LA MORT DE TURNER
« Le boxeur Tom Turner, dont je vous disais hier l’état critique, vient de mourir.
« Le combat s’étaitterminé lundi àminuitpar la chute deTurner qui, ne reprenant pas connaissance, avait été transporlé à
l’hôpital de Charing-Cross ; il y est resté, inconscient, dans un état comateux, accompagné de stupeur et de prostration du système nerveux, sans aucune perception mentale apparente, pendant soixante heures consécutives.
« L’interne de service, à l'hôpital, avait, tout d’abord, mis l’état du pugiliste sur le compte d’un épuisement général, le pouls restait régulier, maisle prolongement de lasyncope inspirait bientôt des craintes plus sérieuses.
« Au Nalional Sporting Club, on disait que la lutte avait été menée, comme toujours, strictement dans l’ordre des règlements, et qu’aucune irrégularité ne s’était produite, ce que je déclare avoir moi-même constaté. On ajoutait que Turner avait, dans sa famille, des antécédents de maladie du cœur et qu’enfin, il avait, dans les derniers jours qui ont précédé la rencontre, fait un emploi exagéré de bains turcs, dans le but de se faire descendre au minimum de poids convenu.
« J’ai dit que, au cours de la boxe, il était fortement congestionné ; après le second tour, la face était déjà tuméfiée, les yeux s’injectaient, entre chaque reprise, on lui écrasait sur la nuque une éponge d’eau froide. De sorte que, tout en écartant l’idée du coup de mâchoire et du coup au cœur, comme causes déterminantes de la mort, on peut comprendre qu’un homme, prédisposé par nature aux accidents cardiaques, qui, pendant les six semaines consacrées à l'entraînement préalable, a mené de front l’excès d'exercice et l'excès des moyens artificiels d’amaigrissement, soit dans des conditions singulièrement défavorables pour affronter une épreuve comme celle qui consiste à servir de cible aux poings d’un rival pendant la durée de vingt tours de boxe! Vingt tours de trois minutes effectives, et une minute de repos, entre chaque tour, cela représente quatre-vingts minutes d’endurance. C’était trop pour le jeune athlète qui, au treizième tour, au bout de quarante-huit minutes, était hors de combat.
« On peut ajouter que, tout en prenant la tête pour objectif principal, Smith, le vainqueur — ce n’est plus le cas de dire
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Y heureux vainqueur, maintenant qu’il y a mort d’homme et qu’il va, vraisemblablement, être poursuivi, avec les six témoins de ce duel mortel — Smith a souvent débarqué violemment, en plein thorax, et l’action de ses coups sur les plexus, qui, comme on le sait, ont des ramifications avec les nerfs du cerveau et de la moelle épinière, peut avoir suffi pour épuiser complètement un sujet déjà fortement affaibli.
« C’est là une opinion toute personnelle, que j’émets sans rien connaître encore des appréciations, probablemen t contradictoires, qui vont circuler.
« L’examen post mortem , qui sera, hélas! Je dernier mot de cette tragédie sportive — et dont je vous ferai connaître le résultat — établira, sans doute, ex-prof esso , les causes de la mort.
« Je souhaitais que la morale de cette aventure fût tirée par les Anglais eux-mêmes, et, précisément, la presse londonienne — avant que fût connue la mort du boxeur — vient de s’élever, avec ensemble, contrele règlement des boxing compétitions, qui exposent à des résultats qui ne sont ni en faveur du sport, ni tolérables dans l’intérêt du public.
« On observe qùe, si des accidents peuvent partoutse produire, il est évident que deux hommes, boxant pour un fort enjeu, ne se portent pas des coups accidentels, mais voulus, grâce aux règles qui permettent que le coup de mâchoire et le grand choc au cœur puissent décider de la victoire.
« Pourquoi, en effet, autoriser le prize-fight et admettre le knock-out , qui est la mise hors de combat la plus grave, dans un pays où la loi interdit le duel à l’épée?
« Les matchs de boxe réglementée comportent l’usage des gants de poids variés, et se passent sous la direction des juges les plus compétents et les plus intègres, exactement comme un assaut d’escrime au fleuret; dans ces conditions, c’est un sujet d’étonnement, pour les Anglais aussi bien que pour nous, de voir des hommes de jugement régler un combat qui reste conventionnel jusqu’à une certaine limite, et qui cesse de l’être au moment précis où la convention devient d’une importance capitale pour la vie des intéressés!
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« Un prize-fight, comme un duel, ne doit se terminer que par l’état d’infériorité reconnue d’un des combattants. Un boxingmatch est supposé devoir se décider par le nombre des points obtenus, cependant le knock-out, loin d’être condamné, sert au contraire, dans l’état actuel des choses, à affirmer les chances du gagnant, même si celui qui a porté le coup fatal n’a fait preuve que d’une science médiocre.
« Les journaux anglais s’accordent à dire, en somme, que, si ces luttes étaient réglées, comme elles devraient logiquement l’être, en déterminant les points à compter par la somme d’adresse et de courage déployés, et rien que par cela, et en déclarant, d’avance, que le knock-out intentionnel disqualifiera son auteur, on aurait moins d’exemples de cette « brutalité organisée», qui ne fait que discréditer l’un des meilleurs sports.
« A. Paroissien. »
Londres , 10 novembre.
« Nos lecteurs se rappellent qu’une dépêche de notre correspondant, M. Hart, nous avait annoncé le match de Turner, que dans sa lettre d'hier, notre collaborateur A. Paroissien faisait prévoir, et qu’il confirme dans celle que nous publions ci-dessus.
« Une dépêche nous apprend que Nathaniel Smith, l’adversaire de Turner, Bernard John Angle, Arthur F. Bettinson, Eugène Gorrie et Arthur Gutteridge, ont comparu devant -le sir John Bridge, président de la police-court, qui les a laissés en liberté pour une semaine, moyennant une caution de 50 livres (1.250 fr.) chacun.
« Le National Sporting Club a décidé, en signe de deuil, de ne pas donner la séance annoncée pour lundi et au cours de laquelle devaient serencontrer Jack Walker, de Paddington, et FredDelaney, de Woolwich. »
12 novembre 1898
La boxe n’est pas seulement un sport anglais ou américain, elle est également en honneur en Chine, en Afrique, aux Indes et en Russie.'
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A Saint-Pétersbourg, M. Loustalot, professeur français, donne des leçons à l’Ecole Impériale de droit et au cercle des Pages ; en Suisse, à Genève les deux frères E. et Pierre Vigny, encore deux professeurs français, tiennent des salles qui sont très fréquentées. En Belgique, on trouve un grand nombre de cercles et de salles de boxe; à Bruxelles, Liège, Anvers, Verviers, MM. Pleuser et Dupont, anciens élèves de Charlemont, ont été les principaux propagateurs de la boxe en Belgique, en créant à Bruxelles une société et en payant d’exemple dans les assauts publics.
En France, la boxe est très répandue. A Marseille il y a plusieurs salles spéciales, entre autres, celle de M. Louis Allard, où l’on pratique la méthode Charlemont.
Dans les gymnases, dans les sociétés de gymnastique, la boxe y a également sa place, mais c’est la méthode de l’armée qui domine.
Depuis quatre ans, à l’Ecole de gymnastique de Joinville-le- Pont, sous la direction intelligente de ses officiers instructeurs, MM. le Commandant Roustan, Capitaine Burgalat, Lieutenant Taine, la boxe prend une importance qu’elle n’avait pas jusqu’alors dans l’armée. Les principes delà méthode Charlemont y sont étudiés et mis en pratique avec soin, ce qui a contribué aux notables résultats obtenus par les moniteurs de cette école.
Nous pouvons citer parmi ces moniteurs ceux qui se sont particulièrement distingués dans les assauts publics ou privés : MM. Jolit, Moscovino, Flori, Parmentier, Loustalot, Vidal, Petit, Charbonne!, Gros, Salini, Vignes, etc., etc...
Malheureusement ces résultats ne peuvent encore être atteints dans l’armée, parce qu’il n’y a pas, comme pour l’escrime, des professeurs spéciaux dans chaque régiment. Quant aux exercices de boxe d’ensemble, exécutés dans les régiments par peloton ou par compagnie, ils ne sont bons que pour des commençants, mais ne peuvent, jamais constituer un travail suffisant, ni même sérieux ; nous pouvons ajouter qu’il est dangereux d’inculquer une fausse confiance aux élèves en leur apprenant des exercices défectueux, qui leur seront nuisibles au moment de s’en servir.
Nous devons toutefois citer le 104e Régiment d’infanterie, qui sous l’habile direction et le haut commandement de M. le Colonel
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Millet, aujourd’hui général directeur de l’infanterie, étudia, de 1893 à 1895, la boxe et la canne de Charlemont ; les résultats obtenus furent absolument remarquables et il fallut la nomination au grade de Général de M. le Colonel Mil let et le départ du Lieutenant Taine comme instructeur à l’Ecole de^ Joinville pour que le régi ment reprît la méthode erronée au point de vue physiologique, du manuel de gymnastique 1893.
A Paris la boxe est représentée par trois salles spéciales, ce sont les salles : Charlemont, Castérès et Leclerc.
Dans les deux premières, on y pratique la même méthode, dans la troisième c’est le genre Lecour.
Charlemont Charles-Louis est né à Paris le 22 novembre 1862. Dès son plus bas âge, il prit des leçons de son père, et pour la première fois, il prit part à un assaut donné par M. Louis Vigneron à la salle du Waux-Hall, en 1866. Tout en faisant son apprentissage de sculpteur, il assistait à tous les assauts donnés par son père. En 1893 il prit la direction de l’académie de boxe. Taille lm66. Poids 72k500.
Castérès Victor est né à Moulins (Allier) en 1866. En 1883, il prit ses premières leçons deM. Charlemont père et continua ensuite avec M. Charlemont fils. En 1891, il fit un cours de boxe dans un café du boulevard Magenta. En 1892, il ouvrit une salle, rue d’Amsterdam, 79, qu’il transporta rue Nouvelle, en 1895. 11 prit part aux nombreux assauts donnés par MM. Charlemont père et fils. Avant de professer la boxe,il étaitgraveur lithographe. Taille lm62. Poids 7 1 kilos.
Leclerc Julesest né à Neuilly-sur-Seine, le 24 novembre 1859. Il commença ses premières leçons avec M. Robert dans une société de gymnastique. En 1880, alors qu’il était employé de commerce, il forma une petite société (l’Union Parisienne), boulevard Sébastopol, brasserie Suisse. En 1882, il ouvrit une salle boulevard Barbés, et ensuite rue de l’Arbre-Sec ; en 1884, il entra à l’Ecole d’escrime en remplacement de Charles Lecour et transporta .sa salle de la rue de l’Arbre-Sec à la rue de Richelieu, en 1895. Taille ln*70. Poids 70k.
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La Société des boxeurs français, fondée par MM. Charlemont père et fils, en 1890, passa en 1897 en des mains peu expérimentées et, peut-être, insuffisamment convaincues qui la détournèrent de son but véritable, en en transportant le siège, au cercle delà rue Taitbout. La salle de boxe était trop près de la salle de jeu! Est-ce là la cause de sa torpeur, de sa mort? En janvier 1899, en effet, elle aura cessé de vivre ; mais nous ne saurions nous réjouir de cette mort, car tout ce qui touche à l’avenir de la boxe française nous tient au cœur d’une façon toute particulière.
Heureusement qu’une autre société s’est fondée avant que son aînée fûtréellementdéfunte et ellelui succédera brillamment.
La « Boxe française » a été créée par M. Charlemont fils en 1897 et l’augmentation sans cesse croissante de ses membres est une preuve du bel avenir qui lui est réservé.
ASSAUT ANNUEL
donné au Cirque d’Été, le 14 décembre 1898 par la Société d’encouragement La Boxe Française.
ORDRE DES ASSAUTS