‹ La BretagneChapitre 10 sur 36 · SAINT- IL AN · texte numérisé non relu

SAINT- IL AN

Je la vois encore, la belle jeune fille, à qui nous étrangers de France, nous demandions un soir une chanson de son pays. Elle commença un chant de guerre, Lez-Breiz, le Chevalier breton, héroïque récit d'une lutte corps à corps de Bretons contre Français, et où les Bretons étaient vainqueurs :

Entre deux seigneurs, un Franc, un Breton, S'apprête un combat, combat de renom.

Coupé en courtes strophes, tantôt le chant retentissait cadencé comme le pas d'un cheval de guerre qui fait sonner l'armure, tantôt il semblait suivre les coups répétés des épées sur les casques d'acier. Et la jeune Bretonne, aux yeux brillants, debout près du piano muet, sans autre accompagnement que le murmure de la mer qui se brisait au pied des murs, s'animait en cette bataille, de sa main tendue donnant le signal :

J'aperçois Lez-Breiz, suivi de ses gens, Bataillon nombreux armé jusqu'aux dents;

ou de sa voix fière entonnant l'hymme du triomphe de Lez-Breiz :

Treio combattants tombés sous ses coups î L'insolent Lorgnez, le premier de tous.

Lez-Breiz sur leurs corps s'en vint s'accouder, Et se délassait à les regarder (1).

Et nous, souriant à cet enthousiasme, nous admirions sa beauté pure, et cette noble jeune fille nous

(l) A, Tîrizeux, Histoires poétiques.

apparaissait comme la figure idéale de la Bretagne des anciens âges, célébrant les chocs chevaleresques et chantant d'héroïques morts.

Ou bien, ce sont d'autres scènes d'un caractère antique : à la fin du repas qui rassemble la famille, entre dans la salle un ancien soldat, naguère Taillant serviteur du grand Empereur, aujourd'hui contre-maître de Saint-Ilan. Le poêle, d'un regard affectueux et cordial, lui montre une place entre ses deux filles; et le vieux soldat, qui porte sur sa poitrine la croix qu'il a payée du prix de ses blessures, s'asseoit à la table hospitalière où on lui sert une coupe d'un vin qui réjouit son cœur. La tête droite, la physionomie grave, de cette gravité que donne l'habitude de l'obéissance, le regard calme et ferme, il se tient immobile et attentif, en cette placidité propre aux vieux soldats qui, à la fin de leur vie, se recueillent silencieux dans le souvenir des combats éloignés.

Quelques mots du poëte raniment ces souvenirs profonds, les étrangers l'interrogent, et le grenadier de la vieille garde ouvre les pages depuis longtemps fermées du livre de son passé. On se sent grandir à ces récits de guerre, de ces combats qu'on n'a pas livrés, mais qui réveillent en nous les plus nobles sentiments : l'amour de la patrie et de la gloire, le dévoûmentet le mépris de la mort. Il dit les guerres homériques où il se trouva, le siège de Saragosse, cet assaut des murs, des rues, des maisons, où les assiégés furent dignes de leurs vainqueurs, la campagne de France, Champ-Au-

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