‹ La Bronchio-Pneumonie Du NourrissonChapitre 46 sur 56 · FIG. II · texte numérisé non relu

FIG. II

Appareil à Oxygénation. ; On reconnaît une vulgaire couveuse. Ses joints sont mastiqués. Dans la couveuse : une toile cirée, montée sur un cadre sert de hamac. On voit le Psychromètre. Un tube à essais plein d’eau entretient l'humidité de l’un des thermomètres. :

A droite, la bombe de 2.000 litres. Sur une planchette fixée à la couveuse, le mano détenteur et le manomètre. Les 2 tubes de

caoutchouc qui s'adaptent à la nourrice vont l’un au mano détenteur, l’autre au manomètre. k

approximativement les teneurs en oxygène que l’on peut calculer, en admettant une caisse étanche fonctionnant avec une soupape. Nous nous sommes donc contentés de doubler le couvercle d’une forte toile cirée, et de l'appliquer à frottement.

Au milieu de la couveuse est tendu un hamac en toile cirée sur lequel repose l'enfant. Ceci laisse audessous de lui la place suffisante pour déposer éventuellement une cuve absorbante, dont l'usage a démontré l'inutilité.

La caisse est percée de 3 orifices : 2, munis de tubulures, servent aux prélévements de gaz. Le 3°, à l'arrivée de l'oxygène.

Get orifice de 1: mm. de diamètre s’ouvre dans une nourrice. C’est un petit réservoir sphérique d’un diamètre de 5 cm., qui porte, d'autre part, 2 tubulures. L’une s'adapte, par un long tube de caoutchouc souple, au mano détendeur de la bombe. L'autre est en communication avec un manomètre qui mesure la pression dans la nourrice en centimètres d’eau. Nous avons mesuré, une fois pour toutes, la pression, en fonction du débit du mano- AR Ens et il est facile de le régler à volonté.

Cet appareil, robuste et pratique, est un peu lourd, et il:a été difficile d’y adapter les bombes de dimensions très différentes que nous avons eues à notre disposition. En outre, les fuites, qui ne nuisaient pas au fonctionnement de l'appareil, devenaieñt des ‘sources d'erreur apréciables si nous cherchions à faire des dosages de gaz expirés.

10 Mey

Notre second modèle que nous pouvions faire plus petit, puisque nous avions appris l'inutilité des cuves”absorbantes et âutres accessoires, est une Caisse de 76,32 et 35 cm. de côtés, soit une capacité de 80 litres. Pour en assurer l'étanchéité absolue, nous ‘avons pris un aquarium de tôle, percé de larges fenêtres de verre. Le couvercle ‘est-une plaqué de tôle dont les 4 bords plongent dans les 4 côtés d'une gouttière qui fait le tour du bord supérieur de l'aquarium. Il suffisait d’emplir la gouttière de liquide pour éviter rigoureusement toute déperdition de.gaz. Dans la pratique courante, nous y avons simplement versé de l’eau. Les accessoires de cet appa- ‘reil ont été copiés sur ceux du premier.

… Fonctionnement de la chambre. — L'enfant est couché dans la caisse, enveloppé dans ses langes, soigneusement emmitouflé dans une couverture, un bonnet sur la tête. Il repose sur la tôle du fond par l'intermédiaire. d’une petite couverture. et d’un oreiller. On lui évite, au moyen d’un paravent fait d’une feuille’de carton de recevoir directement Île courant d'oxygène. :

:- La gouttière de la caisse est remplie d’eau. Le cou- ‘vercle y est délicatement déposé, non sans une. cer- ‘laine résistance due à la pression de l'air: qui s’échappe violemment par Îles orifices. libres. On règle alors le mano détendeur d’après lés indications du manomètre, de façon à débiter 3 :Htres par’ minute. En ro minutes, ‘on débite ainsi 3o:litrés, dont une

Ho à à

parlie s'est échappée, puisque les ouvertures ont laissé s'écouler 30 litres dumélange air- -oxygène. On peut établir, par un calcul différentiel, et nous avons contrôlé “expérimentalement, par des titrages au pyrogallol, que la teneur en oxygène a passé de 21 %, taux atmosphérique normal, à 4o %. C'est à ce moment que l'enfant commence à réagir à l'oxygtnation. Le débit est alors modéré, à + litre, de sorte qu’au bout de l'heure, le taux de l'oxygène s’est éle-

é à 55 %. Cette proportion nous a paru suffire, mais il serait facile de la porter à 50 %. L'enfant est alors retiré, et les couvertures sont mises à sécher. Nos avons couramment répété les séances toutes les 2 heures.

Si un autre enfant doit être traité, la caisse est aérée, lavée à grande eau, désinfectée au formol ou à l’eau de javel. Nous insisterons sur la grande faclité du nettoyage, puisque nous disposons d’un véritable aquarium, qui permet un lavage à grande eau.

IL était capital de connaître les variations de la vapeur d’eau et du gaz carbonique dans cette almosphère confinée. |

1. Vapeur d’eau. — Jamais, en opérant dans une pièce chauffée, nous n'avons constaté de condensation d’eau sur les parois. Nous avons mesuré Ja tension de la vapeur au psychromètre, appareil fait de 2 thermomètres, l’un sec, l’autre humide, la tension étant donnée par une table, en fonction de la témpérature que marque le thermomètre humide,

et de la différence des deux températures. Il ne restait plus qu’à calculer le poids de vapeur gagné par So litres d’air ; ce poids ne comporte que quelques décigrammes. On pouvait supposer que la vapeur s'était échappée par l'orifice de sûreté. Il n'en est rien. L'enfant, pesé, nu, avant et après la séance, a perdu plusieurs grammes, alors même qu'il n’a pas eu de miction, et ce poids, qui correspond à peu près exclusivement à la quantité d’eau perdue par la respiration et [a transpiration, se retrouve presqu'intégralement dans les langes. Nous signalerons, d’ailleurs, l'extrême rapidité avec laquelle ces langes sèchent, une fois sorties de la caisse : elles reperdent ces quelques grammes en moins d'un quart d'heure. Quand l'enfant est bien enveloppé dans une couverture, l'humidité est imperceptible. S'il est simplement dans ses langes, sans couverture, la vapeur n’en est pas moins entièrement absorbée, mais elles sont manifestement humides. Il est donc indispensable de mettre dans la caisse une couverture, sinon pour protéger l’enfant contre le froid, du moins pour en absorber l’humidité.

2. Gaz carbonique. — Nous avons dosé le gaz carbonique volumétriquement, à la potasse, et nous en avons trouvé, selon le poids et l'agitation de l'enfant, de 0,6 à > %. Ce nombre extrême est évidemment trop élevé, quoiqu'inférieur à la dose toxique, mais la toxicité du gaz carbonique est vraisembla-

blement moindre, en présence d'un excès d’oxygène, et nous n'avons jamais observé chez nos petits malades la moindre apparence de malaise à la fin d'une séance. Ceux qui réagissent défavorablement à l'oxygène le marquent dès les premières minutes, alors que ce gaz ne saurait être mis en cause.

RÉSULTATS OBTENUS. — Nous ne pouvons pas .exexposer de statistique importante comparant le résultat du traitement par l'oxygène aux autres traitements.

La seule que nous avons trouvée est celle de Stadie qui a soigné 33 malades à l'hôpital Rockfeller. Parmi ces malades il n’y en eut que 4 dont l’état était presque désespéré, parmi lesquels 3 moururent. Stadie considère comme désespérés les cas où la pression de l’oxygène dans le sang artériel, tombe audessous de 20 mm. de mercure, mais lorsqu'il ne peut pas pratiquer de ponction artérielle, il se contente comme test de l’intensité de la cyanose jugée par la simple inspection.

Les résultats que nous avons obtenus à la Maternité, ne peuvent être exposés numériquement ; en effet, nous n’avons qu'une vingtaine de nourrissons dont la moitié environ a survécu. Mais nous n’oserions pas comparer dans une statistique des cas cliniquement très différents. Parmi cès enfants les uns ont présenté à l’oxygène une réaction favorable, les autres une réaction nulle ou défavorable. Nous étudierons successivement ces deux groupes de su-

ra }CtS:

ENS l

2 THON En

1. Réaction favorable. — Cette réaction est de beaucoup la plus fréquente. Aussitôt que l'enfant enfermé dans notre caisse, respire une atmosphère suffisamment riche en.oxygène (environ 4o %) sa physionomie change, le visage qui était cyanosé, prend une teinte rose vif, la prostration disparaît, l'œil s’anime et l’enfant commence à regarder autour de lui, à sourire, et bientôt à effectuer quelques mouvements.

Il est exceptionnel que des cris ininterrompus et une agilation excessive nous aient forcés à le retirer avant un séjour d’une heure.

Toutefois il convient de noter que ni la polypnée ni ce mode si particulier de respiration broncho pneumonique ne sont modifiés par l’oxygénation ; ceci laisse à penser que ces 2 symptômes sont plutôt sous la dépendance d’une cause générale nerveuse que de l’asphyxie.

Quand l’enfant est retiré de la caisse, son visage reste rose et animé pendant quelques minutes, mais il ne tarde pas à recouvrer la teinte cyanotique initiale. D'autre part, l'oxygène nous paraît avoir une action tonique générale qui se manifeste par l’excitation de l’appétit. Tel enfant qui absorbait péniblement par cuillerées pendant tout l’espace de temps de 3 heures à peine un demi biberon, avale tout d’une traite, en sortant de la caisse un biberon de 150 gr. de lait. ;

Les heureux effets de l’oxygène sont si manifestes que les mères, hospitalisées à la Maternité avec leurs

Re ARS

nourrissons demandent que l'on répète les séances. Le personnel est entraîné à placer aussitôt dans nôire caisse tout nourrissor broncho Pneumonique qui tend à se cyanoser. |

L'influence de ce traitement sur l'évolution générale de la maladie est moins évidente. Il semble d’ordinaire, que les formes curables guérissent plus Fa+ pidement et que les formes mortelles soient sensiblement prolongées. Nous nous contenterons de donner en exemple trois de nos observations.

La première concerne un cas mortel (n° XIX).

L'enfant $S., âgé de 11 mois et pesant 9 kilog, est entré au début de novembre 1922 avec une bronchopneumonie post morbilleuse, comportant un gros foyer de la base droite, une dyspnée et une cyanose extrêmes avec prostration, anorexie absolue, anurie, et il semblait devoir mourir dans les jours suivants. Hé

Sous l'influence de l'oxygène, et en 2 ou 3 jours, la dyspnée et la cyanose régressaient, et on put espérer la guérison mais la température restait à 4o en dépit de la sérothérapie concomitante ; la lésion locale a poursuivi une progression inexorable, , ef lorsque l’enfant est mort au bout de 19 jours de maladie, nous avons trouvé à l’autopsie une infiltration presque totale des 2 poumons dont presque aucune portion ne paraissait susceptible de respirer. L'étendue des lésions anatomiques était telle que sans Île secours de l’oxygène la mort serail cerfainement

survenue plusieurs jours auparavant.

. Deux autres observations calquées l’une sur l’autre concernent au contraire des cas des guérison.

Il s’agit de deux nourrissons âgés l’un de 3 mois (n° XVD) et l’autre de 5 dont la maladie a commencé en janvier, brutalement, par des vomissements, une fièvre à 4o, une dyspnée et une cyanose extrêmes Dans les 2 cas la mort paraissait n'être me une question d'heures.

Soumis à des séances d'oxygénation répétées, 8 à 10 par jour, ils étaient nettement améliorés, et paraissaient tirés d'affaire dès le 3° ou le 4° jour. On put alors interrompre cette thérapeutique.

Toutefois il convient de signaler dans ces 2 cas l'intégrité relative de l’état général ; l'appétit était conservé, et il n’y eut pas de chute de poids, il semble qu'il se soit agi d’œdème subaigu infectieux, greffé sur un foyer broncho pneumonique qui a rétrocédé en quelques jours ; dans ce cas l’action de l'oxygène permit d'éviter l’asphyxie, pendant l’évolution rapide de cette poussée d’œdème.

Dans ces deux cas nous avons eu nettement l’im-

pression clinique que sans l’oxygène l'enfant était perdu.

2) Il n'y a pas de réaction favorable.

Nous avons 4 ou 5 observations où aucune réaction favorable ne s’est manifestée sous l'influence de l’oxygénation.. Dans » cas il s’agissait de tout petits nourrissons débiles, animés d’une toux incessan-

te au point que pendant plusieurs minutes de suite, chaque mouvement expiratoire comportait une secousse de-toux Cette toux fut aggravée par loxygénation et nous n'avons pas pu appliquer notre thérapeutique.

* Dans les autres cas, la broncho pneumonie avait revêtu d'emblée une forme toxique, avec teint grisâtre terreux plutôt encore que cyanotique, anorexie complète et chute de poids rapide. Dans la caisse, l'enfant ne prenait même pas le teint rose que nous observons d'ordinaire, il restait prostré à l’issue de la séance et refusait le biberon.

Page 1