UNE LETTRE DE CASTERES
- « Nous recevons la lettre suivante :
« Cher Monsieur Lafitte,
« Je Iis dans votre estimé journal, à la date du 4, dans la « Vie Sportive », un articleintitulé : « Charlemont et Castérès à Marseille.»
« J’y relève la phrase suivante :
« L’assaut Charlemont-Cas-térès, attendu avec impatience, a émerveillélesassistants. Charlemont esttoujours Je maître incomparable que l’on connaît; Castérès, avec la grâce qui le caractérise, a fait bonne contenance. »
« Sans avoir à vous plaider ma propre cause, ce qui n’est guère dans mes habitudes, je ne puis m’empêcher de relever cette dernière phrase.
« Cette appréciation inexacte paraissant six jours après l’assaut, — ce qui me fait douter qu’il soit de l’information, et je relève que la signature n’est pas celle d'un de vos collaborateurs sportifs, ce qui memeten éveil, car Ton me fait jouer le rôled’un trop complaisant comparse, — est de nature à nuire à mes intérêts, car je suis, comme M. Charlemont, professeur de boxe et directeur d’une salle à Paris.
LA BOXE FRANÇAISE
« Je n’ai pas à discuter si j’ai eu ou non l’avantage dans un assaut, mais j’ai l’habitude de faire mieux que « bonne contenance » devant mes adversaires.
« Confiant en votre loyauté et bonne foi, j’espère que vous voudrez bien insérer cette petite protestation.
« Veuillez agréer mes salutations les plus empressées.
« Castérès. »
La Presse, 7 mai 1898.
ESCRIME ET BOXE
« Nous recevons de M. Castérès la lettre suivante :
« Monsieur le directeur du Midi-Sport,
« Je lis dans le Midi-Sport un article : « Charlemontà Marseille. » Jusqu’à ce jour, il m’a toujours répugné de répondre aux petites insinuations malveillantes me concernant; mais, devant le parti-pris je proteste énergiquement sur la supériorité incontestable dont aurait fait preuve M. Charlemont dans notre assaut, supériorité que j’aurais été le premier à constater si elle eût existé.
« A Paris, les journaux sportifs ont l’habitude de nous traiter sur le même pied d’égalité, tout en laissant les préférences de chacun et ne donnant pas la supériorité surtout à celui qui ne l’a pas.
« Cette question de boutique pouvant être de nature à nuire considérablement à ma salle et à mes intérêts, voilà, Monsieur le Directeur, pourquoi je me permets de vous demander de vouloir bien insérer ma protestation.
« Ayant confiance dans votre bonne foi et votre loyauté, j’espère que vous voudrez bien me donner cette petite satisfaction.
« Veuillez agréer, Monsieur, mes sincères salutations.
« V. Castérès. »
« La courtoisie nous faisait un devoir d’insérer cette lettre ; la vérité nous oblige à dire qu’elle est faite pour nous surprendre.
« Nous n’aurions jamais pensé qu’après les termes élogieux dé notre compte-rendu on pût découvrir la moindre intention de
LA BOXE FRANÇAISE
nuire dans une appréciation qui nous a paru exacte et qui, d’ailleurs, était exempte de tout parti pris.
« M. Gastérès se pique de la « supériorité incontestable » de Charlemont; nous n’en voyons pas Futilité. Il s’agissait, en l’espèee, non pas d’établir la suprématie de l’un des deux champions sur l’autre, mais d’analyser simplement l’assaut auquel nous avons assisté. Or, il nous a paru que, dans cet assaut, l’avantage réel devait être attribué à Charlemont. Cela n’enlève rien du talent de son adversaire, talent sur lequel nous nous sommes étendus à plusieurs reprises.
« En ce qui concerne le mérite de notre appréciation qui n’aurait que la valeur d’une opinion personnelle si, dans la circonstance, elle n’avait été l’opinion de tout le public des initiés, nous l’avons édifiée sur le jugement des moyens mis en œuvre par les deux tireurs dans cet assaut particulier, sur les péripéties de la lutte engagée et sur les résultats qui nous ont paru acquis.
« C’est ainsi qu’on a constaté, . par exemple, que M. Castérès ne s’arrêtait pas toujours sur un coup touché, ce qui semblait de nature à dissimuler les avantages de son adversaire. C’est ainsi, encore, que l’on a remarqué avec attention, entre autres coups heureux de Charlemont, trois prises de tête très réussies (collier de force) qui ont paru classer ce dernier en vainqueur du tournoi.
« Mais cela, c’est la fortune des armes qui sert ou trahit les plus distingués et qui ne saurait amoindrir la valeur totale de chaque tireur. Nous n’avons jamais voulu dire autre chose, même à certains officieux trop zélés qui bourdonnent aux oreilles complaisantes du jeune maître, et semblent prendre plaisir à fomenter une stérile et sotte rivalité entre les deux premiers champions du monde, tireurs de même école dont l’un devra toujours se réclamer du mérite incontestable de l’autre.
« Il est regrettable que des « questions de boutique », ainsi que dit M. Castérès, viennent fatalement se glisser dans les spéculations théoriques de l’art et porter atteinte à son prestige, au grand détriment du progrès que l’on s’efforce d’atteindre en des élans prodigieux et que, inconsidérément, l’on éloigne et repousse en des accè& de puérile humeur.
Midi-Sport, 11 mai 1898.
« H. Amator. »
LA BOXE FRANÇAISE
Il nous semble que voilà une réponse qui, pour être juste, logique, n’en est pas moins une leçon de savoir-vivre donnée à l’auteur de la protestation ci-dessus.
Nous avons eu pour maître le célèbre Louis Vigneron, et quoique au vu et au su des amateurs de cette époque (beaucoup existent encore), nous eussions pu le toucher plus souvent qu’il n’eût pu le faire vis-à-vis de nous, nous n’avons jamais eu la naïveté, l’outrecuidance de protester contre les comptesrendus qui lui donnaient la supériorité sur nous. C’est une question de tact.
On peut voir, dans le cours de cet ouvrage, un compte-rendu du 17 décembre 1867, dans lequel la supériorité est donnée à Louis Vigneron, et, où il n’y a pas trace de protestation de notre part.
Nous avons toujours eu pour règle de conduite de laisser dire et faire, ne cherchant à convaincre que par notre travail ; c’est la meilleure preuve.
ASSAUT ANNUEL DE BOXE
donné par M. Charlemont fils,