L’ASSAUT DE CHARLEMONT A MARSEILLE
« La grande fête sportive organisée par la Société « La Boxe Française» de notre ville a obtenu un plein et légitime succès.
« En dépit d’une ondée persistante, une foule très élégante avait, de bonne heure, envahi la coquette salle du Gymnase. Le programme tracé a été suivi sans aucune défection.
« L’escrime était représentée à cette fête par les plus fines lames de la garnison et les meilleurs tireurs de la ville et de notre grand Cercle. Ces assauts étaient dirigés par M. Dubois dont la haute compétence a eu l’occasion de s’affirmer à diverses reprises.
« On a fort goûté les qualités diverses des tireurs et l’on a applaudi sans réserve aux passes brillantes de MM. Simon, Ragot, David, Giraud, Ranc, Farjon, Pouzergue, Chambal et Delas. Très remarqué l’assaut de sabre entre Daniel et Granier.
« Le succès de tous ces tireurs réellement distingués eût élé plus grand encore si l’effet des lames n’eût été contrarié par l’éloignement des spectateurs et par le jeu des lumières.
« La boxe a débuté par un assaut de chausson entre MM. Gauthier, professeur, et Olive, professeur.
« Un assaut très attendu était celui entre MM. Balagué, adjudant au 55e à Aix etM. Michel, professeur-adjoint à la Société «La Boxe Française ».
« M. Balagué, supérieurement bâti, avait pour lui les avantages sérieux de la taille et de la force musculaire. M. A. Michel lui a opposé les seuls moyens tirés d’une méthode supérieure et d’une science très avancée, il a eu raison de son vigoureux adversaire
LA BOXE FRANÇAISE
après une série d’attaques où son mérite a pu nettement s’affirmer.
« A noter spécialement un coup de poing de figure sur une esquive bien dessinée et très classique chassé-croisé au corps.
« M. Vincent, médaillé de Joinville, a eu ensuite la difficile mission de boxer avec Gastérès de Paris. Il s’en est tiré aussi bien qu’il était possible de l’espéreravec un adversaire aussi redoutable. Son énergie, son endurance, sa ténacité lui ont valu de sincères applaudissements.
« L’assaut suivant, annoncé entre Gharlemont, le 1er champion du monde, et L. Allard, directeur de « La RoxeFrançaise », est accueilli par de longues acclamations. On est avide de voir aux prises le Maître et son brillant élève le continuateur de sa méthode.
« Cet assaut, particulièrement intéressant pour les initiés, a été comme une exposition pratique des ressources étonnantes de cet Ecole. Rudement mené par son concurrent qui ne l’a pas ménagé un instant, M. Allard a démontré d’une façon saisissante ce que peut donner de résultats surprenants une science profonde au service d’une très grande énergie. Dans le public sélect, on commentait beaucoup la tenue élégante et la grâce charmeuse dudistingué directeur de « La Boxe Française ».
« M. P. Franceschi, professeur-adjoint à la même Société, s’est ensuite mesuré avec M. Gauthier, professeur aux Amis des Arts. M. Gauthier, qui semble avoir gagné de ses contacts fréquents avec les tireurs de la nouvelle Ecole a réussi quelques coups empruntés à cette dernière dont la supériorité s’affirme ainsi de toutes façons. Mais M. Franceschi, très en progrès, a conquis facilement l’avantage sur son adversaire plein de bonne volonté et dont la défaite honorable a été atténuée par de courtois bravos.
« Deux tournois de lu tte romaine ont apporté une intéressante diversion au spectacle. Le premier, entre M. Pierre Boyer, le savant professeur, et M. Rubat, un amateur de talent, a permis d’apprécier l’habileté et la vigueur peu commune des deux champions. Le deuxième assaut a mis aux prises M. Robinet, le talentueux professionnel bien connu, et M. G., notre sympathique ami du Gymnast-Glub. Cette rencontre était rendue particulièrement intéressante par la vigueur peu commune et les qualités extraordinaires des deux lutteurs qui se sont véritablement surpassés
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« Des applaudissements chaleureux ont salué l’incertitude de la victoire également et vainement disputée par ces redoutables tireurs.
« Les membres distingués du Gymnast-Glub ont ensuite tenu l’assistance sous le charme de leurs étonnants exercices. On neleur a pas ménagé les applaudissements.
« Le clou de la soirée était le grand assaut de boxe entre Charlemont et Castérès,les deux célèbres tireurs parisiens.
« Dire ce qu’a été cette rencontre homérique, ce qu’ont déployé de science profonde, de qualités personnelles, de puissance incomparable les deux champions en présence, exigerait des développements que ne comporte pas le cadre restreint d’un simple compte rendu.
« Durant vingt longues minutes, les deux tireurs se sont dépensés en des phases d’une technique impeccable, d’un brio étourdissant, d’un effet réellement empoignant. Le public, tout entier suspendu à l’imprévu émouvant des attaques audacieuses, des ripostes d’une sûreté et d’une violence inouïes, des coups d’arrêt foudroyants, des problèmes, des combinaisons dont la profonde clarté se révélait aux yeux les moins exercés, le public se tenait haletant, hypnotisé dans l’attente de quelque tragique dénouement.
« Et ce fut, devant la supériorité incontestable de Gharlemont, une explosion de bravos enthousiastes, de frénétiques applaudissements de toute une salle en délire, une véritable ovation faite aux deux incomparables tireurs, bien dignes du titre de premiers champions du monde.
« Nous devons une mention toute spéciale à M. Louis Allard, pour sa démonstration pratique de la méthode, dialoguée, avec un art parfait à l’aide de son brillan t élève M. A. Michel. Cette partie, très goûtée de l’assistance, a obtenu d’unanimes bravos.
« Nous n’aurions garde d’oublier les disciples de Saint-Hubert de Provence dans leurs carillons intéressants au plus haut point, ainsi que l’admirable musique du 1 41e et spécialement M. Thomas, son très habile directeur.
« En résumé, soirée parfaite, tentative heureuse de décentralisation sportive dont le principal mérite appartient à ses dévoués organisateurs, MM. Gavallier, président ; Samat, Viannay, Vin*
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cent, Adnot, Saunier et F. Capon, à qui doivent être adressées des félicitations bien sincères.
« Remarqué dans la salle : Phocas, Lombard, des Nalles de Brétigny, Vagliano, Vuccina, Maison, général Canonge accompagné de son Etat-Major, Alzial, Muller, de la Fresnaye Cadenel, comte Castelras, de Mercys, cap. de vaisseau, Bazin, lieutenant ' de vaisseau, Bardac, de Paris, Drs Pantaloni, Ménécier, Bastide, Rabattu et Michel, Chabran,de Roux, Bertrand, Maurin de Tervisse, Lop, Bourrageas, Samat, Desnoyes d’Arcourt, L. de Montréal, R. Silhol, etc., etc.
« H. Amator. »
Midi- Sport, 4 mai 1898.