‹ La bruyèreChapitre 9 sur 81 · Tome II, p. i35 et suivantes, et p. 196, n · texte numérisé non relu

Tome II, p. i35 et suivantes, et p. 196, n

3. « La Bruyère étoit garçon. Il a eu un frère premier huissier au Parlement, qui a épousé la bâtarde du défunt premier président de Novion. » (Bibliothèque de l'Arsenal, Recueil de Cabbé Drouin^ tome XXXIX, article de la Bku-vère.)

4. Il y a dans l'acte de mariage une légère inexactitude : il la vieillit de cinq mois et lui donne quinze ans. Sa mère s'était mariée à treize ans et dix mois. Son aïeule et sa mère ont eu, comme elle, chacune deux maris.

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Berriat-Saint-Prix n'indique pas l'âge, vint au monde un peu plus tôt qu'il n'eût convenu'.

Marié, Louis de la Bruyère avait continué à vivre auprès de sa mère, de ses frères et de sa plus jeune sœur. Mais, au moment de son mariage, la famille n'habite plus la rue Grenier- Saint-Lazare. En 1676, 1 année même où leur mère leur rendit compte de sa gestion, les la Bruyère étaient établis rue Chapon, Le séjour n'y fut pas long : en 1679, j^ retrouve rue des Grands-Augustins la famille la Bruyère, qui déménageait presque aussi souvent que Louis abordait une profession nouvelle^.

Notre auteur eut un peu plus de persévérance que son frère cadet dans ses occupations, qu'à côté de son œuvre nous n'avons à rappeler que comme un insignifiant accessoire : il partagea sa vie entre le barreau (et encore peut-être), les finances, et les emplois qu'il trouva dans la maison de Condé.

Bien qu'il ait parlé en termes excellents de l'éloquence du barreau et de la fonction d'avocat, il plaida peu sans doute, si toutefois il plaida. Il était mal préparé pour l'éloquence du Palais, et ses habitudes méditatives ne pouvaient s'accommoder des incessants labeurs qu'il a décrits. Aussi bien la scrupuleuse délicatesse de son esprit eût nui à l'orateur, et l'impartial et froid examen auquel il soumettait toutes choses eût entravé la marche du praticien. Il avait plusieurs procureurs dans sa famille, et cette parenté aurait pu faire sa fortune d'avocat ; mais quel jurisconsulte perplexe et timoré eût

1. Voici la note de Berriat-Saint-Prix (tome III, p. 457) : « Elisabeth Colin, née 17 avril i633, décédée avant 1684 ; mariée i", 25 novembre 1647, à Pierre Targas... ; 2°^ 166S [ob causas notas), à Nicolas Melicque, trésorier des menus plaisirs (un fils décédé 1669). »

2. Peu de temps soit avant soit après l'entrée de la Bruyère à l'hôtel de Condé, la famille quitta encore ce logis de la rue des Grands-Augustins et se sépara : la mère, son fils l'abbé et sa fille s'installèrent rue des Fontaines (près de Saint- Martin -des-Champs); Louis dans la rue des Charités-Saint-Denis : c'est chez lui que la Bruyère élisait domicile, en ifi85, dans un acte notarié; peut-être avait-il une chambre dans son logis. Louis ne devait pas mourir dans la rue des Charités : en 1695, date de sa mort, il habitait rue de Berry.

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été, au dix-septième siècle, un avocat qui hésitait devant la maxime que la forme emporte le fond, et pour qui les questions de droit étaient, avant tout, des questions de morale et d'équité !

Il n'aimait pas la procédure, que ses parents les procureurs avaient pu contribuer à lui rendre odieuse. Bien des souvenirs devaient, au surplus, lui en inspirer l'aversion. Avant sa naissance, son grand-j)ère et sa grand'mère paternels avaient échangé des exploits d'huissier; puis il vit bien d'autres querelles dans la famille de sa mère. Devenue veuve, sa grand'mère maternelle, Marguerite Hamonyn, s'était retirée auprès de l'un de ses fils, Nicolas, qui, touché de la modicité de ses revenus et désireux de « la faire subsister dans l'honneur le reste de ses jours*, » lui avait proposé de partager sa demeure. Quand la mort de Marguerite Hamonyn vint rompre cette communauté de vie, qui avait duré dix-neuf ans, il y eut un règlement d'intérêts qui suscita entre Nicolas et une partie de ses frères et sœurs un procès, de huit années pour le moins. La querelle fut vive, car l'une de ses sœurs accusa Nicolas de faux* : elle se termina néanmoins au profit de celui-ci, en 1668, alors que la Bruyère avait vingt-trois ans. Le nom de sa mère ne paraît pas dans ces dissensions ; mais elle ne put y demeurer étrangère, et il ne fut sans doute pas permis au jeune avocat de n'y point prendre part.

En 1673, la Bruyère, après huit années actives ou non, abandonna le barreau du parlement de Paris, et devint trésorier général de France au bureau des finances de la généralité de Caen.

I. Archives nationales, Requêtes du Palais, X^ 472, Dictum du 6 octobre 1668.

a. C'est sa sœur Agnès Picard, veuve d'un procureur au Châtelet, qui s'était inscrite en faux contre une quittance produite par Nicolas Hamonyn. L'inscription de faux avait été jugée téméraire par sentence du 6 octobre 1668. {Ibidem^ Dictum du 27 novembre 1668.)

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Au moment où la Bruyère entrait dans les finances, les trésoriers de France étaient à peine remis des appréhensions que leur avaient inspirées divers essais de réforme par lesquels le bureau de Caen avait été menacé plus que tout autre.

Après avoir créé, dans un intérêt fiscal, beaucoup plus d'offices de trésoriers que ne l'exigeait le service, le gouvernement royal s'était accusé, par actes publics, d'avoir, en les multipliant, nui au bon ordre des finances et surchargé les peuples* : il voulut réparer ses fautes.

En 1669, Colbert avait entrepris, après d'autres, de réduire le nombre des trésoriers. Usant d'un procédé déjà employé et presque aussitôt abandonné, il avait refusé de maintenir à leur profit la faveur du payement du droit annuel, ou, si l'on veut, de la paulette, dont ils jouissaient avec tous les officiers de judicature et de finances : ce privilège, comme on sait, assurait aux familles l'hérédité des charges. En perdant la faculté d'offrir chaque année une rançon déterminée, les trésoriers ne pouvaient plus vendre utilement leur titre qu'à la condition de survivre plus de quarante jours à leur démission. L'atteinte que l'on portait ainsi à l'hérédité des offices des trésoriers en devait préparer la diminution sûrement, bien qu'insensiblement suivant l'expression d'un document officiel, si toutefois l'État ne cédait pas, comme il arrivait

I. « La nécessité des temps passés nous ayant, et les rois nos prëdécesseurs, obligés d'augmenter les offices des trésoriers de France des bureaux établis dans chacune généralité de notre royaume à un nombre excessif, et beaucoup au delà de ceux qui sont nécessaires.... » (Edit de février 1672 : voyez le Recueil des édits, déclarations^ lettres patentes^ arrêts et règlements du Roi registres en la cour du Parlement de Normandie depuis 16^'i jusquen i683, Rouen, 1774, tome I, p. 47I-474-)

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souvent, à la tentation de livrer à de nouveaux acquéreurs les offices qui tombaient aux parties casuelles et redevenaient sa propriété. Mais deux années s'étaient à peine écoulées que l'on renonçait encore une fois à une mesure dont les effets ne pouvaient se produire que très-lentement, et qui néanmoins soulevait d'unanimes réclamations.

On recourut à un autre moyen. En février 1672, deux édits réduisirent à quatorze, et, en certaines généralités, à douze ou à dix, les trc'soriers des bureaux des finances. Le prix des offices que l'on se proposait d'éteindre immédiatement devait être remboursé aux titulaii'es d'après les évaluations des commissaires délégués par le Roi. On rétablissait en faveur des officiers conservés le droit annuel, c'est-à-dire la transmissibilité; il fallait toutefois l'acheter par une sorte de prêt de 10 000 livres, dont l'intérêt à 6 pour 100 devait leur être annuellement payé sous forme d'augmentation de gages*. Les trésoriers mirent peu d'empressement à acheter cette rente. Le bureau de Caen, qui, de quinze trésoriers, avait été réduit à dix, encourut-il, par une résistance trop manifeste, un supplément de disgrâce? Je ne sais; mais un arrêt du conseil d'Etat, en date du 20 septembre 1672, eut j)our objet de le faire disparaître tout entier. En somme, on ne supprima aucun bureau ni aucune charge, même à Caen : les cent à cent cinquante officiers que menaçait la rigueur des édits conser vèrent la possession de leurs titres. Soit que l'on n'ait pas su vaincre l'inertie qu'opposèrent les trésoriers aux ordres comminatoires qui enjoignaient à ceux qui voulaient être maintenus de verser 10 000 livi'es, soit que 1 opération, examinée de plus près, n'ait point paru assez fructueuse pour être poursuivie en dépit de toutes les difficultés^, soit encore que les

1. Voyez dans les édits du 7 mars et du 2 avril 1672, et dans les arrêts du conseil d'Etat du 4 avril et du 30 décembre de la même année, le détail des réglementations promulguées sur les questions relatives au choix des officiers à maintenir, ainsi qu'au versement des 10 000 livres, et à l'augmentation jiromise dos gages, qui était de 600 livres par an.

2. En vertu de cette réglementation, les trésoriers conservés auraient apporté au Trésor environ quatre millions; mais l'augmentation de gages et le remboursement des ofBces supprimés au-

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dépenses de la guerre aient rendu impossible le remboursement des charges supprimées, il intervint, entre le gouvernement et les bureaux de finances, une sorte de transaction. Les bureaux avaient offert, comme prix du maintien de tous leurs offices sans exception, un secours pour les dépenses de la guerre. La proposition fut acceptée. Toutes les charges furent maintenues ou rétablies, le droit annuel fut restitué aux trésoriers, avec modération du tarif, et de plus le privilège du committimus^ qui leur avait été enlevé, leur fut de nouveau concédé. Un arrêt du lo décembre 1672 et une déclaration du 18 rendirent à la généralité de Caen ses quinze trésoriers.

Les lettres de déclaration par lesquelles le Roi faisait revivre, en leur intégrité primitive, chacun des bureaux invoquaient les exigences mieux comprises de l'intérêt général ; mais, avec plus de sincérité, l'édit de février 1673 reconnais-

raient atténué singulièrement le bénéfice de la réduction des charges. Dans ses Recherches et Considérations sur les finances de la France (tome I, p. 467), Forbonnais estime à 3 900 000 livres le profit net que le Trésor retira des mesures promulguées, en 167a, à l'égard des bureaux de finances; mais il lui a échappé que fédit de février 1672 ne reçut pas d'exécution. Celui de mars 1673, qui consacra la transaction, dut valoir au Trésor deux millions environ. Le bénéfice eût été de deux millions sept à huit cent mille francs, si tous les bureaux avaient versé 120 000 francs, comme le donnent à penser les termes d'un arrêt du 3o janvier 1673; mais il j eut des inégalités inévitables. Les vingt et un trésoriers de la généralité de Paris, maintenus dès le 3 juin 1672, furent taxés à 4900 francs chacun, et leur contribution, en y ajoutant la taxe des procureur, avocat, etc., s'éleva à la somme prévue de 120000 francs; la contribution fut moindre dans beaucoup de généralités, et notamment dans le bureau de Caen : les trésoriers y furent taxés à 5ooo francs, mais ils n'étalent que quinze. — Sur ces tentatives de réforme, on peut consulter, outre Forbonnais et les recueils manuscrits ou imprimés des édits et des arrêts du conseil d'Etat de 1673 et 1673, les Mémoires sur les privilèges et fonctions des trésoriers de France^ par Jean du Bourgneuf (1745, tome I, p. 25-27), la Table générale des ordonnances, édits, etc., concernant les trésoriers généraux, par le même, Y Histoire des trésoriers de France, par Gironcourt (1776, tome II, p. 260 et suivantes); et la collection Rondonneau, aux Archives nationales.

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siit que le nombre des trésoriers aurait pu être réduit sans que le service en souffrît. Ces postes superflus, que cependant l'on conservait en les entourant de privilèges enviés, et dont les titulaires, au témoignage des édits royaux, jouissaient de « gages considérables, » n'étaient-ils j)as de ces « offices lucratifs » qui, suivant l'expression qu'emploiera plus tard la Bruyère', peuvent rendre « la vie aimable » sans rien enlever à l'oisiveté du sage? Il le pensa sans doute, et il acbeta l'un d'eux.

Le titre acquis par la Bruyère dans la généralité de Caen avait appartenu à un trésorier du nom de Pierre Roussel, lequel était mort le 28 mars 1672, alors que le bureau venait d'être condamné à perdre cinq offices. Comme Roussel n'avait pas été admis, dans la dernière année de sa vie, au versement du droit annuel, sa mort enlevait à ses héritiers la propriété de sa charge et la faisait tomber aux parties casuelles*. Ce ne fut pas la Bruyère qui se présenta tout d'abord pour obtenir la succession, mais un bourgeois de Paris nommé Joseph Metezeau'. Le 8 mars 1673, Metezeau versait au Trésor royal

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