CONCLUSION
Quelques mots encore, et ce long travail sera terminé. Après avoir résisté de toutes ses forces à la France pendant onze siècles, la Bretagne lui prodigue depuis trois autres siècles son sang et son or, ses produits et ses enfants2. Eh bien.ee mème-éloignement qui avait maintenu son indépendant, Guiclan, Merlin. Talicsin, Ain m in, Lyiva h-Hen, qui vivaient nu cinquième siècle. Les œuvres en prose que nous onl Laissées les bardes sont les Tînmes el Tiunmoss utnnigcr.s, les CimoMoits mtioîules et les Comtes wwiuuiir* : vaste épo|iée «les (restes «l'Arthur et des chevaliers de la Table ronde, source de toutes les épopées chevaleresques du moyen âge.
• Outre les kloër el les mendiants, les meuniers, les tailleurs, les pillawer onl partagé l'héritage des anciens bardes. Ceux-ci représentent particulièrement la satire dans nos poésies populaires L'histoire y est représentée par des chants dont on ignore les auteurs et qui, chose remarquable, célèbrent les faits plutôt que les hommes, et le peuple de prélérence au\ rois. Les héros de ces chants sont des types abstraits qui personnifient la Bretagne dans ses luttes avec l'étranger. Les ballades historiques ou dramatiques s'appellent Gwem. On appelle Sose la ballade de fantaisie, la poésie intime, le chant d'amour. Le Sose est le plus souven l l'œuvre inavouée des kloër Ce nom s'applique aujourd'hui spécialement aux jeunes séminaristes de basse Bretagne Séporë à quinze ans «le sa famille, privé de sa longue «chevelure, mais non pas des sentiments qui lonl battre le cu'iir.'le tendre kloarek jette pendant les vacances, au\ échos du Léonnais, de la Cornouaille ou du pays de Tréguii-r, ses adieux aux plaisirs du , inonde, nui rêves de l'amour, aux joies du ménage. Les échos se renvoient eu les multipliant ces chants m«'lancoli«{u«'s. Tout le monde finit par les savoir, mais personne n'en connaît les auteurs. Kn général, rien n'est plus diflicilcque «le trouver la source d'une ballade en Bretagne Ia' poêle désavoue la confidence «le son cœur, avec cette pudeur virile dont nous parlions.
' II nous reste à citer nos écrivains, nos savants et nos artistes de ce siècle, qui ne sont déjà plus: Le Brigand, ce patient linguiste ; le peintre Valentin ; Perrin, «lessinateur «le la charmante Gainn niiiïuNM- M, \ Duval ; le voyageur Cainbry ; MM historiens llaru, Richer et Roujoux ; les légistes Carré, Gerbier, Thoullier. Le Graverant, Baudouin de Maison blanche; les ingénieurs Ojtanne; le cri tkpie Geoffroy : l'amiral Thévciiard ; l'historien littéraire Gingueité; le ptiy.sicien Rochon; les médecins Laëunec, Villermav, etc. ; Le Goniilec, le conservateur «le notre langue Nommons encore pour l'honneur qu'ils font à notre Bretagne «-1 pour tout ce que nous devons à leurs ouvrage! , nos historiens, antiquaires, philologues et savants: M Th Hersart de La Yillcmarqué, dont les aïeux vendaient leurs terres |K>ur se racheter à la croisade, et dont la mère est la dernière descendante de Rolland Gouiket , l'héroïque défenseur de Guiiigamp en 1488: MM. l-ehucrou, de Carné de Courson . de Fréminville, «le Pcnhouèt, llabasque. du Chalellicr , «le Blois, de Kenlanel , «le Mesmeiir , de la l'ilaye, Pol de Courcy. «le Kertli-el, Siounet , de la Forte maison, de l'Aistre; MM Mellim l el Guépiu, digues d'une récompense civique pour les monuments qu'ils ont élevés à Nantes : MM l> de Villeneuve el Maillet qui en élèvent un semblable à Bennes; MM. Ch. Cunat, Bio, Arnédée de Francheville. A. Marterillc, les abbés Poirier et Tlmn-au: MM. Bizeul. de La Pilorgerie, Maté, Gayol Uclamlrc, Lcvot ; — nos économiste^ critique* el moralistes : M. de Keratry, auteur du roman si populaire : le BEBmn MUMABOfli; MM. Ch Letellicr. de Coêllogon, M Kmile Souvestre, dont tout écrivain qui s'occupera de la Bretagne sera désormais l'obligé; X. A Bouet, dont on peut en dire autant ; M. Dufilhol, ilont le silence est une |HTle , M. A lliiqiu'snel, qui peut «Ihecn signant son IIistouie nu lettbes : Eviu MoxnuMU» ; M. Alfred «le Courcy, l'auteur du Biuton ; MM. «le Penlioeii, «le la Gourneiie, Vatar, lliehrlot, G <!«■ Bourgogne, Fd. Robinet, «lePompery, Bieffel, Lyon, Aubry, «le Kergiradee, etc.: les rédacteur* de M Revue Bretonne, de Li Revue d'Armoi ique et «le tous nos joui natix de Bretagne: — iKia poêles: M. Bi izeux.dnnt nous a1t<-nd«ns les BniToss comme un événement ; MM. «le La Morvimnais et dubïeil de M nzaii les poètes |iic«i-iiini"s «le la n iturc et de la rannliV : M hV>«il.iv-Pal\
dance, maintient aujourd'hui sa disgrâce, pour ne pas dire sa misère. Tous les hommes qui se sont occupés de noire pays, et ses calomniateurs euxmêmes, sont ici d'accord avec nous: la monarchie de François 1", de Henri IV et de Louis XIV, la llépubliquc et l'Kmpire, la Restauration et le gouvernement actuel n'ont rendu à la Bretagne que l'indifférence et l'oubli, en retour de sa nationalité, de ses privilèges et de ses franchises. Ces choses ne sont point des mots, mais des chiffres. Comptons, en effet. Jointe par un canal à Saint Malo, cette grande porte de l'Océan, Hennés devrait être une capitale opulente, et elle n'est qu'une pauvre basoche. Et Saint-Malo luimême, qu'a-l-on fait de ses escadres de corsaires, de ses négociants qui remuaient des millions, de ses marins qui touchaient à tous les bouts du monde? On en a fait des caboteurs desservant le port du Havre. Nantes appelle vainement à son secours au milieu des sables qui vont l'étouffer. Morlaix n'a que ses chasse-marées et son paquebot pour dédommagement de son commerce avec l'Espagne et l'Angleterre. Lorient a donné à la France la Compagnie des Indes : qu'en a fait la France, et qu'a-t-elle donné à Lorient 7 Une usine et un vaisseau-école. A-t-ou cherché à rendre à Vannes quelque ombre de sa splendeur antique? Allez admirer sur son canal les
notre exfellcnl poêle lyrique; M- Turquety, notre poète religieux; M. Violeau, notre poète chrétien ; M Du CleVux, notre poète catholique; MM. Il «le l'Orgeril, Il «le Léon, A Guérin, Jules .le Francheville, A Bourgeois , — nos romanciers : MM. llipp. Lucas, Menant, Corbière, «le Kcraiainguy . Leunodi Zaccone, «le Trobriand, M. Paul Féval, «le Hennés, qui vient «le révéler une des plus riches imagination! «le ce temps-ci; — nos écrivains et nos poêles celtiques, héritiers «les anciens bardes : MM T rondo, «le Cooabriaud, Laouenan, Gcstiu, M Briteux qui chante eu breton comme en français ; MM P. l'rouv Joubioux. Uouîien, les abbés Henry, Durand, licier» h, Lai-bouh-lto ; MM. Guiaouarn, «le Lczcleuc. Lédan, etc ; — no» peintres cl nos sculpteurs : MM l'euguilly, Mayei . Jugoh.t, Saint-Germain. Bloiidel, Suc. Ménard.cle Pourrions-nous oublier des hommes que la gloire nomme «léjà si haut : M llillaut . notre député : « Vin boscs HCOM l'EiiiTos, ■ comme les orateurs antiques; MM Biguon, Dubois. Lacrosse.de La Bochcjacquelciii, et tous ceux dont les noms nous échappent ; 1 héroïque général Lamoricière, I auiiral Le Ray. MM. Bedeau, Mermct, et tant d'autres braves! Kuliii, panni les hommes dé\oués aux progrès de notre pays, ne l'aul-ii pas nommer encore M de La HochejacqueUin. dont li s biteaux à vapeur ont vaincu les sables de la Loire: M. J -M. de Lamennais, qui distribue l'instruction à «le* millions d'enfants par l'organe des frères de la doctrine chrétienne; M. le comte de Franchi ville, qui implante avec tant de succès dans le Morbihan la culture du mûrier et l'industrie «les vers à soie, source incalculable «le bien-èlre pour les chaumières «le la Bretagne; M Achille du Clé»icux. poète eu action comme en parole, «|ui vient «le fonder, près «le sou chàleau de Saiut-llhn ( admirable et fécond exemple! ) une colonie religieuse, militaire et agricole.
I*. S. Nous retrouvons sur nos notes les noms suivants : Marine : De la Galissonnièrc, kerviiiil d'Urvilliers. «le la Mothe-I'iquol, Bisson. Boni saint, conseiller d'Ktat — GimnE : Los généraux < le ta Itiboissière.d Aboville.del'oinroi-reul. — Diioit et M m;istr iTrr.E : Linjuiuai*. Hello, conseilla à la «<>ur île cassation ; Agnès, «locteureu droit. Aubignier. — Médecine : Louyer, Fréteau de Nantes*, Chanlcl («le Bennes;, l'illustre physiologiste LcGallois, l'ellarin, Poup|»é Dosporles.Gillierl, Iknsseau, Hei lin ,,de rWgères).Griinauil. lluUMld.— Ciiihiiigie : tiareiigidl, Alloue!, Bu qu i (de Nantes). Jobert («le LauihauY) — Siemi.s smiiEUE.* : Le célèbre botaniste Deslontaiues, le docteur Caillaud («le Nantes). Dubuisson, le voyageur Savary, Le Maoùt (F.mrnanucl), l'ablié Mnupier — Llttiies: Le bibliophile Ouérard, Bobmel. Françiis («le Nantes). Caciult, lliugaut (de Dinan), l'abbé Manet, auteur d une Histoire de Bret.igne ; Borna rd («le Hennés), Germain Buisson (de Dinan). Chai les Lucas, inspecteur des prisons: l'aH»" TrcvaUX, chanoine «le Notre-Dame «le Paris ; l'abbé Carmi . Son! Dwl'orgcs. couseuh r à la mur royal' de Bennes, Le |iei»l «le Kérivalaul. Blanchard delà Mu*»e, Catherine De* Cartes, Klisa Mi-rta-ur, etc. — l'uni uni r:i «ioiim>iiuii<>.\ ; Fouillé, dm d 'oiranie. «-«mite Cm bière — Aur» : Aui ou •> <\
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LA BHET.UJNE MODERNE. fio»
tlotlcs qui disputaient aux Romains l'empire «les mers! Fougères et Vitré cherchent dans la poudre des décombres les morceaux de leurs couronnes de barons. Kt pourtant Fougères, on s'en souvient, était encore au quatorzième siècle une des plus riches cités de la Bretagne. lires! a son immense • arsenal et sa rade immense : mais cet arsenal es.t muet, cette rade est vide : et le commerce est allé ailleurs. Pontivv. qui a fait un si beau lève sous Napoléon, s'est réveillée grosse bourgade comme devant. Dol pleure encore son archevêque, et rien ne va la consoler dans ses marais. Dinan. avec son diadème de tours et de créneaux, ne vivrait pas sans les Anglais. On ne s'occupe de Quimper que pour rire, comme au temps du bon La Fontaine, de ses doléances annuelles au gouvernement. Ouant à Saint-I'ol-de-Léon, cette ville a été peinte d'un trait : Ce n'est plus que le tombeau de son évèquc. Et toutes ces villes et tous ces villages qui subsistaient du commerce des toiles? Saint-Bricuc, Guingamp. Moncontour, toutes les cités des Côlcs-du-Nord? Égorgées sans secours par la concurrence ! Et tout ce territoire Guérandais où le sel se changeait en or? lluiné par l'impôt, cet ogre sourd et muet !... Ces faits sont-ils vrais, oui ou non ?
Si nous avions l'honneur d'être entendu de nos chambres législatives, où l'on parle tant pour agir si peu, nous ne dirions point, comme le comte de Botherel : — Exécutez le contrat do la reine Anne, et rendez-nous nos Etats et nos libertés ! Non; ce rêve est au-dessus de notre courage et au-dessous de notre raison, car nous sommes de ces Bretons qui crient sincèrement :Yive la France ! Mais nous dirions: — La France, en adoptant la Bretagne, a contracté des engagements qu'elle n'a pas remplis. Bien loin de la traiter en mère, elle l'a traitée en marâtre. Après s'être approprié son noble héritage, clic lui a refusé sa part des richesses et des douceurs apportées par le travail commun dans la famille. Elle a vu dépérir ses cités et ses ports, ses villes et ses campagnes, sans leur venir en aide: elle l'a laissée nue et affamée sur son lit de rochers et de bruyères, sans lui donner les moyens d'en tirer une nourriture meilleure que son pain noir, un vêtement plus doux que sa bure et sa toile bise. Si la France ne veut pas que celle tille abandonnée se lasse de tant d'injustices, — et qu'appelée par ses gémissements, comme dans la ballade du Nord, sa véritable et vieille mère, celle Nationalité qui dort aux champs de Saint-Aubin et d'Auray, vienne à son secours en brisant la pierre du tombeau... que la France du dix-neuvième siècle paye enlin les dettes de la France de Louis XII; qu'elle n'oublie point que toutes les libertés données par elle à l'Armorique sont loin de valoir celles qu'elle lui a prises ; qu'elle imprime à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, au génie breton l'impulsion qu'ils attendent depuis trois cents ans. Qu'elle juge, par notre histoire passée, de ce que peut être notre histoire à venir : par nos écrivains et nos artistes , par nos marins et nos soldais, de ce qu'un peut faire «le nos service.»; par les jardins de Hoscoff, par les
rt,y> LA BRETAGNE MODERNE.
champs de Poil M' Abbé < pnr les chevaux «le Sainl-Brieuc, de ce que peuvent devenir notre sol et ses produits. Au lieu d'envoyer à notre province des garnisons qui lui font violence, des instituteurs qui lui prêchent l'incrédulité, des colporteurs qui la démoralisent, des industriels qui la volent, des fonctionnaires qui se regardent comme proscrits; au lieu de s'acharner contre notre vieille langue, nos vieilles croyances, nos vieilles mu-urs et nos vieux costumes; — qu'elle sache comprendre que la centralisation n'est pas l'anéantissement; qu'elle sache aimer celte variété de l'esprit celtique en Taec de l'esprit Français; qu'elle se serve de cette langue même pour l'éducation progressive de la Bretagne, où l'enseignement vole si rapide et si efficace sur l'aile de la chanson populaire ; qu'elle respecte notre religion qui est notre force, notre loyauté qui est notre gloire, noire patriotisme qui est notre vie, nos monuments, symboles de toutes ces choses, nos usages naïfs qui se raffineront trop tôt, nos costumes, cuirasse tombant pièce à pièce; qu'elle nous épargne la philanthropie et nous laisse la charité; enfin, qu'elle nous donne la science sans nous ôter la foi; qu'elle nous civilise sans nous corrompre... si ce n'est pas demander l'impossible !...