LABBE GABRIEL
Monseigneur...
MONSEIGNEUR DUTHEIL
Qu'est-ce donc?...
l'abbé GABRIEL
J'apporte une nouvelle imprévue : Jean- François Tascheron est mort. [Un silence. 7'out le monde regarde Véronique^ qui s'est brusquement retournée.)
LA SAUVIAT, à voix basse.
Véronique I
VÉRONIQUE, lui résistant.
Laisse-moi ! Je veux entendre.
MONSEIGNEUR DUTHEIL
Gomment est-il mort?
l'aBBÉ GABRIEL
Il s'est tué dans sa cellule, étranglé avec sa ceinture. On pense que c'est d'avoir appris le rejet de son pourvoi, et la certitude de son exécution publique. Il a profité d'un instant de relâche dans la surveillance exercée sur lui. Elle était moins rigoureuse, du reste, dans ces derniers temps, à cause de
sa conduite exemplaire. On m'a prévenu à l'évêché, où l'on venait pour l'abbé Bonnet. Je me suis rendu à la prison, n'ayant pas une minute à perdre. Il était encore vivant. On tâchait de le ranimer, mais en vain, il a expiré sous mes yeux. J'ai retiré de sa main crispée ce papier, où deux mots sont écrits. (// tend un papier à VEvêque.)
MONSEIGNEUR DUTHEIL, Vexaminant.
Ils sont adressés au curé Bonnet. {Celui-ci prie Vévêque, du geste, de lire lui-même.) « Pardonnezmoi de mourir sans vous. Vous m'avez fait du bien. Merci I » Pauvre enfant! Sa fin est coupable. Cette suprême pensée la rachète peut être... (Le curé Bonnet prie en silence.)
l'abbé GABRIEL
Je n'oserais dire que ces mots expriment en effet sa dernière pensée. Autant que je puis en juger, elle s'est retournée vers la terre. Il murmurait en expirant : « Pour elle... pour elle... pour elle... » {Un sanglot de Véronique l'interrompt et le fait se retourner vers elle. Il s'arrête brusquement^ interdit.)
MONSEIGNEUR DUTHEIL, l écartant doucement et s'adressant à Véronique.
Ma fille, vous nous consultiez, nous, des hommes, sur votre conduite à tenir. Selon des voix mystérieuses, la Providence vient de vous répondre. Acceptez humblement sa sentence. Il vous reste une vie de remords, où vous achèverez l'expiation...
VÉRONIQUE
Une vie!... qui vous dit que j'en veuille?...
MONSEIGNEUR DUTHEIL
Que voulez- VOUS dire, ma fille?
VÉRONIQUE
Que je le rejoindrai, sijeveux! Personne ne peut plus l'empêcher. Où il est, il n'y a plus de barrières!...
MONSEIGNEUR DUTHEIL
Ma fille...
GROSSETÊTE
Véronique... -
DE GRANVILLE erROUBAUD
Madame...
LA SAuviAT, f entourant de ses bras.
Elle veut se tuer! Sauvez-la!
VÉRONIQUE, se dégageant.
Jean-François est mort... Je mourrai!
LE CURÉ BONNET, de sa place, sur un geste discret de Vévêque.
Non, madame! Vous vivrez. Vous vivrez... Nous vous trouverons une tâche. Vous-viendrez à Montégnac avec moi.
VERONIQUE allant pas à pas vers lui.
A Montégnac?