Voyez tome I, p. 367, n° 9, et note i
cxxxii NOTICE BIOGRAPHIQUE
pés à la bataille de Fleurus, et la perte de l'aîné a inspiré à notre auteur une touchante prosopopée.
Comment s'est-il fait que de ces simples données on ait tiré une sorte de roman ' où la Bruyère devient le tendre admirateur, non pas de son amie Mme de Belleforière, mais de la mère de son amie, la marquise de Soyecourt, veuve du grand veneur? Il a déploré la mort d'un jeune Soyecourt, et il fut l'ami de sa sœur la marquise de Belleforière : c'est tout ce que nous savons, en lin de compte, de ses relations avec la famille de Soyecourt; et l'on pourrait conclure de là qu'il s'est avancé « jusqu'à l'amour » auprès de la mère du jeune Soyecourt, laquelle d'ailleurs était son aînée de douze à quinze ans ? « On jasait d'elle et de lui, ?> dit-on ; mais qui ? Personne assurément, j'en ai pour garant le Recueil Maurepas, qui contient tant de couplets sur son mari, de joyeuse mémoire, et ne renferme pas un seul vers où elle soit nommée : le Mercure galant célèbre la sagesse de la noble veuve * ; mais le silence du Chansonnier lui fait encore plus d'honneur que les louanges banales de M. de Visé.
On a cité, il est vrai, un témoin des amours de la Bruyère et de la marquise de Soyecourt, Boileau, qui appelle quelque part la Bruyère Maximilien. Or Maximilien était le second des trois prénoms du défunt mari, et l'on donne à entendre que la Bruyère , ayant recueilli en héritage la tendresse de la marquise, pouvait bien recevoir de ses amis, dans leurs entretiens malicieux, l'un des prénoms du marquis dont il tenait la place. Comme rien absolument ne nous démontre qu'il en ait tenu la place, l'explication proposée du surnom de Maximilien est inadmissible, et l'histoire d'une liaison de la Bruyère avec Mme de Soyecourt doit être écartée de sa biographie'.
I. Voyez la Comédie de J. de la Bruyère, p. 5o4 et suivantes.
a. « C'est une femme très-sage, et qui a toujours conduit les affaires avec beaucoup de prudence. » (3fercure, février 1682, p. 262; notice sur le mariage de Mlle de Soyecourt.)
3. Voyez ci-dessus, p. lxxxix. — Mme de Soyecourt mourut, le i" octobre 17 12, dans son château d'Ancy, en Picardie : elle a vécu si obscurément dans ses dernières années que l'on pourrait supposer qu'elle s'était retirée en province après la mort de ses fils.
SUR LA BRUYERE. cxxxiii
Contentons-nous de dire que la Bruyère était « fort l'ami » de sa fille : ce renseignement, tel que nous l'ont transmis les Pères de l'Oratoire, suffit à rendre très-intéressante à nos yeux Mme de Belleforière, qui était assurément une femme d'esprit; par malheur, elle a passé presque inaperçue dans la société du dix-septième siècle, et nous ne la connaissons guère que par les éloges du Mercure : « Mlle de Soyecourt, personne accomplie, » ainsi parle le recueil mensuel en annonçant son mariage*, « est très-bien faite, a des cheveux cendrés et les plus beaux du monde, de l'esprit infiniment, et joue parfaitement bien du clavecin. »
Deux ans après la mort de son père, en 1682, elle avait épousé un obscur maître des requêtes, Timoléon-Gilbert de Seiglière de Boisfranc, fils du riche financier Joachim Seiglière de Boisfranc, lequel était alors surintendant de la maison du duc d'Orléans, et devait, deux ans plus tard, devenir son chancelier. C'était là, on pouvait le croire, un très-riche mariage pour Mlle de Soyecourt (qui n'apportait, dit Saint-Simon, « quoi que ce soit » en dot'^), car le surintendant de la maison de Monsieur avait amassé des trésors, et son fils, déjà muni de la survivance et des provisions de la surintendance, devait plus tard obtenir la survivance de la chancellerie ; mais c'était aussi une mésallianse, et une mésalliance qui fut sans profit. En 1687, le chancelier Boisfranc, convaincu de malversations, perdait ses charges, et le Conseil du Roi le condamnait à rendre au duc d'Orléans 675000 francs. Heureusement pour lui, il maria sa fille, en 1690, au marquis de Gesvres, et il put, grâce au crédit de son gendre, échapper à la ruine. Il se montra reconnaissant envers M. de Gesvres, mais ce fut au détriment de son fils; car ce dernier mourut fort pauvre, le 3i janvier lôgS*, quatre ans après la mort de ses beaux-frères, qui avait fait de sa femme une très-riche héritière. Sa fin misérable permet de supposer que les deux époux s'étaient séparés.
Le mariage de Mlle de Soyecourt, qui peut-être n'avait pas
1 . Voyez le renvoi contenu dans la note 2 de la page précédente.