COMBAT DE POLLUX CONTRE AMYCUS
POLLUX
Joie et salut ! Quel peuple habite ces climats?
AMYCUS
Joie et salut ! Des gens que je ne connais pas !
POLLUX
Ne crains rien, je suis juste ainsi que mes ancêtres.
AMYCUS
Moi, craindre! Ab ! tes leçons demandent d’autres maîtres.
POLLUX
Un rien t’aigrit, ton cœur est irascible et vain.
AMYCUS
Je suis tel que tu vois. Vais-je sur ton terrain?
POLLUX
Viens-y, tu recevras l’offrande hospitalière.
AMYCUS
Garde-la : pour mes dons, crois-moi, n’y compte guère.
POLLUX
Puis-je à cette onde au moins m’aller désaltérer?
AMYCUS
Souffres-tu de la soif? Tu peux t’en assurer.
POLLUX
De quel prix faudra-t-il te payer cette grâce ?
AMYCUS
Il faut, le bras levé, combattre un homme en face.
INTRODUCTION
POLLUX
Avec le poing ? l’œil fixe, un pied ferme en avant?
AMYCUS
Il faut tendre le poing, dans cet art sois savant.
POLLUX
Du ceste il faut m’armer? Mais où donc est l’athlète ?
AMYCUS
Tout près. Vois s’il ressemble à quelque femmelette.
POLLUX
Quels gages dois-je mettre, et quels seront les tiens ?
AMYCUS
Vaincu, je suis à toi ; vainqueur, tu m'appartiens.
POLLUX
Le combat est celui des oiseaux de carnage.
AMYCUS
Oiseaux, lions, n’importe, et tel sera le gage.
Il dit, et de sa conque il frappe alors les cieux.
A ce signal on voit, couverts de longs cheveux.
Sous des platanes verts les Bébryces paraître.
Castor vers le vaisseau qu’Iôlcos a vu naître Retourne, de la Grèce appelle les héros.
Le ceste arme déjà la main des deux rivaux.
La courroie à leurs bras de ses replis l’enchaîne Et respirant la mort, ils entrent dans l'arène.
Ils s’efforcent longtemps, et d’un effort pareil,
De présenter le dos aux rayons du soleil,
Mais plus adroit, Pollux eut enfin l’avantage.
Des rayons de soleil, il couvre le visage Du géant, qui, d’un pas, la rage affermie,
S'avance, des deux mains cherchant son ennemi ;
A frapper le héros déjà même il s’apprête,
Le bras était levé ; Pollux plus prompt l'arrête,
Le frappe, et du menton atteint l'extrémité.
A ce coup, le géant encore plus irrité,
Poursuit Pollux, son corps est courbé vers l’arène. Des Bébryces joyeux les cris frappent la plaine :
LA BOXE FRANÇAISE
De leur côté les Grecs animent les héros.
Ils craignent que, luttant dans un étroit enclos,
Le géant, comparable aux enfants de la terre,
Ne fît tomber sur lui sa masse tout entière.
Mais Pollux va, revient, l 'évite, tourne autour De l’une et l’autre, mais le frappe tour à tour,
Et du fils de Neptune il contient la colère.
L’autre, étourdi des coups, un instant se modère, Sa figure gonflée a rétréci ses yeux ;
Le sang sort de sa bouche, alors d’un cri joyeux Les Grecs font à leur tour retentir le rivage.
Ils se plaisent avoir par un insigne outrage Sa joie et son menton sanglants, déshonorés. Pollux voulant porter des coups plus assurés, Partout en même temps l’attaque, le harcèle Et voyant qu’Amycus plein de trouble chancelle, Lève le bras ; le ceste, aussi pesant que prompt. Retombe, et jusqu’à l’os lui dépouille le front.
Le géant renversé roule sur le feuillage.
11 se relève, alors le combat se rengage,
Le ceste tour à tour frappe et meurtrit la chair. Mais Amycus, frappant le fils de Jupiter,
N’atteint que la poitrine, et lui, sur son visage, Porte des coups honteux le sanglant témoignage. Haletant de fatigue, inondé de sueur,
Il réfléchit, ses efforts épuisent sa vigueur,
Et le fils de Neptune est un homme ordinaire. Tandis qu’il s’affaiblit son superbe adversaire Sent sa vigueur encore croître par le combat ;
Son corps a plus de force, et son teint plus d’éclat. Muse, dis-moi comment le héros de la Grèce Terrassa le géant ; tu le sais, ô déesse.
Chante donc, et permets que ma voix à ton gré Interprète aux mortels ton langage sacré.
Amycus concevant une grande pensée,
S’approche de Pollux sa main gauche avancée,
Lui saisit la main gauche, en arrière soudain
INTRODÜCÏION
Sa tête hors des coups s’incline, et l’autre main Du côté droit soulève un formidable ceste.
Le moment à Pollux allait être funeste :
Mais il baisse la tête, avance sous le bras :
Et plus près du géant, son ceste avec fracas Frappe la tempe gauche, à l’épaule s’arrête.
Un sang noir aussitôt lui jaillit de la tête.
Du poing gauche Pollux frappe l’autre côté, Vers la bouche, et du coup les dents ont craqué Il frappe encore, le ceste a brisé la mâchoire. Alors Amycus tombe, et 'cède à la victoire. Humble, existant à peine, étendu sur le dos,
Il lève en suppliant ses mains vers le héros.
Tu daignes, fier Pollux, écouter sa. prière:
Tu pardonnas ; mais lui te jura par son père, En attestant des mers ce puissant souverain, Qu’envers les étrangers il serait plus humain.