SCÈNE II LA SAUVIAT, VÉRONIQUE
LA SAUVIAT, haussant les épaules* Tous ces médecins... des idiots!
VÉRONIQUE
Préférerai s-tu qu'il comprenne ?... {Un long silence. Véronique ferme les yeux. La Sauniat se rapproche d'elle. Elle regarde sa fille avec crainte.)
LA SAUVIAT, humblement.
VÉRONIQUE, sans bouger.
Après?
LA SAUVIAT
Tu es sûre que tu peux recevoir aujourd'hui?
VÉRONIQUE, de même.
Oui, sûre.
LA SAUviAT, après un silence.
Je resterai là... .
VÉRONIQUE, rouvrant les yeux.
Si tu veux. Mais prends garde à toi-même...
LA SAUVIAT
Oh! moi..; ce n'est pas de moi qu'ils s'occupenf... Ils n'ont d'yeux que pour toi, tu sais bien.
VÉRONIQUE, portant à ses lèvres une petite croix quella baise ardemment.
Je suis la dernière qu'ils soupçonneraient, sois tranquille... Et du reste, je ne les crains pas! Je n'ai qu'un juge...
LA SAUVIAT, farouche.
Ah! tu en fais trop!
VÉRONIQUE
Que m'importe! Si je vis...
LA SAUVIAT
Bien sûr, tu vivras!... Cette idée!... Moi, d'abord, je veux que tu vives I...
Oui, chacun ne pense qu'à soi. Si je vis, j'en ferai davantage... Va, tricote en. paix... Plus un motr! (Nouveau silence. La Sauviat tricote. Une' larme, de temps en temps, coule sur sa face ridée. Véronique joint les mains et s'absorbe. Entre Grossetêtç sans qu'on Vannonce, important et tout affairé. La Sauviat ne bronche pas, se renfrogne-, Véronique se transforme aussitôt.)