‹ La bruyèreChapitre 52 sur 81 · P. Mesnard, Histoire de l'Académie^ p. ^o · texte numérisé non relu

P. Mesnard, Histoire de l'Académie^ p. ^o

2. Journal des Débats^ 3o mars 1862 ; voyez tome I, p. Sgô et 897.

3. L'abbé de Lavau est mort le i" février 1694, suivant d'Olivet (tome II, p. 278), le 4 février, suivant Dangeau {Journal, tome IV, p. 447). L'élection de son successeur, l'abbé de Caumartin, se fît le 27 mars, dit Dangeau {ibidem, p. 467 et 468).

cxxviii NOTICE BIOGRAPHIQUE

regards, de l'attirer dans son parti, lorsque, prenant la parole, il dit : « Je n'ai pas oublié, Messieurs, qu'un des principaux statuts « de cet illustre corps est de n'y admettre que ceux qu'on en « estime les plus dignes. Vous ne trouverez donc pas étrange, « Messieurs, si je donne mon suffrage à M. Dacier, à qui même je « préférerois Madame sa femme, si vous admettiez parmi vous des « personnes de son sexe. » Ce nouvel avis, quoique inespéré, fut trouvé sage tant pour le fond qu'à cause de la conjoncture présente. L'Académie se sépara sans conclure*,... »

Le récit n'est pas absolument exact. Avant celle du successeur de Lavau, l'Académie avait donné deux places depuis l'admission de la Bruyère ; de plus, le vote ne se faisait plus à haute voix, et ce fut au cours de la discussion des titres que la Bruyère put tenir le langage qu'on lui prête. Mais laissons de côté les détails; le fond de l'anecdote est vraisemblable et peut se concilier avec le procès-verbal de la séance, dont le secrétaire perpétuel a omis d'indiquer la date :

« Les voix s'étant trouvées également partagées, savoir douze pour M. l'abbé Caumartin, et douze pour M. l'abbé Boileau, et une caduque^ l'affaire a été remise à une autre assemblée, conformément aux statuts. »

La voix caduque est celle de la Bruyère. Moins heureux que ne l'avait été Paul Tallemant dans l'élection oià Pavillon lui avait été préféré, il n'avait pu assurer le succès d'une troisième candidature à l'encontre des deux autres, ni même gagner une seconde voix au mari de Mme Dacier, Ce bulletin unique en faveur de M. Dacier était une marque, comme nous l'avons dit, de la fermeté avec laquelle la Bruyère résistait à ses amis de l'Académie. Il témoignait en outre de l'indépendance de son vote vis-à-vis des personnages auxquels il devait le plus de gratitude, car il ne pouvait ignorer ni les liens de parenté ni l'étroite amitié qui unissaient la famille de l'abbé de Caumartin, l'un des candidats qu'il voulait écarter, à celle du contrôleur général Pontchartrain.

I. « M. Boileau, ajoute l'auteur de la note, céda la place à M. de Caumartin, après lequel il entra aussi dans la Compagnie, et ensuite M. Dacier y fut admis. « — Caumartin et Boileau furent élus en 1694, et Dacier en lôgS.

SUR LA BRUYERE. cxxix

La Bruyère ne s'est pas marié, et il s'en consolait, ou même, si l'on veut, il s'en félicitait par diverses considérations que l'on peut lire dans ses Caractères. Mais, pour ne s'être point maiié, n'a-t-il pas cependant connu par lui-même tout ce qu'il peut y avoir de charme ou d'amertume dans l'amour, dont il a si finement parlé ? Aurait-il écrit le chapitre des Fenwies, s'il n'eût pas goûté leur commerce? Aurait-il écrit celui du Cœur^ si l'une d'elles, pour le moins, ne l'eût pas « mené au delà de l'amitié » ? Dans ce siècle toutefois où, selon l'une de ses remarques S il y eut peu de galanteries secrètes, la Bruyère a pu soustraire à la curiosité et à la malignité du pubUc le nom de celle dont le « son de voix » fut pour lui « l'harmonie la plus douce ^. » Des contemporains ont dit qu'il était l'ami de telle ou telle femme : aucun d'eux n'ajoute qu'il en ait été l'amant. Moins réservés, les critiques de nos jours se sont flattés de connaître ses maîtresses aussi bien que ses amies; mais des quati^e femmes qu'ils nous présentent comme lui ayant été chères à des titres divers, il n'en est pas une dont on puisse affirmer sans témérité qu'elle ait aimé l'auteur des Caractères, ni même qu'elle ait été aimée par lui.

La première est Mlle de Saillans du Terrail, à laquelle, suivant quelques-uns, la Bruyère aurait été attaché par un mariage secret. C'est l'auteur des Mémoires de Maurepas, Sou-

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