LES SONNEURS
continuateur de Morice. appelait la langue bretonne « un jargon grossier qui ne parait pas pouvoir se prêter à la mesure des vers, » et cela, au moment où l'Arniorique chaulait par toutes ses voix ces adorables poésies qu'on a récemment publiées! Le plus judicieux des contemporains, M. Daru. s'imagine avoir caractérisé le peuple breton en disant que c'était « une nation pauvre, simple, et même un peu sauvage. » Enfin. M. de Koujoux, le descendant du bon d'Argentré. déclare n'avoir rien à démêler avec les origines, les monuments, la topographie et les usages de la Bretagne '
Hâtons-nous d'ajouter que ces questions d'origines, de langue, d'institutions, de mœurs et de coutumes, viennent d'être discutées, et la plupart résolues, par des écrivains dont nous sommes lier d'avoir partagé les travaux. LeGonidtC a emporté dans la tombe la consolation d'avoir réhabilité scientifiquement l'idiome de nos pères. M. Brizeux. notre Virgile, a exprimé dans une coupe grecque la poésie la plus exquise de la Bretagne ; les waggons peuvent maintenant écraser les fleurs de nos bruyères, le poëmc de Marie eu portera les parfums à la postérité Personne n'a oublié les remarquables analyses échappées en trop petit nombre à la plume de M. de Carné. Les Dernier* BrelOti» de M. Souveslrc sont, avec le Voyage pittoresque de Cambry, le tableau le plus complet de la Bretagne psychologique La galerie de Perrin, commentée par M. Alexandre Bouel. est une esquisse amusante de la vie privée îles Armoricains. Le Gnhmvuc'h de M. Dulilhol n'a pas la réputation qu'il mérite. M. Alfred de Courcy a coulé en bronze le type breton dans quelques pages qui survivront à bien des volumes. — Les études historiques ont marché de pair avec les éludes poétiques et morales. Nous ne parlerons pas de M . le vicomte de Chateaubriand, celle gloire sans tache donnée par la Bretagne à la France, ce véritable roi de notre siècle, dont l'histoire, la poésie et la litléralure suivent le drapeau sur la roule de tous les progrès, comme les soldats d'ivry suivaient au champ d'honneur le panache blanc de Henri IV. Qui ne sait par cœur les pages si vraies el si belles de Velléda et des Eludes historiques ? A l'édifice indiqué par le maître chacun a dignement porté sa pierre Outre les publications locales dont la liste serail trop longue. M. Duchalellier a relevé les faits caractéristiques de la révolution en Brelague ; MM. Mellinet et Gtiépin ont lait parler les archives de Nantes, qui nous a donné aussi les romans de M K. Ménard; M. Lehuérou, dont la mort est un malheur pour la science, a porté la lumière dans la nuit de nos origines ; M. de Fréininvillc a épuisé le muséum de nos antiquités, et tiré Du Guesclin tout entier de son tombeau On ferait des volumes avec les précieux articles prodigués par MM. le comte de Blois, Le Bas tard de Mesmeur, de Kerdauet, Pol de Courcy, les docles éditeurs el annotateurs du nouveau Dictionnaire d Ogée, les rédacteurs de la Itevue de l'Armannitc et de la Revue hretonne, et tant d'autres à qui notre estime esl plus fidèle que noire mémoire '. H en est deux que nous nommerons les derniers, parce qu'à eux appartient le dernier mot sur la Brelague : on a reconnu M. Aurélieu de Couroon, qui a trouvé tout un monde dans nos archives; el M. Hersart de La Villemarqué, le docte et
' Quant aux historiens français qui nous ont servi »!<• guides, nous «lovons citer, après II, do Chateaubriand, MM. Augustin et Amédéc Thierry, Guizot, Faune). de Sisinondi, Il Martin et Michclet. — Nous n oublierons pas enfui de remercier M. A. Charguéraud, le digne secrétaire de M. Mouteil, qui n bien voulu devenir le noire, el mettre à noire disposition cette sagacité ptiente et ce coût éprouvé qui ne tarderont pas à produire quelque Ik»ii ouvrage
poétique révélateur des Chants et des Contes populaires. iNotre vieille amitié doit à celui-ci un tribut tout personnel pour les chants inédits, et d'un intérêt si national, dont il a enrichi notre publication.
Mais si chacun de ces écrivains s'est emparé d'une portion de notre histoire ou de notre pays avec l'autorité du talent ou de la bonne volonté, personne n'a encore résumé tant d'études spéciales par un travail véritablement général et complet, assez étendu pour tout comprendre, et assez resserré pour devenir populaire Voilà justement le vide que nous avons essayé de combler. Que les auteurs dont nous avons cité les noms, que ceux dont le souvenir nous échapperait en ce moment reçoivent donc ici nos remercîinenls fraternels. Nous avons comme eux fouillé la mine historique, épuisé les sources originales, interrogé le sol de la patrie, consulté les archives des familles ; — et quelquefois peut-être uotre avis différera du leur : mais, nous en faisons l'aveu sincère et public, sans leurs ouvrages le nôtre eût été impossible: ils se reconnaîtront souvent dans nos pages, et ce n'est pas de là qu'elles tireront leur moindre prix Puissions-nous parvenir à populariser leurs idées en même temps que les noires!
11 nous reste à exposer l'ordre cl la méthode qui ont présidé à notre composition : l*L* Bretagne ancienne comprend toutes les luttes politiques de la Bretagne indépendante contre les Bomains, contre les Francs, contre les Normands, contre les Français jusqu'à la réunion à la couronne. La Barbarie, les Temps héroïques, la Féodalité, la Chevalerie, les Croisades, l'affranchissement des Communes, la pierre du Bien Public, toutes les querelles des ducs de Bretagne et des rois de France, tiennent dans cette première période. On y verra la France sauvée trois fois des Normands et des Anglais par le Breton Nominoé, parle Breton Du Guescliu, par Bichemond, duc de Bretagne; 2" La Bretagne moderne embrasse les luttes religieuses et morales de la Bretagne française, pendant sa lente incorporation à la monarchie : le soulèvement de la Ligue, soulèvement tout national en Armoriquc, la promulgation de 1 Édit de Nantes, les troubles administratifs sous Louis XIV et sous Louis XV, le rôle des Bretons dans nos expéditions contre l'Angleterre et la Hollande, la révolution de 80, les guerres de l'Ouest; enfin, le tableau rapide et précis des mœurs et des monuments, des paysages et des costumes de la Bretagne contemporaine.
Ou voit par quel lien continuel notre histoire de Bretagne tient à l'histoire de France. ■ Je recommande surtout à nos écrivains, dit l'auteur des Eludes histori- </mc«, les annales particulières et les coutumes de nos provinces; c'est là, qu'avec la Vie des Saints, pour les premiers siècles de notre monarchie, se trouve la véritable histoire de France. » Nous espérons que notre livre confirmera ces paroles du maître, et qu'on ne le fermera pas sans en avoir tiré quelque lumière sur notre histoire générale, en même temps que la connaissance particulière de la nation bretonne
1 Nous ilrvons nous expliquer sur l'orlhopraphe des nom» propre*, ou sujet de laquelle nous avons longtemps hésité. .Nous voulions la restaurer d'après les litres originaux, quand nous avons vu que celait marcher à la contradiction ou à l'impossible. La plupart tics noms bretons ont varie de siècle eu siècle, non-seulement dans les histoires, mais dans les chartes politiques et les actes civils, — au point que les descendants de nos meilleures familles historiques ne se reconnaîtraient plus dans les véritables noms de leurs aïeux Hamcner ces noms à l'exactitude radicale serait donc les rendre aussi incompréhensible* pour ka modernes qu'ils le seraient aujourd'hui pour les anciens Or. écrivant un livre
Enfin, si on nous demande quel système nous avons suivi |>our arriver i la vérité, à travers les opinions passionnées et contradictoires,— notamment sur le terrain brûla ni de la Bretagne moderne, *— nous répondrons que nous avons, en effet, un système exclusif, inexorable, et qui est tout entier dans les deux mots inscrits en téte de cette introduction : Coxsciesck et myyr. foi. C'est le double mérite rjtie nos critiques les plus sévères ont toujours reconnu à nos ouvrages: ils le reconnaîtront encore à celui-ci ; car nous arborons à cet égard la devise de nos aïeux : Mai.o mobi qi am fo:dabi ! Nous appartenons, d'ailleurs, par notre âge. par notre éducation, par nos croyances religieuses, à cette génération qui marche vers l'avenir en s'appuyant sur le passé, qui n'a rien à renier de ce qu'elle a dit, rien à désavouer de ce qu'elle a fait, qui a de l'enthousiasme pour toutes les gloires, du mépris pour toutes les bassesses.de la vénération pour tous les dévouements, de l'indulgence pour toutes les erreurs, des sympathies pour toutes les infortunes. Nous n'oublierons jamais que la Bretagne fut grande par sa foi et par sa fidélité, autant que par son courage et par son indépendance ; que. si on a brisé sa vieille épée dans sa main, elle en lient encore la garde, dont la forme est une croix ; et que, pour repousser tout autre symbole de civilisation, cette garde retrouverait les tronçons épars de sa lame.
français et non pas un livre critique, nous avons «lu sacrilier nos se ni oui r s de philologue, et nous avons •suivi l'orthographe consacrée par l usage : msrm ur. mus. Cette orthographe n pour elle lïneinrablr puissance du fait accompli, contre laquelle M. Augustin Thierry lui-méinc n'a pu prévaloir. Notre langue est une grande coquette qui revient d'autant moins sur ses caprices qu'ils sont plus déraisonna- Ides, et notre nation est trop amoureuse île la gloire pour lui reprocher d'avoir mal baptisé les grands hommes. « A moins qu'un ordre exprès du roi ne vienne, » on continuera de dire et d'écrire Charleinagne et non Karl le Grand, Quimpcr et non Kemper. C'est un mal saris doute, mais c'est un mal incurable. Nous avons d'ailleurs prot«>sté entre parenthèses, aussi souvent que nous I avons pu, et. •% cou- de l'orthographe moderne de chaque mot important, les linguistes trouveront les diftrrenles leçons de l'orthographe primitive
A la suite de cet envoi, en divers entretiens qu'il n'oubliera de sa vie, l'auteur de la Bretagne ancienne et moderne a reçu de M. de (Chateaubriand, non-seulement l'authentique aveu qu'il sollicitait, non-seulement ces bons conseils du maître et ce cordial adieu du Breton, source de force pour le disciple et de joie pour le compatriote; mais encore cette lettre que nous envoyons « comme une bonne nouvelle à tous ceuv du pays » ' i>ar ré zo ennc.er keloc mad), cette lettre, la meilleure et la plus belle illustration de notre Bretagne, en faveur de laquelle elle établit une exception si nationale et si flatteuse.
A M. PITRE-CHEVALIEH.
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Je voudrais bien pouvoir vous écrire moi-même; mes souffrances el mes aimées me contraignent à dicter ce peu de mots. Je ne suis pas digne d'une dédicace, cl jusqu'à présent je n'avais voulu en accepter aucune; mais que ne ferait-on point pour notre commune patrie? Comme chiélien, je vous demande une prière, et comme breton, nu souvenir.
Recevez, je vous prie, avec l'expression de mon admiration pour vos talents . cello des sentiments que vous m'avez permis «l'avoir pour voire personne.
i) Il AT K Al Hit I A M).