‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 81 sur 103 · RÉVOLUTION. - VENDÉE. - CHOUANNERIE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION. - VENDÉE. - CHOUANNERIE

Oh pcul dire que la révolution di' ITS'.i date, en Bretagne, du règne de Louis XV. Le duc td'Orli'\tns s'efforça vainement d'étouffer les sympathies bretonnes pour les quatre condamné de la conspiration de Ollamarc. Toute la province

pleurait en eux les martyrs des vices de In Régence, et l'honnête indignation

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018 LA RRETAUNE MODERNE.

de nos aïeux trouva bientôt un sujet d'éclater à propos tics nouvelles ririeurs «lu fisc Le due d'Aiguillon, gouverneur depuis 175,'), avait apporté eu Bretagne des vues d'organisation qu'on ne saurait blâmer en ellesmêmes, mais qu'il eut la maladresse de rendre vexaloires, et qui étaient au moins un peu prématurées. Au reste, en l'état des choses et des esprits, tout mandataire du gouvernement ne pouvait qu'être odieux aux Bretons. Le duc d'Aiguillon ne le fut pas à demi. Malgré l'utilité de ses travaux el de ses ordonnances pour la défense et l'armement des côtes, pour le percement des roules et le développement des communications, le peuple, qui payait chaque jour de ses vieilles franchises toute celte civilisation mo derne, ne vil là que des corvées et des dépenses de plus, des abus de pouvoir cl des projets d'assujettissement.

Le fait est que la Bretagne expiait les immunités de ITnion en subissant depuis Louis XIV les douleurs d'une véritable conquête, conquête administrative et légale, non moins pénible et difficile que la conquête à main armée. Ceux qui voulaient achever de l'incorporer à la France n'avaient pas tort, sans doute, au point de vue politique; mais au point de vue de la justice et du droit des gens, qui oserait blâmer les Bretons d'avoir défendu les clauses du contrat de la reine Anne, jurées par tous les rois et tous les gouverneurs à leur avènement? Ajoutons que les deux pays, momentanément rapprochés, allaient s'écarlant de plus en plus depuis la Régence. Tandis que la France, avec son incrédulité nouvelle et son vieux despotisme, courait de vice en vice et d'excès en excès à l'abimc de 1795, la Bretagne ne demandait qu'à conserver le régime vraiment libéral, la foi sacrée et les mœurs naïves, qui faisaient encore sa force après quatorze siècles. Celle race énergique et pure, accouplée à celte race usée et corrompue, rappelait le supplice inventé par Mezcncc. Aussi verrons-nous, dans les guerres de la Vendée el de la Chouannerie, le vivant rompre avec le mort au point de combattre la renaissance de celui-ci.

En attendant, le lien se relâchait de jour en jour. En vain la descente des Anglais à Saint-Cast, en 1758, vint donner raison aux mesures du gouverneur. Les Bretons retrouvèrent leur courage conlre l'étranger, et se rangèrent autour du duc d'Aiguillon pour remporter un de leurs plus beaux triomphes. Une poignée de paysans et de gentilshommes rappela, au Guildo. la gloire desYhermopyles.cn arrêtant toute une armée d'Anglais; mais, après la victoire, on accusa le duc d'avoir faibli dans le combat. Il se vengea p.ir des rigueurs, et recueillit le mépris avec la haine. La demande du u sol pour livre, » augmentation d'un vingtième sur l'impôt, vint mettre le comble au mécontentement. Les Étals furent muets quatorze jours et prirent la parole pour refuser. Le gant était jeté et relevé; la lice était ouverte.

En ce même temps, pour que la Bretagne donnât tous les exemples d'indépendance, un îles chefs du parti libéral, le procureur général du

LA BHETAUNE MODERNK. Bl»

parlement, Caradcuc de La Chalotais, dénonçait comme antisociales les constitutions des jésuites, appuyés du gouverneur par contradiction. Attaquée à la fois par toutes les puissances de la terre, la colossale compagnie ébranla l'Europe en tombant; mais elle entraîna ses plus fiers ennemis dans sa chute. De ce nombre furent La Chalotais, son (ils, et trois conseillers du parlement, qu'on transporta de Saint-Malo à la Bastille. — Ils étaient allés jusqu'à prendre corps à corps le duc d'Aiguillon, l'accusant tout haut d'exaction et d'arbitraire; et le parlement, de plus en plus allier, leur avait lait écho dans ses remontrances; La Cbalotais emprisonné, cl ses écrits brûlés par le bourreau, le gouverneur triompha par la force ; les Bretons payèrent l'impôt, le sabre sur la gorge... Mais la victoire devait rester au magistrat qui lançait par-dessus les murs de sa prison sa défense avec ces mots vengeurs : « Écrit avec une plume faite d'un cure-dent, de l'encre faite avec de la suie de cheminée, du vina'ujre et du sucre, sur des papiers d'enveloppe de chocolat1. » Voilà le caractère breton dans toute sa vigueur. C'est ainsi que Moreau cl M. de Chateaubriand, seuls debout sur l'Europe abattue, tiendront tétc à Napoléon.

Celte lutte du parlement est un terrible drame. On se battait avec bonne foi des deux parts. Personne ne voyait encore derrière le rideau la guillotine de 93. — L'opinion publique réclama si hautement pour La Cbalotais contre ses persécuteurs, qu'il fallut le déclarer innocent et condamner le duc d'Aiguillon. Mais aussitôt, de ce gouverneur déchu une courtisane lit un ministre; et tous les parlements furent cassés. Telles étaient les chances de l'époque.

Trois ans après, Louis XVI monte sur le trône, avec toutes ses vertus et toutes ses faiblesses. Les parlements sont rappelés. La lutte recommence. La monarchie jette son dernier éclat dans la guerre d'Amérique, où ellemême donne aux peuples le sigtial de l'affranchissement. Le Breton Du Couëdic s'immortalise dans celte guerre par le combat de la Sutreillante, que Du Guay-Trouiu n'eût pas désavoué (1779). La philosophie descend des palais aux maisons et va frapper aux chaumières... La mine révolutionnaire est creusée sous la royauté par les vices de la cour. Ces mots de liberté et d'ÉGALiTÉ, qui vont soulever le monde, retentissent comme un tocsin dans les livres et dans les discours, dans les villes et dans les campagnes. Ne pouvant comprimer l'explosion , Louis XVI veut la diriger, et le roi éperdu consulte son peuple. — Voici les Notables réunis. Voici enfin les Etats-Généraux, avec leurs cahiers terribles, où grondent les doléances de dix millions d'hommes. Cette assemblée, la plus imposante des temps

' Le fils cl le compagnon de captivité1 de l'homme qui, sans le savoir, appelait ainsi la Révolution du fond de son cachot, devait mourir sur lèchafaud, victime de celte révolution même. — Tels sont les jugements du peuple, — ne valenl-ils pas l»icn les jugemcnls de tour?

modernes, ouvrit la nouvelle ère, le 5 mai 1789, — dernier jour du régime féodal, qui avait duré dix-huit cents ans.

La Bretagne n'avait pas attendu ce grand jour pour protester contre la Révolution qui allait engloutir les franchises et déchirer le contrat de l'Union. Dès l'année précédente, elle avait adressé au roi, aux ministres, aux notables, au gouverneur de la province, comte de Thiard, à la France entière, ces paroles irréfutables, prononcées par l'héroïque comte de Bolhcrel, procureur général au parlement de Rennes : o Spécialement chargés par les gens des trois étals de veiller à la conservation des constitutions de la province, consignées dans les anciens contrats, nous déclarons réclamer formellement l'exécution du contrat de mariage du roi Louis XII et de la duchesse Anne, qui porte expressément que nos droits, libertés, franchises, coutumes, eu fait d'église, de justice, de chancellerie, etc., du peuple comme de la noblesse, seront maintenus ainsi qu'au temps des anciens ducs de Bretagne. »

Cette protestation souleva un orage terrible à Rennes : la Révolution devait commencer en Bretagne avant de commencer en France. Thiard força l'entrée du parlement à la tète de ses grenadiers. La nationalité bretonne, incarnée dans ses magistrats, se laissa frapper sur son siège d'hermine, comme le sénat de l'ancienne Rome. Le peuple lapida le gouverneur et l'intendant en pleine rue. Le président de Catuëlan et ses conseillers furent mis en arrestation. De Rennes, l'incendie gagna les ville» voisines. Les protestations partirent de tous les points de la province. Cette insurrection de la féodalité bretonne contre la royauté constitutionnelle fut certes une des principales causes de la chute de celle-ci; l'infortuné Louis XVI se trouva écrasé à la Ibis par le passé et par l'avenir. Les députés qui portèrent les remontrances de la Bretagne à Paris y reçurent un triomphe public. Ce triomphe enivra le parlement et le fil aller trop loin. Quand il voulut revenir sur ses pas, il n'était plus temps. Réveillée par tant de cris d'indépendance, la bourgeoisie avait déjà dépassé la noblesse, et les communes inconstantes s'étaient retournées contreleursdéfenseurs. Ce fatal revirement fut l'œuvre du ministère. Ignorant la portée de ce qu'il faisait, il imagina d'affaiblir la Bretagne, en la divisant à force d'intrigues, de libelles et d'espionnages. Il crut faire impunément du libéralisme dans ce pays de la féodalité patriarcale. Li bourgeoisie, excitée contre la noblesse et le clergé, les abandonna tout à coup. Naguère exalté à Rennes, le comte de Bolhcrel se vit outragé à Quimper. — Idolâtre hier du parlement, la foule cric aujourd'hui : A bas le parlement! Un bourgeois jette sou bonnet de laine à la tète du procureur général. — « Vous allez vous enrhumer, mon ami, » lui dit froidement Bolhcrel '. — Et, aussi calme devant le despotisme du peuple

' Cri illustre nom Je Botlierel, un Je< plus chers à l i Bretagne, n'a pis Jé?énéré Je nos jours. |.< p. til-n. veu Ju procureur sréiiéral <lu parlement, M. le coinle Itollierel Je h Rivlouitière aujourJ lun

que devant le despotisme du roi. il renouvelle, en face de la multitude égarée, le serment breton : — Potiiis mort quàm fœdari!

Mais déjà la faute du gouvernement était irréparable, et la question nationale disparaissait sous la question révolutionnaire. Au lieu d'éteindre un feu partiel, les agents du ministère avaient allumé un incendie général.

Oui, cette révolte ouverte du tiers-état conlre la noblesse et le clergé, cette dévolution enfin qui, en broyant la monarchie, devait aboutir au régime de la Terreur, — elle commença réellement aux États et dans les rues de Rennes, en janvier 1789.

L'animosité réciproque alla si loin, que, suivant un Mémoire publiépar la noblesse, on aurait proposé aux bourgeois de Rennes d'égorger tous les nobles qui étaient leurs hôtes. Un jeune Rennais, surnommé par Louis XVI lui-même Omnes-Omnibus, alla soulever les bourgeois de Nantes, qui vinrent en armes assiéger les gentilshommes aux Cordelicrs. La session des États fut close, et les deux partisse séparèrent ; mais le signal de la Révolution était donné. A l'exemple de Rennes et de Nantes, les villes s'enflammèrent de proche en proche. La traînée de poudre alla rejoindre Paris, et la Bastille sauta du coup. Les Malouins voulurent en faire autant de leur château. Les clubs se formèrent de toutes parts. — Le tiers-état se déclara assemblée nationale. La Constituante commença ses travaux de nivellement parla division départementale de la France, l'abolition de la noblesse et la constitution civile du clergé. Puis vinrent la fuite et l'arrestation du roi, les journées d'émeute et de massacre, la République proclamée par la Convention, les jacobins cl les sans-culottes, le jugement et la mort de Louis XVI, la disgrâce des Girondins, enfin le régime de la Terreur.

Dans la part active prise par la Bretagne au début de la Révolution, on a vu que la bourgeoisie seule et les villes avaient figuré. Comment les

contre-amiral, après avoir payé de son sang Ions ses grades sur vingt champs de bataille, a eu cet honneur particulier de représenter la valeur bretonne au service de la France, dans les Irois plus grandes affaires maritimes de notre époque : — à Trafalgar, à Navarin et à Alger. — A Trafalgar, devenu commandant de l'Algésiius. par la mort de ses chefs et de se* ainé*. le jeune de la Bretonnière reprit aux Anglais, avec les héroïques débris de son équipage, son vaisseau rendu la veille, désemparé de tous ses rnàts, — et l'amena dans la rade de Cadix, portant quatre-vingts prisonniers ennemis. A Navarin, il fit manœuvrer le Breslau avec tant de courage cl d'adresse, qu'il reçut les rcmercîmenls publics des flottes alliées, par l'organe de sir Edouard Codrington et de l'amiral lleidcn. Une distinction plus glorieuse encore lui était réservée. Blessé aux deux jambe.-) dans le combat, il Tut le seul capitaine français qu'atteignit le feu des ennemis. Enfin, commandant nos forces navales devant Alger et chargé des négociations entre Charles X et Hussein-Pacha, en juillet 18*29, M. le comte Bolhcrel de U Bretomiiêrc prépara par sa fermeté, par ses observations et par ses rapports que l'événement justifia tous, la brillante expédition qui nous a reudus maîtres de l'Afrique. Pendant les entrevues de notre honorable compatriote avec le dey, une circonstance étrange vint montrer à quelles petites causes tiennent quelquefois les plus grands événements du monde. Le dey eût consenti aux satisfactions exigées de lui, si la France eût voulu lui faire cadeau d'un brick. 11 lui fallait un brick, comme un jouet à un enfant. H. de la Brelonnicrc se refusa à ce caprice, estimant que l'Algérie valait mieux qu'un brick; et rembarqué le lendemain sur son vaisseau u Phovksce, il essuya, saus compromettre «on pavillon de parlementaire, tette canonnade barbare qui reçut pour réponse la conquête d Alger

paysans bretons eussent-ils attaqué cette noblesse débonnaire et ce charitable clergé, dont ils étaient moins les sujets que les enfants ou les frères, grâce à la longue paix qui avait resserré leurs liens de famille? Comment ces hommes, libres depuis tant de siècles, et plus réellement libéraux que les républicains, eussent-ils accepté cette liberté moderne qui venait s'imposer à eux, le couteau sur la gorge? La féodalité n'avait jamais eu pour eux, si ce n'est passagèrement, les rigucursqu'ellc avait eues pour la France. Les bienfaits même de la Révolution devaient donc leur rester étrangers ; et ses crimes les armèrent pour celte double guerre de la Vendée et de la Chouannerie, que Napoléon, dans son enthousiasme, appelait « la guerre des géants. » Ce n'est pas nous qui retirerons ce nom glorieux à cet épisode de notre histoire. Si jamais citoyens combattirent pour leurs autels et leurs foyers, nro arts et focis, ce furent les Vendéens et les Chouans, défenseurs de leur vieille foi, de leurs vieilles mœurs et de leur vieille liberté. Sans doute la fureur des représailles les emporta jusqu'à des excès déplorables: mais quelle guerre civile en fut jamais exempte? Seulement, comme ceci est presque de l'histoire contemporaine, et peut-être de l'histoire inachevée, comme plusieurs acteurs de ce drame sont encore vivants, et que la postérité commence à peine pour ceux qui sont morts, nous nous bornerons à effleurer un terrain si brûlant par une rapide analyse. On sait, d'ailleurs, que la guerre de la Vendée, ni même la Chouannerie, ne furent pas exclu- . sivement bretonnes, que le Poitou, le Maine cl l'Anjou y eurent une part considérable et décisive.

Le premier signal de l'insurrection de l'Ouest fut donné le 13 février 1791, dans la paroisse de Sarzeau ( Morbihan), par le comte de Franchevillc du Pclinec, ancien officier de marine, qui marcha sur Vannesavec ses paysans, au cri : Mi m âme à Dieu, mon corps au roi! admirable définition de toute cette guerre. Il fut repoussé, mais non pas sang gloire; car il laissa cinquante hommes sur le champ de bataille. Lui-même, après plusieurs années de luttes héroïques, devait mourir en 1796, dévoué au salut d'un chef breton, et léguant son exemple et son œuvre au comte Desilz et à Georges Cadoudal. — Le sang des victimes de Sarzeau fil éclore en Bretagne des milliers de soldats. La Convention se vit obligée de fondre les cloches pour les empêcher d'appeler les paysans aux armes. Les troubles ne cessèrent de renaître et d'être étouffés à grand'peinc pendant les deux années qui suivirent. Enfin, le 10 mars 1795, jour fixé pour le tirage au sort des conscrits appelés par la République, il se trouva encore assez de cloches pour sonner le tocsin dans plus de six cents villages de la Bretagne et de l'Anjou. A Saint-Florent, sur la Loire, les villageois enlèvent aux gendarmes leurs fusils et leurs sabres, mettent à leur tête le voiturier Cathelineau, ce saint de la Vendée, se joignent à une autre troupe conduite par Stofflet le gardechasse, et prennent Chollct à la garnison républicaine. D'un autre côté.

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Machccoul, Challansct Pornic tombèrent au pouvoir des insurgés de la côte, qui donnèrent malheureusement, en fusillant leurs prisonniers, un exemple que «les bleus» leur rendirent au centuple. Au sud, deux mille quatre cenls républicains sont battus à Saint-Vincent; les Sablcs-d'Olonne subissent un siège de cinq jours. Enfin, en moins d'un mois, tout le pays compris entre la Loire, la mer, le Thoué et la route de Thouars aux Sables, est en pleine insurrection... Cent mille paysans sont sous les armes, commandés par les seigneurs qu'ils ont mis de gre ou de force à leur tête. Dans le Marais, c'est Charclle, homme trop dur et trop éminent pour rester populaire; dans le Bocage, ce sont d'Elbéc, Lescure, La Roehcjacquelein ', héros depuis le cœur jusqu'à la tète; dans la Plaine, c'est Bonchamps, qui mourra en pardonnant à ses meurtriers. Sans autre uniforme que leurs costumes nationaux, armés contre les bleus de tout ce qui leur tombait sous la main;

tenant d'une main le sabre et de l'autre le crucifix, ou portant sur la poitrine un cœur surmonté d'une croix, ces soldats, improvisés comme leurs géné-

» On connaît la sublime haranpuc «le l.a Rochejacquelein h se* soldai! (nous n« nous rappelons plus à !|tielle Imtaille) : « Si j'avance, suivez-moi : si je roi ulc, tuez-moi ; si je meurs, venecz-moi. »

ram, se divisèrent en Irois grands corps, diriges par un conseil supérieur. Ils marchaient par paroisses, emportaient des vivres pour quelques jours, et regagnaient leurs foyers après chaque expédition. Inhabiles aux exercices militaires, mais excellents tireurs, ils avaient adopté d'instinct une lactique d'autant plus redoutable qu'ils n'eurent affaire d'abord qu'à des gardes nationales mal aguerries : à l'approche de leurs ennemis, ils se dispersaient en tirailleurs, et, à l'aide des mouvements du terrain, ils les ébranlaient par un feu juste et continu, puis ils s'élançaient sur eux avec de grands cris, et les enfonçaient ».

Après deux années de victoires et de définies également glorieuses (voir la note ci-dessous), la grande Vendée succomba à Chollct et à Beaupréau. sous les discordes de ses chefs, autant que sous les coups de ses ennemis. Toutefois, il lui restait encore une porte de salut : c'était la basse Bretagne. Mais nos héros n'étaient plus qu'une multitudedéroutée, ils passèrent vingt-six jours à se remettre, arrivèrent trop tard à Fougères, à l'ontorson, à Avranches, à Dol, et demandèrent à grands cris à retourner vers leurs

• Le soulèvement général et les premières victoire» de l'Ouest effrayèrent la Convention. Elle décréta une armée nationale, et lança sur la Vendée dit mille volontaires, uns compter la geiidirmcne. Mais d'Elbée hattil les uns à Coron cl à Beaupréau, et les rejeta au delà de la Loire ; 1. 1 Rncbcjarquclein délit les autres près des Aubiers, et les força dans Thouars après un combat furieux. Ces nouvelles enflammèrent les républicains du Midi, qui se lerèrenl eu masse. I . ■ Convention ordonna une levée de doute mille hommes « parmi les oisifs et les égoïstes, • un emprunt forcé sur les riches, et l'organisjtion d'un comité révolutionnaire dans chaque section. Mais la rigueur de ces mesures en parait si l'exécution ; et Sanlcrre ne put rassembler à Par» que le rebut de la populace, ces héros à cinq cents livre» qui ensanglantèrent si lâchement la haute Bretagne A partir de ce moment, la guerre bretonne et vendéenne fut un véritable massacre. Traqués et fusillés comme de* bêles fauves dans les marais, les paysans se vengèrent en tuant à Machw oui cinq cents prisonuiers. Bientôt, tandis que les jacobin* et les girondins se déchirent à la Convention, cinquante départements se trouvent soulevés contre l'aris. La Vendée proclame Louis XVII, forme sa grande armée royale et catholique sous les ordres de Cathelincau, défait de nouveau les républicains à Saumur, enlève cette ville d'assaut , menace de là Nantes et Tours, cl balance sérieusement la République aux abois... Ce fut alors que la Convention, devenue géante à son tour, écras-i les girondins, cl m» sauva par cette maxime de Danton : i de l'audace ! encore de l'audace! toujours île l'audace! » Elle eût péri cependant sous les coups de la Vendée, si nos paysans n'eussent échoué devant Nantes après un combat de dix-huit heures, où Cathelincau fut enseveli dans sa gloire. . . Dispersés par cet échec, ils trouvèrent encore la force de batlrc le féroce Westerminn et de rejeter une seconde fois les bleus au delà de la Loire, en se ruant, armés de leurs simple* bâtons, jusque sur la gueule des canons ennemis...

La discorde alTaiblissiil les républicains plus encore que leurs débites. Leurs soldats n'étaient, en ce moment, que des égorgeura sans discipline (Hoche n'était pas arrivé). Représentants et généraux n'avaient plus ni plan, ni concert, ni obéissance à leurs supérieurs, ni autorité sur leur* subalterne*. La Montagne échappa toutefois encore par l'audace, en se livrai.! « à cette fièvre de colère > qui sembla dès lor* son étal normal. Ce fut le moment de la levée en masse, de la loi des suspects, du maximum, de la violation des lombes de Saint -Denis, du jugement de Marie-Antoinette, de l'envoi des Maycnçais dans la Vendée, du culte de la Nature et de la Raison, du plein pouvoir du comité de salut public, en un mot, de cet horrible et gigantesque essai de régénération par h guillotine Ce fut aussi le moment de la destruction de la grande Vendée. Battus à Luçon pour n'être pas retournis i propos contre Nantes, les Vendéens prirent leur revanche sur l'incapacité de Rossignol et de Caudaux ; mais ils furent bientôt rejeté* eux-mêmes vers Chollet et vers Beaupréau, où, réduits i I étal de cohue (femmes et enfants, charrettes et troupeaux), ils se virent écrasés par trente-cinq mille hommes en bon ordre, el s'enfuirent arec presque tous leurs chefs blessés mortellement.

chaumières. Ils furent surpris au Mans par le jeune Marceau, qui fil une boucherie de dix-huit mille hommes, femmes et enfants. Les survivants s'enfuirent sous l'épéc de Wcstermann, de Laval à Anccnis, cl d'Ancenis à Savenay, qui devint leur glorieux tombeau. Là tout fut tué ou pris dans une bataille suprême, sauf un millier d'hommes qui se dispersèrent en Bretagne (22 décembre 171)3).

N'ayant plus le contre-poids de la Vendée, le régime de la Terreur écrasa toute la France. La reine, les girondins, Philippe-Lgalilé, montèrent à l'échafaud. La noblesse et le clergé désarmés ne comptèrent plus que des martyrs. Chaque province eut sa guillotine en permanence cl son proconsulbourreau. Celui de la BreLagne fut Carrier \ le pire de tous, qui (il subir à Nantes toul ce que peut imaginer un scélérat en délire : massacrant les habitants de vingt-deux communes soumises: fusillant et guillotinant, sans forme de procès, tout ce qui représentait un nom ou une pensée honorable; submergeant en pleine mer ces fameux bateaux à soupape avec des troupes d'hommes, de femmes et d'enfants; ajoutant à ces noyades les mariages républicains, qui consistaient à lier les victimes par couples des deux sexes, avant de les jeter aux gouffres do la Loire. Ce fleuve absorba tant de cadavres, qu'il fut interdit de boire à ses eaux corrompues. Toujours le sabre à la main, le blasphème à la bouche. Carrier, « ce Néron de mauvais lieu, » trouva de dignes complices dans les membres du comité révolutionnaire de Nantes, et des exécuteurs dans une troupe de bandits qui s'appelait la compagnie de Marat : vols, débauches, massacres, ces bètes féroces ne s'épargnèrent rien. Les Nantais accusés de fédéralisme furent l'objet de leurs fureurs comme les Vchdéons. et le nombre de leurs victimes a été porté jusqu'à quinze mille. Ceci n'était que la petite Terreur. Sous la grande Terreur, c'est-à-dire, sous Hobespicrre (1794), ce fut bien pis encore. Les tètes « tombèrent alors comme des ardoises. » Le mot est de Fouquier- Tainville. Eu un seul mois, les quatorze cents premiers noms de la monarchie montèrent à l'échafaud. Les dévouements et les courages furent à la hauteur des supplices. Les femmes criaient : Vive le roi! pour mourir avec leurs maris. On vit à Nantes une mère et ses cinq filles, jeunes et belles, condamnées sans jugement, attendre une demi-heure leur tour devant la guillotine, au bruit du couperet fatal, et puis monter à l'échafaud en s'appuyant les unes sur les autres, et en chantant le cantique des élus à leur entrée au paradis... La foule s'émut jusqu'aux larmes... Les plus cruels sans-culottes détournèrent les yeux... Le bourreau éperdu lit tomber les six tètes... mais il fallut l'emporter défaillant, et il mourut d'horreur le surlen-

» Le portrait de Carrier qui est en tetc de ce chapitre a été fait d'après un dessin pri« sur nature, à la Contention, par Robinot- Bertrand, auteur des statues de la Bourse de Nantes, et cité comme témoin dans le procès de Carrier Nous en devons h communication à M. le docteur Bodiclion, qui l'a reçu du lils de Bobinot-Bcrtrand. — On sent que, pour un tel homme, t'iuasTiurios n'est qu'une flétrissure.

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domain. La Hévolution, de même que ses exécuteurs, allait succomber sous ses propres excès.

Comme il arrive toujours, la guerre de brigandage s'était confondue en Bretagne avec la guerre de conviction. Les débris de l'année de Savenay n'étaient plus que dos bandes indisciplinées; — mais il leur restait deux ebefs habiles, Stofflol et Charclle, qui, bien que rivaux acharnés.surenl tenir tôle avec leurs camps volants aux colonnes infernales du général Thureau.

Cependant, depuis six mois déjà, un intrépide aventurier du Maine, Jean Coltercau, dit Jean Cuocan, avait donné son nom à l'insurrection de la basse Bretagne. Les gars lui obéirent d'amitié jusqu'à sa mort, et ne reconnurent après lui que les chefs qui leur convenaient ; car l'indépendance sauvage du caractère breton se retrouva tout entière dans la Chouannerie, et c'est ce qui la distingue si fortement de la Vendée. Là surtout, on fît la guerre rude et terrible, par tous les moyens et par toutes les armes, à l'antique façon de Warok et de Morvan. Les Francbcvillc, les Cadoudal, les Scepeaux, les Bourmont, les Puysaie. les Boisguy, et tant d'autres, étaient des tètes de granit servies par des bras d'acier. Si on ne leur avait opposé que la force cl la bravoure, on ne serait jamais parvenu à les abattre. — Mais on les affaiblit lentement en leur opposant l'adresse et la modération dans la personne du général Hocbe. Cbarette et Stofflel se soumirent ou feignirent de se soumettre les premiers. — Les Chouans tinrent bon plus longtemps... Hoche n'en vint à bout qu'en déployant contre eux les talents obstinés qui avaient assujetti les Vénètcs à Jules César.— Encore fallut-il. pour vaincre les Chouans comme pour vaincre leurs aïeux, tous les éléments déchaînés sur les ondes fatales de Quibcron '.

1 Voici le préds du désastre de Quibcron, d'après un écrivain qu'on ne soupçonnera pas de partialité pour les victimes, M. Lavallée, auteur de l'Histoire des Français. — « Le premier comité de l'iusurreclion royaliste siégeait a Paris cl s'entendait avec StofDtt et Cor mat in; le second, rival de l'autre, siégeait à Londres et s'entendait avec Charetlc et Puysaie. Iloclie lit échouer les projets de l'agence de Paris Mais Pitt, sollicité par Puysaie, prépara un grand armement. Une flotte portant trots mille six cents émigrés, quatre-vingt mille fusils, des uniformes, des canons, de l'argent, mit à la voile. Elle rencontra et battit une esc.idrc française à la hauteur de Belle- Islc. Puis, au lieu de se porter dans la Vendée, où Charetle avait repris les armes, elle se dirigea sur la Bretagne : elle débarqua dans la presqu'île de Quibcron, s'empara du fort Penthiévre, cl fut jointe par neuf i dit mille Chouans. La Bretagne fut vivement agitée ; mais elle détestait les Anglais, elle se défiait de l'absence du comte d'Artois : elle ne prit pas les armes Pourtant il y avait chance de la soulever, si l'on s'était jeté hardiment sur la route de Rennes. Pendant le temps qu'on perdait, Hoche rassembla de* troupes ; il marcha sur Quiberon, refoula les avant -postes des émigrés d»n« b presiu'ilc, et la ferma par une ligne de retranchements. Alors Puysaie, se voyant avec quinze i seiie mille hommes dm* une langue de terre, sans abri et sans vivres, résolut de reprendre l'offensive cl asssillit le» retranchements républicains; mais les deux troupes royalistes avaient été détournées de leur marche par les ordres de l'agence de Paris. Puysaie fut ramené par un feu épouvantable dans la presqu'île. Aussitôt Hoche escalada le fort Penlhièvre, les émigrés furent acculés à la tôte; l'escadre anglaise, battue par une tempête, ne pouvait avancer, i l'exception d'un vaisseau qui (soit fatalité, soit trahison), Ivilavait de son feu royalistes et républicains; tout se jeta dans la mer, où la moitié des embarcations périt ; il ne resta qu'un millier d hommes, débris de notre vieille gloire monarchique, qui se défen-

Après ce désastre, le directoire n'eut plus qu'à donner le coup de grâce aux géants de l'Ouest, aliandonnés par le comte d'Artois. Hoche triompha de Charctlc et de Stoftlct en les isolant, et en enveloppant la haute Bretagne dans un réseau de postes qui amenèrent une pacification forcée. Charctlc, traqué comme un lion dans les bois, fut pris et fusillé à Nantes. Lui-même, sans sourciller, commanda le feu. Stofflcl avait fini pareillement à Angers. Les officiers vendéens et bretons se retirèrent dans leurs manoirs, et les soldats dans leurs chaumières, en attendant le retour des princes, qui ne devaient point avoir pour eux In mémoire du cœur1...

Le système de Hoche, transporté dans le Morbihan, obtint les mêmes résultats. Et la Bretagne se trouva de nouveau incorporée à la France, après avoir laissé celte fois sur le champ de bataille ses dernières franchises ensevelies avec leurs derniers défenseurs*.

d.iient avec désespoir, lorsqu'un cri de : R e tidei- von > ! partit dos ranjs républicain*. Sur ce cri |uïls pouvaient regarder comme une rapiluU ionl , les émigrés pnsèniil le» arme», el Hoche référa du tort des prisonniers au gouvernement. » On sait comment l'impitoyable Convention tr.ihil l.i parole de son général et de ses soldats, en donnant ordre d'exécuter la loi contre les émigré*, et comment Tallien, envoyé en mission auprès de Hoche, f,i fusiller les sept cent ouïe émigrés qui s'étaient rendus. Celte horrible exécution eut lieu près d'Auray, dans un champ qui s'appelle encore le champ des hauttrs (juin, juillet et août 1705).

• Ces hommes si simplement héroïque» furent peut-être plus grands encore dans leur retraite et ■lans leur résignation que dans leur dévouement sur les champs de halaillc. Contents du triomphe de leurs principes, et lidèlcs à la Restauration qui les oubliait, véritables Ciuriunalus retournés à leur charrue, on les vit presque tous se consacrer nu bien-être de» paysans qu'ils avaient menés au cumhal — Nous en savons un, entre cent, a qui les caprices de la renommée n'ont point souri el que sa modestie empêcherait de re reconnaître à nos éloges, si nous ne le uommions pas eu toutes lettres C'est M. I.e Crand de la Lirayc, dont nous révélerons quelque jour les touchautes confidences. Après avoir prodigué le plus pur de ion sang et les meilleures années de sa vie à la défense de son Dieu el de son roi, fam autre récompense qu'une croix de Sainl-Eoui» cl des infirmités qu'il traite a la façon dont il Irailait les bleus, il vient encore de donner un de ses fils, soldat de Jésus, aux sublimes périls des missions delà Chine, el confiné dans son manoir du Rois-Blot, à Mauves, sous la garde Mtale de deux Antigones, il achève sa noble existence comme il l'avait commencée, en marchant droit devant llieu el en faisant du bien sur sa route... Ainsi finissent en patriarches la plupart des géants de la guerre de l'Ouest.

1 Nous ne clorons pas celte période sans placer en regard des héros de la Vendée :d'nhord le premier grenadier des années françaises, le fameux Correl de la Tour-d'Auvergne ; — et puis un des caractères le* plus purs, un des talents les plus élevés que la Bretagne ait fournis à la révolution : Pierre- Sébastien Boulay-Paly, natif d'Abbarotz, près Chaleaubriant, ce républicain de bonne foi. qui mérita les persécutions de Carrier. Successivement avocat à Rennes, sénéchal à Paimhœuf, administrateur de la l/>ire-Inférieure, commissaire du pouvoir exécutif à Nantes, député aux Cinq-Cents en 1798, lfoulay-Paty ne se distingua pas moins par son intégrité que pir son savoir, par la modération que par l'utilité de ses idées, notamment sur la législation maritime. Au 18 brumaire, il faillit élrc victime de sa fidélité à son mindal, et devint juge d'appel à Rennes. Il lit dans cette ville un cours gratuit de législation commerciale, publia de» ouvrages qui sont encore les flambeaux de la jurisprudence, et mourut ronseiller-doycn de la cour royslo, en sa terre de Dongcs, vis-à-vis Paiinhœuf, où vient de le rejoindre madame Roulay-Paty, femme aussi éminente par l'esprit que par le cœur.

En dépit de la loi qui veut que les hommes supérieurs n'aient point d'héritiers, l'illustre magistrat breton a laissé un fils qui h inore ion nom, même après lui : on reconnaît M. Evarittc boulay-l'aty, le poêle si savant cl si inspiré des Odes nationales, d'EuE Shnusr.n, de l'Arc de triomphe de l'Étoile, couronné avec éclat par l'Académie, et de nouvelles Odes, qui, à celte heure même, Pétèrent encore dan* les rangs de î.os meilleur* poêles lyriques.

Une gloire d'un tout aulre ?enre mirqiu la fin de la Révolution el la durée de I F.mpirc en Brc-

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