TRANSMISSION À L'HOMME
Le grand nombre de personnes exposées journellement à l'infection par abortus, autant par contact avec les animaux malades que par absorption de lait bacillifère, donne une singulière importance à cette question. Aussi, s’en est-on beaucoup occupé ces dernières années.
A la suite des audacieux essais de transmission expérimentale de l'infection à l’homme, effectués par Nicolie, Burnet et Conseil, il paraissait démontré que l’abortus et le mélitensis se différenciaient par le pouvoir pathogène de ce dernier pour l'être humain.
Cette conception, d’abord adoptée par tous, n’a pas tardé à être battue en brèche :
La Fièvre ondulante est apparue dans des pays souvent très éloignés de son aire géographique, à la suite de la brucellose bovine. C’est Bévan, en Rhodésie du Sud, qui, le premier, à attiré l'attention sur l'apparition de troubles analogues à ceux de la fièvre ondulante, chez des personnes n'ayant jamais consommé de lait de chèvre.
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Peu après, Keefer et Evans, en Amérique, rapportent un cas d'infection, avec mise en évidence du bacille dans le Sang, chez un sujet consommant habituellement du lait de vache à l’état cru.
Une relation analogue est faite à la même époque par Orpen, en Rhodésie.
Depuis, aux Etats-Unis, en Suède, en Norvège, au Danemark, en Bavière.., ces cas ont été signalés avec une fréquence, qui, à partir de 1925, augmente chaque année. Après Carpenter, Veilchenblau, Kling, Kirstensen, Habs, etc.., une nuée d'auteurs ont observé cette transmission. Tout dernièrement, la maladie a été signalée en Argentine par Salvador Mazza et ses collaborateurs.
En Amérique, d’après Alice Evans, pour 217 cas signalés en 1927, il y en eut 1.301 en 1929. Cette même année, Simpson a observé 1.305 infections dont. 968 ont été déclarées : Hardy en a relevé 383 cas, dont 200 dans le seul état de l’Iowa, et Hasseltine en a étudié 109 dans différentes régions. En Suède, Van der Hoeden, pour 1928, en rapporte 17 cas observés au Central Laboratorium.
Kirstensen, au Danemark, note qu’en 1927, sur 1.177 échantillons de sang examinés, pour suspicion de fièvre thyphoïde, 89 se sont montrés infectés par brucella abortus. Les années suivantes, la proportion augmente ; elle est de 222 sur 2.150 sérums, puis de 500, sur un total équivalent. D'après le docteur Madsen, la fièvre ondulante, incontestablement d’origine bovine, y serait plus fréquente que la fièvre thyphoïde.
En France, les cas d'infection générale, par brucella
“d'origine bovine, ont été rarement signalés et sont peu
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démonstratifs, malgré l'extension et l'importance chaque jour plus grande que prend la brucellose dans notre cheptel.
Cette anomalie trouve un début d'explication dans la fréquence de la contamination par ingestion.
L'appareil digestif constitue, en effet, une voie de pénétration importante, comme le montrent les nombreux cas de transmission de la maladie aux grands buveurs de lait cru. Beaucoup d'auteurs, parmi lesquels Keefer, Dancan, Habs, ont signalé ce fait.
Dans ce cas, d’après Hardy, l'absorption de petites quantités ne produirait rien ; seules les doses massives et répétées amèneraient l'infection.
Sur 17 observations, Van der Hoeden rapporte sept fois la maladie à la consommation de lait ou de crème à l’état cru. Hasseltine, sur 442, signale 198 cas, observés dans les villes sur des personnes n'ayant jamais été en rapport avec les animaux, que l’on peut attribuer exclusivement au lait ou produits dérivés, et 200 autres, dans les campagnes, où ce mode de contamination peut encore être envisagé.
D’après cet auteur, dans les villes des Etats-Unis du Nord, où la pasteurisation n’est pas obligatoire, l'affection dénonce les buveurs de lait cru avec autant de précision que la variole les personnes non vaccinées.
Cette source d'infection perd toute son importance dans des pays où, comme en France, avant sa consommation, le lait est généralement bouilli ou porté à une température suffisante pour détruire le microbe en cause.
Il est un autre mode de transmission : le contact. Il intervient le plus souvent lorsque l'infection reconnaît pour origine l'espèce porcine ; lorsque les personnes atteintes, praticiens ou autres, ont assisté à l’accouchement de
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vaches infectées, ont manipulé des produits organiques issus d’avortement.
La pénétration du microbe pär les muqueuses, et surtout par la peau, n’a pas eu, jusqu'à présent, d’après Hardy, M. Hudson, M. C.F. Jordan, l'attention qu'elle mérite. Ces auteurs, ayant observé souvent l'infection, dans les fermes, d'hommes s’occupant de troupeaux contaminés mais ne consommant pas de lait, ont entrepris des expériences. Ils ont montré que la peau normale du cobaye est plus vulnérable que le tractus digestif.
Se basant sur les relations épidémiques, ils ont conclu qu'il en était de même pour l’homme.
Les brucella, abortus comme mélitensis, pourraient pénétrer par la peau, sans causer la moindre lésion locale. Les solutions de continuité ne seraient pas nécessaires, mais faciliteraient cependant grandement l'infection.
Les symptômes que détermine chez l’homme, l'agent de la brucellose hovine, sont assez variés.
Ils paraissent dépendre de facteurs nombreux et mal déterminés, parmi lesquels on peut comprendre la réaction de l'individu, les modalités de la Contamination et surtout la voie de pénétration du germe, la virulence de celui-ci au moment de l'infection, l'influence saisonnière, etc. s Ils peuvent être identiques à ceux de la brucellose mélitococcique et se traduire surtout par une fièvre ondulante. La courbe des températures a des maxima très élevés : elle est en ondes successives, dont l’amplitude variable est d’environ trois semaines, séparées par de courts intervalles d’apyrexie.
La fièvre s'établit lentement. La température s'élève pen-
dant une dizaine de jours, puis, quelquefois, elle diminue graduellement en une semaine et tout est fini.
Plus souvent, la courbe comporte deux ou trois ondes d’amplitudes inégales, et la maladie dure deux à quatre mois, exceptionnellement six mois et plus.
On peut, en outre, trouver de la congestion cutanée, des sueurs profuses, de la bradycardie, de la tuméfaction et de l'hypertrophie de la rate, du foie et des ganglions lymphatiques : des douleurs articulaires ou en différents points du corps, sans altération visible ; de la constipation, de la congestion pulmonaire, des hémorragies nasales répétées, des orchites, de la sensibilité ovarienne, etc.
La maladie débute souvent, vraisemblablement lors d'infection digestive, par une angine catarrhale, s’accompagnant parfois d’une stomatite vésiculeuse.
Le symptôme principal : la forme ondulante de la
courbe des températures, que les Américains ont donné comme caractéristique de l'infection de l’homme, peut faire défaut ou exister dans nombre d’autres maladies. D'après C. Hegler, ce qu'il y a de remarquable, dans l’infection d’origine bovine, c’est la faible atteinte de l’état général ; alors que la température est très élevée, la conservation de l’appétit, la faiblesse du pouls. (
En Amérique, Huddleson et Johnson ont signalé que chez les vétérinaires et les personnes qui ont manipulé du matériel infectant, la maladie se traduit souvent par une éruption cutanée, de petites pustules irrégulières, rougeàtres, accompagnées de prurit, et qui disparaissent en quelques heures.
En d’autres circonstances, il s’agit de papules discrètes avec démangeaisons qui s’effacent en trois ou quatre jours.
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On peut avoir aussi une infection locale du bras, avec abcès multiples et réaction ganglionnaire. En France, ces localisations paraissent beaucoup plus fréquentes que la maladie générale. |
On a pensé à rechercher l’action possible de brucella abortus pour certains cas d’avortement dans l'espèce humaine.
Devoir, Thierry, Lee, W. Williams, prétendent qu'elle n'intervient pas. Aucun fait précis n’est venu prouver le contraire.
Enfin, il faut signaler que cet agent infecte souvent l’homme sans déterminer le moindre trouble apparent. Sa présence n’est alors décélée que par les réactions sanguines, lorsque celles-ci sont mises en œuvre.
CONCLUSION
L'importance de la Brucellose bovine est considérable. 1°) Par les pertes qu’elle fait subir à l'espèce bovine, -par les dégâts qu’elle cause chez les autres espèces animales ; 2°) Par l’extension qu'elle prend dans le monde entier ; 3°) Surtout pärce que son agent est capable de provoquer chez l’homme une maladie sérieuse, conduisant générale-
ment les sujets atteints à un état d’anémie grave et pou-
vant dans quelques cas amener Ta mort.
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