‹ La brèche aux bufflesChapitre 20 sur 22 · veur e · texte numérisé non relu

veur e

UHECItE AUX ]

veur en produit cinquante (]uî ne peuvent pas paraître sur un hippodrome, parce qu'ils ne le font «ju'en trois minutes. Mais il les vend, el ils deviennent d'eicellenls chevaux de service; car, à la condition de n'avoir pas à traîner de trop gros poids, ils conservent leur train d'une manière extraordinaire. In cheval allelé h un huggy et marchanl sur une bonne roule fait très bien six lieues à l'heure; j'ajoute qu'ils se vendent à des prix très abordables : j'en ai vu d'excellents, à Chicago, dont on ne demandait que 1,500 ou 1,800 francs. Chez les Kusses aussi, on .s'est beaucoup occupé de ce genre d'ék'vage : on y a créé notamment la fameuse race Orloff. Les trotteurs orloff valent-ils les trotteurs américains? Je ne sais là-dessus que ce qu'en disent les Américains, S'il faut les en croire, la supériorité de leurs trotteurs sur ceux des Russes serait incontestable. Non seulement ils font le mille en moins de temps, mais encore, el surtout, c'est quand on veut prolonger la cnurse et faire plusieurs milles que leur supériorité devient très apparente. Enfin les Américains obtiennent chaque année des résultais meilleurs, ce qui prouverait que leur élevage n'a pas dit son dernier mot, tandis que, depuis plusieurs années, celui des Russes semble stationnaire. Du reste, voici encore un tableau que publie W. Saunders, dans snn livre sur l'élevage, el qui me semble intéressant.

VITESSE MAXI

UoDiilie. ..

Deux inille*.

Trais milles.

Cinq milles..

Vingl milles.

VITESSE MAxniUM

OBTKNIIB Btl

AHÏHIQCE

Unraille. . . .

Ueuimlilûs. . .

* 4fi

Trois milles. .

7 ai 1/4

Cioq milles. , .

tâî LA BRECHE ATX BIFFLES. ^H

C'est le dernier résultai que je trouve le plus étonnant. Faire vingt milles, c'est-à-dire Irente-trois kilomètres, plus (le huit lieues, en moins d'une heure, c'rst presque aller du train d'une locomotive. Or on connail cinq trotteurs américains, au moins, qui sont arrivés à ce résultat.

Les documents que j'ai sous les yeu^t sont d'origine américaine : Je l'ai déjà dit. On peut doue les soupçonner d'une certaine partialité. Cependant ils citent des faits qui doivent être vrais et qui semblent établir que les Orloff'&oai encore inférieurs sous le rapport de la durée. Il parait que VOrloffle plus vieux qui ait gagné une course n'avait que douze ans. A cet âge-là. non seulement les trotteurs américains ont encore toute leur vigueur, mais la plupart des trotteurs les plus connus n'ont obtenu leur maximum de vitesse que plus tard, vers quinze ou seize ans. La fameuse jument Gold smilh Maidaga^nè plusieurs courses quand elle uvait vingt ans, et elle venait de courir successivement douze années de suite. Une autre jument très célèbre, Jessie-Pepper, vient d'avoir un poulain. Elle a vingtneuf ans. Deux autres trotteuses, également très connues, Lucy et Green Mountain Maid, ayant l'une trente, l'autre vingt-six ans, sont encore en plein service. L'entraînement pour les épreuves de trot comporte surtout d'énormes courses au pas : de plus, le cheval est attelé. Cet entraînement doit donc éfre beaucoup moins pénible et dangereux que celui auquel on sonmet les chevaux de galop.

Les chevaux que nous venons d'acheter n'ont pas la prétention de rivaliser avec les étoilet dont je viens de parler. Ils ont cependant une excellente origine, car ce sont des Messenger- Clay : une des variétés de la

llKCilE AU\ BLFFLRS.

grande fumille clay. Kaymond est (rès pressé de les marquer, car il a peur (jue quelqu'un d'eux ne s'égare ou soi! volé. On a passé toute la matinée h dégager les corrals de la neige qui les encombre, opération qui a été singulièrement facilitée par le dégel, qui s'est élaldi toutd'uncoup. Acinq beures, ce matin, le thermomètre marquait — 18", à midi il en marque +13; il fait un soleil splendide, et de tous les cAtés de petits ruisseaux descendant des collines s'acbeminent vers le creek.

Après Je déjeuner, je monte à cbeual pour accompagner Raymond et deux bommes qui vont cbercher le troupeau. Nous le trouvons à deux milles du ranch, dans le fond de la vallée. C'est le gars Soslbène qui est de garde, monté sur un poney bianc si petit que ses pieds traînent presque dans la neige. Les chevaux sont en train de manger. Comme je suis moi-même à cheval, ils me laissent approcber sans se déranger, et je peux tout à mon aise les voir opérer. La nourriture qu'ils recherchent de préférence, dés qu'il fait froid, c'est le bu/falo grass, une petite herbe toute courte qui, de loin, ressemble à de la mousse et pousse par larges plaques. C'est évidemment leur odorat qui les guide, car on les voit chercher, le nez à terre, puis ils grattent la neige avec le pied, et quand la pointe de l'herhe apparaît, ils achèvent de la dégager avec les lèvres. De malheureuses bêtes qui sont obligées de faire tout ce travail pour se procurer à manger devraient n'avoir que la peau et les os. Elles sont cependant dans un état superbe : leur poil, heureusement déjà long, est luisant comme si elles étaient pansées.

Elles se laissent réunir par les boj/s sans trop de difficulté, puis on les pousse lentement dans la direction du corral. J'ai déjà décrit ces grandes enceintes

qui leudent tant de services dans les ranchs. Nous en avons qualre de dimensioDS diCTéreulGS qui commu- Rii|i]enl les uns avec les autres. Dans le plus grand, qm a cent pieds de diamètre, on garde les animaux qoî allendenl leur lour de passer dans un autre plus petit où se fait la marque.

On commence par les poulains. Il faut d'abord les séparer de leurs mères, ce qui n'est pas commode. Enfin ils sont tous dans un des petits compartiments du corral. On ouvre la porte qui le fait communiquer avec celui où doit se faire la marque, l'^lea, à peu près, la grandeur et la forme de la piste d'un cirque. Au milieu se lient l'un des boys, â clievat, debout sur ses étriers ; il fait tourner autour de sa tête le lasso en cuir tressé dont l'extrémité est fixée au pommeau de sa selle. C'est une jolie petite pouliche noire qui est entrée la première en bondissant des quatre pieds, comme un clievreull. Aussitôt la boucle du lasso est venue s'enrouler autour de son col. Elle saule en arriére, le nœud se serre, ses naseaux se gonflent, elle tombe comme une masse. Ou lui lie aussitôt les pieds, on lui applique le fer rouge sur l'épaule et on l'envoie rejoindre sa mûre, qui, pendant l'opération, a deux ou trois fois essayé d'escalader les barrières pour venir la rejoindre. C'est une magnifique jument noire qui doit être une bien bonne poulinière, car elle est suivie d'un yearling et d'un poulain do deux ans.

On a bien vite terminé la marque des poulains. On passe ensuite aux chevaux : mais alors se présente une grande difficulté. D'ordinaire, quand on veut abattre un cbeval, on le force à prendre le galop : puis on lui lance le lasso de telle sorte que la boucle arriie horizontalement, et tout près de terre, au moment où les

t\S LK COEinAl..

(leui pieds de deirani sont en l'air. En relomhant sur lu sol, ils s'engagent dans le nœud, qu'on resserre brosijuement, ^cu\ ou Irois hommes s'alle.ilent alors à la corde, l'animal fail des bonds énormes, interrompus quelquefois par une culbute compk^fe; puis il finit par tombersui leilanc: mais il est impossible d'opérer de la sorte avec des trotteurs qui n'ont jamais qu'une jambe en l'air à la fois.

Heureusement, Raymond a, dans ce moment, un boy merveillens. C'est un garçon d'une Irentaine d'années, nommé Harvey, qui a la réputation d'être le meilleur roper (jeteur de lasso) du pays. C'est lui qui nous a tirés d'affaire. Il a été vraiment étonnant. On faisait entrer chaque cheval, qui, effrayé, se mettait à trotter en rond autour du corral, cherchant une issue. Harïey, debout au centre, ne le quittait pns de l'œil, Il suffisait que l'animal fit une simple foulée de galop pour qu'il fut pris. Plusieurs fois même, ne pouvant pas trouver une seule irrégularité dans leur trot, il eut recours à un autre moyen. 11 laçait un pied, puis, sans faire force sur le lasso, il attendait. Au bout d'un instant, le cheval s'arrêtait. Alors, d'un coup sec du poignet, il faisait une boucle par tenc, devant l'animal, qui était pris du moment qu'il y mettait son second pied.

Comment de malheureuses bétes, ainsi traitées, ne se cassent-elles pas les jambes? Voilà ce que je ne comprendrai jamais. Il y en a qui sont tellement énergiques qu'elles se relèvent deux ou trois fois, bien qu'ayant les pieds de devant attachés, retombant par terre comme des masses. Cependant il n'y a presque jamais d'accident sérieux.

En général, et quoi qu'on en dise, les cow-boys se servent assez maladroitement de leurs lassos. Je n'en

HE Al X BUFFLES.

ai jamais vu aucun ijui fui comparable k Harvey. Il est tellemeat gracieus (juand il opère que je suis resté plus de deux Leures, les pit'da dans la neige, sans me lasser d'adinirer ses petits talents. Comme tous les grands artistes, il a voulu varier ses effets. Il y a dans la bande une douzaine de cheiaux dont on a commencé le dressage; ceux-là se laissent approcher el même brider sans difficulté. Pour les abattre, Harvey a employé un procédé (]oe je trouve merveilleux. A Paris, les létérinaires ont des bascules qui leur per^' mettent d'abattre les clievaus sans le moindre dangei Miiis il n'y a pas un propriétaire qui n'ait eu un moment d'angoisse en voyant opérer les vétérinaires de campagne, car ceui-ci n'ont pas les mêmes ressources et sont obligés d'employer les entraves. C'est pour ces propriétaires que je veux décrire par le menu le procédé d'Harvey. En ce qui me concerne, je suis bien décidé à ne jamais en laisser employer un autre quand il s'agira de mes chevaux.

Voici donc comment il s'y est pris. 11 mettait au cheval un licol muni d'une corde longue de trois ou quatre mètres. Puis il faisail un nœud ù la queue de l'animal. Si la queue était trop courte, il faisait avec une ficelle une forte ligature au bout des crins. Il passait ensuite le bout de la corile au dedans de ce nœud et lirait à lui. Le cheval se trouvait aussitôt plié en deux, le nez au bout de la queue. Il le faisait alors tourner sur lui-même, Le mouvcnienl ne tardait pas à s'accélérer, et, en moins de deux minutes, le cheval se couchait de lui-même sur le tlanc, les jambes allongées; il ne s'abattait pas, il se couchait très doucement, je le répète; j'ai vu faire cette opération douze ou quinze fois : elle a toujours réussi.

Ces hommes sont réellement d'une adresse merveilleuse. J*ai lu dernièrement dans le Live stock journal la description d'une fête à laquelle j*aurais bien voulu assister. Les ranchmen des environs de Chayenne, voulant probablement encourager parmi leurs cow^ boys la pratique du lasso, ont eu Tidée, le mois dernier, d'organiser ce qu'ils ont appelé un cow-boy tournamenty un tournoi de cow-boys. On avait construit un grand cirque dans lequel on s'est livré aux exercices les plus variés. L'un d'eux devait être particulièrement intéressant. On introduisait dans l'arène une cinquantaine de chevaux, les plus vicieux qu'on avait pu trouver. Un cow-boy arrivait à pied, portant sa bride, sa selle et son lasso; on lui désignait, au hasard, l'un des chevaux, et il fallait qu'en moins d'un quart d'heure il fût sur son dos, après l'avoir au préalable, et à lui tout seul, abattu, bridé et sellé. C'était un véritable tour de force. Plusieurs cependant ont réussi.

Cet Harvey m'intrigue beaucoup. J'ai eu ce soir, après dîner, une longue conversation avec lui. Il a un ton et des façons qui sembleraient indiquer qu'il n'était pas destiné à devenir un cow-boy. Il doit y avoir un mystère quelconque dans sa vie. Je n'ai rien pu tirer de lui relativement à ses antécédents. Il dit seulement qu'il est né dans le Texas et qu'il n'a pas quitté la Prairie depuis l'âge de quinze ans. 11 parle couramment la langue des Sioux et celle des Pawnies. Il est teetota- ' 1er y ce qui est bien rare parmi les hommes de sa profession. Je lui ai proposé un verre de sherry; il l'a refusé obstinément.

tt Autrefois, m'a-t-il dit, je buvais du whiskey; je dois en avoir bu des tonneaux; mais je me suis juré à moi-même de ne plus jamais boire d'alcool.

SSB LU BBilCHË AUX BL'FFLES. ^H

Cela pous fait faire des choses qu'on regrette trop, n Il porte toujours un superhe revolver monté en argent. Il a dû s'en servir mal à propos. Avant de venir ici, il a travaillé pendant quelques mois sur le ranch du fameux BufTalo-Biil, qui se trouve à une centaine de milles dans le Sud. 11 n'a pas l'air d'avoir conservé nn bien bon souvenir de ses rapports avec lui. He is a fraud! dil-il. Nul n'est prophète dans son pays. Avaut d'être consacré grand homme par les Anglais, BuBFalo- Bill n'était pas un bien grand compagnon dans le sien»! De son vrai nom, il s'appelait Bill-Cody et exerçait lâj profession de chasseur et il'hidian Scout, c'est-à-diral qu'il servait de guide aux troupes dans les guerreW contre les Indieus. Quand on construisit le chemin d<» fer du Pacifi{|ue, la compagnie avait fondé dans (ood ses ateliers des cantines pour nourrir ses ouvriers^ Cody eut la fourniture de la viande qui s'y consommait^ Dans ce temps-là, il y avait encore beaucoup de bufiles^ et les bœufs, au contraire, étaient assez rares et sfl payaient en conséquence. Cody ne fournit que dfld buffles, qui ne lui coûtaient (ju'un coup de fusil. De Ifl son nom. Quand le chemin de fer fut construit, il a<fl restait pas beaucoup de burHes dans la Prairie, mauifl Cody avait mis de côté une assez jolie somme. Il l'enta ploya à acheter un ranch, dans lequel il perdit à peid près tout ce qu'il avait gagné. Il se lança alors dans I4H politique et acquit bientiM la réputation d'être unadmjw rable agent électoral. C'est h lui que la plupart defl hommes d'État du Nèbraska doivent leur électiottj Opérait-il pour l'amour de l'art? Ceisonne ne l'a j&3 mais cru. Ce n'est guère d'ailleurs dans les habitudefl des agents électoraux, pas plus dans le NébraakJ ga'aiïleura. j|

Toujours est-il iju'Jl y a (rois iiu (jualreans, se troiitant de nouveau à la tête d'une somme assez rondelelte, îl eut une idée lumineuse. Il ramassa une vinglaine des coW'boys les plus débraillés qu'il put trouver dans le pays. H y en a deux notamment : Bill-Bullock et Bill-Ciayton, dit Jerkiug-Bill, ([ui étaient la terreur de tous les bars de BufTalo-Gap et de itapid-Cily. Il s'assura également des services de trois ou qualre cotff-girls. L'une d'elles., Annie Duffy, iiabitait non loin d'ici avec sa mère, une veuve qui a un petit ranch sur la Plalle. 11 enrôla aussi quelques Sioux Chayennes et Ogalallas. Le matériel de la troupe so composait d'une trentaine de poneys et d'une dos vieilles diligences qui faisaient le service entre Pierre et Deadwood avant que le chemin de fer fût établi. Bittes et gens arrivèrent un beau jour en Angleterre, au commencement de la saison. Depuis deux mois, les murs de Londres étaient couverts d'afficbes annonçant que le célèbre Buffalo-Bill, la terreur des Prairies, avait bien voulu consentir h laisser respirer le petit nombre d'Indiens qu'il n'avait pas encore massacrés, pour venir se montrer, lui et sa troupe, au public anglais. Un immense terrain avait été disposé dans un faubourg de Londres pour le recevoir.

On y courut, Bill-Cody est, paraît-il, un très bel homme. Une foule de misses anglaises en devinrent éperdument amoureuses. Elles lui envoyaient des lettres incendiaires et ne manquaient pas une de ses représentations. Il fut obligé de faire savoir qu'il ne donnerait plus de mèches de ses cheveux, sans quoi il ne lui en serait pas plus resté qu'à tous les Indiens qu'il avait scalpés. Ses cow-boys eurent également un vif succès. Une demoiselle se sauva de chez ses parents pourvenir

LA BBECHE ALX SIFFLES.

tivre avec Tua d'eui. Quant aux cow-girls, lous li journaux ufGrmaiGnt que ces leslales refusaient joui nellement les plus grands partis de l'Angleterre.

ï.e spectacle par lui-même ne signiGait pas granil'cbose. Cow'boys et cow-girls se lieraient d'abord à quelques exercices variés, tels que lir à la cible, lancement du lasso, etc.; ensuite commençait le ilrame! Une diligence arrivai! sur la pisle. hesSioux, couverts de leur peinture de guerre et poussant des cris horribles, s'élançaienl à sa poursuite, s'emparaient des voyageurs et commençaient à les soumellrc aux tortures les plus savantes : mais les "gallantsn cow-boys arrivaient à leur tour; les Sioux étaient naturellement, vaincus, et tout && terminait par un grand défilé et quelques feux île Bengale.

Ce qu'il y a de plus drâle et ce qui montre l'extraordinaire badaudcric de nos chers voisins, c'est qoi UuOalo-Bill devint absolument le lion de la saison. Oi l'iuvilail à diner parloul, et les lettres d'invilatioi envoyées aux an très convives portaient en vedette tneet Baffalo-Uill ! Le prince de Galles lui donnait dei poignées de main toutes les fois qu'il le rencontrait, el quand la princesse de Galles venait à ses représeatations, elle prenait son bras pour retourner à sa voi^ ture. Sa Bile était restée au ranch. Il la iil venir, et il n' eut plus de garden-party élégant qui ne fût bonoré d| la présence de M"' BulTalo-Ilill!

Kien ne manqua à sa gloire! Elle traversa mémi l'Océan; el les citoyens proéminents du Nébraska. jusqu'alors n'avaient pas pris Bill-Cody bien au sérieu: sentirent si bien que cette gloire rejaillissait sur eux sur leur pays, qu'un beau jour le journal officie)

rÈit

\al annonça sa nominatio

ado de colonel dansl

LA BHKCHE ALIX DliFPLES. 2I>1

la milice et aux fonctions d'aide de camp du gouverneur! Je crois ijne lu cidiUtrilé de M. Francoiii date du temps de In lleslauration. Suppose; que ce despote qui aiail Dom Cliarles X se fût avisé de le nommer caporal. Avec quelle vertueuse indignation les Manuels de MM. Compayrë et Paul Bert ne signaleraient-ils pas aujourd'hui h la postérité une si odieuse prostitution des fonctions publiques : triste consé<|uencc de la corruption inliérente à un gouvernement monarchique et impossible sous un gouvernement répuLilicain !

Ce soir, il s'est produit un incident. Apri^s le diner, nous étions encore réunis dans la salle à manger, fumant au coin du feu, quand tout à coup nous entendons un tiipage épouvantable parta>it de la grande pièce où mangent les bommes, \^ous y courons. Tous les meubles avaient élé rangés le long des murs, et deux Indiens exécutaient gravement une danse de guerre qui me semtda tout d'abord avoir une grande af&nité avec la gigue anglaise. Les deux Indiens étaient simplement deux cow-hoijSj Billy Ackley et Dutch Gus, qui, entendant leur ami François j;e plaindre de n'avoir pas encore vu un seul Peau-Rouge, avaient voulu lui ménager celte petite surprise. Ils étaient du reste admirablement grimés. Itilly Ackley surtout était superbe. Tout s'est 1er miné par unedistrihution de wiskey.

30 octohre. — Me voici dans le puUinan-car qui va me ramener à Chicago, C'est le même qui m'amenait il y a quelques semaines avec mes trois docteurs. Ils sont déjà de retour en France. Leurs lettres, datées du Havre, me sont arrivées hier au moment oii j'allais partir de OuEfalo-Gap.

Il fait un temps splendide. La neigeacomplëlement

LA BRIiCHE M\ BL'FFI.ES.

disparu, ce qui est hien heureux, car mes dernières journées au ranch ont vli: très occupi^ps. Le matin, Raymond m'emmcndit faire de longues courses à cbelal. Cet été, im boy a découierl dans un petit vallon une source igu'on ne connaissait pas. Il va falloir y établir une pelile maison el y défricher quelijues ares de terre, sans quoi un fermier pourrait bien venir s'y éta- à blir. [1 en est déjà venu hiiil ou dix qui se sont établis | sur les bonis du French-Creek , el leurs clôtures i menacciil d'en barrer le passage à nos animaux. Heureusement, les bords sont encore libres sur une longueur de près d'un mille. On va y établir un des boys (|ui occupera la place. Les chevaux de la nouvelle bande se montrent très tranquilles. Ils trouvent sana doute que l'herbe est meilleure ici qu'à leur ancien ranch. Un poulain de deux ans s'est fait écraser par | (ine locomotive : mais la compagnie paye sans trop se [ foire tirer l'oreille.

Pendant que Raymond, gênerai ménager, Iralle ces J graves questions, ses camarades ne sont pas inaclifs. On s'est laissé surprendre par les premiers froids : on | ne sera pas surpris par les seconds. Tous les matins, Def... part pour la forèl avec deux hommes et troUJ chariots, et il en rapporte des troncs de sapin qui soaCj destinés à s'en aller en fumée à travers la chemiaêe^i Toutes les forêts de ce pays-ci ont été brûlées à untf' époque quelconque; et, à la suite de ces incendies, U^ reste toujours d'éuormes souches hautes de dix quinze mètres, à moitié carbonisées, mais qui resleatj debout. Ce sont celles-là que l'on préfère pour le cbanf-T fage.

Pendant ce temps-là. M... prend très au sérieux seti ïonci'iona de maîtresse de maison. Les sacs de farinBP

Là BRÈCHE AL'X BUFFLES. 263

et les boîles de conserves s'accumulenl dans le grenier. Le cellier est bourré de pommes de terre ; leS navets, les choux et les carottes sont mis en silos, Nalnrellement, la gelèe de l'autre jour n'a rien laissé dans le jardin. C'est l)icn dommage, car il y avait encore des masses de melons merveilleux et de polirons délectables. Ils font maintenant la joie de Marat et de son intéressante famille.

Dans ce singulier pays, les poules exigent aussi des soins spéciaux. Elles gèlent dans leurs poulaillers, pendant l'hiver. Il faut leur creuser de petites caves oit elles se réfugient pendant les grands froids : et malgré celle précaution, presqui; toutes perdent leur crête. On ne se figure pas quelle étrange figure cela donne aux coqs.

Les deux gars ont été mis en demeure de dire s'ils voulaient rester ou s'en retourner au pays. Le gars Leboucq, consulté le premier, a déclaré «. que bensùr c'était un pays ousqu'il n'y avait guère de cidre, mais que c'était un bon pays tout de même et qu'il resterait tant qu'on voudrait avec ces messieurs ». Il a même demandé sî l'on ne pourrait pas faire venir son frère, qui lui a écrit pour lui dire qu'il voudrait h ben venir aussi n .

Il paraît qu'autrefois, du temps de Robert Guiscard, les gars normands aimaient beaucoup les voyages : mais ce goût-là leur avait bien passé. Il y a trois ou quatre ans encore, les .américains avaient toutes les peines du monde à trouver quelques gars qui consentissent à accompagner leurs chevaux plus loin que le Havre. J'éprouvais moi-même quelques difficultés à en trouver. Maintenant j'en aurais cinq cents en deux jours, rien que dans quatre ou cinq cantons, si je les voulais. Quand je suis dans le pîiys, il en vient tous les matins

HËCKF, AL'X QLFFLES.

L qua

qui me liemandeiit tie les emmener. Mais ce qu'il y de plus curieux, c'est qu'ils commenceiil h faire ài voyages poui- leur propre compte. J'ai découvert cel l'autre jour.

U» de nos fermiers me faisail voir son écurie. On se Sgure pas, à moius de les avoir vues, ce que soal maintenant les écuries de certains fermiers percherons. Dans une seule ferme, près d'Alençon, on m'a moniré une fois cent quatre-vingt-quinze chevaux, dont bien peu valaient moins tle 3,000 francs. Le fermier a 42,000 francs île fermages, et il m'a moue qu'il faisait chaque année de 15,000 à 20,000 francs dcréclame dans les journaux de Cliica<jo. Il a commencé avei presque rien el porte toujours la blouse. In autre m'aavoué que, depuis qu'il fait ce métier, il avait déjà éti obligé de donner plus de 200,000 francs de pom boires aux înlerprètes des Américains.

L'exploitation de maiire Magloire F... est moi; importante, cependant il a toujours en moyenne uni trentaine de chevaux. Je fus donc assez surpris de voîi beaucoup de stalles vides.

— Oh! oh! dis-je, il paraît, maître Magloire, qui vous avez déjà livré bien des chevaus,

— Mais non , monsieur le baron ! je n'en avons point livré! Je n'avons point pu nous entendre avei ces messieurs Américains! Alors le gars Cénéry, — Ift! gars Cénéry, c'est son fils, — le gars Cénéry, entendu dire que les chevaux se vendaient bien dangi ce moment-ci, la-bas en Amérique, dans un pays-doDt'i je ne savions pomi le nom, mais j'allons vous le montrer : je l'avons par écrit, il est parti, il y aura demaii huit jours, avec su chevaux. Il pense revenir dam quatre ou cinq mois! Ahl il a bcn de la sortie

eS^H :la^l

LA BKtCHE Ati\ ULFFLES. Î65

gars Cénéry! J'étionB point comme lui à son âge! |

Un inslanl après, il me mon trait ce petit bout d'écrit: le pays (\b son [ils, un jjarçon de vingl-deiix ans, était allé ait petit bonlieiir, sans autre renseignement qu'ua bruit recueilli sur un champ de foire, c'était Buenos- Ayres !

Ce qu'il faut noter, c'est que ces voyages ont une excellente indiience sur tous ces jeunes gens. Cela leur ouvre l'intelligence; ils voient ce que c'est qu'une vraie république et reviennent tous réactionnaires enragés, i

l,e gars Sostbéne s'est exprimé à peu près dans les mêmes termes que son compagnon. Cependant une de ses sœurs se marie en novembre, et il voudrait bien aller h la noce. Il est donc décidé qu'il va repartir : je crois qu'il s'est laissé effrayer par le froid de l'autre jour. J'avoue que je le comprends jusqu'à un certain point, et que je ne conçois pas comment les cow-hoys peuvent y résister. Raymond me disait que, l'année dernière, il avait en un jour l'imprudence d'approcher lin clou de ses lèvres ; il fut obligé d'arracher la peau quand il voulut le retirer. Lorsqu'on bride un ebeval, il faut mettre le mors pendant quelques instants dans de l'eau chaude avant de l'introduire dans la bouche. Il n'est pas très rare de voir des cow-bot/s mourir de froid. Jusqu'à — 30°, ils continuent leur service; mais quand le thermomètre descend plus bas, personne ne sort plus. Les animaux se tiennent immobiles au fond des vallées, ne citerchant même plus à manger. Ils vivent de leur graisse. Aussi ceux qui sont maigres au commencement de l'hiver meurent-ils inrailliblemenl.

Du reste, ce n'est pas seulement dans le Far-West qu'on a à supporter des températures aussi invraisemblables, c'est dans tout le nord des États-Unis. Un de

. BRÈCHE Ar\ BIFFI.ES.

nmarades, commandant un transatlantique, me raconlait que, l'an pnssé, il arriva en ruAe de New-York un jour qu'il faisait très froiJ. Il alla chercher le mouillage autjuel on attend la vîsile de la santé. Arrivé à son rclèvemenl, il commande: u Mouille! n L'ancre oe lomhepas. Pendant la nu il précédente, il y asait eu du gros temps : les embruns lombes sur le liossoir s'étaient congelés : il fallut casser à coups de masse deux ou ■ rois tonnes de (glace pour que l'ancre, qui pèse certainement mille ou douze cents kilogrammes, glissât sur J son plan incliné. I

hesmalheureux fermiers, nos voisins, qui demeurent ' le long du French-Cieek et de Lanie-Johnny-Creek doivent, eux surtout, soulTrir cruellement dans leurs maisons ouvertes à Ions les vents. Chaque matin il en passe quinze ou vingt devant notre porte, allant chercher leur provision de bois dans la forêt. La plupart demeurent à vingt-cinq ou trente kilomètres. Il leur • en faut au moins une trentaine de chariots, car ce bois 4 hnile étonnamment vite, et dans ce pays-ci la charge M d'un chariot est bien petite. Ils sont donc obligés de ' consacrer près d'un mois de leur travail, c'est-à-dire de leur revenu, rien qu'à l'acquisition de leur combustible. Comment peuvent-ils se tirer d'alTaire? ■

Du reste, plus j'étudie ce pays-ci et plus j'acquiers ■ la conviction que la réussite d'un émigrant qui vient V s'y établir avec peu ou point de capital, pour faire de l'agriculture, est purement et .simplement une affaire de chance. Si la localité dans laquelle il a pris sa préemption devient importante; si, pour une cause ou une autre, la population y afflue, il se trouvera quelque compagnie ou quelque spéculateur qui lui donnera un bon prix de ses terres pour les réunir à d'autres et en

faire une grande propriété, ou pour y bâlir une ville. Mais, en altendant, il n'aura fait que vivre, et vivre d'une façon très précaire, si les années soni passables; si elles sont mauvaises, il y a gros à parier (|a'il ne pourra pas lenir; il empruntera à 18 pour 100, el, un beau jour, il sera obligé de partir. II n'en était pas de Oléine il y a quelques années, mais avec les pris actuels des produits agricoles, un petit propriétaire ne peut pns vivre.

J'en ai encore eu la preuve l'autre jour. Celait le lendemain du dégel. 11 avait u citu de l'ieau e pendant la nuit, comme on dit en Normandie, el la neige était presque fondue. Dans l'après-midi, j'eus la fantaisie d'aller chasser. Je descendis la vallée pendant deux ou trois milles, et puis, attachant mon cbeval à un buisson, je me mis à battre les fourrés qui sont sur le bord du creek. Il paraît que le froid a fait revenir les poules de Prairie, car en moins de deux heures, mon chien en a fait lever huit ou dis compagnies, et j'ai pu faire une assez jolie chasse. Je me disposais à revenir, quand j'ai vu un homme à cheval qui arrivait sur l'autre rive du ruisseau, dans lequel il y a pas mal d'eau dans ce moment-ci. Il poussait devant lui deux vaches et un veau, el cherchait à les faire passer de mon càlc. La première ne lit pas de difiiculté. Mais, à peine entrée dans l'eau, la seconde, celle qui avait le veau, parut tout à coup cban<jer d'avis : elle remonta tout à coup sur la berge et partit au galop dans la direction par laquelle elle était venue. Voyant l'embarras de son conducteur, je lui lis signe que je me chargeais de garder celle qui était de mon côté et qu'il pouvait courir après la fugitive.

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