‹ La bruyèreChapitre 10 sur 81 · I. Tome II, p. 88, u · texte numérisé non relu

I. Tome II, p. 88, u

a. En droit strict, elle aurait dû être levée au profit exclusif du Trésor royal, lorsque le lloi la fit revivre ; mais on se départit, par mesure géuérale, de la rigueur des principes, et la famille Roussel put bénéficier du prix de l'office que l'édit de février 1673 avait anéanti entre ses mains, et qu'elle voyait renaître au bout de l'année : « Nous avons même.... taxé en nos revenus casuels, en faveur des veuves et héritiers, lisons-nous dans l'édit de mars 1673, les charges qui étoient vacantes et que nous avons rétablies, en tant que besoin seroit, par notre édit de février dernier. » A Versailles, le décès de Roussel était ignoré lorsqu'on rétablit le bureau de Caen : les lettres de déclaration et un arrêt du conseil d'État du 10 décembre 167a rétablissent les présidents trésoriers du bureau des finances de Caen, « au nombre de quinze, qui sont encore à présent revêtus desdites charges; » un arrêt du parlement de Rouen, rendu le 6 mars 1673 sur la requête des trésoriers de Caen, et enregistrant leur rétablissement, reproduit la même inexactitude.

3. Voyez VÉtude chronoluglqne sur J. de la Bruyère, que nous avons signalée dans la Notice bibliographique (tome III, i" partie, p. SOI , n' 28), et dont l'auteur est M. Châtel, archiviste du Calvados.

SUR LA BRUYERE. xliii

lé prix de la charge, lequel était de ij ooo livres au total i6 5oo, en ajoutant au principal les 2 sols pour livre dont la perception était prescrite par un édit de mars i6/,5].

Avec les droits du marc d'or, qui étaient alors de 1 296 livres pour les trésoriers de France S le prix de la charge n'atteignait pas 18 000 livres. Les gages fixes étant de 235o livres environ*, Metezeau pouvait obtenir, pour le moins, treize pour cent de son capital, de plus s'anoblir et jouir des mêmes privilèges que les membres de la Chambre des comptes ou les commensaux du Roi, se procurer eniin, comme l'écrivait plaisamment 31. de Guilleragues à Racine, qui fut aussi trésorier de France, « la satisfaction honorable d'être enterré avec des

I. Le droit du marc d'or, dont le produit e'tait destiné à l'ordre du Saint-Esprit, était prélevé sur tous les oflices à chaque mutation de titulaire. On appliquait, à cette époque, le tarif établi par redit de décembre i656, qui avait doublé le tarif antérieur.

3. Les trésoriers de Caen, qui semblent un peu plus favorisés que ceux de divers autres bureaux, recevaient alors, pour « gages, augmentations et droits, » 2348 livres, 10 sols, par an : ils eussent reçu le double, n'étaient les retenues d'un semestre qui avaient été imposées à tous les trésoriers en i647- ^^ avait été rendu aux trésoriers un quartier en 1648 (voyez le Recueil des titres concernant les trésoriers généraux, par Simon Fournival, i655, p. ioi3); mais un arrêt du conseil d'Etat du 10 avril i658 avait retenu de nouveau les deux quartiers, et cette réduction avait été maintenue par la suite (voyez la Table générale des ordonnances, édits, etc., concernant les trésoriers généraux, par J. du Bourgneuf, p. iaa et 129). Pour les trésoriers qui résidaient et remplissaient leurs fonctions, les revenus s'augmentaient par l'effet de divers droits. Dans ses ^lémoires sur les privilèges et fonctions des trésoriers de France (tome I, p. 122), du Bourgneuf estime qu'avec les droits de présence, droits de bûche ou de chauffage, etc., ils s'élevaient, au dix-huitième siècle, à près de 45oo livres : il faut sans doute réduire cette somme de moitié par suite de l'application de l'édit de i658, car ailleurs du Bourgneuf limite à 2i43 livres, 10 sols, les revenus, diminués de moitié, des trésoriers d'Orléans, et à 2223 livres, 10 sols, ceux des autres bureaux. Les menus droits de présence et autres, en y comprenant les augmentations assez fortes de gages, qui résultèrent des emprunts dont les trésoriers furent frappés à diverses reprises, ne pouvaient sans doute avoir doublé le produit de la charge.

XLiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

éperons dorés'. » Mais Joseph Metezeau ne voulait pas être, à ce qu'il paraît, trésorier de France au bureau des finances de Cacn. Il ne se fit pas installer et céda, en novembre 1673, l'office que sans doute il n'avait levé que par spéculation, au lendemain de vicissitudes qui en avaient diminué la valeur. Le nouvel acquéreur de la charge fut la Bruyère, dont Metezeau reçut vraisemblablement un peu plus qu'il n'avait déboursé lui-même. Jusqu'au 21 janvier 1673, les titres de trésorier du bureau de Caen étaient officiellement estimés à 29 333 livres, 6 sols et demi*; à cette date, et par suite de la transaction qui mit fin aux essais de réforme que nous venons de rappeler, l'évaluation officielle s'était abaissée à 24000 livres'. Les droits du marc d'or se fixaient d'après ces estimations; mais elles ne réglaient pas les conventions des parties, quelles que fussent, à cet égard, les prescriptions de l'autorité royale. Le prix des charges, qui s'était parfois élevé de plus de moitié au-dessus du taux officiel, devait s'être fort abaissé à l'époque où la Bruyère achetait la sienne ; car elles étaient peu recherchées, en dépit des mesures que l'on prenait pour « faciliter le débit 3> des offices vacants aux parties casuelles. Metezeau ne dut pas faire une spéculation très-profitable en achetant l'une d'elles pour la revendre.

1. Lettre du 9 juin 1684, OEuvres de Racine, tome VI, p. 5a6.

2. Voici les évaluations, d'après Tédit de décembre i665, de quelques charges judiciaires en Normandie, évaluations que nous citons afin que l'on puisse se rendre compte, par comparaison, du degré d'importance qu'avaient en province, quant à la valeur, les fonctions de trésorier : conseillers clercs au parlement de Rouen, 40000 livres; conseillers laïques, 70000; conseillers aux requêtes du palais, 48 000; maîtres de la chambre des comptes de Rouen, Soooo; correcteurs, a4 000 i auditeurs, aoooo; conseillers à la cour des aides de Rouen, 48 000.

3. Elle devait bientôt descendre à 18000 livres; car, le aS novembre i685, il était payé, au nom de la Bruyère, pour l'annuel de 1686, une somme de 3oo livres; or l'annuel était le soixantième du prix officiel de la charge. Tandis que la Bruyère s'acquittait régulièrement de cet impôt envers le Trésor du Roi, Racine en était affranchi par les Condé, auxquels revenaient les droits jierçus sur les offices de la généralité de Moulins.

SUR LA BRUYERE. xlv

Nous venons de montrer la Bruyère achetant son titre de tre'sorier ; mais l'a-t-il vraiment payé de ses deniers ? Racine obtint le sien de la protection de Colbert et de la libéralité du Roi : ami de Bossuet, la Bruyère n'aurait-il point dû à l'intervention de l'illustre évêque la concession gratuite de son office? Divers savants, tels que l'abbé de Vares, Malezieu, Gerauld de Cordemoy, ont secondé Bossuet dans la recherche des notes et la préparation des traités dont il se servait au cours des leçons qu'il donnait au Dauphin, son élève : la Bruyère aurait-il été, lui aussi, l'un de ses collaborateurs, et le titre de trésorier serait-il la récompense de son concours? Enfin le nom de Metezeau, qui, nous dit-on, était un commis des parties casuelles et un parent de Bossuet, expliquerait-il comment Bossuet put être mêlé aux négociations qui précédèrent la nomination de la Bruyère? Nous trouvons ces conjectures dans la biogi\iphie la plus complète de la Bruyère, et nous croyons ne pas devoir les passer sous silence.

Dans ses doctes et consciencieuses études sur la vie de Bossuet*, M. A. Floquet n'a entrevu nulle part la Bruyère parmi les savants dont s'est entouré le précepteur du Dauphin. Peutêtre cependant quelque document nouveau confirmera-t-il un jour, parmi les conjectures que nous venons de rappeler, celle qui fait de la Bruyère l'un de ses auxiliaires. Il était assurément digne d'être associé à la tâche que Louis XIV avait confiée à Bossuet, aidé de Daniel Huet. Mais, ce point réservé, nous nous trouverons en désaccord continu sur les autres avec l'auteur regretté de la Comédie de la Bruyère. La Bru}ère, à notre avis, est devenu trésorier à la suite d'un contrat avec un particulier qui ne lui fit aucun abandon du prix de la charge, et ce particulier, qui était premier acquéreur d'un titre qu'il n'a point voulu conserver, et non im commis des parties casuelles, n'était pas non plus un parent de Bossuet. Leurs noms, il est vrai, se sont rencontrés dans l'histoire d'une même famille, qui est celle des Foucault; pom' parler plus exactement, ils s'y sont succédé. Joseph Foucault, père du célèbre intendant, et veuf de Marie Metezeau, épousa en secondes noces Mlle Bossuet, sœur du prélat; mais ce mariage,

Page 1