BOXE FRANÇAISE OU BOXE ANGLAISE
« L’enquête que nous avons ouverte, à ce sujet, nous a valu un grand nombre de lettres, que nous regrettons de ne pouvoir donner toutes, ni très rapidement. En voici une des plus intéressantes. — Corcoran.
l’opinion de m. charlemont fils
« Pour répondre à la première question, celle qui a trait à un match entre un professionnel anglais et u n professeur français, je vous demande la permission de rappeler que j’ai eu la bonne fortune de lui donner un commencement de solution à Londres, au mois de juin 1887, au Pélican Club. Après une démonstration de la boxe française et un assaut avec Castérès, je fus prié de me mesurer avec un boxeur anglais. Je l’envoyai trois fois de suite rouler àterre, en mettant en pratique le même coup, un chassé-croisé en pleine poitrine.
« L’Anglais s’effaça alors le plus possible, je lui portai un nouveau chassé-croisé, cette fois au genou, à la suite duquel il pirouetta sur lui-même et tomba encore sur le tapis. Il revint en garde; j’exécutai un quatrième chassé-croisé à la poitrine, il l’esquiva en partie ; l’élan m’avait rapproché de lui, j’allais être engagé, je lui passai aussitôt un tour de hanche en tête qui mit fin à la cérémonie.
« Je m’empresse d’ajouter qu’un résultat contraire m’aurait fort surpris ; il suffit, en effet, de raisonner un peu pour s’en rendre compte : quand le boxeur anglais est à distance pour ses bras, il est trop près pour nos jambes plus longues et plus fortes ; ajoutez à cela qu’ayant généralement le poids du corps sur la jambe de devant, ilesquiverait bien difficilement un coup bas et serait ainsi rapidement démoli par la base.
« Quanta nos parades, les Anglais n’y sont pas habitués ; il nous est difficile, à nous autres professeurs, de parer les coups de nos élèves quand ils tirent en boxe française contre nousenboxe anglaise. J’ai entendu, néanmoins, bien des Anglais et des Américains se faire fort de nous prendre la jambe et de nous mettre ainsi hors de combat ; je leur ai toujours répondu de la même fa-
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çon : par une démonstration dont la finale les trouvait sur le dos. Notez que je livrais ma jambe, qu'ils n’avaient par conséquent pas eu à la prendre, ce qui simplifiait singulièrement la question en leur faveur, sans toutefois les sauver de la chute.
« Je tiens, d’autre part, à dire que nous faisons suffisamment de boxe anglaise pour pouvoir, le cas échéant, nous défendre à coups de poing. Nous ne sommes pas manchots. Ce qui nous manque, à la vérité, c’est l’entraînement à recevoir les coups, qui ne nous est pas utile, d’ailleurs, étant donné notre façon d’enseigner toute contraire, et dont le but est d’apprendre à nosélèves à porter des coups, non à en recevoir. Nous sommes des professeurs, nous ne sommes pas, par métier, des boxeurs de combat.
« 11 y a 10 ou 11 ans, Donnelly est venu à Paris, a assisté à nos assauts, et a convenu lui-même qu’il ne ferait rien contre nous. Le marquis de Quensberry, qui avait été témoin d’une réunion au Grand Orient, demanda à tirer contre moi. J’étais chaussé de bottines de salle. Il alla trois fois sur le dos aux trois chassés que je lui portai. J’ajouterai, — cette digression ne peut manquer d’intéresser les lecteurs du Journal des Sports — queje fis assaut ensuite en boxe anglaise avec le marquis de Quensberry ; je me mis en garde à droite, ce qui ne laissa pas de le gêner beaucoup et il me dit en terminant qu’il allait essayer de répandre en Angleterre l’usage des deux gardes.
« Corbett, enfin, qui assista dans ma salle au travail de mes élèves et à mon propre travail, s’est prononcé ainsi : cc Si je pouvais me loger j'aurais peut-être Charlemont, mais il faudraitpour cela qu’il me laissât faire » ; et il confirma ce propos quelque temps plus tard à un de mes élèves qu’il rencontra à New-York.
« Je dois dire en terminant que bien des essais ont été faits d’organiser un combat entre les Anglais et moi. Cela n’apasabouli dès qu’ils se sont rendus compte de ce qu’était notre méthode qui ne se servirait évidemment pas contre eux de coups à la figure, mais bien de coups portés à la ceinture et aux jambes. J’ajoute que contre des adversaires combattant à poings nus, je ne me mesurerais que les pieds chaussés de bottines de ville.
« Ce que je viens de dire en réponse à la première partie de votre enquête vous fait présumer ma réponse àla seconde question :
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assurément, et sans qu’il soit possible un seul instant d’en douter, la boxe française, avec les' multiples ressources dont elle dispose, aura toujours pour le combat dans la rue une immense supériorité sur le jeu unique des poings.
« Elle seule peut permettre à un poids extra léger d’avoir raison d’un cent kilos. Et ce titre est suffisant, je pense, pour établir nettement sa supériorité. »
Journal des Sports , 20 avril 1898.