‹ La Bretagne armoricaineChapitre 3 sur 5 · VT · texte numérisé non relu

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extrême. La haine contre les Anglais vient en aide à Jeanne-la-Boiteuse ; leurs exactions ont exaspéré le peuple des champs, qui en est réduit à « acheter par des contributions la permission de semer et de recueillir ï> ; c'est à ce point qu'après la capitulation de La Roche-Derrien, la garnison anglaise de cette forteresse, bien que prisonnière et désarmée, est égorgée par les paysans des environs.

Le ressentiment devient national ; il suffit qu'un Breton rencontre un Anglais, pour qu'il le provoque sur l'heure. Le combat, devenu légendaire, de trente chevaliers bretons, commandés par Beaumanoir, et de trente Anglais sous la conduite de Bembrogh, entre Josselin et Ploërmel (1351), serait un des plus beaux faits d'armes de cette longue querelle. Les deux chefs ennemis se sont provoqués en champ -clos, soit patiiotisme, soit simple prouesse de chevalerie ; ils ont convenu d'amener chacun trente champions. Dès le premier choc, quatre Bretons et deux Anglais sont tués. Cette première charge a été si violente, qu'on s'arrête, de part et d'autre, pour respirer. On raconte que Beaumanoir,

blessé, perdant son sang et épuisé de soif, demande à boirej pendant cette courte trêve ; et Fun des siens, Geoffroy du Bois ou Tinténiac, lui répond : « Bois ton sang ! . . . » A ce cri, on reprend les armes. Huit Anglais, dont le capitaine Bembrogh, restent sur le pré, avec les quatre Bretons. Cette journée, dont ne parle aucun historien anglais, — est-ce parce que tout Fhonneur en fut aux Bretons ?

— est quelquefois révoquée en doute ; quel qu'il soit, fabuleux ou authentique, un tel exploit est bien dans les mœurs du temps.

Cependant, jusqu'à la délivrance de Charles de Blois, qui paye une énorme rançon et remet ses deux fils comme otages, aucune action décisive n'est livrée. Entre les héros de cette époque vraiment glorieuse, il en est deux qui brillent d'un incomparable éclat ; mais leurs noms appartiennent autant à l'histoire de France qu'à celle de leur province natale : Bertrand Duguesclin et OUivier de Clisson. C'est la mort de son père qui a jeté Clisson dans le parti de Montfort. Duguesclin se bat aux côtés de Charles de Blois, et ses exploits tiennent du prodige, surtout à Fou-

geray et au siège de Rennes. Cette dernière ville, défendue par Penhoet, est serrée de près par les troupes de Lancastre ; Duguesclin, qui tient la campagne, coupe les communications des assiégeants et harcèle l'armée anglaise par de continuelles alertes. Un jour, il apprend que les assiégés manquent de vivres ; au moment même, un important convoi vient d'arriver au camp ennemi : Duguesclin fond à l'improviste sur ces approvisionnements, s'empare des chariots avant qu'on ait eu le temps de les décharger et les conduit lui-même dans la ville. Tant d'heureuse audace frappe d'admiration les Anglais, et Lancastre invite l'héroïque Breton à une fête dans son propre camp ; pendant qu'on le reçoit, avec une magnificence princière, un Anglais lui porte un défi : aussitôt ils se mesurent en champ-clos ; l'Anglais est terrassé, et Duguesclin lui laisse la vie sauve, en souvenir de l'hospitalité de Lancastre. — Ce fait de la réception dans le camp anglais et du duel est également rapporté à un siège de Dinan.

En 4359, une trêve donne quelque répit aux partisans de Blois et de Montfort, pendant

que les rois, leurs suzerains réciproques, restent en hostilités. Puis le traité de Brétigny (1360), au lieu de régler les affaires du duché, livre les deux rivaux à leurs seules forces. Il est vrai qu'une tentative de réconciliation est faite à Calais ; le partage de la Bretagne, proposé dans des conférences où le pape même envoie des commissaires, est enfin rejeté par les compétiteurs ; et la guerre de se rallumer (1363). Un traité renouvelant les propositions de Calais et signé sur la lande d'Evran, au moment de la bataille, est repoussé par Jeanne de Penthièvre : alors Charles de Blois encourt une dernière fois les hasards de la lutte. La rencontre a lieu aux environs d'Auray ; un simple ruisseau sépare les deux armées ; des deux côtés flottent les bannières de Bretagne. Duguesclin (il vient de se couvrir de gloire à Cocherel) juge plus avantageuse la position des ennemis et conseille de ne pas livrer combat, ce jour là (29 septembre 1364). Jean Chandos, qui est revenu avec les meilleures troupes anglaises au secours de Montfort, recommande de laisser aux soldats de Charles tout le temps de passer la rivière, sachant

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qu'elle sera grossie par la marée dans quelques heures et qu'elle coupera la retraite au gros de l'armée fatalement séparé de la réserve.

Après avoir entendu la messe et communié, Charles de Blois donne le signal de l'attaque. Apercevant un chevaUer à la cuirasse fourrée d'hermine ducale et le prenant pour Montfort, il fond sur lui, le tue d'un coup de lance et proclame la mort de son rival. Ce n'est qu'une méprise ; mais le désordre est dans les rangs ennemis, que la présence de Montfort ne parvient pas à rallier ; déjà la victoire est à Charles, quand la réserve de Chandos accourt : le combat se rétabht, dans une mêlée horrible. CUsson, encore à cette époque au service de Montfort, reçoit un coup de lance qui lui crève un œil. Renversé de cheval, Duguesclin est entouré de vingt assaillants, auxquels il tient tête, le pommeau de son sabre brisé ou un marteau de fer à la main. Charles de Blois se bat au premier rang ; il se trouve séparé des siens et il est fait prisonnier ; on l'emmène hors du combat ; on dit qu'alors un soldat anglais, reconnaissant le prince, se jette sur lui tout-àcoup et le perce de son épée. C'est ensuite un

massacre et une déroute totale de son armée.

* Duguesclin, investi de cadavres, résiste toujours ; Ghandos lui crie : a: Messire Bertrand, la journée n'est point vôtre. ï> Et Duguesclin, épuisé de carnage, remet au capitaine anglais le seul tronçon d'arme qui lui reste. Cette bataille d'Auray marque la fin de la guerre.

Mais la Bretagne, quoique lasse, est encore si ; agitée, que la paix met quelque temps à s'èta- : blir. Enfin, le traité de Guérande (1365) assure la couronne ducale à Jean de Montfort, reconnaît le comté de Penthièvre à la veuve de Charles de Blois, et exclut les femmes de la succession, tant qu'il y aura a hoirs mâles descendants de la ligne de Bretagne. »

Cette époque, à part les malheurs des dissensions civiles, fut pour les Bretons, avec le règne de Noménoë, la période la plus brillante de leur histoire. Ils accomplirent les plus belles actions héroïques et se montrèrent capables de tous les dévouements. L'Europe entière était frappée d'admiration pour ce petit peuple, enserré par deux puissants ennemis qui se disaient également ses alliés, sortant des plus sanglantes luttes encore maître

de son sol et libre de ses destinées. Et comme toute grande époque doit être féconde en tous genres, les brutalités de la guerre n'empêchaient pas les Bretons de songer aux œuvres d'art ; la plupart des monuments religieux dont s'enorgueillit la Bretagne, furent exécutés ou terminés vers le XIV* siècle : ainsi les cathédrales de Quimper et de Tréguier. Les grandes ruines de forteresses ou de châteaux ont à peu près le même âge. Dans l'évêché de Tréguier, SOUS l'impulsion des évêques et la protection des Penthièvres, s'élevait toute une école artistique, qu'on n'a pas assez remarquée, dans le tumulte de tant de guerres. Ce fut l'apogée de la race bretonne ; mais il eût fallu ensuite tout autre prince que Jean de Montfort pour en comprendre le génie et pour le diriger en son développement.

Jean IV.

Jean IV inaugura son gouvernement par l'hommage qu'il devait au roi de France. Mais

il considérait, d'autre part, qu'il était redevable de son duché à l'alliance des Anglais, et il ne cessa de faire cause commune avec eux, même contre le gré de ses sujets. Dès le début, il indisposa le peuple, en prélevant des impôts énormes et inusités, notamment celui du fouage. Pendant qu'il autorisait les Anglais à traverser la Bretagne pour aller dans le Poitou guerroyer contre la France, le roi Charles attirait à sa cour les gentilshommes et comblait de faveurs les capitaines bretons, que le duc semblait prendre à tâche de mécontenter. De ce nombre fut OlUvier de Clisson, à qui Jean de Montfort refusa une terre, pour la donner à Jean Chandos, le vainqueur d'Auray. Comme s'il n'avait eu confiance qu'aux Anglais, le duc de Bretagne ne réservait qu'à eux la garde des places et des villes dont il disposait. Charles V s'inquiéta de cette situation au moins équivoque ; il sollicita de la cour de Rome une enquête pour la canonisation de Charles de Blois ; mais Jean IV s'aperçut à temps que le succès d'une pareille enquête serait sa propre ruine, sa chute du pouvoir au profit des fils de Charles de Blois,

encore détenus en Angleterre ; il parvint donc à traîner l'affaire en longueur, et ce projet de canonisation n'eut pas de suite. Enfin, Jean IV se jeta résolument dans le parti de l'Angleterre ; Duguesclin, qui bataillait en Normandie avec Clisson, reçut ordre de chasser les Anglais de Bretagne. Le connétable s'empara bientôt des villes importantes de Rennes, Vannes, Hennebont. Le duc de Bretagne, qui avait une garde de 800 Anglais, signa avec l'Angleterre un traité (1372) dont les effets demeurèrent vains : car il s'engageait à rappeler ceux de ses vassaux qui servaient en France, et il fut impuissant à les ramener. En 1373, il prit part à la campagne de Calais, contre la France, dans les rangs de l'armée anglaise. A son retour en Bretagne, il trouva le peuple soulevé, les forteresses fermées, et il dut, sans troupes, sans ressources, s'embarquer pour l'Angleterre, où son exil dura quatre ans.

Duguesclin occupa le pays, tandis que Clisson, devenu le compagnon d'armes de Bertrand, tenait les Anglais bloqués dans Brest. C'est à peine si le duc de Bretagne fut men-

tionné dans le traité de Bruges (1375), entre l'Angleterre et la France ; son nom fut supprimé sur les monnaies du duché. A Tavènement de Richard II, il obtint pourtant un nouveau secours et une flotte anglaise débarqua devant Saint-Malo, dont Duguesclin fit lever le siège ; en même temps, Clisson chassait d'Auray les derniers Anglais. Charles V s'estima alors assez le maître en Bretagne pour proclamer devant la cour des pairs la confiscation du duché (1378). A cette déchéance de Jean de Montfort, Jeanne de Penthièvre renouvela, mais inutilement, ses prétentions à la couronne ducale. Le roi répondit à ces réclamations par rétablissement de la gabelle en Bretagne, qui se voyait ainsi passer dans les domaines royaux. Cette mesure exaspéra les Bretons, qui reprirent les armes contre le roi de France. Chargé de rétablir Tordre dans le pays, Duguesclin se mit en devoir de soumettre le territoire de Rennes; il échoua, et songeant qu'il portait la guerre chez ses compatriotes et que ceux-ci ne revendiquaient pas autre chose que leur indépendance, il refusa d'aller plus avant et il renvoya au roi son épée

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de connétable. Le vaillant Breton, qui avait délivré la France des grandes Compagnies à Taide desquelles il rétablit sur le trône de Castille Henri de Transtamare, ne consentit à reprendre du service que contre les Anglais.

Après les avoir chassés de F Auvergne, du Poitou et de presque toute la Gascogne, il mourut sous les murs de Châteauneuf-de-Randon (1380), qui se rendit le lendemain de sa mort. Le connétable Duguesclin fut enterré à Saint-Denis, entre les rois de France.

Cependant, Topinion en Bretagne s'était retournée soudain vers le duc exilé, et Jean IV, rappelé d'Angleterre par ses propres sujets, fut reçu aux acclamations de la province entière. Cette révolution amena la paix avec la France, qui se trouvait sous le coup de graves événements intérieurs par la mort du roi. Les régents, occupés à d'autres soins, permirent au duc Jean de se réconcilier avec les Bretons. Il est vrai que l'entente n'était pas facile entre le duc, qui tenait toujours pour les Anglais, et les Bretons, qui voulaient rester seuls les maîtres en Bretagne ; ce fut même leur mécontentement qui contraignit

Jean IV à la paix. Elle fut signée (1381) entre le duc et Ollivier de Glisson, devenu connétable de France après la mort de Duguesclin.

Vers cette époque, a-t-on dit, fut institué Tordre de THermine. Jean IV avait vraiment besoin de ce prestige de chevalerie ; ses démêlés avec ses sujets étaient incessants ; il en eut aussi avec le clergé, qui n'avait pas renoncé à ses anciens privilèges ; il eut des difficultés surtout avec Tévéque de Nantes, fut excommunié par celui de Quimper, et se vit obligé, contre celui de Saint-Malo, d'invoquer l'intervention du pape. Cependant, la guerre avait éclaté dans les Flandres ; Jean de Montfort y prit part sous les bannières françaises, négociant en toute occasion au profit des Anglais. Ce fut alors, en 1386, que le connétable arma sa fameuse flotte de débarquement sur les côtes d'Angleterre ; lui-même ramassa soixantedouze vaisseaux, à ses frais, dans le port de Tréguier. Le duc de Bretagne contribua, plus que tout autre, à rendre sans effet cette formidable menace d'invasion. La réputation du connétable l'importunait et sa jalousie lui

dicta des actes déshonorants. Ayant appris que Clisson négociait avec l'Angleterre la rançon de Jean de Penthièvre, fils de Charles de Blois, dont la mère était morte en 4384, le duc convoqua les états à Vannes, attira le connétable dans un guet-apens et donna l'ordre de le tuer ; mais il ne fut pas obéi et Clisson obtint même la liberté, à de très dures conditions. Le duc de Berry, allié secret de Jean de Montfort, empêcha le roi de France de porter la guerre en Bretagne, pour venger l'outrage fait au connétable ; le duc de Bretagne se présenta devant le conseil du roi, qui lui pardonna (4388). Mais Clisson, dont les nombreux partisans agitaient tout le pays breton, refusa de se réconcilier; ce fut à Tours, en 4392, qu'une pacification fut signée entre les deux mortels ennemis. Quelques mois après, Ollivier de Clisson, sortant vers minuit de l'hôtel Saint-Pol, où demeurait alors le roi, fut attaqué par Pierre de Craon, émissaire du duc Jean et il fut laissé pour mort. Cette fois, la guerre était inévitable ; le roi luimême se mit en campagne, et la Bretagne était dans les plus vives alarmes, lorsque

Charles VI fut frappé de démence dans la forêt du Mans (1392). Les régents étaient hostiles à Clisson, qui tomba en disgrâce à la cour, mais qui refusa de rendre son épée de connétable. La guerre était circonscrite entre les deux rivaux, Montfort et CUsson ; elle dura trois ans et elle ruina le pays breton ; le traité de Vannes (1395), qui mit un terme à tant d'horreurs, fut respecté jusqu'à la mort du duc (1399). Jean de Montfort transmit à son fils la tranquille possession d'un duché « qu'il avait risqué dix fois de perdre ».

Jean V.

La mère de Jean V, encore mineur, épousa en secondes noces le roi d'Angleterre, en 1402. Cette alUance amena le duc Philippe de Bourgogne, alors régent de France, à se déclarer le tuteur du jeune duc. La guerre anglaise fut reprise en 1403. Sur les conseils de Clisson, la Bretagne arma trente vaisseaux, et le vieux connétable les fit monter par 1,200

hommes, à sa propre solde ; la flotte ennemie fut mise en déroute, les îles de Jersey et de Guernesey furent prises et livrées au pillage, le port de Plymouth incendié.

Ce fut le dernier effet de la haine implacable de Clisson contre l'Angleterre. Son patriotisme, d'ailleurs, ne l'avait pas toujours tenu à l'abri des reproches ; il avait gagné le surnom de « boucher des Anglais, » pour sa férocité envers l'ennemi héréditaire ; son énorme fortune (il avait pour vassaux ou sujets le quart de la population de la Bretagne) était l'objet de nombreuses insinuations de péculat. Les derniers jours du connétable furent troublés par une accusation de sorcellerie, et ce grand capitaine fut contraint d'acheter à prix d'or son repos suprême : ce fut là l'œuvre de Jean V, qui avait hérité des rancunes paternelles.

Le duc encourut d'autres blâmes plus graves.

A peine majeur (1404), il se jeta dans le parti des Armagnacs, désertant celui de son tuteur le duc de Bourgogne. Mais vers ce temps-là, les affaires de Bretagne perdent de leur intérêt particulier, mêlées qu'elles sont à celles de la France, malgré l'habile tactique du duc

Jean V pour se soustraire, en dépit des alliances, à tous les partis. En 1410, il traitait avec la maison d'Orléans et la faction des Armagnacs, et il promettait au roi un secours de 2,000 hommes : de là, un double conflit avec ses alliés divers. Les frères du duc de Bretagne servaient eux-mêmes dans les deux camps opposés. Mais il est resté à la charge de Jean V d'avoir amené les Bretons trop tard à la bataille d'Azincourt (1415). Il fit sa paix particulière avec les Anglais (1417) et il servit ensuite de médiateur dans les affaires de France. La versatilité dont il avait plus d'une fois fait preuve dans la querelle des Armagnacs et des Bourguignons, il la fit paraître dans ses traités successifs avec le dauphin et avec l'Angleterre ; en 1423, il signait une alliance avec le duc de Bedford, et en 1425, il rentrait dans le parti du roi de France ; cette défection nouvelle valut à la Bretagne la présence des Anglais, qui ravagèrent la contrée. Jusque-là, le pays breton avait à peu près échappé aux malheurs de la guerre, depuis l'avènement de Jean V, dont les attitudes toujours douteuses obtinrent du moins ce ré-

sultat. L'établissement d'une milice, chargée surtout de garder les côtes, fut pour quelque chose dans le maintien de cette paix relative ; ces utiles miliciens, qu'il ne faut pas confondre avec les troupes permanentes, furent appelés les a: bons corps » , soit à cause de leurs excellents services, soit plutôt parce que c'étaient tous gens robustes et dans la force de l'âge ; leur effectif donnait environ 20,000 hommes : des forces imposantes, pour ce temps-là.

Cependant, le gouvernement de Jean V eut ses difficultés à l'intérieur. On vit renaître la querelle des maisons de Montfort et de Blois. f^e comte de Penthièvre avait eu à se plaindre du duc; il voulut se venger par surprise.

Attiré à Chanteauceaux, comme Clisson à Vannes, Jean V fut retenu et jeté dans une forteresse (1420); mais la duchesse souleva les nobles en faveur de son mari; les Penthièvres, assiégés dans leurs châteaux, furent contraints de traiter avec le duc, qui fut relâché sous certaines conditions, méconnues aussitôt que prises. Le comte de Penthièvre fut renié par le dauphin, qui l'avait poussé en avant, et ses terres furent confisquées; la

fenaison de Penthièvre ne se releva de cet jécroulement que bien des années après, vers 1448, moyennant une renonciation formelle à

[ses prétentions sur le duché. \ Sous ce règne se passa un procès fameux, [celui de Gilles de Laval, maréchal de Retz, Saccusé de nombreux assassinats, de mœurs infâmes et de sorcellerie. Ce Barbe-Bleue^ racontait-on, avait tué plusieurs femmes qu'il jpivait épousées successivement, et fait dis- |)araître plus de cent enfants ; on retint surtout contre lui, comme chef d'accusation capitale, certain pacte avec le démon. Gilles de Retz fut conduit en grande procession dans la prairie de Nantes, et là il fut brûlé vif en présence du duc (1410).

Les questions religieuses agitaient alors ;oute l'Europe chrétienne. La Bretagne refusa l'admettre la pragmatique-sanction de Bourges 1439), qui énonçait les privilèges de l'EgUse [allicane, et elle se déclara pays d'obédience, )our donner un témoignage de son indépenlance à l'égard du roi. — Jean V, qui reçut 3 surnom de Sage, mourut au bout de 43 ans e règne, en y comprenant les années de sa linorité.

François !•'.

Son fils, François 1er, lui succéda, en 4442. La cérémonie du couronnement se fit, à Rennes, avec une solennité dont toutes les chroniques d'alors ont été l'écho. Le nouveau duc rendit hommage au roi de France, quatre ans après, suivant la formule usitée de ses prédécesseurs, sans aucun abandon de ses droits.

Des différends avec son frère Gilles turent la cause d*une gueri*e étrangère ; car ce prince, mécontent de son apanage, eut le tort de recourir aux Anglais pour soutenir ses prétentions. Les ennemis prirent Fougères, mais ils furent ensuite repoussés et rejetés en Normandie. Cependant, Gilles de Bretagne lut enlevé de son château de Guildo, sur Tordre du duc, et enfermé à Dinan. Sa perte était jurée par Arthur de Montauban, favori de François l^r, qui se vit ainsi, par les pires conseils, poussé au fratricide. Le connétable Arthur de Richemont, son oncle, et le roi de France même, revenant sur des dispositions

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précédentes, intervinrent auprès du duc. Les Etats, convoqués pour juger le jeune prince, refusèrent de discuter l'acte odieux d'accusation et de prononcer une sentence. Gilles était traîné de forteresse en forteresse et il subissait d'indignes traitements. On tenta de le faire mourir de faim; on essaya ensuite le poison. Sa mort était arrêtée d'avance ; sur un arrêt signé par le chancelier Louis de Rohan, seigneur de Guémené, il fut étouffé dans son cachot, après quatre ans de détentiqn (1450). Le duc mourut quarante jours après son frère, qui l'avait, en mourant, cité devant Dieu à ce terme. Le peuple resta frappé de cet événement.

Pierre II.

François I^r laissait deux filles ; mais son testament confirmait, à leur détriment, le traité de Guérande, qui établissait le droit public de la Bretagne : et ce fut son frère, Pierre II, qui lui succéda (1450).

Pieux presque à l'égal de la duchesse, Françoise d'Amboise, le nouveau duc eut

pourtant des querelles assez nombreuses avec le clergé, surtout avec les évoques de Nantes, de Rennes et de Saint-Malo. Les discussions avec celui-ci avaient toujours pour objet le château que le duc réclamait le droit de construire pour sauvegarder ses prérogatives sur la ville ; ce différend dura jusqu'à la duchesse Anne, qui réduisit l'évêque au silence en élevant la fameuse tour de Quiquengrogne. Dans l'intérêt de la justice et de la sûreté générale, Pierre II prit une mesure importante en restreignant le droit d'asile autour des monastères et des églises. Il poursuivit les ennemis ou plutôt les meurtriers de son frère Gilles, de concert avec le connétable de Richemont.

Ce qui prouve l'esprit et les tendances de légalité de cette époque, ce sont les fréquentes tenues des Etats. Ces Etats de Bretagne étaient la réunion de la noblesse, du clergé et du tiers (ou représentants des bonnes villes, admis définitivement aux délibérations et aux actes publics). En apparence, ces assemblées étaient favorables à l'accroissement des privilèges seigneuriaux, puisqu'il fallait acheter les concessions des nobles ; mais elles tournèrent

HISTOIItt 131

au profit du suzerain, en fin de compte, parce que « les concessions d'impôts devinrent une coutume et finirent par être exigées comme un droit. D'un autre côté, si les peuples se trouvèrent insensiblement assujettis à payer des taxes au suzerain, celui-ci, en exposant ses besoins, se vit obligé d'annoncer ses projets, d'expliquer ses affaires et de les soumettre à une sorte de délibération. Les impôts restèrent, mais cette censure des actes de l'administration resta aussi. »

Le règne de Pierre II, surnommé quelquefois le Taciturne, ne donna lieu, d'autre part, à aucun événement mémorable.

Arthur m.

Le duc Pierre étant mort, en 1457, sans laisser d'enfants mâles, le traité de Guérande fixant le droit public reçut une nouvelle application ; le testament de Pierre II, s'appuyant sur celui de François 1er, transmit le duché à leur oncle Arthur de Richement. Le duc se trouvait être, de plus, connétable de France ; c'était le troisième Breton qui avait

132 LA BRETAGNE ABMORICAINE

rempli la plus haute fonction militaire du royaume, pendant la guerre de Cent ans, sous les règnes les plus orageux de la monarchie française. Il conserva ses anciennes charges, mais il n'en refusa pas moins de rendre au roi rhommage-lige ; il offrit l'hommage simple, faisant a porter devant lui deux épées, Tune comme insigne du duché de Bretagne, l'autre comme attribut de la dignité de connétable. » Il n'a guère laissé, comme prince régnant, d'autres souvenirs que celui de son rôle dans le procès du duc d'Alençon, accusé d'avoir des inteUigences avec l'ennemi et de chercher à livrer des places-fortes aux Anglais; Arthur ne put écarter la sentence de mort ; mais il obtint la grâce de ce compagnon de Jeanne d'Arc. On dit que le roi de France lui garda rancune de son attitude ferme et libérale dans ce procès célèbre ; le roi ne l'aimait guère, et Arthur, peut-être pour son caractère inflexible, ne fut populaire que par moments. Son projet de descente en Angleterre resta sans exécution.

Sous son gouvernement eurent lieu de fréquentes poursuites contre les sorciers, dont l'influence était alors très répandue dans

tout le pays. Bien que Arthur de Bretagne fût d'une piété exemplaire, ses derniers jours furent attristés par une querelle assez vive avec révéque de Nantes, dont il avait été le bienfaiteur. Il mourut en 4458, après quinze mois de règne, à Tàge de 64 ans, usé par les fatigues de la guerre encore plus que par les années. On attribue au connétable de Richemont, qui fut l'organisateur des a compagnies d'ordonnances, » la création de notre première armée permanente.

François II.

Après Arthur III, le duché pnssa dans la maison d'Etampes, dont le représentant réunissait les droits de la branche masculine et de la branche féminine de Bretagne. Fran- <;ois II prêta au roi l'hommage simple, (l debout, l'épée au côté, sans s'inchner et sans prêter serment. » Les Bretons, flattés de ce premier acte d'indépendance, augurèrent bien du nouveau règne.

Sans briller du même éclat littéraire que la Bourgogne (car la Bretagne, coupée en deux

moitiés linguistiques, comme on Ta vu, depuis le XI* siècle, portait la peine de cette scission), le pays breton n'en égalait pas moins toute autre province par le développement de l'instruction. Il existait trois sortes d'écoles : chaque paroisse avait la sienne, une école tout à fait élémentaire ; tous les diocèses possédaient des écoles épiscopales, attenant à la cathédrale et le plus souvent dotées richement; enfin, dans les principales villes, il y avait des écoles municipales, dont celle de Tréguier fut une des plus considérables. François II obtint, en outre, du pape, la fondation d'une Université à Nantes, avec des privilèges analogues à ceux des Universités de Paris, d'Angers, de Bologne, que fréquentaient un peu à l'aventure les étudiants bretons ; au commencement du XIV* siècle, ils allaient de préférence aux écoles d'Orléans. On croit aussi que le pape Pie II accorda à François II l'abolition des minihiSy dont le duc Pierre II avait bien restreint déjà le droit d'asile.

Après l'instruction, les libertés du peuple.

Dans une assemblée des Etats, tenue en 1469, François II établit que les impôts devaient

Ruines du chAleau de Tonquédcc.

Paysage de Tonqu^dec.

être consentis par les Etats et « cesser de plein droit à la fin d'une année, s'ils n'étaient prorogés par la même autorité y> ; le duc ne pouvait ainsi ni prélever des subsides ni porter une loi sans le consentement des Etats.

L'impôt des fouages constituait la plus grande portion du revenu de la Bretagne ; celui-ci aurait équivalu à 15 millions de notre temps, environ le huitième du revenu total de la France d'alors. A cette époque, les Etats se réunissaient une fois par an, en septembre généralement, dans une de ces villes. Vannes, Nantes, Redon, Rennes, Dinan ou Vitré ; les membres de l'assemblée, deux cents à peu près, étaient logés, durant la session, chez les gens d'Eglise et chez les notables. D'ailleurs, pour couper court à des rivalités souvent funestes, François II constitua , par divers mandements, les rangs de préséance entre les villes du duché : Rennes était la première ; Nantes, la deuxième ; ensuite. Vannes et Quimper avec une égale importance, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Morlaix, Guingamp, Lamballe, etc.. Du reste, impossible d'évaluer la population respective de ces cités, au XV« siècle.

Le duc François II ne négligea pas le commerce et l'industrie ; il les favorisa même spécialement ; il conclut des traités avec différentes puissances, et il sollicita à Rome Tautorisation de faire le trafic avec les Turcs et les infidèles du Levant. De si beaux projets, avec de pareilles institutions, auraient assuré la prospérité de la Bretagne, s'ils avaient été poursuivis et exécutés. François II avait bien compris les intérêts du duché, ainsi que la politique qui s'imposait à son gouvernement ; mais l'esprit de suite lui manquait; d'un caractère faible, trop frivole pour agir lui-même, il avait besoin d'être gouverné, et il se laissa diriger par ses favoris, particulièrement Lescun et Landois, qui faillirent plus d'une fois le perdre. Il eut le malheur surtout de vivre au temps de Louis XI et de l'avoir fatalement pour adversaire.

On a soutenu que les querelles de François II et du roi de France remontaient à l'époque où le fils de Cliarles Vil n'était encore que dauphin. La politique de Louis XI à l'égard de la Bretagne reposa sur autre chose qu'un simple ressentiment personnel. Louis XI avait compris

que le maintien en Bretagne d'une dynastie provinciale n'était pas compatible avec la sécurité de la France ; et François II se vit forcé, pour défendre ses droits, d'engager une lutte inégale.

Le roi vint à Nantes ; le peuple, lui prêtant le dessein d'enlever la veuve du duc Pierre II, Françoise d'Amboise, pour la remarier à un allié fidèle, s'ameuta dans les rues de la ville contre Louis XI ; celui-ci se vengea, en soutenant les prétentions de Tévêque contre le duc ; François II eut recours à Rome, et une bulle du pape lui reconnut les droits et les privilèges de ses prédécesseurs sur les évêchés bretons. Cette ingérence dans les affaires du duché valut à Louis XI la première ligue du Bien Public, ourdie par les ducs de Bretagne et de Bourgogne. Les alliés se mirent en marche sur Paris ; le roi livra à l'armée bourguignonne une bataille dont le résultat fu* douteux, à Montlhéry (1465) ; puis, les troupes alliées assiégèrent Paris ; mais Louis XI négocia séparément avec les princes confédérés et il obtint le traité de Saint-Maur. Deux mois après, il signa un nouveau traité avec Fran-

çois II ; ce qui n'empêcha pas le duc de Bretagne de donner asile au duc de Berry, frère et irréconciliable ennemi du roi. Une nouvelle ligue fut organisée, et l'armée des Bretons entra en Normandie (1467), prit quelques villes et chassa les troupes royales. Mais Louis XI prit une éclatante revanche, Tannée suivante ; il reconquit la Normandie, menaça la Bretagne de deux côtés à la fois, sur Rennes et sur Nantes, et imposa à François II la paix d'Ancenis (1458).

A cette occasion, le roi de France prétendit a\ oir des droits au duché de Bretagne ; mais ses titres, bien qu'ils remontassent aux Mérovingiens, parurent insuffisants. Pour éprouver le duc, il lui offrit, en 1470, le collier de l'ordre de Saint-Michel, nouvellement fondé ; François II eut des prétextes pour refuser cette dignité, qui aurait fait de lui un vassal du roi. De part et d'autre, on se prépara donc à la guerre. En 1471, une nouvelle confédération des princes était formée, et le roi d'Angleterre en fit partie, l'année suivante. Le danger serait devenu grave pour Louis XI, s'il n'avait gagné de vitesse les alliés ; les

Cathédrale de;Nanleï,

troupes royales ayant pénéti'é en Bretagne par Ancenis et Machecoul, le duc fut réduit à demander une trêve d'un an. Mais la méfiance qui régnait entre les deux princes rendait toute paix précaire ; la trêve de Poitiers devint pourtant un traité définitif, en 1475, grâce à Tintervention de l'Angleterre.

Louis XI ne perdait pas de vue la Bretagne, où il semait la division entre les nobles et la révolte contre le duc ; il ne cessait d'attirer les Bretons à son service par ses libéralités : dans sa garde royale il avait 500 gentilshommes bretons. Les influences qui agissaient sur l'esprit de François II, le tournaient vers l'Angleterre. Le roi, qui était au courant de toutes ces alliances, dissimulait. Mais sa colère éclata, le jour où la mort vint le débarrasser de Charles-le-Téméraire (1477); non content d'imposer au duc de Bretagne un traité humiliant (traité d'Arras), il lui retira, par un arrêt du parlement de Paris, le comté d'Etampes, et il acheta au comte de Penthièvre, c'est-à-dire, à la maison de Blois, tous ses droits sur le duché, préparant comme ses prédécesseurs mais par des voies plus immé-

diates la réunion de la Bretagne à la France. La guerre était inévitable ; devant Timminence du péril, François II fit des armements par tout le territoire ; et le peuple, pour l'indépendance de la province, s'enrôlait avec enthousiasme dans la milice des Bons-Corps, récemment organisée. Cependant les hostilités se virent ajournées, l'archiduc d'Autriche étant intervenu, non sans quelque hauteur, en faveur de François II. Une réconciliation n'était plus possible ; le roi et le duc savaient trop à quoi s'en tenir sur leur sincérité réciproque. La Bretagne resta sous le coup d'une perpétuelle menace jusqu'à la mort de Louis XI (1483).

Et ce pays, qui pouvait alors respirer à l'aise, la France ayant pour roi un enfant sous la tutelle d'une femme, se vit entraîné dans de nouveaux désordres par la rivalité de ministres et de favoris ambitieux.

Le trésorier Landois gouvernait alors la cour de Bretagne ; c'était un parvenu qui ne se donnait guère la peine d'être agréable aux seigneurs et aux nobles, depuis longtemps entraînés, du reste, à la cour de France (Tanneguy du Châtel, entr' autres, à la suite de désaccords avec la fa-

vorite M^i* de Villequier, s'était retiré auprès de Louis XI, en 4468). Landois avait poussé, puis maintenu François II dans Talliance anglaise, diversement appréciée suivant qu'on avait en vue les dangers que courait alors l'indépendance bretonne ou les souvenirs restés de la guerre de succession. La haine dont le ministre poursuivit se > rivaux ou ses ennemis (les plus ardents étaient le prince d'Orange et le maréchal de Rieux), les faveurs dont il combla les membres de sa propre famille, la mort misérable du chancelier Chauvin (4484), mirent le comble au mécontentement : il se forma une confédération des seigneurs, qui s'adressèrant à Charles VIII et signèrent avec lui le traité de Montargis (4484), dans lequel les droits du duc légitime furent sacrifiés aux préfentions sans cesse renouvelées du roi de France.

Pendant ce temps, Landois offrait l'hospitalité au duc d'Orléans, le rival d'Anne de Beaujeu à la régence; mais la guerre avec la France fut retardée « parce que la Hgue des mécontents avait, d'autre part, suscité de sérieuses discordes intestines. i>^ Les ennemis de

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Landois s'étaient retranchés à Ancenis; la défection des troupes ducales, venues pour leur offrir la bataille, eut pour résultat la disgrâce et le supplice dii favori, puis un traité de réconciliation avôc la France.

Ce ne fut qu'une trêve, pendant laquelle le duc de Bretagne assembla les Etats (1486) et institua im parlement sédentaire : cette cour de justice devait tenir ses grands jours généralement à Vannes. A cette occasion, François II prit le soin d'assurer la couronne ducale à la princesse Anne, sa fille aînée, par la sanction solennelle des Etats. Une telle mesure parut d'autant plus sage, qu'une maladie du duc, à la même époque, attira vers la Bretagne les troupes royales ; elles s'arrêtèrent à Tours. Cette démonstration valut à la France une coalition, à la tête de laquelle marchaient Maximilien d'Autriche, François II et Louis d'Orléans. Trois armées royales envahirent la Bretagne (1487), où le châtiment de Landois n'avait pas encore apaisé les divisions ; le duc demanda des secoura en Angleterre, pendant que les Français étaient repoussés devant Nantes. Mais la médiatit)n de Henri VII ne

Vî.,

fut pas acceptée; le mariage de la princesse Anne provoquait la discorde dans Tarmée bretonne, entre les prétendants, et la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1488) livra la Bretagne à la discrétion du roi de France. C'est en vain que Rennes refusa de se rendre à la Trémoille; dans les conseils du roi, il était question même de déposséder le duc François II, qui se soumit au traité du Verger; la dernière clause en était que le duc ne marierait ses filles qu'avec le consentement de Charles VIII : c'était la ruine de tous ses projets et la remise de la Bretagne aux mains du roi. On croit que François II en mourut de chagrin, quelques jours après avoir signé cette convention (septembre 1488). L'abaissement où il laissait la province, sans alliance, dans l'isolement, annonçait le triomphe définitif des rois de France.

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