‹ La bruyèreChapitre 39 sur 81 · Voyez tome II, p. 287 et suivantes · texte numérisé non relu

Voyez tome II, p. 287 et suivantes

G NOTICE BIOGRAPHIQUE

pour le mettre « hors de ressemblance. » Nous l'avons déjà dit*, Ménalque, à notre avis, était à l'origine Henri-Jules de Bourbon. Sous les surcharges, sous les accumulations d'aventures dont les héros avaient été le comte de Brancas, le prince de la Roche-sur- Yon, la Bruyère lui-même peut-être (car il était distrait^), et d'autres encore, le caractère, outré jusqu'à la caricature et devenu méconnaissable, ne présente plus qu'un recueil d'ana.

La Bruyère efface, avec une égale vigilance, et encore pendant l'impression lorsqu'ils ont survécu à la révision du manuscrit et des épreuves, les traits qui pourraient déplaire au souverain lui-même. Nous le surprenons en deux circonstances détournant à temps l'allusion qui lui est échappée.

A la vive surprise de la cour et du clergé, l'évêque de Grenoble, le Camus, venait d'être promu au cardinalat par le Pape proprio motu. Par une piquante réflexion, la Bruyère célébra cette nomination d'un prélat austère et vertueux : « Il n'a que l'esprit de régularité, et il est imitateur du zèle et de la piété des Apôtres : « Comment lui est venue, dit le peuple, « cette dernière dignité ? » Mais le Camus, en qui la Bruyère salue un « imitateur du zèle et de la piété des Apôtres, » était un prélat disgracié, et sa disgrâce même lui avait valu le chapeau : « le Pape, dit l'abbé le Gendre', avait cherché « un homme qui fit honneur à son choix, et dont le choix fût en même temps désagréable à la cour, qu'il vouloit mortifier. » Et c'est ainsi que Rome avait préféré le Camus à Bossuet et à l'archevêque de Harlay. La Bruyère oubliait donc

Page 1