Vovez tome I, p. aSa et note
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piendaire'; mais, les conseillers ne s'étant pas rendus, ce joijr-là, en nombre suffisant à la Chambre, le rapport ne fut entendu que dix-neuf jours plus tard, le 1 1 septembre.
Le jeudi i3 eut lieu la séance de réception. Introduit par le greffier, la Bruyère s'avança jusqu'au banc des présidents, lit les salutations d'usage, supplia la Chambre, dans une harangue en français, de le recevoir au serment, et répondit aux questions que lui adressèrent les présidents et conseillersmaîtres « sur les fonctions de sa charge et les finances. » L'examen achevé, il se retira au parquet, oiî il attendit le résultat de la délibération de la Chambre. Introduit de nouveau, il prêta serment, les deux mains étendues « sur le livre ouvert des saints Evangiles, » puis il prit place sur le dernier banc des conseillers-maîtres, où le conduisit leur doyen.
A Caen, les formalités furent rapidement remplies. N'eût été la fête de saint Matthieu, il eût requis son installation le vendredi 21 septembre, et le bureau des finances y aurait procédé le jour même; il ne fut installé que le lendemain, en présence de ses collègues, MM. de Bonneville, de Fontenay, du Bocage, de Rotot, de Gavrus, de Fourmentin, de Bachelier et de Boismotte. Le bureau se réunissait rarement en aussi grand nombre : pourtant il manquait encore six trésoriers.
Le dernier serment prêté, la Bruyère s'empressa de retourner à Paris : on ne le revit à aucune séance^. Je n'oserais affirmer que ce fut sans autorisation qu'il négligea de prendre
1. Les procès-verbaux des informations de cette époque manquent dans les archives de la Seine-Inférieure, ainsi qu'a bien voulu nous le faire savoir M. de Beaurepaire. Celui de la Bruyère, s'il eût été conservé, nous aurait donné les noms des amis dont il avait invoqué le témoignage : peut-être d'intéressants renseignements s'étaient-ils glissés à travers les formules banales de l'information. On peut lire, comme exemple de ces enquêtes qui précédaient l'installation des fonctionnaires, celle qui fut faite sur Racine, alors qu'il devait être secrétaire du Roi, et dans laquelle Boileau apporta sa déposition : voyez la Correspondance littéraire^ du i5 juin 1862, p. 239-243.
2. M. Châtel, qui a bien voulu en faire la recherche, n'a trouvé d'autre mention du payement des gages de la Bruyère que celle
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sa pari des travaux du bureau; mais jusqu'ici l'arrêt du conseil d'Etat qui eût été nécessaire pour le dispenser régulièrement d'accomplir les devoirs de sa charge a été vainement cherché. Quelle raison d'ailleurs, quel titi'e officiel aurait-il pu invoquer pour obtenir la permission de demeurer à Paris? On l'accordait à quiconque était retenu auprès de la cour par un emploi : c'est ainsi que Racine, historiographe du Roi, et de plus académicien, pouri-a, en vertu d'un arrêt du 3i mai 1681, recevoir les gages de son office, tout en habitant Paris* ; la Bruyère, pour lui, n'aurait j)u justifier son abstention systématique et continue de tout travail que par l'inutilité de sa présence au milieu de collègues qui suffisaient à la tâche. Au dix-huitième siècle, on admet sans objection, dans chaque bureau, l'absence d'un certain nombre de trésoriers; mais à l'époque où nous place la nomination de la Bruyère, divers arrêts du Conseil, dont nous ne connaissons pas la date et que rappelle l'arrêt du 3o octobre 1671, avaient frappé, en vertu d'une ordonnance de 1669, quelques trésoriers inexacts. Pour mettre fin aux absences non permises, et à l'inégalité des charges que faisait peser sur les plus assidus l'abus de congés exceptionnels et de faveur*, il avait été institué, par l'arrêt d'octobre 1671, des vacances régulières de trois mois, auxquelles les trésoriers de chaque bureau, divisés en quatre
des gages de i685, touche's sur quittance date'e du 3o août 1686. Il n'est point dit par qui la quittance a été présentée. Le correspondant de la Bruyère était peut-être un habitant de Caen nommé Benedict Olivier le Marchand, qui plus tard fut celui de son successeur dans son office de trésorier ; mais nous ne rencontrons dans les documents d'autres mandataires de la Bruyère que trois de ses collègues (MM. de Fontenay, Clément et de Gavrus), qui payent en son nom 3oo livres de droit annuel en 1686.
I. Voyez la Correspondance littéraire du a5 juin 1863, p. 240 et •x^i \ l'arrêt du conseil d'Etat, dont on y a omis d'imprimer la date, est « du dernier mai 1681. » De même Louis XIII avait dispensé par lettres patentes un trésorier, qui était secrétaire du Cabinet, de résider au bureau de Cliampagne, c'est-à-dire à Cliàlon, l'autorisant néanmoins à percevoir les gages, appomtcments et droits (Fournival, Recueil des.... trésoriers de France^ 1755, p. io6a).
a. Un arrêt du conseil d'État, en date du i5 janvier 1671, avait déjà réglementé les absences en vertu de congés donnés pour affaires
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groupes, devaient avoir successivement droit. En demeurant à Paris sans en demander la permission, la Bruyère devait donc tout à la fois contrevenir aux ordonnances qui prescrivaient la résidence et à l'arrêt du Conseil qui ne concédait aux trésoriers qu'un repos de trois mois*.
Ses collègues n'ont-ils jamais protesté contre son absence? Le procureur général en la Chambre des comptes de Rouen, auquel il appartenait de signaler toute irrégularité, ne se plaignit-il jamais de son éloignement? Un passage des Caractères, à l'adresse de la magistrature de Normandie, est peut-être
importantes, telles qu'un procès à Paris (Archives du Calvados, registre contenant les provisions d'offices, 1668-1672).
I. Les réunions, qui se tenaient à cette date dans une maison achetée à M. le Haguais, père d'un ami de Fontenelle, et située rue Saint-Jean (entre la rue de l'Engannerie et la Neuve-Rue), ne se composaient guère que de six ou sept trésoriers. La Bruyère connut si peu ses collègues qu'il serait hors de propos de nous arrêter sur leurs habitudes et leurs travaux. De leurs habitudes nous dirons seulement, sur leur propre témoignage, que, dans leurs assemblées, ils formaient la compagnie la plus sobre de France : « Le fonds de nos buvettes, écrivaient-ils au ministre le Peletier le 17 décembre 1687, n'est que de aSo livres. Il n'y a point de si petite compagnie dans le Royaume qui n'en ait un plus grand. » (Archives nationales, G^, 214) Quant aux travaux, voici le résumé qu'en donne 31. R. Dareste pour les bureaux des finances en général : « Comme autorité administrative, les bureaux des finances avaient primitivement exercé, dans l'étendue de leur généralité, toute la direction des services publics : domaine, finances, voirie, travaux publics. Même depuis l'établissement des intendants, les bureaux des finances restèrent chargés d'enregistrer, après les Chambres des comptes, les lettres patentes et autres actes du pouvoir souverain relatifs au domaine, de recevoir la foi et hommage et les aveux et dénombrements des vassaux du Roi pour les terres non titrées, d'assister au département des tailles, d'ordonnancer les payements assignés sur eux, de surveiller les comptables et de recevoir leurs états au vrai. Comme juridiction exceptionnelle, les
bureaux connaissaient des affaires du domaine et de la voirie »
(La Justice administrative en France, 1862, p. 28.) Conférez V Abrégé des fonctions des trésoriers généraux en la généralité de Paris dans les Mémoires des intendants sur F état des généralités dressés pour le duc de Bourgogne et publiés par M. A. de Boislisle, tome I, p. 676.
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une vengeance que la Brqyère tira de quelques dole'ances ou de quelques remontrances importunes, en même temps que des lenteurs que subirent les affaires qui le touchaient.
La Bruyère, qui n'aime pas les provinciaux, les confond avec les sots, et les oppose aux gens polis et aux gens d'esprit '. Mais ce sont tout particulièrement les Normands, ou du moins les habitants de l'une des capitales de la Normandie, qui éveillent sa causticité, et ses railleries semblent trahir quelque ressentiment personnel. « Il y a dans l'Europe, a-t-il dit, un endroit d'une province mari-time d'un grand royaume où le villageois est doux et insinuant, le magistrat au contraire grossier, et dont la rusticité peut passer en proverbe. » Telle est la leçon des éditions de 1688. En 1689, il déclare que la bourgeoisie de l'endroit ne vaut pas mieux que sa magistrature : «....Le villageois est doux et insinuant, le bourgeois au contraire et le magistrat grossiers, et dont la rusticité est héréditaire*. » N'y a-t-il point là un mauvais souvenir de ses relations avec les habitants, soit de Caen, soit de Rouen? Ed. Fournier ne veut pas que ce trait de rancune ait été lancé à l'adresse de la magistrature et de la bourgeoisie caennaises', et je me garderai de le conti'edire. La Bruyère a raillé non l'accent de Caen, mais celui de Rouen ou de Falaise'', qui n'était pas dans la généralité de Caen. Nous admettons volontiers qu'il n'a pas plus en vue la bourgeoisie de Caen dans le passage que je viens de rappeler. Si ce n'est Caen, ce sera donc Rouen, comme le veut Ed. Fournier. La magistrature de Normandie, à vrai dire, est tout d'abord et surtout le parlement et la Chambre des comptes de Rouen. Contre la ville et la bourgeoisie de Rouen, la Bruyère ne put jamais avoir qu'un grief : elles avaient produit Fontenelle. Contre la Chambre des comptes, il en eut deux pour le moins : le même corps qui l'avait fait attendre, en 1673, plus de trois semaines à Rouen avant de le recevoir, n'accepta, douze années plus tard, qu'après une longue résistance le successeur qu'il s'était choisi.