‹ La BretagneChapitre 11 sur 36 · SAINT- IL AN · texte numérisé non relu

SAINT- IL AN

bert, Montmirail, derniers grands coups d'aile de l'aigle blessé au haut des airs. Il était du petit nombre des soldats d'élite qui accompagnèrent l'Empereur à l'île d'Elbe. Il l'avait vu solitaire et soucieux errer sur la grève, s'arrêter au bord de la mer, du côté de la France, fixant sur l'horizon son long regard, comme s'il eût voulu passer par delà. Et quelques jours après c'était le départ , et la marche rapide à travers la France, et la troupe fidèle grossissant dans sa course, entraînant avec elle les volontés et les cœurs, puis courant vers le nord heurter les nations, et se dissipant et s'évanouissant enfin aux coups de la foudre.

Et, après avoir rappelé ces luttes de géants, ces efforts d'un héros qui combat le monde et ce désastre sans retour, lorsque ses lèvres se ferinaient, le vieux soldat demeurait accablé et morne; les yeux baissés, il écoutait comme les derniers bruits de la bataille, la rumeur lointaine d'une armée qui fuit dans les ombres.

Le poêle, alors, pressant sa main d'une étreinte affectueuse : Marc Jaffrain, j'ai fait pour toi des vers; un jour, quinze ans aujourd'hui se sont passés ,

Je te dis : d'un projet je sens la noble envie : Veux-tu m'abandonner le reste de ta vie?

Une larme brilla dans ton œil expressif ,

Et ton front devint fier comme un jour de combat.

PuiSj bientôt poursuivant notre obscure conquête, D'un groupe d'orphelins tu marchas à la tête. Le matin, le clairon annonçait le réveil ; Je te vois, devançant le lever du soleil , Guider tes vingt enfants à l'àpre labourage, Et par des chants pieux ranimer leur courage. La journée à sa fin, tu t'asseyais alors, Ton devoir s'appliquait aux travaux du dehors. Le mien était d'ouvrir à ces intelligences Les régions de l'àme et des humbles sciences ; Et, lorsque finissait l'heure de la leçon , Prenant sur tes genoux le plus petit garçon, Retenant mieux que lui le sens de la parole, i\i te trouvais heureux de faire aussi l'école.

D'un jour rempli goûtant le repos plein de charmes. Que de fois je serrai ta main forte avec larmes ! Et, depuis, le Seigneur a béni nos travaux (1).

Et le poète encore dit la (roupe d'orphelins, qui au signal du travail a saisi la charrue , la terre fécondée par les sueurs, la pensée marchant dans des sentiers nouveaux, les biens réparateurs répandus jiar la grâce d'en haut, l'œuvre enlin, complète et bénie,

Dont après vous, mon Dieu, le fondateur c'est lui !

Et, tandis que passaient devant ses yeux, dans une langue harmonieuse, ces quinze ans de travaux, de vive ardeur et de dévoiiment, un naïf sourire éclairait le

(1) U>!E VOIX DANS LA FOULE : « Mavc Jaffrain.

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