TYPES ET COSTUMES. - MOEUHS ET USAGES
Sauf les exceptions que nous avons signalées à Guérande. à Vitré et sur quelques autres points de la haute Bretagne, les types, les usages et les costumes de la Loire-Inférieure, de rillc-ct-Vilainc, et de presque toutes les côtes du Nord, sont les types, les usages et les costumes de la France. Ce qu'il nous reste à dire ne s'applique donc plus qu'aux anciens évêches de Tréguier, de Vannes, de Quimpcr et de Léon.
1 Albert le Grand raconte ainsi cette délicieux légende: « Environ l'un de grâce 1350, vivoit, au Urntoirc de Lc*-Neven, un pauvre garçon idiot, nommé Salaun, qui signiiie Salomon, lequel avoit l'esprit si grossier, qu'encore qu'il fust envoyé de lionne heure aux écoles, jamais il ne put apprendre autre chose que ces deux mois : Ave Maria ; lesquels il récitoit continuellement. Ses parens estons décédez, il fust contraint de mendier sa vie. Il faisoil sa demeure dans un bois, près d'une fontaine ; n'usant d'autre lict que la terre froide, sur laquelle il se couchoit, à l'ombre d'un arbre torlu, qui luy servoit de ciel et «le pavillon. Il estoit pauvrement vestu, deschaux la plupart du temps. Il alloit tous les matins à la ville de Les-Neven, où il entendoil la sainte messe, pendant laquelle il prononçoil continuellement ces mots : Ave Maria, ou bien, en sou langage : Iraovx gifiihex vari, c'esl-àilire : 0 dame Vierge Marie! La messe ouye, il alloit mendier l'aumosne par la ville de Lcs-Neven, puis s'en retournant à son hermitage, rompoit son pain et le trempoil dans l'eau de sa fontaine cl le mangeoit sans autre assaisonnement que le saint nom de Marie, qu'il répéloil à chaque morceau. Lorsqu'il faisoil froid, il se plongeoil dans l'eau de sa fontaine jusqu'aux aisselles, et y demeuroit longtemps, ( hantant toujours quelque couplet ou rhythme breton en l'honneur de Notre-Dame; puis, ayant repris ses accoutrements, il montoil dans son arbre, et, empoignant une branche, se bransloil eu l'air, « riant à pleine teste : 0 Maria ! ô Maria ! Les villageois du voisiné, voyant ses déportemens, le jugèrent fol, et ne l'appeloit-ou partout autrement que Salaun-ar-Fol, c'est-à-dire Salomon le Fol. Une fois, fust remontré par une bande de soldats qui couroient la poule sur la campagne, lesquels l'arrestèreul et luy demandèrent qui vive? — Je ne suis, dit-il, ny Blois ny Moutfort, nuis vive la Vierge Marie! A ci» paroles, les soldats se prinrenl à rire, et l'ayant fouillé, ne luy trouvant rien qui leur fust propre, le laissèrent aller. Il mena cette espèce de vie l'espace de trente-neuf ou quaraute ans. Enfin, environ l'au 1558. il tomba malade, et ne voulut, pour cela, changer de demeure, quoy que les habit ml., des village* circoiivoisins luy offrissent leurs maisons. Il demanda le curé de Guic-EUean, auquel il se confessa, cl, peu après, décéda paisiblement, le premier de novembre. Mais Dieu fisl paroitre aux yeux de tous combien cette dévotieusc affection qu'il portoit à la glorieuse Vierge Marie lui avoil esté agré.ible Car, comme on ne parloit plus de Salaun el que sa mémoire sembloit avoir été ensevelie dau s I oiibliance, aussi bien que son corps dans la terre, Dieu lit naislre sur sa fosse un lis blanc, beau par excellence, lequel répaudoil de toutes parts une fort agréable odeur: et, ce qui est plus admirablec'est que dans les feuilles de ce lis csloieul écrites en caractères d'or ces paroles : Ave Maria ! Le
Mi LA BRETAGNE MODERNE.
Los paysans île Tréguicr sont les Allemands de la basse Bretagne, comme l'a si bien dit M. Souvcstre : ligures avenantes et naïves, caractères insouciants, cœurs placides, esprits sociables, que la civilisation gagne rapidement. Mœurs et costumes vont s'effaçant de jour en jour sur cette marche bas-bretonne, à peine défendue par la langue que chantent les kloer.
Les Morbibaiinais ont gardé les mâles et rudes ligures, les mœurs sévères et belliqueuses, les habits sombres et flottants des Chouans leurs aïeux... Ils offrent quelques superbes races d'hommes; mais les femmes v sont régulièrement laides, à l'exception de celles des côtes, telles que les filles d'Auray cl celles des iles. 11 n'y a pas au centre de ce pays une pierre, une "fontaine, un carrefour, un arbre, un brin d'herbe qui n'ait son esprit surnaturel et sa légende plus ou moins druidique. L'habit du paysan de Vannes est à peu près l'habit à la française. La dimension ou l'absence des basques marque la diversité des cantons. Les couleurs foncées dominent presque partout. L'absurde pantalon détrône de jour en jour la braie gauloise. Mais le grand chapeau tient bon : les fils des Chouans aiment ce sombrero national. Les marins ont le costume de leur état : la veste et le chapeau de cuir; les femmes portent la taille trop haute, ce qui achève de les enlaidir, — toujours hormis les Alrécnncs et les îloiscs, qui se mettent fort élégamment. La plupart ont des jupes de dessous écarlales, très-pittoresques sous la robe retroussée. Leurs petits manteaux leur couvrent la tète et les épaules.
La Cornouaillc compte autant d'usages, de types et de costumes que de paroisses. Il faut renoncer à les détailler*. Les montagnards y sont vifs et parleurs, petits cl infatigables comme leurs chevaux; les hommes des côtes, silencieux et farouches comme l'aspect de leurs horizons. Le paysan de Carhaix, méfiant et sauvage, se révolterait encore volontiers comme au temps du chanoine Moreau. De Quimper à la côte, la réserve sournoise des ligures contraste avec l'éclat des habits. Dans les douces campagnes de Quimperlé. le Kernewolc est plus souriant et plus expansif. Il se laisse aller à la lutte et surtout à la danse. Quand le hautbois du célèbre Mathurin retentit pour une noce, toutes les oreilles se dressent de joie et tous les pieds sont piqués de la tarentule. Le jeune gars tire de l'armoire sculptée le petit chapeau à chenilles, l'ample bragow-braz, les vestes et les guêtres brodées, la pen-bas à nœuds, la ceinture de cuir ou de laine; la jeune tille
bruit do code merveille courut on moins do rien, par toute la Bretagne, de sorte qu'il s'y lrans|>orla une intiniti'' <lo monde pour voir cette Heur miraculeuse, et lors fust advisé parles ecclésiastique*, nobles et officiers du duc, qu'on louiroit tout à l'entour de M tige pour soavoir d'où elle prenoil sa racine, et trouva-t-on qu'elle procédoit de la bouche do Salnun : ce qui redoubla l'estonnement de tous les. assistants, voyant un témoignage si grand de la sainteté de celuy que ils estimoicnl fol. »
« Toutes les variétés du costume breton dérivent cependant du chapeau rond, à liords étroit* ou larges, de l'habit à la française ou des gilets superposés, de la ceinture de cuir ou de toile, des guêtres pareilles, des souliers à boucles, et des braies nationales, plus ou moins bouffantes. La forme delà coiiïe. Cl surtout la dimension ou l'arrangement dos liarhes, diversifie à l'infini le costume féminin, depuis les amples mousselines do Ilouarnene» jiisqu à 1 étroit et coquet nicorncN de Pont-Lablié
FOUESN/UT
met. devant Mil petit miroir, la coiffe à barbe» relevées sur un serre-tèle éclatant, les jupes superposées avec grâce, le corsage d'écarlale cl de velours lacé sur la poitrine, la fraise ou le fichu île mousseline, les bas à fourchettes el les souliers ronds. Voilà nos galants partis pour le plaisir, et Dieu sait quand et comment ils reviendront, et si l'ambassadeur d'amour n'ira pas le lende-
main demander la fieinu'ii'Z eu mariage! Les communes de Foucsnan, de Concarncau , de Pontaven, etc., renferment les plus beaux costumes et les plus belles lilles qu'on puisse voir. C'est là qu'on rencontre cette grâce bretonne, si adorablemeul naïve, si finement énergique, qui a trouvé ses poêles, mais qui attend encore ses peintres.
L'habitant du pays de Léon esl généralement grand et majestueux. Il a la ligure allongée, la démarche solennelle, la parole lente, les babils noirs el llollants sur une ceintura rouge. Son large chapeau laisse à peine entrevoir son regard calme cl sé\érc. Personne en Bretagne ne porte les cheveux plus longs. Les femmes sont vêtues de noir et de blanc, el leur deuil est bleu de ciel. Nous avons dit ailleurs que celui des veuves de la Coruotiaillc est jaune. LesLéonards, comme dit M. Semestre, portent plutôt le deuil de la vie que de la mort. Chez eux, tout esl profondément chrétien. Ils ne cessent de prier depuis le berceau jusqu'à la tombe, dans leurs joies comme dans leurs peines, dans leur maison comme dans celle de Dieu. Il faut que le prêtre bénisse pour eux le toi I qui s'élève, la grange
LA RRETAliNE MODERNE.
et l'aire neuves, le champ défriché, les trésors de la m olle el de la moisson *.
A partir de Boseofî, en suivant la côte, on rencontre ces populations sauvages de pilleurs de mer, qui ont renoncé si difficilement aux aubaines du
1 KotH comploterons le tableau moral «le la basse Bnlagnc par celui «les usages qui consacrent (.ÉNÉRtiriiKvr la naissance, les travaux, les plaisirs , les amours , le mariage, les dévotions et l.i mort <lu lias Breton Nous «lisons généralement, et nous insistons sur ce mot, car ces usages varient «l'une paroisse à l'autre, quoiqu'ils aient partout la même base : la loi «alliolique «-ntée sur le- superstitions païennes.
Le nouveau-né est un ange envoyé «lu ciel A peine les commères l'ont-elles ficelé «la 1 1 s ses maillot* que c'est à qui lui donnera le sein parmi le» jeunes mères «lu voisinage, car ses lèvres sans pt'ibé |«nlent bonheur S'il est orphelin, il trouve dix familles pour une La personne «les nourrices est inviolable Le plus grand ennemi recule devant un père armé de son enfant Par malheur, le-, soins «pi on donne aux nourrissons manquent de toute intelligence Combien de futurs Hercules meurent d'une indigestion de bouillie, d'une immersion dans la fontaine du salut, el surtout «le lalTreu-e captivité de« maillots!... — Le jeune lias Breton pren.l part «le bonne heure aux travaux de sa famille Héla garde facile des bestiaux et «les petits ouvrages «le veillée, il passe aux rudi-s f itigues du labour, «les récoltes, «lu bal - •âge, en un mot, «les « grandes journées. « On appelle ainsi les services en commun que tout laboureur reçoit de ses voisins, à charge «le revanche, el mus autre dépense qu'un repas largcun-nl un>s «le cidre l>» cidre, les crêpes et la danse soûl le couronnement obligé «les charrois el des aires ueu»«*-
L'est au milieu de ces labeurs «pie naissent les premières amours. Quand le jeune rurniii» a choisi va préférée, un mendiant, ou le tailleur du pays, va faire sa demande Si cet ambassadeur aperçoit Oflf pie sur la roule, il retourne sur ses pas : cet oiseau bavard proiH>stii|ue un mauvais ménage Mais s'il n-ncontrr des augures favorables, il a porte la parole » à la jeune fille ; il la complimente sur sa toilette du dentier pardon, et lui vanle son protégé comme le plus intrépide lutteur et le plus vigoureux port t'-ha ru lière, sans oublier d'éuumérer le b«'au linge et les bons écus enfermés dans son armoire Si ses propositions plaisent : « Parlez à mcsparenls, » dit la tialalhée bretonne en fuyant derrière leschèin*».
A partir de ce moment, le paotred agréé mène sa a «louée » à la messe, à la foire, aux danses de» aire» neuves, aux pardons sacrés, qui «leviennenl parfois si profanes, aux luttes «pii réunissent des arrondissements tout entiers sur l'arène. Les pardons sont aussi multipliés ! c'est tout dire) que les patrons de li Bretagne Ceux «le Sainte-Aune, de Saint-Jean-du-Doigt, de Saint-Malhurin. de Notre-Dame de Bon-Secours, rte. , sont les plus célèbres. On y vient «le plusieurs lieues à la ronde, dans ses plus Immiix habits, suivre la procession, boire et fumer en plein air, parler d'aiïaireset d'amours, et danser jusqu'à minuit, si monsieur le curé le permet. On y cultive aussi les jeux de cartes, de bascule, de galoche el, trop souvent, l'exercice du billon. Les luttes sont la boxe, la course à pied, la cours»- en sac-, mais surtout la soûle : vérilable combat dans le«|uel les gars de dix paroisses, divisés par camps, se «lispulent un ballon de cuir, à travers les landes et les chemins, l«>s < oleaux et les vallons, les torrents el les rivières Les prix de ces luttes sont «les moulons, d.-s vêtements ou «les bijoux
Lorsque nos amoureux se seuil éprouvés au milieu «l<- tous ces plaisirs, par des coups de poing et «les niches de ce genre plus souvent que par des caresses, le Baz-Valan s'arme de la branche «le genèl. «pii lui donne ce nom, et, chaussé d'un bas rouge et «l'un bas bleu, il présente à la famille de la pennenv !«• prétendant, suivi «le son parent le plus proche. On s.- met à table, on boit au même pichet, on se sert du même couteau; on fait la revue des richesses il« la maison; on compte fis bestiaux dans 1 élable; on entr ouvre co«|iiet(cmenl «b-s armoires regorgeant de draps neufs; on laisse entrevoir déplies d'érus (empruntées quelquefois pour la circonstance } ; bref, a on se topo «l.ms la main, » et voilà les accords arrêté*. Chaque fiancé, dè* lors, fait séparément ses invitations avec son garçon ou sa fille d honneur. On achèle h la foire prochaine les bijoux, les cadeaux, el lous les tailleurs s'assemblent pour confectionner les habits neufs. Le jour de la noce, ont lieu les fameux discours, où huilaient autrefois les poètes populaires : c'esl un dialogue entre le Baz- Valait pour le mari, et le Brotaer pour l'épouse. Le Baz-Valan réclame celle-ci à plusieurs reprises. Le Brolaei lui présente une vieilli', une jeune femme, un enfant, el enfin ecllequ'il demande. La noce alors, en srandc toiletle, part ponrh mairie ci pour l'église, quelquefois à cheval, par couples assortis, ce qui forme le plus admirable coup d oeil Après les cérémonies civile el religieuse, tout le monde prend place à un repas homérique, où les pauvres viennent chercher la part de Jésus-Christ ; orgie bruyante el prolongée, dans laquelle les époux seuls gardent le «léenrum. On chaule fi s unnplainli - si morales et si sévères du marié et de la marié.-
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«Iroit do bris. On les reconnaît à leurs jambes unes et nerveuses, à leur jupon de herliugue, à leurs larges braies, à leur petite calotte bleue, et surtout au regard de faucon qu'ils jettent encore sur la nier aux approches de la tempête. — Les habitants des îles semées autour de ces côtes mal ramées sont célèbres, au contraire, par la douceur de leurs habitudes patriarcales. Les femmes de Bal/, sont un type admirable de force et de
On duise jusqu'au soir, dans l'aire, au son «lu biniou, les rondes, le* girolles ou lot gabadaos. On mol solennellement les conjoints il ans le lit clos : on < nlomtc le Yeni Creator, et chacun se. relire. Quelquefois le pari on el la tille d'honneur restent «la us la chambre nuptiale, une chandelle à la main: ou bien ou lionne aux mariés «les noisettes à casser pendant h nuit ; ou enfin on leur apporte lu rameuse « soupe au lait, » au milieu <|e laquelle ils pèchent en vain îles croûtes attachées par un lil, non sans exciter une hilarité générale. I.e lendemain toutes les joies sont Unies, tontes les illusions s'envoient . Adieu les fêles. |, s (tardons cl les danses : voici venir les travaux et le» «oins de la famille, a peine adoucis par I amour maternel,
Apres celte vie, où la joie lient si pou de place, le bas Hrelou inourl calme el lésigné, en homme qui |u**e à une vie meilleure — C'est la volonté de Dieu ; que In volonté de Dieu soit laite ! Ces mois résument toutes les vertus bretonnes. I,a ramille du malade le gorge de vin chaud, donne un rierge à Notre-Dame de Don-Secours, fait dire uni- messe à la paroisse, el attend l'heure fatale I.e prêtre arrive avec le pain des forts et l'huile siiinte. Tout le village assiste et répond à 1a cérémonie, le cha- |telel à la main, les genoux sur li terre. Les commères, montant sur le cofTce-banc du lit clos, répètent au mou nul : — Tu n'ira» pas loin désormais, recommande Ion Ame à Dieu Les enfants crient et pleurent seul» au milieu du silence Knlin, les savants ou les aînés récitent les prières des agonisants. Si l'agonie se prolonge, on allume un rierge pour hâter la délivrance Quand le dernier soupir s'exhale, on lait avec le cierge trois situes de emix sur les draps, puis on éteiul la lumière au passage de l'Ame liientol ou place le mort dans une jielile chaiicllc ardente, «iir le banc de son lit. On lient tous les vases de la maison pleins d'eau, de peur i|Uc l'Ame , en voulant se purifier, ne fas»e tourner le lait On veille le corps une nuit ou deux : on prie, on chaule, el surtout ou boit et «u mange, si le moi I élail rkhe; ce qui fait accourir les pauvres et les affamés de l«.iis les points de la commune b malin de l enlerrenieut, le défunt est cousu dans sou linceul enfermé et cloué dans sa châsse, en présence île toute sa famille. Ceci est un devoir su ré; el mille pratiques superstitieuses <M1 prolongent les tortures. Knlin, ou met la bière sur une charrette, tout le monde revient pour le convoi, el le morl, admirabli
spectacle! est nluil au champ du repos par les Ueufs qu'il conduisait au champ du travail l.a famille
entière est encore là, el ne quitte le cadavre chéri qu'après lui avoir jeté les premières pelletées de terre On peut due même qu'elle ne le quitte plus jamais, du moins par la pensée, car la commémoration des morlsesl un culte |MTpcluol, cl leur fêle esl la l'oie par excellence en basse Hrclagne. où les vivant* conservent aux délunls jusqu'à leur part dans h- pain quotidien et dans les crêpes préparées pour les grands jours. — Ou sait que tout prend le deuil chez le laboureur décédé, même ses abeilles dont les ruches s'entourent d'une banderole noire
Quant aux superstifious iméliqurs el aux pratiques religieuses dos bas Drelons, la lisie seule en serait interminable. Sainl Jean du Doigt guérit les maux d'yeux: saitil Laurent les rhumatismes; saint llerhot fait lever le beurre, el saint Yves la pâle: saint Honoré donne du lait aux jeunes mères; saint Coliiinbau guérit les fous; s uni Christophe, les enfants; saint l'biliberl de Moëlan. les ihagrins d'amour; saiul lloch, Il lièvre; saint Michel, la rage; saint Corneli, les bestiaux; saint Cuenolé, les rommes stériles, etc Ces bruits du soir, sur la côte el dans les cimetières, sont les prières des trépassés. Les bestiaux jeûnent la veille de Noël. On suspend au cou des nouveau -nés un morceau de pin noir, symbole de leur humble destinée. Ci mère qui pleure son lils donne un bonncl au petit Jésus pour qu'il sourie à son enfant dans le ciel Deux corbeaux prédisent a chaque toit les malheurs et la mort. — Au Pardon île Noire-Dame de Bon-Secours, on gagne cinq cents jours d indulgence en passant une nuit sur la terre nue; hommes el femmes s'y couchent |ièle-inèle. el la dévotion dégénère on orgie. Il y a au pays de Tréguier une chapelle à Notre-Dame «le la Haine. On renouvelle ses forces et sa sanlé, en se versant dans le cou el dans les manches l'eau dos sources salutaires. Ceci esl un reste du dniidisnie. ainsi que les feux de la Saint-Jean allumés par milliers, comme les anciens feux du soleil, el entourés de rondos bondissantes; — Les nains des cromlech et les fées des fontaines qui enlèvent les enfants sur les portos; — les louzoux, talismans cueillis au clair de lune, rte,
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grandeur : ell«*s labourent cl ensemencent la terre pendant que leurs maris. «1 11 ï semblent (l'une race inférieure, fument leur pipe ou guettent le poisson sur le rivage. Les liions sont, avec les montagnards, les Bretons les plus attachés au pays natal.
Le caractère général des Bretons se compose de cinq vertus et de trois vices. On voit que le bien remporte presque de moitié. Los vertus sont : l'amour du pays* la résignation devant Dieu, la loyauté devant les hommes, la persévérance el l'hospitalité. L'amour du pays (qui comprend le culte du passé) est dans le sang de Ions les enfants de l'Ariiiorique. Il fait périr le conscrit ou le matelot de douleur, loin de la terre natale, avant que les balles l'atteignent ou que les vagues l'engloutissent. Il épanouit les visages et les cœurs bretons, qui se reconnaissent sur tous les points «lu monde. Il nous arrache des larmes et des cris de joie, comme au sauvage de l'Inde, dès qu'un bruit* un mol, un parfum nous font songer à la patrie. El le Breton n'aime pas seulement ainsi sa province, mais son clocher, son champ, son toit, son foyer, le lit où il vetll
mourir après ses aïeux, à côté de ses enfants. La résignation devant Dieu est loule la religion du paysan de l'Armorique; nous venons de le prouver par le lahleau de sa vie el de sa mort. La loyauté bretonne esl proverbiale : mais c'est à lort qu'on eu fait le synonyme de la franchise. Celle qualité.
dans le sens d'ouverture «le cœur et d'esprit, n'appartient qu'au Breton civilisé, qui la pousse, il est vrai, jusqu'à l'audace et la contradiction la plus opiniâtre. Quant au paysan breton, il est droit et loyal, mais nullement ouvert. 11 ne ment pas, mais il ne dit ni oui ni non. Il est aussi difiicilc de lui faire dire ce qu'il pense qu'impossible de lui faire dire ce qu'il ne pense pas. Son état normal est la défensive. Voyez ses champs, ils sont clos d'énormes talus surmontés de plus énormes baies. Voyez sa maison, elle est fermée à double porte et à double serrure; le jour y entre à peine par une lucarne étroite. Voyez son lit clos, si digne de ce nom : ne pourrait-on pas même l'appeler un coffre ou une armoire? Voyez enfin ses vêlements multiples, qui l'enveloppent, homme ou femme, îles pieds à la lète, comme autant de cuirasses impénétrables? Eh bien, son âme n'est pas moins close que ses champs, moins barricadée que sa maison, moins mystérieuse cl sombre que son lit, moins cuirassée que sa personne, vis-à-vis de l'étranger qui ne lui parle point sa langue maternelle. Celle réserve lui fait appliquer la pudeur jusqu'aux sentiments les plus honorables. Nous avons vu une mère recevoir froidement son lils devant nous après dix ans d'absence, puis s'évanouir de tendresse entre ses bras lorsqu'elle se croyait sans témoins. C'est là de la dignité personnelle la plus raffinée ; et le sentiment qui a toujours tenu la noblesse bretonne loin des intrigues et des faveurs n'a pas d'autre origine. C'est dans le même orgueil que le Breton puise celte ténacité nationale, — qui a résisté tant de siècles à toutes les dominations, qui a fait surgir Nominoé devant les rois francs, Alain Barbe-Tortc devant les hommes du Nord, Anne de Bretagne devant Louis XII, le Parlement devant Louis XIV et Louis XV. les Chouans devant la ({évolution, et M. de Chateaubriand dcvaulBonaparle ; — cette ténacité, qui arme encore nos paysans contre les formes de notre civilisation, qui fait de nos soldats et de nos marins d'Armoriquc des hommes infatigables, les derniers debout contre le fer de l'ennemi et contre les assauts de la tempête. L'hospitalité est si naturelle au Breton, qu'éviter son seuil et sa table est une insulte mortelle. Celle vertu préside aux noces patriarcales, aux travaux en commun, aux secours mutuels dans les épreuves, à mille usages empreints de la charité la plus touchante; mais elle a le grave inconvénient d'entretenir en Bretagne cette multitude de mendiants dont la paresse vil aux dépens du travail d'autrui. Les vices des Bretons sont, chez beaucoup, l'avarice; chez presque tous, le mépris de la femme; chez lous, l'ivrognerie. Mais qui n'excuserait pas ers vices, communs à tous leurs pareils, en des hommes qui ont tant de vertus étrangères aux autres paysans1?
LANGUE. -CHANTS POPULAIRES, —ÉCRIVAINS, ETC. Nous ne dirons pas, comme ce brave Corret de la Tour-d'Auvergne, que
1 l u mot >ur les |>niu'i|>.ilcs i I,ismI'u:iIioiis «les ponul liions .înnorii liues. Les fermiers sont l'ari»Ut- < r.ihe «le* citnipgncs Ils suivent toujours eu famille les loi* île leurs anciens seiirncurs. et respectent
la langue bretonne remonte au paradis terrestre : — qu'Èvc ayant présent/' la pomme à son mari, celui-ci lui en demanda un morceau {A' tant), d'où lui vint le nom d'Adam . et que sa compagne lui olïrit de l'eau en disant : Ev (bois), ce qui lui valut le nom d'Eve; — mais nous dirons qu'il est avéré aujourd'hui que la langue bretonne est celle que parlaient les Ccltes- (îaulois, premiers habitants de l'Armorique. Ce l'ait su (Kit assurément à la commune gloire du pays et de l'idiome.
Après avoir résisté de siècle en siècle aux langues latine, germanique et française, la langue celtique est aujourd'hui acculée dans notre basse Bretagne et dans le pays de Galles, en Angleterre. Prenez la carte de nos cinq départements, et tirez une ligne de l'embouchure de la Vilaine à Chàtebudren (entre Saint-Brieue et (îuingamp), cette ligne est à peu près la muraille chinoise de l'idiome breton; muraille continuée, au sud. à l'ouest et au nord, par les flots et les rochers de l'Océan. Les brèches faites à ce rempart par le commerce et la civilisation n'ont guère enlevé au vieux langage que les villes, les ports et les endroits fréquentés de la côte. Tout le reste, c'est-àdire, les bourgs, les villages et les hameaux, parle le breton. Ce breton, nécessairement dégénéré sur plusieurs points se divise en autant de dialectes principaux qu'il y avait d'évèchés ordonnants. Ces principaux dialectes sont ceux de Vannes, de Léon, de Tréguier et de la Cornouaille. Le léonard et le vannetais surtout diffèrent considérablement. Nous ne parlons pas des mille nuances d'expressions et d'accent qui distinguent les paroisses entre elles. Sous le rapport de la langue, comme sous les autres rapports ( M. de Coure; l'a dit avec raison), la basse Bretagne est éminemment le pays de la variété. A chaque pas, elle diffère d'elle-même.
Les premiers poètes de la langue celtique ont été les bardes, insulaires et armoricains, dont nous avons raconté l'histoire Dégénérés après la chute
le droit d'aînesse dans leurs partage*. On a vu qu'ils l'uni l'amour et se marient par ambassadeurs, et avec toute.» les cérémonies qu'on ne retrouve plus que chex le* primes Les mendiants viennent au second rang dans lu hiérarchie villageoise, et même ils sont peut-être au fond la classe la plus honorée. Représentants de llieu, on les accueille, on les héberge, on les choie de porte en porte ; on les écoule surtout, car ils sont les chroniqueurs perpétuel», les poêles populaire» ambulants du pays. En fait de chroniqueurs, pourtant, les tailleurs leur font concurrence. Parasites bavards, vivant c liez tout le monde, initiés à tous les secrets, entremetteurs de toutes les intrigues, les tailleurs sont les amis secn-ls des femmes, mais subissent, comme au moyen âge, le mépris des hommes, qui ne parleroVd'eux qu'en disant : « Saur voire respect. « Peu s'en faut que les cordiers ne soient encore aussi dégradés et aussi maltraités que les anciens kakucs dont ils ont conservé le nom maudit — Les > ■!> li'TS et les charbonniers sont les bohémiens de In Urctagne, et vivent isolés dans les forêts, comme Robinson dans son lie Le riLiswKB est le chiffonnier de nos montagnes, qui va sur son petit cheval acheter de porte en porte des haillons pour les papeteries 11 faudrait citer encore « les conducteurs d'âmes, » blancs fantômes qui rôdent autour des maisons mortuaires: — les pèlerins par procuration, qui, |K>ur quelques liards. font une lieue à genoux ; les contrebandiers, ennemis redoutés des gabelous; — les commères et les rebouleurs, despotiques oracles des malades, des jeunes mères, des nourrices et des inlirmes; — le ménétriers, qui passent leur vie à gonfler d'air leur biniou, et leur ventre Je cidre; — les meuniers, classe à part (dus rusée que loyale, et plus riche qu'estimée: — les sorciers et les sorcières, héritiers encore très-nombreux du savoir, de l'influence et de l'habitation des druides, rte.
• Les plu* célèbres bardes armoricains et gallois dont les noms ou les poésie» nous soient parvenu
du druidisme, ces bardes devinrent peu à peu des chanteurs attachés à la personne des grands, puis de simples chanteurs populaires, — continués aujourd'hui par nos mendiants et nos kloër (écoliers poètes), qui glorifient encore le bien et flétrissent le mal, figurent dans les fêtes publiques, dans les noces et dans les festins, et exercent toujours par leurs chants une grande influence morale *.