assaut se ressentirait, mais qui apparaît à tous comme un calcul indigne d’un véritable admirateur des deux champions du monde.

« Au surplus, cette petite manœuvre n’aura aucun résultat. La réputation de Gharlemont ne saurait être amoindrie par aucune comparaison, et c’est le grandir, à mon avis, que lui opposer le haut mérite de Castérès qui se glorifie d’avoir été son élève et d’être encore son ami.

« Ainsi, Monsieur le Directeur, vous pouvez annoncer exactement que Gharlemont et Gastérès viendront tirer, de compagnie, à l’assaut organisé en leur honneur par la Société La Boxe française de Marseille et qu’ils seront, l’un et l’autre, reçus aveclaplus grande considération et la sympathie la plus vive, par tout un public d’initiés et d’amateurs, de qui cette fête est attendue comme un régal de dilettante.

« Je sollicite de votre impartialité et de votre haute courtoisie l’insertion de celte lettre et je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’assurance de mes sentiments très distingués.

'« L. Allard, »

« Professeur Directeur de la Société « La Boxe Française ».

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