DES ETATS DE 1760 A CEUX DE
Ayant quitté la province au mois de janvier 1761, pour aller mettre ordre à ses affaires à Aiguillon puis à Paris, d'Aiguillon allait être brusquement rappelé en Bretagne en avril par une entreprise des Anglais, qui, quoi qu'en ait dit Duclos, avait été par lui prévue et à laquelle il avait paré dans la mesure de ses forces.
Depuis longtemps, en etïet, l'éventualité d'une attaque de Belle-Ile avait été envisagée. Dès le mois de janvier 1760 d'Aiguillon s'occupait d'y faire passer des secours et s'applaudissait d'y avoir dans le chevalier de Sainte-Croix un officier du plus grand uiérite, et tel que ce poste important ne pouvait être en meilleures mains ('). En décembre, tout en ne pensant pas que Belle-Ile pût, dans la mauvaise saison, être l'objectif des Anglais, il annon(;ait devoir prendre autant de précautions que s'il avait la certitude d'une attaque; il se disposa à y envoyer des vivres et d'importants renforts, consistant dans le régiment de Bigorre (un bataillon) et en divers détachements empruntés aux régiments qui étaient le plus à portée. La citadelle était'bien pourvue, mais sa chute n'étant qu'une question de temps si les ennemis parvenaient à débarquer dans Belle-Ile, — c'était, déclare un mémoire de 1754, une des plus mauvaises qu'il y eût — l'intérêt essentiel pour la conservation de l'ile était de les empêcher d'eftectuer ce débarquement ; des deux points où pareille opération était possible, l'un à l'est, les Grands-Sables, était inexpugnable; l'autre, au sud, le Port-Andro, avait été pourvu en 1759 d'une digue qui en interdisait l'accès, mais cette digue venait d'être détruite en octobre 1760 par un violent coup de vent du sud-ouest; d'Aiguillon y suppléa dans la mesure du pos-
(') D'Aiguillon au maréchal de Belle-Isle, 9 janv. 1760, A. G. 3568.