‹ La BretagneChapitre 7 sur 36 · L^ PIERRES · texte numérisé non relu

L^ PIERRES

loin, on les prendrait pour des dolmens renversés et on est près de les dédaigner; mais entrez dans le t:liamp, et le rocher qui vous semblait couché à terre, vous reconnaîtrez que c'est le toit d'un édifice enfoui dans le sol. Il faut, en effet, descendre de plusieurs pieds pour pénétrer dans l'intérieur : alors vous avez devant vous une allée droite, formée de larges rochers plantés en terre, comme une muraille ; au bout (le cette allée, une chambre arrondie, et, sur le côté, une petite chambre communiquant avec la grande et qui en est comme le cabinet (1).

Le tout est recouvert des rochers que vous voyiez de loin, et qui, semblables à des dalles monstrueuses, scellent ces sépulcres vides. Trois grottes s'alignent à côté l'une de l'autre, parallèles et de même longueur, sépultures familiales oi!i, près de la dernière demeure des parents, avait été réservée la tombe du petit enfant.

Mais voici Carnac, et ses célèbres et indéchiffrables alignements : à mesure qu'on approche de Carnac, à droite et à gauche, se dressent, dans les champs, de hautes pierres par groupes de douze ou quinze; l'un de ces groupes, le plus considérable et composé des plus gros blocs, s'appelle le Caîiip de César ; car c'est toujours ce vainqueur que l'on rencontre en notre France, comme Alexandre et Sésostris en Asie, comme

[\'^ L'allée est large de trois pieds, la chambre longue de dix et le raiiinet de six. Ces grclles ont été découvertes il y a peu d'années.

sa LA BRETAGNE.

Napoléon en Egypte, en Syrie, dans l'Europe entière : l'homme ne créant pas, ce sont les destructeurs d'hommes qui saisissent le plus l'imagination des nations et dont elles consacrent le nom.

Ces groupes de rocs isolés sont comme les avantpostes d'une armée. Bientôt on se trouve au milieu de l'armée elle-même. Tout d'abord, on n'éprouve pas celte stupeur dont parlent les voyageurs. C'est que là, comme en toutes les recherches de sa vie, l'homme , au milieu des choses où il aspirait, les possédant et les tenant en sa main, n'a qu'un étonnement, c'est qu'elles soient si peu; dans les montagnes, touchant les pics que coupent en deux les nuages, il se demande si ce sont là les Pyrénées ou les Alpes. De même ici : entre ces miniers de rocs, vous ne saisissez pas leur énormité et leur multitude. Mais si , du haut d'un de ces blocs couchés à terre comme un monstrueux animal des premiers temps du monde, vous regardez devant vous, vous voyez s'allonger jusqu'à l'horizon, immobiles et muettes, les longues rangées de pierres levées sans nombre.

Elles s'étendent, en elYet, en lignes droites, régulières, également séparées l'une de l'autre comme si le commandement d'un général eût écarté largement les rangs pour en passer la revue; dans ces rangs, chaque soldat est un roc roide , le pied profondément enfoui dans le sol, les plus petits au bas des files comme à la queue de l'armée, les plus grands en tête ; l'homme de nos jours qui les mesure , debout à côté

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