‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 4 sur 103 · VA · texte numérisé non relu

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Au dire des premiers, qui adoptaient les fictions grecques, Hercule, revenant d'Afrique, après avoir séparé Calpé et Ahila d'un coup de main, passa par la Gaule où il épousa la nymphe Celto, et donna ainsi naissance aux telles, pères des Bretons.

On sait l'amour de l'antiquité orientale pour les symboles, et l'on reconnaît dans cet Hercule la personnification des premiers civilisateurs que l'Asie envoya à l'Europe. Du reste, les fables phéniciennes ont en, grâce à Bochart, leur moment de vogue scientifique: car les philologues des seizième et dix-septième siècles trouvèrent des rapports grammaticaux entre les langues grecque et latine et celles qui les avaient remplacées dans l'Europe barbare; mais, comme il arrive souvent, on tira d'un fait vrai des conclusions fausses. La parenté des races celtique et germanique avec les familles grecque et latine est admise à bon droit par la science: mais nous ne sachions pas que personne encore ait prouvé leur filiation '.

La tradition troyenne a intrépidement dressé \mo liste de rois armoricains, depuis Ascagnc jusqu'à Conan Mériadec; elle n'a d'autre base que cette rivalité générale qui faisait de toutes les nations des sœurs de l'ancienne Rome : la Gaule aussi voulut se dire soror fl œmula Rowœ: elle avait pour cela de meilleurs titres qu'une généalogie fabuleuse.

Nous ne parlerons pas des braves légendaires qui sont remontés sans lacune jusqu'à Noé, affirmant qu'il débarqua de l'arche aux bords de la Loire " ; — ni de ceux qui ne se sont arrêtés qu'au père des hommes, faute de pouvoir rétrograder sans hérésie au delà du paradis terrestre*.

Il nous tarde de quitter les rêveries de l'imagination pour les découvertes de l'histoire.

On a remarqué que les généalogistes bretons se tournaient instinctivement vers l'Asie: là, en effet, la (ienèse a placé le berceau du genre humain: là s'est opérée, aux anciens jours, la dispersion des races, en même temps que la séparation des eaux . Notre histoire, ainsi que toutes les autres, doit remonter vers cette source originelle. «On n'a pas vu sans surprise, «lit Lehuérou. que des sons qui se répètent depuis deux mille ans dans les chaumières de la basse Bretagne et du pays de Halles, se conservent depuis trois mille dans la langue sacrée des pagodes de l'Inde. Les inductions physiologiques sont venues confirmer les comparaisons grammaticales, et ce fait précieux reste définitivement acquis à la France : que les races celtiques, comme presque toutes les races occidentales, appartiennent à la famille indo-germanique*;» qu'elles sont descendues, en suivant te cours du soleil, des vastes montagnes de l'Asie centrale.

• An» TiiiNKM «nvi iis«niomn, XXX { l'ari*, l.V*); in-folio — Chom>tii Ommm„ IV. — J -C Scaliger*M Cusis uxu USIMi XIII (Paris, I5W,. — Cuatiuî, tr.«l Coumii, j>. 7C> — * I*. Bin'. AsTiot rtf nr. i.»HnrT».\r 1 Nanti », 1T«H0 : in-l") — » Nicolas Viçnicr, Kt»t or i» i-rmr. llr.rT«-.\r. \< iO — k l.fhtn'-mn. Oair, ('.ht . SWTf IfcjLT n'<W». i Itrnnrs. Mollion).

LA BRETAGNE ANCIKNNI-. H

Ainsi, à défaut d'autres lumières, la philologie est devenue le flambeau de l'histoire; la longue chaîne qui unissait jadis l'Orient et l'Occident avait été brisée par le bouleversement des empires, on en a retrouvé les anneaux épars parmi les racines «les langues mortes et vivantes; et ces anneaux, pousses comme par une attraction magnétique, se sont rapprochés d'un bout du monde à l'autre. «La race bretonne, dernier débris de la race celtique, se lie donc au berceau du genre humain, — non point par les Syriens, les Arabes, les Phéniciens et les Hébreux. — mais par les Humains elles Grecs, par les Germains, par les Slaves, les Arméniens, les Perses, les Médes et les Indiens l. »

Maintenant, à quelles époques, par quelles causes et par quels chemins eurent lieu ces grandes migrations? C'est ce que les historiens débattront longtemps encore, grâce à la rareté des matériaux et à la confusion des noms de peuples. Pour débrouiller à notre tour cette confusion, nous commencerons par poser deux principes :

1" Les Cimmérieus de l'Asie, les Cimbres et les Celtes ou Gaulois de l'Europe sont des tribus d'une seule et même famille, dont le nom n'a fait que varier suivant les temps cl les lieux ;

2" Les Germains dont parlent César. Pline et Tacite ne sont pas un autre peuple que les Scythes dont parle Hérodote.

P Quand le nom commun des Cimbres et des Cimmérieus ne démontrerait pas leur identité, celte identité résulterait de l'opinion presque unanime des anciens historiens. Strabon l'admet d'après Éphore et Posidonius, qui vécut eu Gaule comme on sait*. Diodorede Sicile s, Cyprien* et Plutarque 5 n'en ont jamais douté. Ce ne sont pas les récentes observations de M. Hitson ' qui peuvent ébranler de pareils témoignages. Quant aux Cimbres défaits par Marius. les mêmes historiens y voient également des Celtes ou Gaulois. C'était d'ailleurs l'avis de tous les Humains : « Marius, dilCiccron, repoussa les multitudes galloises qui allaient inonder l'Italie 7. Le fameux bouclier cimbrique de Marius représentait un Gallois tirant la langue : Pictum Gallum in Mariant) scitto. » Le nom de Hoïrig, roi des Cimbres. n'est-il pas un nom gaulois? Enfin, Pline rapporte, d'après Philémon, que les Kimbri appelaient leur mer Morimamsa ; or, Morimarusa conserve encore dans la langue celtique le même sens qu'y attachaient les Kimbri de Philémon.

2T L'identité des Scythes et des Germains repose sur des preuves non

• l.ehuerou, Orne. Celt. — O'IKggm's, Celtic Diums — Pidet, m: l'Afvimté ots lasgcfj». — Sclilegel, I'k* »« SruicHF., etc. — Klaproth, Asm PonrcLiirri. — EùholT, fa», m usons i»k i. Europe avec: i.e *»**jiit — Kennedy, Reieaiu.he* m the affîmty or tue i.a>ciucf< or As.iv asd Ernop», etc. — Ainédéc Thierry. Faune! — * Strabnn. Geoc , Vit, 2, § 6 — 3 Ilio.lor .nrB. Astmj .V, 9 — » App. Alexaiul . i.e Brtiocivai, I; i* lixinit . IV — » Mut., i> Maiuo, XI. — « Hilson, An.xals or tue Caledumaxsi Édim , IS-2H — ' De P*o»i.v i osstl , XIII. . Marius uillucitlcsùi Italiani Gallorum nmiinas copias repressit »

moins concluantes. Les noms des colonies soumises par les Scythes, dan* leurs expéditions, ont été presque tous portés par des tribus germaniques. Ptoloinée (livre III, 5) place des Sajtluv Al au m ou Aluni entre le Buget la Vistule : et cite plus loin, parmi les tribus du même peuple restées en Asie, des Aluni, de Sussnues, des Suebi. des Chnttv. Le nom de Germa'ms. dit Tacite, était nouveau de son temps; il n'appartenait pas au corps entier de la nation. Bref, Pline déclare en propres termes que les Sarinaleset les Cerinains s'étaient d'abord appelés Scythes : «Scytlumtm notnen ustjuenuuque truusit in Snrmutes uU\ue (iermaiws 1 . »

On s'étonne qu'avec de tels éléments de simplification, tant de savants historiens se soient égarés, en prenant des différences de noms pour des différences d'origines. Kchappés heureusement à cet éeueil, nous allons voir les deux principes que nous venons d'établir éclairer comme un double phare la marche des deux grandes familles celtique et germanique, sinon depuis l'Inde elle-même, du moins depuis l'Asie centrale jusqu'à la (■aule armoricaine.

« La Celtique, dit Plutarqtic s'étendait de la Mer Extérieure et des climats septentrionaux situés dans l'est, aux Palus-Méolides et à la Scythie

politique Les Celles habitaient aux extrémités de la terre, près de

l'Océan hyperboréen. dans un pays couvert de bois presque inaccessibles aux rayons du soleil, et si vastes et si profonds, qu'ils allaient se joindre à la forêt Hercinia.» Cette prodigieuse forêt avait soixante journées de longueur, et couvrait tout le centre de l'Europe.

Or. quelque mille ans avant Jésus-Christ, chassés de cette position par le« Scythes, leurs voisins, dont l'empire n'était guère moins étendu*, les Celles. qu'Hérodote nous montre le premier sous h- nom des Cimmériens *, se divisèrent pour ainsi dire en deux torrents. Les uns se jetèrent sur l'Asie Mineure, brûlèrent Sarde5. Lphèse et le temple de Diane", et effrayèrent tellement le roi Midas. qu'il but du sang de taureau pour leur échapper7. Les autres, tantôt vaincus, tantôt vainqueurs, tantôt envahissant, tantôt envahis, passèrent le Tyras (Dniester) et poursuivircntlcur course d'orient en occident. Toujours harcelés par les Scythes, au temps de Strabon. ilserraient dans la Germanie actuelle. Pline en place sur la Méditerranée et dans la Cbersonèse cimbrique. Tacite et Ptoloinée les retrouvèrent plus tard silice dernier point. Ils semèrent de leurs colonies la Crimée, la Thrace, les frontières de la Macédoine, l'Illyrie, la Pan non ic, l'Adriatique, les revers des Alpes eTdes Apennins* jusqu'à laCampanie, où Strabon les établit près de /

1 Plin , lim N»t , IV, 25 - * Vit m M» mu, XI — 3 sir«»Min. Geug., I — Hérodote, II. 3." — AB«n«oii(jr»>, V. 1 1 18 — » lli'rodole, IV, Il — »ln , f. 1«*> — " Gallimaih . ll**> i> Hum — 7 Strabon, doc., XIII - ■ Strabon, VO. t. £4 - Apofen, ■> lu»* — PlolonuV, II. 15. — Antonio, Liwhal F»»ie. IV — Solin. X

L \ Itll KT Mi N K ANCIKNNK. IS

la ville «le Parthéuope l. l/i plupart de ces peuplades «peinte* cl tatouées» que les historiens font errer dans l'ancienne Europe appartenaient aux (iiimnéricns. Mêlés ensuite aux Germains-Teutons, près d'Aix et de Ver-

ceil, leur invasion commune, repoussée par Marins, l'ut peut-être, «lit PtUleur des Origines celtiques, Poacillaliou mourante « de cel immense mou- \ ement qui avait ébranlé l'Asie et PEurope '. » Enfin, de plus en plus pressés pur les progrès des ticriuains, qui étaient parvenus;» s'étendre du Rhin a la Vistule, lesGeltea-Cimmérienstombèrenl sur laGaule, occupée par lesCellca- (laulois et Relies (sans parler de* Au, ni lai us, étrangers au\ uns et aux autres).

Les Ccltcs-lîau lois étaient, sans aucun doute, venusde P( trient, connue les Cellcs-Chninériens: car, outre l'autorité des textes cités plus haut, on trouvait chez ces deux peuples tous les rapports de physionomie, de religion, de langue et de mœurs, qui constituent la fraternité des races; mais il serait impossible (|<> dire à quelle époque les premiers avaient précédé les seconds «lans la (iaule : cette époque remonte évidemment au delà des temps liistoriqnes. Quoi qu'il en soit, lorsque César franeliil les Alpes, cinquante-huit

' sirali . V, lo, g '1 — ' LHiuéruu, iMimrlIc Atitina iHKjé», I"' partie, pape t*2

14 LA 6&ETAI.M: AN Cl EN SE.

uns avant Jésus-Christ, les Celles se trouvaient, par la fusion des Ciininériens et des Gaulois, enfermés dans le territoire de la Gaule et de la Grande- Bretagne. C'est laque nous allons les voir, acculés à l'Océan par les légions roinaines.se détendre jusqu'à l'arrivée des derniers Germains : les Francs et les Savons, et clierclier alors un suprême asile dans les rochers de l'Armoriqueel du pays de Galles, où leurs descendants se reconnaissent encore à leur antique langage.

Telle est à peu de chose près, nous en avons la conviction, la seule histoire probable de nos aïeux, qu'on les appclleCimbrcsavec les Latins, Cimuiériens avec les Crées, Cambrions el Kimris avec leurs traditions ualionales. Celles ouCaulois avec les ( ommentaircs de César. Kt ainsi s'éclaircissent. en sesituplilianl. nos origines nationales, ohscurcies jusqu'à ce jour par ces nuages de mots qui dérobent à la science le soleil de la Vérité.

Décidé à être clair et précis, avant tout, nous appellerons les Celtes de la Caule en général du nom de Gaulois, ceux de l'Armorique en particulier du nom de Callo-Kimris ou de Caulois armoricains, et ceux de l'Angleterre du nom de Cambricns ou Kimris, conservé dans leurs légendes ; — jusqu'à l'époque où les émigrés de l'ile d'Albion rapporteront le nom de Bretagne à leurs frères de la Péninsule.

Nous avons dit rapporteront, car nous pensons, d'après les textes de Bède, de Pline, de Tacite, des Triades galloises el des Bénédictins, que la Grande-Bretagne a reçu sa population première el son nom de quelque tribu de la Caule armoricaine.

Quant au sens même de ce mol Itretuijne ou Breton, voici les deux élymologiesqui ont le plus d'autorité. Suivant le Gonidec, Breton ou Brétonn. ou mieux Breizod, vient de bris qui signifie peint de diverses couleurs. .Nous trouverons, en effet, l'usage de se teindre le corps établi chez les Celtes-Gaulois comme chez les Celles-Ciminériens, et l'on a nommé Picti (peints) certaines tribus de la Grande-Bretagne et de l'Kcosse. Leluiérou prétend que Breton [Bnjllwn dans les traditions galloises) dérive de bro. pays, et de thon, thon ou den. hommes (hommes du pays, indigènes). Il ajoute que Kijmbri n'a pas d'autre racine. Les linguistes peuvent choisir.

On nous pardonnera la sévérité de ces premières pages, elles résument un travail de plusieurs mois, el forment la base indispensable de l'histoire de Bretagne. Cette histoire n'est pas un édifice à bâtir en l'air, et nous tcnions à gagner tout d'abord la confiance de nos lecteurs.

L'épais rideau des origines soulevé, la scène va s'ouvrir plus large el plus lumineuse, et l'intérêt s'animera bientôt par les événements. Mais commençons par l'étude la plus intéressante de toutes : celle des institutions, des mœurs et do la religion des Gaulois, et laissons parler, avec M. Michelel, les vieux historiens qui nous oui tracé leur portrait.

Les Caulois étaient grands el blonds, avaient la peau blanche, la lèfe

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