‹ La bruyèreChapitre 18 sur 81 · I. Voyez tome II, p. 5o4, et le Lexique, au mot MirriNERiE · texte numérisé non relu

I. Voyez tome II, p. 5o4, et le Lexique, au mot MirriNERiE

a. Le Correspondant, n" du aS novembre 1874, p. 797 et 798. M. Allaire ne donne pas la date de ce fragment de lettre. Il paraît être de février.

3. C'est le P. Alleaume qui apprit à Condé cette visite dans la lettre suivante, dont M. A. Floquet a bien voulu nous communiquer le texte, emprunté aux archives de la maison de Condé : « Monseigneur, nous lûmes hier ensemble, le jeune prince et moi, la punition de Sodome et le sacrifice d'Abraham dans la Genèse, et dans Justin la défaite de Crésus par Cyrus. Nous fîmes, sur la première partie de notre étude, les réflexions qui regardent la religion et le règlement des mœurs, et Mgr le duc de Bourbon y parut

Lxx NOTICE BIOGRAPHIQUE

La congrégation de l'Index avait condamné la philosophie de Descartes ; les jésuites s'étaient placés au premier rang de ses adversaires, et l'enseignement public en avait été récemment proscrit de l'Université d'Orléans, au nom du Roi*. La Bruyère cependant en expliquait les principes devant un prince de la famille de Bourbon, tout à côté du château de Versailles, sous les yeux de deux jésuites et avec leur assentiment, avec l'approbation de Condé, qui avait étudié la doctrine cartésienne, et avec celle de Bossuet,

Comme Daniel Huet l'écrit un jour à Bossuet, non sans malice, elle « avoit eu le bonheur de plaire à l'illustre prélat*. » Le cartésianisme plaisait aussi beaucoup à la Bruyère, qui avait pu apprendre à le goûter, soit dans le commerce des Oratoriens, soit dans ses entrevues avec Cordemoy et Bossuet lui-même, et qui devait s'en inspirer en composant le dernier chapitre des Caractères. On ne conduisit pas cependant bien loin l'étude de la philosophie : il n'en est fait mention que dans les premières lettres de la Bruyère. C'est l'histoire que Condé recommandait particulièrement; mais on n'y avançait que lentement. Au mois de septembre 1684, on apprenait le règne de Louis XI; lorsque le duc de Bourbon se maria onze mois plus tard, on n'était arrivé qu'au règne de François I". Au début, la Bruyère dicte la leçon d'histoire, l'explique et la fait répéter. Il projetait de substituer à la dictée la lecture des mémoires, dès qu'il aborderait le seizième siècle ; mais il fallut renoncer à cette méthode, qui eût exigé trop de temps, et se contenter de Mézeray.

attentif. Monsieur de Meaux l'est venu voir aujourd'hui, et a assisté à une partie de l'étude qu'il a faite avec M. de la Bruyère qui lui expliquoit Descartes. Ou dit que le Prélat en est sorti fort content, et ne manquera pas d'en rendre compte à Votre Altesse Sérénissime. »

I. Voyez l'Histoire de la philosophie cartésienne, par M. F. Bouillier, tome I, p. 43o-483; le Port -Royal àe Sainte-Beuve, tome V p. 348 et suivantes- les Lettres de Mme de Sévigné^ tome V, p. 4g3 et 497, etc.

a. Voyez les Lettres de Bossuet à D. Huet, publiées par 31, l'abbé Verlaque dans les Mélanges historiques de la collection des Documents inédits, tome II, 1877, P- ^'3, 66a et 663.

SUR LA BRUYERE. lxxi

L'étude de la ge'ographie n'était pas non plus du goût du duc de Bourbon. La Bruyère cependant y apportait beaucoup de zèle, tempérant l'aridité de l'énumération par des digressions sur le gouvernement de chaque pays. Lorsqu'il s'agissait du gouvernement de la France, et surtout de l'organisation de la cour, il avait pour guide l'État de la France, de l'abbé Besogne, dont le premier volume était le mc^nuel des courtisans*. Il pouvait encore lui retracer^ sans de très-laborieuses recherches, l'histoire des familles princières, et il négligeait d'autant moins cette étude, celle surtout des familles qui étaient alliées aux Condés, que Monsieur le Prince connaissait mieux que personne les généalogies et les blasons^. Mais il avait moins de ressources pour l'étude des institutions des pays étrangers, si toutefois Bossuet ne lui avait communiqué les notes qu'il avait recueillies sur ces matières en vue de l'éducation du Dauphin*. La Bruyère, au surplus, pouvait mettre à

I. Besogne eut un instant, en 1696, la prétention d'être à l'Académie le successeur de la Bruyère. Voyez sur cette velléité, et aussi sur les mésaventures de prédicateur de Besogne, une lettre de l'abbé Renaudot publiée dans V Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 1868, p. 164.

a. « .... Feu M. le prince de Condé étoit un admirable homme là-dessus, et il n'avoit point plus de plaisir que quand il pouvoit tenir quelqu'un qui lui parlât à fond de certaines familles. II en savoit lui-même beaucoup de circonstances fort curieuses : de sorte qu'il redressoit souvent ceux qui s'y croyoient les plus habiles. Il n'avoit pas surtout grande opinion de la noblesse de Normandie, et je lui en ai ouï réduire le nombre à si peu de chose, je veux dire de ceux qu'il estimoit véritablement gens de qualité, que l'on auroit delà peine à le croire. Il en démarquisoit beaucoup, qui prendroient leur sérieux néanmoins si on les appeloit autrement que Monsieur le Marquis; il les dégejitilhommoit même assez souvent, en quoi il ne se trompoit pas.... » [Mercure historique et politique, la Haye, juillet 1688, p. 736 et 787.)

3. « .... Tertium opus nostrum, regni Gallicani peculiaria instituta complectitur : quae cum aliis imperiis composita et collata, universae reipublicœ christianae totiusque adeo Europœ désignant statum. » (Lettre de Bossuet au pape Innocent XI, sur l'éducation du Dauphin, 8 mai 1679, OEuvres^ édition de Versailles, tome XXXIV, p. 41.)

Lxxii NOTICE BIOGRAPHIQUE

profit pour ses leçons les publications étrangères : l'ouvrage allemand, par exemple, qu'il traduisit par l'ordre de Condé et qui traitait des affaires des Hongrois, dont la cour était alors fort préoccupée, et de la succession de leurs rois'. Le jeune duc de Bourbon devait pouvoir prendre part à toutes les conversations du jour; il ne pouvait demeurer étranger à aucune des questions qui s'agitaient, non plus qu'à aucun des spectacles auxquels il assistait. C'est ainsi que la mythologie entrait nécessairement dans le programme de toute éducation de cour, et la lecture des Métamorphoses d'Ovide, pour y apprendre « la fable, » complétait l'enseignement qu'il recevait de la Bruyère.

A Chantilly, Condé interrogeait chaque soir son petit-fils sur ce qu'il avait appris dans la journée. A Versailles et à Paris, les examens n'étaient qu'hebdomadaires; encore Monsieur le Duc ou plutôt Madame la Duchesse, qui s'en était plus particulièrement chargée, n'y apportaient-ils pas une parfaite régularité. Les chasses, les voyages, les divertissements de la cour interrompaient souvent les leçons mêmes. A Chambord, tout travail était impossible; à Fontainebleau, les études avaient meilleure part; mais partout, et même à Versailles, il était difficile d'obtenir une persévérante exactitude.

Les fêtes qui interrompirent le plus longuement les études du duc de Bourbon furent celles qui précédèrent ou suivirent son mariage avec Mademoiselle de Nantes, fille de Louis XIV et de Mme de Montespan. Le projet de cette union, préparé par la sourde et puérile ambition de Monsieur le Duc dans l'espoir d'en tirer pour lui-même les grandes entrées, depuis plusieurs mois accepté avec empressement par Condé et avec joie par Louis XIV, avait été déclaré en avril i685. Le contrat fut lu en public le 24 mai, et le mariage, retardé par la tenue des états de Bourgogne, qui avait appelé Monsieur le Duc à Dijon, fut célébré le 24 juillet. ïrès-jeunes encore, le Duc et la Duchesse devaient continuer à vivre séparément*. Le Duc reprit ses études, et la Bruyère fut invité à partager

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