A. — ACCIDENTS CHEZ LA FEMELLE
Le symptôme prédominant de l'infection des bovidés par brucella abortus est sans conteste l’avortement. La maladie débute par une période d’incubation d'environ quinze jours, mais l’expulsion du fœtus ne se fait que deux ou trois mois après ; jusqu'à ce moment, rien ne traduit la présence du microbe.
L'accident peut, en principe, s’observer à toute époque de la gestation. Les statistiques nombreuses, faites à ce sujet, montrent qu'il survient, dans la majorité des cas, du sixième au huitième mois de la gestation avec une prédominance marquée pour le septième.
La fréquence serait pour ce mois, d’après Zwick et Zeller, de 52 % des cas.
Cet avortement ne présente pas de caractère particulier. Il s’annonce comme une mise bas normale, avec cependant,
une préparation moins complète et moins longue, surtout en ce qui concerne la glande mammaire. Grâce au développement incomplet de l’avorton, les coliques sont peu violentes, l’expulsion est facile.
Dans certains cas cependant, rapportés par Williams à la paresse utérine, elle peut traîner en longueur.
Le fœtus, s’il n’a que quelques mois, peut être rejeté avec ses enveloppes ; plus généralement il est expulsé seul et la mise bas se fait en deux temps.
La rétention du délivre est fréquente, presque de règle ; la délivrance artificielle est difficile, souvent impossible, en raison de la solidité des adhérences cotylédonnaires. L'accident s'accompagne d’un écoulement vulvaire plus ou moins abondant, qui persiste plusieurs semaines.
De plus, même lorsque les enveloppes ont été expulsées normalement, la vache présente souvent de la métrite chronique. Cette affection qui, pendant son évolution, rend les vaches stériles et qui, si elle persiste, peut provoquer l’ectodermisation, la sclérose de l’utérus, a été rapportée, par Swen Wall, à une infection secondaire greffée sur les altérations superficielles dues à brucella abortus.
I1 faut reconnaître, avec Schumann, que rarement la stérilité consécutive à cette maladie est persistante et que, le plus souvent, il n’y a qu’un retard dans le procédé d’involufion de l'utérus.
Le produit d'expulsion, généralement mort lorsque la gestation est peu avancée ou que l'infection est particulièrement grave, peut cependant être vivant.
Dans ce cas, il est triste, malingre, peu vigoureux ; il meurt généralement en quelques heures.
Les lésions de l’avortement provoqué par la brucellose
bovine ont pour siège l'utérus de la vache infectée, l’avorton et ses annexes.
Au niveau de l'organe utérin, elles sont discrètes, sauf si l’on se trouve en présence d’une infection secondaire. Elles portent sur un certain nombre de cotylédons qui sont fermes, ont un aspect rosé et laissent sourdre, à la pression, une matière purulente. À
Les lésions du fœtus varient avec le degré d'infection. Elles sont souvent nulles. L’avorton peut cependant présenter de l’œdème généralisé, avec un épanchement abondant au niveau des grandes séreuses.
I1 peut être plus ou moins putréfié, et quelquefois momifié.
C’est sur les enveloppes que l'accident laisse les altérations les plus intéressantes. Elles sont faciles à étudier, surtout quand le fœtus est enveloppé.
Sur toute la surface externe du chorion, on trouve ‘un abondant exsudat, grumeleux, peu consistant, de coloration jaunâtre, généralement inodore ; parfois, il se concrète en un magma demi-solide.
Au niveau des adhérences placento-utérines, les calottes placentaires malades sont hypertrophiées, leurs villosités sont épaisses, comme infiltrées de pus, macérées : elles sont décolorées, blanchâtre ou jaunâtre ; leur couleur tranche nettement avec celle, rouge vif, des houppes saines.
Le plus souvent ce sont les cotylédons correspondant à l’entrée de l’utérus qui sont atteints, ceux du fond étant restés sains.
Parfois, les altérations sont localisées à un même vaisseau ; plus rarement, elles sont disséminées sur toute la surface de l’œuf.
Le tissu conjonctif sous-chorial est très épaissi ; il ren-
prie. D
ferme une substance gélatineuse, semi-fluide, contenant des fausses membranes. Ceci explique l'épaisseur du délivre et sa fragilité. Les eaux sont généralement troubles, sales, chargées de grumeaux, quelquefois, elles présentent une teinte café au lait ou chocolat.
Les circonstances dans lesquelles les avortements se produisent, sont de la plus grande importance. La maladie débute par une femelle d'importation récente, généralement. L'accident, attribué à une cause banale, est vite oublié. Aucune précaution n'est prise contre la contagion possible, et, bientôt, les deux vaches voisines avortent à leur tour. Peu à peu toute l’étable est envahie. Les avortements se succèdent d’abord à de longs intervalles, puis deviennent de plus en plus fréquents. Si on ne renouvelle pas l'effectif avec des animaux vénus du dehors, les accidents sont surtout nombreux les deux ou trois premières années ; ils décroissent ensuite, pour arriver rapidement à un taux négligeable.
Au contraire, si dans une étable où les avortements se sont espacés ou même ont disparu, on introduit une vache saine, le microbe trouve en elle un terrain très favorable. Il récupère sa virulence et l’épizootie subit une recrudescence marquée.
Chez une même vache, les accidents successifs se produisent plus en plus près de la date de la mise bas normale, et finalement la gestation parvient à terme.
Ces particularités, signalées en premier lieu par Nocard et Bang, permettent de prévoir la disposition graduelle des accidents abortifs dans un effectif non renouvelé, grâce à l’atténuation de la virulence du germe et à l'établissement
progressif chez les femelles d'un certain état de prémunition.
Ces perturbations graves dans les fonctions reproductrices de la femelle, s’ils sont les méfaits les plus importants de la brucellose bovine, ne sont malheureusement pas les seuls. Cette maladie atteint aussi le mâle.