L-Quelques minutes se passèrent. Mon têle-à-léle avec
968 LA BRiiCHE AUX BUFFLES.
ce qnadnipède commennail à se prolonger el je nie Jo; mandais si je n'allais pus me décider à lui fausser coDd pagnie, quand l'homme reparut sur l'aulrc rive avec s vache, qui celle fois se ilécida, sans trop se faire prieri à passer l'eau, l/liommevint à moi aussiti'it :
— Thaiik you very mndi, sïr! tiiuch c (■jrand merci) ! me dit-il en me saluant.
Cette politesse m'élonna. En Amérique, on se reni| parfois service, mais on ne se remercie jamais. A o moment, un troisième cavalier survint. Celait Sai| liiinker, le herder, qui rentrait de sa tournée.
— Tiens! dit-il en voyant mon compagnon, le gouverneur! Crimment celava-t-il, gouverneur? Il y a bien un an que je ne vous avais vu ! Et la veille femme?
— Merci, Sam, cela va bien! la vieille femme aussi L Je crus pouvoir interrompre ces loucbanleselfusioiisJ
— Ah! dis-je à mon lour, vous êtes le père de San^S Est-ce que vous êtes Américain?
— A'on, monsieur : je suis Anglais. Sam est depui longtemps dans le pays. II a émigré qnand il n'avau que quinze ans. Moi, je n'y suis que depuis trois ansa
— Et qn'esl-ce que vous faisiez en Angleterre?
— J'étais garde, monsieur, chez le colonel sirHarrJ P..., à trente milles de Londres.
— Est-ce que vous ne vous trouviez pas bien chez lui 9
— Ohl si, monsieur. J'avais vingt-cinq shillings dfr" gages par semaine, une très jolie maison, autant de lapius que j'en voulais : nous avions une chasse su-
lle faisans dans la i
perbe.
Tous les invités de mon maître me donnaient des
ejusqu
boires. Il y a des
pou]
années où j'en ai reçu pour plus c
il pourquoi diable éles-ï
)us venu ici .'
C'est Sam qui m'a décidi; à veciii' le rejoindre : j'avais quelques économies. Il m'a persuadé de venir prendre une ferme à Point-of-Rocks,
— El vous avez réussi?
— Oti, nool Tenez, voilà loul ci! qui me reste de ma ferme el de mes économies r ce sont ces deux vaches. Elles sont bonnes laitières. M. Raymond les a achetées pour lerancA ,■ je viens les Ini amener : il me les paye 50 dollars. Ce n'est pas cher, pour deux vaches et un veau!
— Et qu'est-ce que vous allez devenir?
— J'entre la semaine prochaine à Sionx-Cily, dans une maison de fous. Comme gardien! ajouta-t-il en me voyant rire. Je tricherai de gagner un peu d'argent et puis je retournerai en Angleterre.
Nous cheminâmes pendant quelque temps Ions les trois ensemhie. An moment d'arriver à la maison, je remarquai la figure atramcc du pauvre pi're llunker.
— Monsieur Bunker, lui dis-je, restez donc vingtquatre heures ici. Vous devez avoir envie de voir votre fils? Et puis, je crois que mon cuisinier a dû faire deux ou trois pâtés de poule de Prairie pour notre voyage. Vous me ferez le plaisir d'en emporter un de ma part à M"" llunker.
— Merci bien, monsieur! Merci beaucoup pour ma femme e! pour les petits. Dieu sait qu'il n'y a pas beaucoup h manger à la maison.
Nous étions arrivés.
— Monsieur Bunker, dis-je en descendant de cheval, — il s'était empressé de me tenir l'élrier : jamais pareille idée ne serait venue à son (ils, — monsieur Bunker, permetlez-moi une question. Est-ce qu'on vous a jamais dit que vous aviez élé un imbécile de quitter
LS BHF.CHR JLX nilFFl.ES.
l'Angleterre pour uetiir dans ce pays-ci?... (...J'(^ were a Jool to corne hère?)
— Non, monsieur, m'arépondu U. Bunker en Han beaucoup ; on ne. me l'a jamais dit, mais je me li souvent dit à moi-même !
Avant de retourner chez lui le lendemain, il ■ Toir son fils dans l'e.tercice de ses fonctions les plus I délicates. Il y a quelques jours, un des boys a trouvé un brmico. Le brunco est â peu près aux troupeaux de chetaux ce qu'un maverick est aux troupeaux de bœnfs. C'est UD animal d'humeur vagabonde qui, ayant trouvé moyeu d'échapper h tous les round-ups , ne porte aucune marque et, par conséquent, appartient à qui peut l'altraper. Celui-ci, un assez beau poney de quatre ans, gris de fer, était probablement las de son indépendance, car il s'est laissé lacer et ramener sans trop de difficultés. Mais il semble peu satisfait de son nouveau sort, car depuis qu'il est à l'écurie, il se tienti dans un coin de sa stalle, sautant comme une bêle fau<j sur tous ceux qui veulent s'approcher de lui.
On a commencé sou éducation il y a quatre jour^ et c'est Sam qui a été chargé de l'initier aux bellei manières. J'ai eu la bonne fortune d'assister à cetb] délicate opération; je fumais un cijfare dans la couri après mon déjeuner, m'aniusant à tirer des pigeoi^ au vol à coups de revolver..., ce qui est le sport favoi^ des habitants de Fleur de Lis, et j'ajoute, pour les pepâ sonnes seosibles, que s'il est un sport auquel la SocréU protectrice des animaux puisse donner sa pleine \ entière approbation, c'est bien celui-là; j'étais d<n en train de diminuer ma provision de cartouches, saOiV augmenter sensiblement les ressources du garde-maib ger, lorsque j'ai entendu dans l'écurie un tapage épaOj
RECHE aL!X BUFFLES.
vnnlaMe. J'y courus. C'était l'éducation du brutico qui commençait. On l'avait abattu dans sa stalle en lui entravant les jambes, et malijré une défense héroïque, on était déjà parvenu â lut passer uu mors. Pour la selle, ce fut encore plus difBcile. Cependant on en vint à bout. On le traina alors dans la cour, où quelques coups de slock whip le décidèrent à se relever; on lui mit ensuite un moucKorr bur les yeux. Sam parvint à sauter sur son dos : puis on retira le moucboir.
Alors a commencé une scène fantastique. Le cheval mettait sa tête entre ses deux jambes de devant, réunissait ses quatre pieds et bondissait sur place à une hauteur prodigieuse : c'est ce qu'on appelle bucker. Cela dura vingt ou vingt-cinq minutes, pendant lesquelles je me félicitais bien sincèrement de u'élre pas à la place de Sam, qui ne faisait cependant pas trop mauvaise figure. A la Rn, le cheval s'arrêta net, et puis tout à coup partit comme un trait en descendant la vallée. Deux heures après, il revenait, ayant toujours Sam sur le dos. Il avait fait ainsi trente ou trente-cinq kilomètres sans s'arrêter. Le lendemain on a recommencé : le cheval s'est déjà beaucoup moins défendu. Au bout de trois jours, il était en service. Il est très certain que M. le vicomte d'Aure, M. le comte de Brèves et M. Bauchcr procédaient autrement quand ils voulaient dresser un cheval. Mais il leur fallait plus de temps pour y arriver. On peut ajouter qu'ils réussissaient mieux, Tous les chevaux de ce pays-ci sont domptés; mais on sent qu'ils ne sont jamais complètement dressés. L'animal qui paraît le plus doux fait tout à coup une défense folle au moment ou l'on s'y attend le moins. D'ailleurs, en voyant Sam Bunker cramponné comme un singe sur le dos de son brunco et lui enfonçant
f[ „., 1 dans le venlre les énormt^s molelles de ses éperons, je me disais que si l'on Irailai t de la sorle un cheval de sang, il liierait certainement quelqu'un on se tuerai tltii-méme. Hier au soir, loule ia famille Rogers est venue me faire ses adieux. I.a mère avait arboré pour la lirconstance une certaine rolie de soie jaune dont j'ai cm devoir lui faire tons mes compliments. Elle m'a conlié que c'était un souvenir de ses beaux jours à Shanghey. Sa fille s'était également endimanchée : ce qui ne l'empêchait pas de monter son poney sans selle : suivant son habitude. Le père était vraiment trop sale, aussi je l'ai envoyé diner à ta cuisine ; mais j'ai invité ces dames à mander avec nous le dernier dîner de François. Je dois dire qu'il était fort bon. In potage à la royale a commencé par éveiller l'attention des convives. Elle a élé entretenue par des côtelettes d'antilope reposant sur une purée soubise, qu'avait précédée sur la table la célèbre fondue au fromage exécutée d'après la recette des PP. Bénédictins de Belle;. Elle a produit son effet ordinaire! Deux poules de Prairie rôlies, entourées d'un cordon d'alouettes, ont supporté les derniers assauts. Tontes ces bonnes choses ont élé peu appréciées par la mère Rogers, qui n'a presque rien mangé, u Vean qui telte bien ne mange guère! u dit un proverbe de chez nous. En se mctiant à table, elle a réclamé une bouteille de wbiskey et a allumé nn gros cigare; puis elle s'est mise à me raconter ses aventures de Shang-hay et de Hong-kong, II y avait de quoi faire rougir un gabier de beaupré! A dix heures ilu soir, elle
k avait fumé sept ou huit cigares et bu nn bon tiers de la bouteille sans avoir l'air de s'en porter plus mal. Elle et sa tille nous ont alors souhaité le bonsoir; el remonté sur leurs poneys et sont parties à fond de trail
>ni
pour retourner chez elles par une nuit tellement noire qu'elles ne devaient pas voir la tête de leurs chevaux.
C*est vers midi, ce matin, que je suis parti de Fleur de Lis. J'avais le cœur un peu gros en quittant tous ces braves jeunes gens dont je viens de partager la vie pendant six semaines. Tous les cow-boys sont venus me dire adieu. Sam Bunker est arrivé le premier. Je lui ai offert sa photographie, que j'avais faite deux ou trois jours auparavant. Sa petite figure vieillotte, déjà toute couturée de rides, s'est illuminée.
— Thank youvery much, mister baron! a-t-il dit. Iwill give it to my sunday girl! Je la donnerai à ma fiancée.
C'est ainsi que j'ai appris que Sam Bunker avait une fiancée. La malheureuse!
Harvey et les autres se sont contentés de me donner une vigoureuse poignée de main, sans me renseigner sur Fétat de leur cœur.
— Hope to see y ou again, mister baron!
Les reverrai-je jamais? Cela est bien peu probable, même si je reviens ici*. Le cow-boy est un nomade. Un beau jour, il arrive, s'assoit près du feu de la cuisine, et puis, au bout d'une demi-heure, demande si l'on peut l'employer. Si la réponse est négative, il séjourne un jour ou deux et puis disparait. Dans le cas contraire, il reste quelques mois, et puis, un matin, il vient demander son compte et s'en va, sans donner de raisons. IJeel lonesome!
En hiver, beaucoup sont sans place. Ils prennent pension dans quelque ranch, fument et jouent toute la journée. Quelle triste vie mènent ces pauvres dia-
bles ! Que peuvent-ils devenir quand ils sont vieux ? Et la vieillesse arrive bien vile pour oui. Sam Bunker a vingl-qualre ans : il a l'air d'en avoir dix de plus que son père, qui en a quarante-huit.
M. . . et Def.. . doivent venir passer une partie de l'hiver en France. .Ii; leur donne donc rendez-vous à Paris. Raymond et J. .. m'accompagnent jusqu'à la gare. Le père Shiricood, en vendant ses chevaux, a affirmé que plusieurs qu'il a désignés avaient déjà été attelés. .Vous en essayons une paire, qui efTectivement ne fait pas trop de difficultés et nous mène comme le vent.
En arrivant à BufTalo-Gap, dont nous n'avons pas eu de nouvelles depuis plusieurs jours, àcausedelaneiijo, nous sommes frappés de l'aspect extraordinaire qu'elle présente. Les rues de cette importante cité ne sont jamais très animées. Mais, aujourd'hui, elles sont presque désertes. Les citoyens proéminents qui en font d'ordinaire l'ornement ne brillent que par leur absence. Nous en apercevons seulement un ou deux qui, debout sur leur porte, regardent d'un œil effaré nn groupe de dix ou douze cow-boys qui, le winchester en travers de la selle, remontent lentement la première avenue, se dirigeant vers la Prairie. Nous allons à l'hôtel après avoir mis nos chevaux à l'écurie. V.k nous retrouvons quelques figures de connaissances; des boutiquiers de la localité : tous colonels, cela va sans dire. Ces messieurs causent entre eus avec beaucoup d'animation. Ils ont l'air très peu rassuré : je demande à l'un d'eux quelle est la cause de toute celte émolion.
— Vnc affaire bien désagréable, baron! diablement désagréable! ajoute-t-il après avoir craché avec une précision merveilleuse dans un crachoir éloigné d'au moins cinq mèlrfs.
LA BRëCHE ALX BLFFLES. 215
— Uais enGn, peut-on savoir?
— Voilà! il y a quatre jours, le M. 0. N. a payé ses hommes. Quand ils ont eu leur argent, ils se sont grisés, puis ils ont commencé à faire du tapage.
— Il me semble qu*il n*y a là rien de bien extraordinaire.
— Oui, mais attendez! Vers une heure du matin, ils sont moulés à cheval pour retourner au ranch^ et avant de s*en aller, ils ont galopé à travers les rues de la ville, en tirant des coups de revolver dans les fenêtres.
— Boys must hâve their fun! Il faut bien que la jeunesse s'amuse. S'ils ne dépensaient pas leur argent chez vous, je ne sais pas commeut vous feriez pour vivre.
— C'est vrai I Seulement, il parait que deux ou trois citoyens se sont fâchés en voyant casser leurs vitres : ils ont tiré sur deux hoys qui étaient restés en arrière et les ont tués.
— Oh! oh! voilà qui se gâte. Et qui est-ce qui a fait le coup?
— On ne le sait pas au juste. Sur le moment, on ne s'était aperçu de rien. Ce n'est que le lendemain malin qu'on a trouvé les deux hommes morts. II y a eu une enquête du coroner, qui n'a pas découvert grand'chose. Mais les hoys sont furieux. 11 en vient tous les jours une troupe, pour savoir si Ton a découvert le coupable. Le shérif se garde bien d'arrêter personne. La prison est toute neuve! Si l'on y enfermait, dans ce moment-ci, un prisonnier, on la démolirait pour s'en emparer et le lyncher. D'un autre côté, ils ont dit aujourd'hui que si l'on n'arrêtait personne, ils allaient revenir une de ces nuits, mettraient le feu aux
llECnE AV\ BL FFLES.
ta-16 quatre coins de la ville et scalperuieiiL lout le monj El ils sont bien capables àe le faite! Hier au s ou dix personnes sont déjà parties par le train! Ce cela qui va donner de la valeur aux terrains ! ajoute douloureusement mon iulerloculeur, qui mâche sa chique avec fureur, signe positif de graves préoccupations, dans ce pays.
Je lui ai débité les quelques banalités polies que m'ont semblé comporler les circonstances, et puis je suis allé vaquer à mes affaires, en recommandant bien il Raymond de ne p^s envoyer un seul boy du cûté de Uuffalo-Gap tant que l'émotion ne sera pas calmée. Que les Américains se livrent entre eux au libre jeu de leurs institutions, ils sauront toujours bien se tirer d'affaire : mais si des étrangers s'y trouvaient mêlés eo quoi que ce fût, ce sont eux qui payeraient les pots cassés. Du reste, il est facile de deviner ce qui arrivera. On finira par mettre en prison quelqu'un; puis, une belle nuit, une centaine de cow-hoijs arriveroot; ils 9 s'empareront de la prison après une résistance simulée
du shérif, et pendront leur homme au poteau du télégraphe le plus voisin. C'est toujours aiusi que les choses se passent.
Cependant, il me semble que depuis quelque temps on entend un peu moins parler de /y/îcAûjes qu'autrefois. Cela tient peut-être à ce que les ciVi'ejf ayant toutes a présent des court houses et des écoles superbes, on se met maintenant à construire partout des prisons très perfectionnées qui rendent plus difficile l'enlèvement des prisonniers. Jusqu'à présent, celles de ce pays-ci se composaient innariablement d'une enceinte de gros pieux de sapin fermée par une porte de coÛrefort el entourée d'un chemin de ronde dans lequel
LA BllRCHE ALX Bl.FFLE^. 277
eillail un dêpu té-shérif armé jusqu'aux dcuts. J'ai TÎsifé l'année dernière la prison de Deadwood. Elle était construite sur ce modèle. Il n'y aviiit même pus de plancher. Au moment de ma visite, elle contenait quaiorze assassins el un malheureux gamin de douze ans condamné h six mois de prison pour avoir rolé un mouchoir dans une boutique. Toul ce monde vivait péle-méle, dans un élat de saleté épouvanlable, sans, même avoir un lit de camp pour se coucher.
La plupart de ces braves gens étaient assurément bien peu intéressants. Le juge qui m'accompagnait m'en montra cependant un qui m'inspira une grande pitié. C'était un ludîen, de la tribu des Gros-Veutres. Il portait le nom un peu compliqué de Tue son ennemi pendant la nuil (Kiil bis enemy at nigjil). II jouissait, paraît-il, d'une honnête aisance, ayant trois femmes et vinjjt-sepl poneys, ce qui constitue, chez les Gros- Ventres, une médiocrité dorée. 11 mon lait sur ses poneys quand il voulait aller à la chasse, battait ses femmes quand il se sentait les nerfs un peu agacés, se comportait d'ailleurs comme un parfait gentleman Gros- Ventre et était aussi heureux qu'on peut l'être dans ce bas monde, lorsqu'un beau jour, ayant sans doute bu plus de U'hiskey que de raison avec un ami, ils se prirent de querelle et il le tua.
Les anciens de la tribu se réunirent : on écoula les plaintes de la famille du défunt : on entendit la défense de l'accusé, et, tout bien considéré, il fut décidé que l'affaire pourrait s'arranger moyennant' une indemnité de douze poneys. Tue son ennemi pendant la nuit s'eiécula galamment : il paya les douze poneys; il en vendit même un treizième et en employa le prix à donner un immense festin auquel furent conviés les parents
-!7B LA BRliCHE Al'X ni'FFLËS. ^^M
lie la victime. Tout semMait donc terminé , et Tu< son ennemi pendant la nuit se considérait, avec raison comme étant complèlemenl en règle avec la société de Gros-Ventres : la seule probablement dont il se souciât
Mali] eu re use ment pourlui, il avait compté sans uni (les noDibreiisea bizarreries des lois américaines. Lei shérifs n'ont pas d'appointements réguliers. Ils on seulement des lionoraîres. Ainsi l'arrestation d'un cri minel leur rapporte une certaine somme : de plus, oi leur paye dix sols par mille qu'ils ont fait eu poursui' lant ledit criminel; mais, chose assez bizarre, les dé penses du retour sont â leur compte. Au point de vu« particulier autjuel se placent les shérifs, l'art d'arrétei nn criminel est donc assez délicat. Si l'arrestatiou > lien tout près de la prison, les honoraires ne valent pai le déplacement. Si on l'arrête au loin, on touche d'asseï beaux honoraires, mais ils sont mangés par los fraii de retour. Le grand art, c'est de suivre le crimioe pendant des jours et des semaines, de lui faire faire uni immense randonnée, puis de le rabattre du crtté de U ,prisou et de ne le mettre en état d'arrestation qui devant la porte de cet établissement, A première vue il semble dinîcile de remplir ce programme : cependan cela arrive assez souvent, car les criminels, pour pei qu'ils soient insolvables et qu'ils aient l'espoir de s( sauver avant le jugement, se prêtent assez volontiers i cette combinaison, a condition d'avoir une part dam les bénéfices.
Pour Tue son ennemi pendant la nuit, on eut recours à uu autre procédé. Un député-shérif se procuri un mandat contre lui, puis il se présenta à son wiguam, lui proposa une partie de chasse, l'eatraina dam une u cité » , de celle-lk dans une autre, on le Bl boin
La BRECHE ALiX BLFFLES.
et GnAlemenl, au boni de quelques jours, le malheureui ae réveillait dans la prison de Deadwood pendant que le trésorier du comlé réglail la forte noie que lui présenfail le député-sbérif. Puis il recul la visite d'un avocat, qui commença par se faire donner les quatorze poneys qui lui restaient, à litre de provision. Depuis ce temps jusqu'au moment oii je t'ai vu, c'esl-à-dirependant deux ans, on ne s'est plus occupé de lui. Mais le juge qui m'adonne tous ces détails m'a dit qu'un jour ou l'autre on le pendrait probablement. En attendant, le shérif l'emploie à couper le bois qu'il brûle dans son poêle. Il faut convenir que ce pauvre diable doit avoir une bien singulière idée de la justice de» blancs ' .
Mais je me suis laissé entraiuer bors de mon sujet, .l'en étais à parler du régime pénitentiaire dans leS' Black-Hills.
Je ne sais pas si les choses en sont toujours au même point à Deadivood; â Kapid-Cily, on vient d'inauyurer une prison qui me semble bien ingénieuse. On entre dans une grande pièce haute de sis ou sept mètres, au centre de laquelle un pivot vertical en fer supporte trois plaques de tAle horizontales, circulaires, de trois mètres de rayon environ, et éloignées l'une de l'autre d'à peu près autant. Des cloisons verticales également en tôle, allant du centre à la circonférence, forment six cellules à chaque étage. Cela a absolument
' Si (juelijiie lecleur s'est ialéreseé aux aci^ntures de l'inTarlund Tue îes ennemis pendant la nuit, il appreodra sans doute avec plaisir que cet inléressanl Gros-Veulre vient d'étrs raldché. EapéroDS que ses squaws lui aérant reilëea Cdèles. Il aura bien besoin d'elles pour parler son mgbilicr lurs des déplncemcata de la Iribu, ctir il ae lui rcsie plus un poiiey. (Décembre IHSS.)
SBO
LA BRECHE ALX BLFFLES.
l'air des ({aveuses \lBi'lin qu'on voit au Jardin J'acclimalation e.l ijui servent à engraisser la volaille. Une grande cage en fer entoure tout l'appareil, qui est si bien équilibré qu'un seul homme agissant sur un treo] peut le melire en mouvement avec la plus '{rande fac lité. Quand le shérif désire y introduire un nouvead pensionnaire, il amène une cellule vide en face de f^ seule porte qui existe dans la cage, et une fois cet| porte refermée, d'un seul tour do défila misensân tous ses prisonniers.
L'heure du départ approche. La nuit est dè]& tcH bée; Raymond, J... et moi, nous nons acheminai lentement vers lu gare. Sur le quai, an milieu d*u groupe, deux colonels quelconques, l'un journaliste l'autre épicier, je croîs, sont en Irain de discuter cï^ lemmenl au sujet des événements qui viennent do | passer : l'un prend le parti ,des citoyens, l'autre ( des cow-hoys. Bientôt ils en viennent aux gros motsil damned scoundrel! confounded heggar! \ous voyons, la figure éclairée par le gros fanal de 1 tion, le corps penché en avaul, la mâchoire frémissanl comme pour mieux, mâcher les injures qu'ils se jett^ à la tôle. Chacun a la main droite sur son revolvei qu'on devine caché dans la poche du pantalon par de| riére, épiant lous les mouvements de l'adversaire poiS ne pas le laisser tirer le premier : épiés, à leur toal par les assistants, qui ne veulent rien perdre de la scène, mais qui veulent avoir le temps de se mettre à l'abri si on commence à tirer; car les halles vont droit devant elles cl entrent souvent dans la peau de gens auxquels elles n'étaient pas destinées.
Je disais tout à l'heure que le lynchage semblait être un peu en décroissance dans ce pays. Les duels
LA BRECHE ATX HLFF1.ES. S81
^ëVîenDent aussi 1res rares, au moins dans les enviroas. Dans rOrégon et dans le ColoraJo, l'usage s'en est codis la fantaisie la plus grande préside à leur organisalion. Dernièrement, les journaux ont parlé d'une de ces affaires. In certain Hank Vanghan eut une discussion avec un ami. On jugea que l'airaire comportait une rencontre. Les deux adversaires furetil mis en présence : leurs mains gauches étaient attactiées l'une à l'autre au moyen d'un mouchoir. Chacun avait un revolver dans sa main droite. A un signal donné, ils commeucèrenl à tirer l'un sur l'autre. Quand on les releva, chacun d'eux avait six Italles dans le corps : mais ce qu'il y a de plus extraordinaire dans l'affaire, c'est qu'ils n'en moururent pas. Deux mineurs du Montana ont imaginé une autre combinaison pour régler un différend survenu entre eux. Ils s'assirent sur des petits barils de poudre dont la bonde était ouverte. Chacun, armé d'une barre de fer rouge, cherchait à atteindre la bonde du baril de l'autre. Ils étaient tous les deux complètement ivres, de sorte qu'ils eurent quelque peine à réussir. Finalement un des barils éclata, mettant en bouillie le corps de celui qui était dessus; mais il survint un incident auquel personne n'avait apparemment songé. L'explosion se communiqua au second baril, de sorte qu'il ne resta plus rien des deux adversaires.
Nous laissons les colonels s'expliquer et allons noua promener à l'autre extrémité de la station, où nous trouvons le P. Mac Glynn, le curé de Rapid, qui a une si belle pelisse en peau de loup gris que je le prends tout d'abord pour quelque grand seigneur esquimau en déplacement. Il a entendu dire qu'un ou deux fer-
JSi LA BULCHE AtX BL'FFLF.S. ^^H
micrs catholiques viennent de s'établir du côté d'Oelriclis, à une cinquantaine de milles dans le Sud, et i! va vérifier le fait.
— Moi aussi, je suis en lourDée de round-upf dit-i avec son bon rire irlandais.
Tout à coup le train arrive, qui coupe court à lî discussion des colonels comme aux eiLplications dt révérend. Je n'ai que le temps de serrer la main à mes deux compagnons; le conducteur crie déjà le traditionnel « Alt a board! n je saute sur la plate-formi du car, et nons nçus enfoncions dans l'obscurité qu couvre la i'rairio.
En commençant ce travail, je le dédiais à tous ceui de mes compatriotes auxquels le dégoût (les èvénementi et la désespérance de l'avenir donnent des idées d'émigration. Autrefois, chez nous, personne ne songeait j émigrer, parce que tout le monde se trouvait bien chei soi. En France, il paraît qu'il n'en est plus de même maintenant, car le nombre est grand deceuxquiveulen quitter notre pays, et ce nombre augmente tous les jours. Je parlais de toutes les lettres que je reçois à ce sujet. Le dossier grossit dans des proportions qui m'effrayent. Ce ne sont pas les coquins qui veulent partir. Ils d'j songent pas, car ils n'ont jamais été plus heureux. Ça sont les autres, qui se voient ruinés et qui sentent qu( le temps est passé où il suffisait du travail et de l'bonnètelé pour se relever. L'année dernière, un fermiei des environs de Châtcau-Tliierry courait après mo jusqu'à Londres pour me conjurer de lui faciliter le: moyens de passer en Amérique, Celte année, il j i quelques semaines à peine, je me trouvais au Havre ; j'y ai vu un spectacle navrant. Sur le quai, altendan'
I leur t
leur tour pour embarquer, il y avail Jcisanle-huiC paysans; je causai arec eux. Ils venaient tbus du même canton' de la Loire-Inférieure. Celaient des ouvriers a<[ricoles ou de pellls propriétaires <]Hi ne pouvaienf plus vivre en France. L'un il'euï, qui avait quatre enfants, avait gagné en moyenne dis sols par jour pendant les quatre derniers mois! Ils parlaient pour le Canada. Sij: cents autres, du même canton, devaient les suivre dans le courant de l'été. Nos journaux s'apitoieul toujours sur le sort des malheureux fermiers irlandais, citasses par des landlords sans entrailles. Ce qui obligeait ceux-là à quitter leur pays, c'est que làbas, aux Indes, il y a des bommes qui peuvent travailler pour cinq sols par jour, parce que le climat leur permet d'aller tout nus et de vivre d'une poignée de riz, el que, par conséquent, ils peuvent fournir leurs denrées à ceux qui eu ont besoin, à meilleur marché que tous ces pauvres diables qui sont des hommes comme nous. Leur curé les avait accompagnés. C'est lui qui était chargé d'administrer les fonds mis en commua pour le voyage, que le gouvernement canadien défrayait d'ailleurs en partie. Le malin du départ, il leur dit la messe. J'aurais voulu y aller, je ne le pus malheureuse' ment pas. Lue personne de la ville qui y a assisté m'a conté ce qu'elle a vu. Parmi les émiyrants, il y avait beaucoup de femmes cl d'enfants. Il y avail notamment une pauvre vieille de soixaule-seize ans! Tout ce monde pleurait k chaudes larmes. Le curé, lui-mémç très ému, leur adressa quelques paroles. On lui apeut^ être déjà' relire son traitement. En tout cas, le goi;--
> Sainl-Mars-la-Jaille. Le même bateau emmenaîl égslemont troii ou quatre familles de petits propriélairca de la Vieuue, j§
le I
'ertiemenl de son pays ne perd pas une occasion i le molesler. Le dernier mol (jii'il ait dil à lous Ci misérables pour lesquels la France républicaine n lins de puin a élé celui-ci :
u Allez! mes enfants, puisqu'il le fuul; mais du moins!
lez loujours Français et catholiques! »
11 a dit <i Français » avant u catholiques n ! C'clail pei être un lapsus : mais il l'a dit. Je connais d'eslimabl^ personnages qui détestent les prêtres parce que, disenU ils, ce sont des bommes qui n'onl pas lombro de patrio> tisme : ces mêmes personnages ont envoyé leur s scriplion pour le monument d'un officier déserleun Armand Carrel, qui a fait le coup de feu contre Id troupes françaises en Espagne.
Mais voilà que je m'écarte de mon sujet. Ce que ^ vouliiis établir, c'est qu'il y a malbeureusement f France, à l'heure qu'il est, un grand nombre de g un nombre de gens beaucoup plus grand qu'on ne I< croit, qui en sont réduits à songerie l'émigration. F que tous pensent aux Étals-lnis. Quelles sont leui chances de réussite? V'oilàla question que je voudrai traiter en quelques mois.
Posons d'abord un principe. Quand un élrangd arrive dans un pays, il se trouve ordinairement, à moii^ de circonstances tout il fait exceptionnelles, dans i état d'infériorité relativement aux igens du pays, parc^S qu'il ne connait ni leur langue ni leurs usages à mérite égal, ils aimeront toujoursmieux avoir afTairK à des compatriotes. Pour compenser cette inférioritéj il faut :
Ou bien que l'émigrant ait des aptitudes tout à faîn spéciales; ceux-là se tirent d'affaire partout; il caf^ inutile de s'occuper d'eux ;
LA lîRKCHK AUX BLFFLES. -liH
Oa bien qu'il se contente d'un salaire inférieur k celui que reçoivent, dans les pays où il va, les gens ([ut exercent (les professions simibires.
Or, en ce moment, il existe en Amérique une crise terrible sur les salaires, due précisément, en grande partie, an million d'émigrants qui y arrivent cliaque année. J'ai vu à Ciiicago un défilé de trente-cinq mille ouvriers sans travail, presque tons Allemands ou Autrichiens, Il est même bien intéressant de voir une république aux prises avec les problèmes que les organes républicains ont tant reproché aux monarchies de n'avoir pas résolus. A ces ouvriers sans travail et demandant du pain, on a répondu en les mitraillant. La liberté de la presiîe et la liberté de réunion,, ces deux palladium — il faudrait peut-être dire palladia — de la constitution américaine, ont été aussi maltraitées l'une que l'autre. Snr les sept anarchistes condamnés à mort à la suite des troubles de Chicago, il y enavait UD, à la rigueur, qui pouvait être considéré comme convaincu d'avoir jeté une des bombes qui avaient tué des policemen; les autres étaient simplement des journalistes ou des orateurs auxquels on reprochait des articles ou des discours incendiaires. Je trouve qu'un journaliste qui escile à brûler un monument est tout aussi coupable que ceux qui suivent ses conseils, et j'estime que si l'un est condamné, l'autre mérite de l'êlre également comme complice. Mais je ne suis pas Américain, et je ne reproche pas toujours aux autres de ne pas assez respecter les droits primordiaux de l'humanité. La vérité est que si les Américains ont pu, pendant bien longtemps, supporter toutes ces libertés, c'est qu'ils étaient très peu nombreux dans un très grand pays. A mesure que leur population aug-
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menle, ils .s'aperçoineDl (ju'iis onl à faire face mêmes problèmee <|ue nous. Et ils ne les rèsol certainement pas mieux que nous.
En somme, le marché du travail est presqne aussr encombré en Amérique qu'en Europe. Il n'en était pas de même il y a quelques années. Il y a trois ou quatre ans encore, il avait une élasticité extraordinaire. Les grandes industries de l'Est s'arrachaient littéralement les arrivants. Ils prenaient dans les manufactures la place des Américains, qui, eui, allaient défricher les terres de l'Ouest. Ces beaux jours sont finis.
Ud èmigranl qui ne peut compter que sur son travail a donc bien peu de chance de réussir, au moins pour le moment. II n'en est pas de même s'il dispose de quelques capitaux et si, sanss'atlarderdans l'Est, il péûètre tout de suite dans les régions peu peuplées de l'ouest du Missouri. Les capitaux y sont encore très rares. A la condition d'employer les siens judicieusement, on peut donc espérer tirer un gros revenu de ceux qu'on y apporte. Malheureusement, le nombre des industries y est bien limité. .Insqu'à présent, il n'y a guère que les ranchs. Ceux de bestiaux viennent de passer par une crise terrible. Tous ceux qui opéraient avec des capitaux empruntés, et il y en avait beaucoup, ont sombré. Ceux qui onl résisté ont, je crois, un bel avenir devant eux. Nos compatriotes semblent avoir été particuliërementheureus.DansIe Montana et le Dakota, il y avait, à ma connaissance, cinq j^rands ranchs de bestiaux appartenant à des Français. L'un d'eux est en déconfiture, mais c'est parce que son directeur a voulu spéculer; un autre a changé de mains ; c'est un Français qui l'a racheté. Les trois autres sont cd pleine prospérité.
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Les ranchs consacrés à l'élevage et à l'iitiporlalion dea clievaiii irorigine française commencent à être assez nombreux. Le plus important est dans le Colorado. 11 a été fondé par MM. Dunliam et Stiidebacker avec cinquante ëlaloDS perclierons et trois mille juments du pays. Ces messieurs sendent à part les meilleurs de leurs poulains mâles comme étalons de demi-sang. Pour leurs autres produits, ils ont des marchés passés avec des compagnies tie tramways ou d'omnibus qui les leur prennent, ilit-on, au prix moyen de 125 dollars, environ 630 francs, La moyenne de l'ensemble doit probablement se rapprocber de 1,000 francs. Outre leur élevage, tous ces établissements ont des stations de vente poiir les étalons qu'ils importent chaque année.
Depuis vingt ans, les Américains viennent acheter dans le Perche nos plus beaux reproducteurs. Jusqu'à présent, le chiffre de leurs achats a été constamment «n augmentant. Pendant combien de temps cela va-t-il continuer? Pouvons-nous espérerqueceladurera longtemps, ou devons-nous craindre de voir cesser un commerce qui fait ta fortune de toute une région? Cette question offre évidemment le plus haut intérêt : je voudrais la traiter en quelques mofa aiant de terminer.
Les Américains sont très satisfaits du résultat que leur donne celte importation, cela est certain. Mais on peut objecter qu'ayant m<iiu tenant un très grand nombre de nos meilleurs étalons et de nos plus belles Juments, ils chercheront à produire chez eux le pur sang et que, s'ils y parviennent, ils se dispenseront naturellement de revenir cbez nous.
J'estime que nous n'avons pas à redouter cette éventualité. Prenez les chevaux européens les plus massifs : Clydesdales, Sbires ou Percherons, Transportez-] es en
Amérique. Dès la première géiiéralion, leurs prt duils, mùmeceusde pur sanjj, seronl déjà plus minceij el auront une tendance très marquée a s'affiner de plus en plus. A la Iruisiéme ou qualrième génération, le type sera déjà complëlemeut modifié. Du reste, ce phénomène s'oljserie très nettement même chez l'homme. L'immt'nse majorité des Américains actuels I descend de parents irlandais ou allemands établis en >
[ Amérique depuis très peu de temps. La population se j
l recrute constamment de nouveaux éléments venant ',
f d'Europe. On serait donc autorisé à croire que cette i
[ population ne doit pas avoir de type bien caractérisé, ,
ou que, si elle en a un, il doit se rapprocher de celui i des peuples dont elle provient. Il sulfîl de se promener ' deux heures dans les rues de n'importe quelle ville de I l'Est pour se rendre compte que celle opinion est erra-
is née. Probablement sous l'influence d'un climat el d'un '
•j sol très secs, il s'est formé, en un temps extrêmement '
! court, une race américaine offrant un type très distinct
de celui des Irlandais et des Allemands. Cens-ci ont généralement une apparence assez massive et notamment des extrémités énormes. Les Américains, au von- '• traire, sont pour la plupart grands, mais très minces.
; Les femmes ont assez souvent de tout petits pieds.
! Mais ce qui, chez elles, caractérise surtout Je lype^
; c'est une apparence générale 1res frêle, et notamment
i; le peu de développement de la poitrine et des hanches.
] Les Américains qui veulent avoir de gros chevaux
I seront donc toujours obligés de venir chercher en
\ Europe des reproducteurs. Ceci ne fait pas de doute
[ pour moi. Et ils continueront à venir les demander k
' la France, parce qu'ils ont reconnu que les chevaux da
Clydesdale ne leur donnaient pas d'aussi bons produits.
a peut se demander quelle importance doit ximmerce dans l'avenir.
Voici, selon moi, ia réponse qu'il contient de faire I à celte noQTelle question.
C'esl surtout dans le bassin du Mississipi que cet ' élevage s'est développé jusqu'à présent. Ces ré<gions sont peuplées actuellement par Irenle-cinq millions d'habitants, et celle population, principalement agricole, augmente chaque année, soit par l'émigration, soit par les naissances, de quinze cent mille âmes au moins. Il y a un rapport nécessaire entre le chiffre de la population et celui des chevaux dont elle a besoin. D'ailleurs, les compagnies de tramways et d'omnilius des grandes villes de l'Est commencent, elles aussi, à ne plus vouloir recruter leur cavalerie que de demisang percherons qu'elles font venir de l'illinois. Notre marché va donc toujours s'ëlargissanl.
Un journal très inléressanl, le Live stock journal, estimait l'autre Jour que la consommation annuelle des chevaux de trait aux Étals-Unis élait d'environ seize cent mille chevaus. 11 ajoutait que, pour faire face à la production nécessaire, il fallait environ soixante mille étalons.
Je crois que ces chiffres sont beaucoup trop faihles, car les Américains, surtout ceux des villes, usent vite leurs attela <{es. Rien qu'à Chicago, il faut chaque année trente mille chevaux nouveaux. Mais admettons qu'ils soient exacts. Ln étalon ne dure pas en moyenne plus de dix ans, 11 en faut donc au moins six mille chaque année. Le Perche en fournil trois mille; le Clydesdale doit en envoyer environ un millier. L'appoint serait composé de demi-sang.
Nous pouvons donc non seulement maintenir notre
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L exportation, mais nous devons même l'augmenter d' née en année, et cela dans une très nota IiIfi meai Seulement il ne fauilrait pas que cette prospérité grîi nos éleveurs... Or, malheureusement, ils me paraissent se lancer dans une voie Eiïen dangereuse, en exagérant leurs prix d'une manière insensée. L'autre jour, au concours de Nogent-le-Rotrou, le même fermier a vendu trois poulains de deux ans 63,000 Traocs; un autre s'est vanté à moi d'avoir acheté 4,000 francs un poulain à naître. L'émulation s'en mêlant, on en a acheté heaucoup dans les mêmes conditions 3,000 et 3,500 francs. C'est de la folie : qu'ils prennent garde que ces folies-là ne prnBtenl à l'élevage anglais!