PAR LES EXERCICES GYMNASTIQUES
«Régénérer l’homme enlui cassantles reins est une méthode qui me paraît procéder de celle de nos sportmen , qui échinent et abattent des chevaux sous prétexte d’améliorer la race chevaline. »
La Chronique , 5 mai 1874 .
Malgré ses mauvais débuts, pendant les trois mois qu’il avait
LA BOXE FRANÇAISE
passés à Bruxelles, il avait pu déjà se faire connaître et apprécier. Il eut quelques leçons. Il fut invité dans quelques petits assauts donnés dans les faubourgs, dans des estaminets, par des anciens maîtres de l’armée. C’était très curieux, on retrouvait, dans ces petits assauts, le cérémonial de la fin du xvme siècle, où les maîtres présentaient aux tireurs les armes, cannes, masques et gants avec des formules respectueuses et patriotiques. Charlemont était bien reçu, on était fier d’avoir un vrai professeur, établi à Bruxelles, daignant condescendre jusqu’à venir prendre part on assister à de simples petits assauts d’amateurs, on lui en savait gré par de pe-' tites politesses. Par son caractère doux et affable, Charlemont entrait peu à peu dans l’estime de tous ceux qui l’approchaient.
Mais l’administration de la sûreté publique de Bruxelles ne le voyait pas d’un œil aussi sympathique. Par l’intermédiaire de son chef dé bureau, M. Huo.t, elle lui fit signifier un ordre d’expulsion, par lequel il devait quitter la Belgique dans les 24 heures. Charlemont protesta, disant qu’il avait des moyens d’existence puisqu’il travaillait, et demanda des explications. — « Vous êtes accusé de délits de droit commun, lui dit le chef de bureau. — Lesquels? — Vous avez fait sauter la poudrière du Luxembourg et commandé en chef au fort d’Issy. — Pardon, Monsieur, je vous ferai remarquer que de commander en chef, faire sauter une poudrière, ne constituent pas des délits de droit commun. Ensuite, je n’ai ni commandé en chef, ni fait sauter une poudrière, par la raison bien simple que j’étais chef de bataillon, sous les ordres de colonels et de généraux, qui eux étaient sous les ordres du délégué à la guerre faisant fonction de ministre. Puis je n’ai pas fait sauter la poudrière du Luxembourg, parce que je n’en avais pas l’ordre et que j’étais chez moi très surpris par l’explosion. Je vous le répète, aurais-je été l’auteur de ce dont on m’accuse, je n’aurais pas commis de délits de droit commun. »
Par l’entremise de l’ambassadeur de France, M. Ernest Picard, on suspendit à plusieurs reprises l’ordre d’expulsion, afin d’avoir une information. Il résulta de l’enquête faite à Paris, qu’iin’était pas prouvé que Charlemont ait fait sauter la poudrière, mais qu’il le savait (ceci est une erreur peut-être volontaire). Malgré tout, l’administration de la sûreté publique voulut maintenir son
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ordre d’expulsion ; il fallut une nouvelle et énergique intervention de l’ambassadeur de France, pour que Charlemont fût maintenu à Bruxelles. On lui délivra un permis de séjour dans lequel on invitait les autorités civiles et militaires à le laisser passer et librement circuler à Bruxelles et les faubourgs, et à lui donner aide et protection en cas de besoin. A partir de ce moment il put tranquillement se livrera ses leçons sous la protection des lois belges.
Après réflexion, on se demande si les raisons invoquées pour expulser Charlemont étaient les vraies, ou si ce n’était pas plutôt une entente entre la sûreté de Bruxelles et celle de Paris, pour venger cette dernière de sa déconvenue dans l'arrestation de Charlemont (cela paraît probable).
Casino des Galeries Saint-Hubert. — Saison d’été. Tous les soirs, de 9 h. à 1 h. bal ; orchestre de 25 musiciens. — Concert instrumental de 2 à 5 heures ; entrée libre. — De 9 h. du matin à midi, salle d’armes, boxe française, gymnase, professeur Charlemont.
Peu de temps après il entra comme professeur de boxe et de gymnastique à la Société libre de Bruxelles.