‹ La Bruyère; textes choisis et commentésChapitre 10 sur 54 · I.A iniUYÈRE GENTILHOMME DE M. LE DUO LES « CARACTÈRES · texte numérisé non relu

I.A iniUYÈRE GENTILHOMME DE M. LE DUO LES « CARACTÈRES

Il est tout à fait improbable que M. le Duc ait utilise La Bruyère' durant les mois, durant l'année même qui suivit la mort du prince de Coudé. Comme l'avait souhaité son père, il était devenu, avant tout, courtisan. Il ne quittait guère l'entourage du roi. Il y remplissait ces devoii's puérils auxquels on a peine à croii"e aujourd'hui que des hommes sensés aient pu consacrer leurs joimiées. En dehors des moments où il flagornait Sa Majesté, volontiers, soit avec Mgr le dauphiu, soit avec quelques seigneurs folâtres, U s'abandonnait à la débauche. Sa tendresse l)our Mlle de Nantes, sa femme, n'avait jamais été très ardente. Elle s'affaiblissait peu à peu. Il papillonnait autour des . demoiselles d'honneur de Mme la dauphine, auxquelles il offi'ait, pour distraire leur désœuvrement, de ces livi'es graveleux que lançaient, à travers le monde, les presses clandestines de Hollande.

De son côté, Mme la Duchesse, délaissée, peu encline à se plaindi'e, plus désireuse peut-être de se venger, tournait vers son cousin le prince François-Louis de Conti la piètre sentimentalité dont elle était animée.

Les intrigues, les fêtes, les ébats de toutes sortes avaient l)eu à peu repris. La Bruyère jouissait donc d'un grand loisk. Il avait deux appartements qu'il avait nieublés de ses propres meubles. L'un lui avait été donné à l'hôtel de Condé, rue de Vaugu*ard, en face le palais du Luxembourg, au deuxième étage ; l'autre à l'hôtel de Condé à

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Versailles. Le premier était de beaucoup le plus confortable, n se composait d'une chambre, d'un cabinet et d'une sorte de gi-enier. Une fenêtre, garnie de rideaux de toile peinte et drapée de tapisserie de Bergame. éclaii-ait la chambre. En entrant, on apercevait la cheminée ornée de différents objets de faïence, urnes, buh'es et gobelets. Le mobilier se composait de deux tables, l'une vulgaù'e, en bois blanc, l'autre en noyer plaqué, de cpiatre guéridons en hêtre noii'et doré, de quatre chaises et de quatre fauteuils de noyer couverts de brocatelle à fleurs blanches sur fond vert. Le bureau du moraliste était de chêne massif ; un tapis de serge verte de Berry le protégeait et, dans un de ses trois tiroirs « fermant à clef », reposait le manuscrit des Caractères. Aux niiu's pendaient seulement deux glaces encadi'ées de bois peint.

A cette chambre attenait une alcôve, que décorait un u devant d" alcôve de bois peint de menuiserie ». Dans cette alcôve se dressait le lit de l'écrivain, lit confortable avec sommier,' paillasse, matelas de laine, belles couvertm'es, rideaux, bonnes-grâces, dossier et soubassement tendus de taffetas à fleurs blanches sur fond vert.

Le cabinet était séparé de la chambre par une porte vitrée. Il en était, en quelque sorte, le complément. Il contenait la bibliothèque de La Bruyère, quelques douzahies de volumes reliés de veau et de parchemin rangés sur sept tablettes, un petit lit de repos enveloppé de serge verte, où assm'ément le penseur s'étendait pour Ihe ou pom" méditer commodément, enfln quatre chaises de bois tomTié. Aucun objet d'ai't, nul tableau n'égayaient les murs de ce petit logis où naissaient de grandes idées.

Le (( grenier », situé auprès du cabinet, était, en raccourci, ce qu'on appelait, au dix-septième siècle, le garde-meuble de La Bruyère, une manière de pièce de débarras, où s'entassaient des meubles, des hardes et des objets usagés.

L'appartement de Versailles était beaucoup moins luxueux. Il avait une apparence, pourrait-on dh'e, impejsounelle et administrative. Comme l'autre, il se signalait par ses tons verts que La Bruyère paraît affectionner. Il

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