SIÈGE DE BELLE-ILE
sible en envoyant dans l'ile un bataillon de plus qu'il ne l'eût fait si cette plage avait été fermée et retranchée comme précédemment, et en faisant entreprendre des travaux provisoires pour lesquels le maréchal de Belle-lsle lui annonçait le 24 décembre un fonds de 11,000 fr. (*). Sur la nouvelle que les Anglais avaient fait rentrer leurs troupes à Portsmouth, d'Aiguillon suspendit le départ du régiment de Bigorre, mais peu de temps après contre-ordre fut donné et ce bataillon vint s'y établir. Lors de l'expédition anglaise, en avril 1761, la garnison se composait (^) de deux bataillons du régiment de Nice, un régiment du bataillon de Bigorre, 300 hommes environ de divers régiments et du corps royal de l'artillerie, un bataillon de milices de Dinan et un bataillon de milices garde-côtes, soit environ 4,000 hommes. Les subsistances étaient assurées pour jusqu'au mois de novembre (^), et les munitions de guerre étaient en quantité considérable.
Telle était la situation lorsque dans le commencement d'avril 1761 parut sur les cotes de l'Ile une flotille anglaise portant environ 14,000 hommes. Le 8 avril, une première tentative de leur part pour débarquer à Port-Andro, où la nouvelle digue était encore peu avancée, fut brillamment repoussée par le régiment de Bigorre et trois compagnies de celui de Nice ; les Anglais perdirent environ 600 hommes
(') Lettres de d'Aiguillon, 4 déc, 9 déc, 18 déc. ; de Belle-Isie, 24 déc, A. G.
(^) Emplacement des troupes en Bretagne au lerjanv. 1761, A. G. 3573. — Le clievalier de Grossolles, dans un mémoire de 1755, évaluait la garnison nécessaire de l'île à quatre bataillons de vieilles troupes, un de milice, et 300 dragons. Le logement manquait, même pour des forces aussi restreintes.
(') Lettre de d'Aiguillon du3 janv.. A. G. 3573. Contrairement aux allégations de la réponse des États au grand mémoire de Linguet, il est certain que la famine ne fut pour rien dans la reddition de Belle-Ile.
Dans une lettre du 28 avril 1761 à Ghoiseul, d'Aiguillon expose qu'il a visité Belle-Ile tous les ans, sauf en 1760, que tout y était en état de défense, sauf le Port-.\ndro où les travaux n'avaient pu être achevés, qu'il y avait des approvisionnements de tout genre pour plus de trois mois et des grains pour un an, qu'il avait proportionné le nombre des troupes à la grandeur de la citadelle, dont l'intérieur était encombré par des bâtiments inutiles et dont les souterrains étaient peu étendus. Enfin l'esprit était excellent : tous les habitants voulaient concourir à la défense, et il paraît qu'on était obligé de mettre des sentinelles devant les boutiques des boulangers pour les empêcher de prendre les armes et de se porter sur la côte (Lettre du 21 avril, A. G. 3598). — Ghoiseul, tout en se déclarant inquiet, proclamait bien haut que s'il arrivait malheur, il n'y aurait nullement de la faute de d'Aiguillon (Lettre du 28 avril, ibid.).
hors de combat ou prisonniers, et notre perte ne se monta même pas à une centaine d'hommes. Malheureusement le 22 avril une nouvelle attaque sur le même point eut un succès tout différent : elle força le chevalier de Sainte-Croix et ses troupes à se cantonner dans Le Palais où les Anglais pénétrèrent le 13 mai, s'étant emparés de redoutes mal défendues par MM. de Baslé et Bompar, capitaines au régiment de Bigorre (') ; et il ne resta plus aux Français que la citadelle où leurs troupes, plutôt trop nombreuses pour l'espace dont elles disposaient, furent étroitement bloquées, sans que d'Aiguillon, posté à Quiberon d'où il observait avec anxiété les signaux des assiégés, pût rien faire pour leur porter secours, la marine se refusant à risquer la traversée et à mettre à sa disposition quelques navires de Bochefort qu'il demandait avec insistance (').
Le 30 mai, la citadelle était déjà assez endommagée pour que les chefs de corps représentassent à M. de Sainte-Croix la nécessité de songer à une capitulation dont on pouvait encore dicter les conditions. Huit jours plus tard, deux brèches praticables étant ouvertes, le conseil de guerre assemblé conclut à l'unanimité que le parti de la capitulation s'imposait. Elle fut faite le lendemain, à des conditions honorables ; la garnison devait sortir avec les honneurs de la guerre, emportant trois canons et 15 coups à tirer par homme et être ramenée en Bretagne sur vaisseaux anglais ; la place était livrée à l'ennemi, avec les 25,000 boulets, les 2,000 grenades, les 20 milliers de poudre et les 50,000 cartouches qu'elle contenait. Cette capitulation était nécessaire et d'Aiguillon lui-même, qui avait pu être consulté, avait reconnu qu'elle s'imposait ('). Il est donc profondément regrettable que Lin-
(') Tous deux passèrent par la suite en conseil de guerre.
(*) Des officiers de la compagnie des Indes tentèrent l'aventure et réussirent à établir quelques relations avec les assiégés.
{•) Il écrivait à Ghoiseul le 6 juin en lui envoyant un journal du siège et des détails sur la situation des assiégés, qu'un émissaire avait pu lui porter : « M. de » Sainte-Croix a fait tout ce qu'on devait attendre de sa bravoure et de sa fermeté, » il ne lui est plus possible de défendre la place, les deux enveloppes en étant » entièrement ouvertes, et l'intérieur totalement bouleversé par la quantité
» immense de bombes que les ennemis y jettent depuis plus d'un mois Comme
» on ne peut plus se flatter désormais de pouvoir le secourir à force ouverte, la » marine ne pouvant être prêle avant le mois prochain, je mande à M. de Sainte- » Croix qu'il peut écouter les propositions que les ennemis pourront lui faire