I. Tome I, p
a. Robert-Pierre ne prend jamais dans les actes officiels, dans ceux du moins qui nous sont connus, que la qualité de clerc du diocèse de Paris ; ne'anmoins il se faisait couramment appeler, dès 1679, abbé : voyei: ci-après les Pièces justificatives^ n° 11, p. CLXXiv.
3. L'abbé mwurut le premier; sa sœur, qui, retirée au couvent des Bénédictines à Conflans, y mourut en 1726, demeura fidèle à la mémoire de son frère Robert. Elle voulut que les soixante messes qu'elle prescrivait à ses héritiers de faire célébrer après sa mort, ainsi que l'annuel qu'elle institua, fussent dits pour le repos de l'âme de l'abbé, comme pour celui de la sienne. Il est le seul des membres décédés de sa famille dont il soit question dans son testament ; cent dix autres messes seront dites à l'intention d'un ami défunt, qu'elle ne nomme pas (Archives nationales, T 1076).
SUR LA BRUYERE. xxxv
dans le Vendomois, revient prendre place au logis, et aussitôt le cocher de l'oncle défunt est rap[)elé, un carrosse neuf remplace sous la porte cochère le carrosse vendu, un jeune et bel attelage entre à l'écurie qu'avaient quittée les vieux chevaux du secrétaire du Roi.
Nous voyons en outre la Bruyère s'effacer, en deux circonstances, devant son frère. A la mort de leur père, c'est Louis qui prend l'office paternel; quand on acceptera la succession de Guillaume de la Bruyère, les terres du Vendomois seront la propriété indivise des légataires universels, mais c'est à Louis qu'elles paraîtront appartenir : il s'en qualifiera, se donnant le plaisir de se faire appeler M. de Romeau^. Louis nous semble, à côté de son frère le philosophe, un personnage un peu vaniteux et léger. Du moins la mobilité était-elle l'un des traits de son caractère : il est successivement contrôleur général des rentes de la Ville, simple bourgec-is de Paris, avocat au Parlement, premier huissier au Parlement, et enfin receveui' et payeur des rentes sur le clergé.
Son mariage, qui eut lieu en 1682 et qui ne le sépara point de son frère, introduisit dans la famille de la Bruyère une parente de Boileau, Claude-Angéhque ïargas, fille d'un secrétaire du Roi, grand amateur d'horloges^, dont le satirique a
I. Voyez ci-après, p. clxxv. Ce surnom servait à le distinguer de son frère aine. Il se dit encore « sieur de Romeau » dans un acte notarié du 14 janvier 1679; mais il renonça bientôt à cette qualification, à laquelle il perdit d'ailleurs tout droit en 1693 : à la suite d'arrangements de famille que nous ignorons, il céda à ses frères et à sa sœur sa part de la succession de l'oncle Jean II de la Bruyère (voyez le Dictionnaire critique de Jal^ p. 71 5). Sa veuve néanmoins rappela ce nom de terre dans quelques actes.
a. Pierre Targas, fils d'un procureur au Parlement, épousa, le a5 novembre 1647, ^ l'église Saint-Nicolas-des-Champs, Elisabeth Colin, fille d'un avocat au conseil du Roi, et parente de Boileau, au septième degré, par sa mère. Il mourut, âgé de cinquante-six ans, le 8 décembre 1666, au cul-de-sac de la rue des Blancs-Manteaux. Voyez sur Targas et sa femme les OEuvres de Boileau^ édition Berriat-Saint-Prix, tome III, tableau généalogique, et p. 449, n" a49-25i, p. 457, n» 401, p. 667, note i ; tome IV, p. 486, n" i5i et iSa.
XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
raillé l'innocente manie, ou, pour parler comme lui, « la folie*.» La Bruyère ne connut pas l'épigramme de Boileau, composée en 1704, et quand Mlle Targas devint sa belle-sœur, l'amateur d'horloges était mort. S'il eût vécu plus longtemps, il aurait sans doute pris ])lace dans les Cfiracirres, soit parmi les curieux, soit à côté d'Hermi/jpe^.
Suivant un méchant ])ropos recueilli dans l'un des manuscrits de l'abbé Drouin'', Louis de la Bruyère aurait épousé « une bâtarde du premier jirésident de Novion. » Est-ce bien d'Angélique Targas que l'on a voulu parler? Nulle part nous n'avons vu rapproché du nom de Novion celui de Targas ni celui de Colin, qui était le nom de famille de Mme Targas, belle-mère de Louis de la Bruyère. Ce que nous savons de celle-ci, c'est qu'elle n'a pas toujours été de mœurs irréprochables. Mariée à quatorze ans et sept mois*, elle demeura peut-être la très-fidèle épouse de Pierre Targas pendant les quatorze années que dura leur union ; mais, veuve en 1666, à trente-trois ans, et mère de cinq enfants si elle n'en avait perdu, elle se remaria, un an ou deux plus tard, ob causas notas, selon l'expression de Berriat-Saint-Prix : c'est donner à entendre que le fils qu'elle perdit en décembre 1669, et dont
1. C'est trente-huit ans après la mort de Pierre Targas que Boileau, conversant avec l'abbé de Chàteauneuf, se souvint d'une plaisanterie qu'il avait faite jadis sur son parent, ses montres et ses pendules : son auditeur en sourit, et Boileau, pour ne la point perdre, la mit en vers et en fit l'épigramme contre Lubin. Voyez l'épigramme xxxvm^ au tome II de l'édition pre'citée, p. 47^, et sur cette épigramme les lettres de Boileau à Brossette du i3 décembre 1704, et du 6 mars 1705, tome IV de la même édition, p. 4o4i 4o5 et 409.