M. DestalUeur, dans son édition de 1861, p
XXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
province, de même qu'il put s'e'mouvoir du sort si douloureux des cultivateurs sans avoir fait un long séjour parmi eux. Mais je ne serais pas surpris que l'on découvrît un jour qu'une partie de son enfance s'est écoulée à la campagne ; car c'est hors de Paris que moururent, fort jeunes, deux de ses frères, et c'est également hors de Paris que naquit, en i65o, celle de ses soeurs qui ne devait vivre qu'un an*. On a dit qu'il passa du moins en province ses années de collège, et voici sur quelles présomptions. Suivant le P. Adry*, la Bruyère a été de l'Oratoire, et l'on a compris, à tort ou à raison, qu'il le revendiquait comme élève de la congrégation ; or l'on a vainement cherché son nom sur diverses listes de l'Oratoire de Paris, et, ne l'y trouvant pas, on en a conclu un peu trop promptement qu'il avait été confié à l'une des maisons provinciales. Les listes que l'on invoque donnent les noms des prêtres de l'Oratoire et de tous ceux qui ont été admis aux exercices de piété de la maison de Paris ' ; elles ne contiennent pas les noms des élèves : nul document ne s'oppose donc à ce que l'on fasse aux Oratoriens de Paris l'honneur de l'éducation delà Bruyère.
A vingt ans, la Bruyère se présenta devant les docteurs régents de l'Université d'Orléans, qui, avec celle de Poitiers, pouvait seule, à cette époque, enseigner le droit civil, pour soutenir ses thèses et obtenir le grade de licencié es deux droits. Il avait pu se préparer à subir cette épreuve sans quitter Paris,
I. Du moins n'avons-nous trouvé la mention, ni de cette naissance ni de ces morts, sur les registres des paroisses de Paris habitées, au temps de l'une et au temps probable des deux autres, par la famille de la Bruyère. L'omission des deux décès ne suffirait pas absolument à prouver que la famille de la Bruyère s'est quelquefois éloignée de Paris, car il se pourrait que les deux enfants fussent morts chez une nourrice campagnarde ; mais l'omission de la naissance nous fait écarter cette demi» re conjecture.
a. « Dans des mémoires particuliers qui se trouvent dans la bibliothèque de l'Oratoire, on marque que ce célèbre auteur (/a Bruyère) avoit été de l'Oratoire. » [Bibliot/icque des écrivains de rOratoire, par M. Adry, tome I, p. aSo, manuscrit conservé naguère aux Archives nationales, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, Fonds français, n° 26 68i.)