‹ La buccomancie;Chapitre 15 sur 27 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Je crois avoir suffisamment démontré, dans les divers chapitres de ce liyre, le rôle important que joue l'organisation dentaire dans l'ensemble de la physionomie humaine. Le témoignage de plusieurs savants, des citations puisées aux .meilleures sources, n'ont dû laisser aucun doute dans l'esprit de mes lecteurs sur le cas que tout homme fait d'une belle dentition.

Oui, les dents sont autant de perles qui rayonnent derrière les lèvres rosées d'une jolie femme, comme les diamants sous les flots azurés, qui baignent les rrvages de l'antique Ophir et les plages brûlantes de Golconde. Elles embellissent le sourire^ elles donnent à la physionomie cette grâce presque divine qui subjugue les cœurs.

Chez l'homme , les dents sont des indices infaillibles de courage, de force, de santé ; elles impriment à son visage le caractère particulier qui le distingue.

ZÔ% LA BUCCOMANCIE.

Pourquoi réitérer ici l'éloge des dents qui se trouve formulé de mille manières dans tous les extraits des auteurs qui ont écrit sur cette matière inépuisable, et que je reproduis dans cet ouvrage? N'ai-je pas prouvé jusqu'à l'évidence, et par mes observations et par celles de mes devanciers, que la beauté, la santé, les sentiments nobles et généreux sont pour ainsi dire inséparables d'une belle dentition?

Mais tout est fragile dans l'organisation humaine, et les dents surtout sont sujettes à mille accidents, à mille atteintes qui les détériorent ou les détruisent entièrement. Si cet ouvrage n'était pas exclusivement consacré à la science buccognomonique , je tracerais ici un effrayant tableau de nosographie dentaire; qu'il me suffise, puisque je ne veux ni ne dois me détourner de mon sujet, de signaler en quelques mots les terribles modifications que subit la physionomie par suite de la perte partielle ou totale des dents.

Il est hors de doute même pour les personnes qui ne se sont pas occupées de physiogaomonie, que la ligure la plus régulière devient affreusement laide si elle est édentée. L'aspect général de la face change entièrement, et tel homme dont la physionomie vous charmait la veille, vous parait méconnaissable le lendemain, parce qu'il a perdu ses dents.

Citons un exemple entre mille :

Vers la fin de 1847, je fus appelé par une famille étrangère, ma cliente depuis longues années, pour une grave opération qui nécessitait toutes les ressources de la prothèse. Cette opération réussit au-delà de mes espérances, et j'allais me retirer comblé de bénédictions, lorsqu'un jeune homme s'approcha de moi d'un air attristé, et me demanda pourquo1 je ne lui avais pas adressé la parole. Je lui répondis que

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je n'avais pas l'honneur de le connaître, et tout le monde de se récrier. En effet, le jeune homme n'était autre que le fils aîné de la maison. Je m'excusai de mon mieux, me promettant d'être plus clairvoyant à l'avenir.

Que s'était-il donc passé? Quel accident avait modifié cette belle physionomie au point de la rendre méconnaissable? Il avait perdu la moitié de ses dents à la suite d'une fièvre typhoïde. Je fis remarquer à sa mère le déplorable changement qui s'était opéré dans la physionomie de son fils bien aimé. Elle comprit à demi-mot, et le lendemain elle vint chez moi accompagnée de son cher Gustave.

Inutile de dire que je mis à contribution tous les perfectionnements de la prothèse et les découvertes dont j'ai enrichi l'art dentaire. Je fus assez heureux pour rivaliser avec la nature ; il eut été impossible à l'œil le plus exercé de distinguer les fausses dents d'avec les naturelles. La physionomie de Gustave avait recouvré la grâce et la noblesse héréditaires dans sa famille.

Vers le même temps, une lady vint me consulter avec sa fille, jeune personne de dix-neuf ans, type de cette beauté anglaise dont on retrouve d'imparfaites reproductions dans lesKeepsakes. Comme je m'extasiais devant tant de charmes, la mère me fit observer qu'une carie incurable avait envahi les dents de sa fille. En effet, la jeune miss, non sans quelque répugnance, soumit sa bouche à mon inspection et je ne fus pas longtemps à me convaincre que je pourrais conserver ses dents, sauf deux ou trois plus profondément atteintes que les autres. Il n'y avait pas à hésiter; on se décida bravement à supporter la séparation de la carie , quelques soins de propreté et la prothèse firent le reste; le

miracle était accompli et la bouche de la jeune fille montrait fièrement trente-deux perles dont l'incarnat rosé des lèvres rehaussait l'éclatante blancheur.

Je n'en finirais pas si je voulais raconter les cures prodigieuses que j'ai opérées, et surtout si je voulais décrire les métamorphoses subites de physionomies réalisées par la prothèse.

Je ne puis cependant me dispenser de citer encore deux faits d'une date très récente.

L'année dernière, un représentant du peuple, dont la famille m'est parfaitement connue, me faisait ses doléances sur la perte de ses incisives qui le mettait dans l'impossibilité de paraître à la tribune ; il se lamentait aussi sur les affreux ravages que cette difformité dentaire avait opérés sur sa physionomie. Il eut recours à la prothèse; la transformation fut complète, et depuis sa voix éloquente a retenti plus d'une fois dans le "pays.

L'hiver dernier, un magistrat de province, à peine âgé de quarante ans, me fut présenté par un ami commun.

— « Quel âge donnez-vous à monsieur , me dit l'ami commun ?

— Quarante ans.

— Yous connaissiez donc son extrait de naissance?

— Pas le moins du monde. Pour tout autre, monsieur paraît avoir soixante ans ; mais pour moi qui suis buccomancien, il a à peine atteint le milieu de la vie. Je suis même sûr que la prothèse le rajeunirait au point de faire croire qu'il n'a pas plus de trente ans.

— Aussi sommes-nous venus dans l'intention de recourir à votre art, s'écria le provincial.

En effet, je me mis à l'œuvre et la fable d'Eson devenait une réalité.

J'ai connu une infinité de personnes que la perte d'une seule dent défigurait totalement. La carie des incisives, outre qu'elle imprime à la physionomie un aspect repoussant, la modifie au point que son expression change de fond en comble.

Telle jeune fille, qui paraissait douce et gracieuse quand elle avait toutes ses dents, prend une physionomie rude et acariâtre si elle a le malheur de devenir édentée.

Tel homme a la figure noble et majestueuse, devient grotesque et ridicule si ses mâchoires perdent leur ornement indispensable.

Mais à quoi bon préconiser les avantages de la prothèse? Ses innombrables ressources sont-elles aujourd'hui contestées? Les progrès que l'art dentaire a faits depuis quelques années n'ont-ils pas, en quelque sorte, vaincu et subjugué la nature?

Au point où en est la science dentaire, la prothèse est devenue une succursale importante de la buccomancie, ou pour mieux dire son auxiliaire de tous les instants.

En effet, prenons l'homme à son berceau et suivons-le jusqu'aux dernières limites de la vie.

J'ai décrit dans un autre de mes ouvrages (4) les accidents, les cas même mortels qui se manifestent avant et pendant la première dentition; ceux de mes lecteurs qui voudront avoir, sur ce sujet si important, des connaissances spéciales, j'ose même dire approfondies, n'auront qu'à consulter cet

(1) Encyclopédie du Dentiste,

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ouvrage; les mères surtout y trouveront d'utiles enseignements.

Dans ces études buccognomoniques, je dois me borner à signaler les innombrables rapports qui existent entre la buccomancie et la prothèse, à tel point qu'un praticien évitera de très graves erreurs, s'il est buccomancien, c'est-à-dire s'il a étudié la conformation de la bouche de chaque individu.

A l'époque de la première dentition, la buccognomonie lui révélera le tempérament de l'enfant, et lui indiquera d'une manière sûre le régime qu'il doit appliquer.

Mais c'est surtout pendant que s'accomplit le travail de la seconde dentition, que la buccomancie devient un guide indispensable. En effet, de la régularité ou de l'irrégularité de ce travail dépend la conformation de la bouche, qui est appelée à jouer, comme je l'ai déjà démontré, le premier rôle dans cet ensemble de proportions faciales connu sous la dénomination de physionomie. De la deuxième dentition dépendent la régularité ou l'irrégularité de la disposition buccale. Si un habile praticien ne surveille pas l'éruption dentaire pour la diriger et empêcher que les dents ne poussent irrégulièrement, les incisives seront superposées, il y aura ce qu'on appelle vulgairement des sur dent s qui gêneront la prononciation et changeront totalement la physionomie .

Comme l'exemple rend le précepte plus clair, plus intelligible, plus palpable, voici quelques faits pris au hasard dans mes souvenirs de praticien.

Il y a déjà quelques années, une dame du grand monde vint chez moi, accompagnée de deux petites filles. Un rapide coup d'œil me convainquit de prime-abord que la jolie

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visiteuse possédait toutes ses dents, dont la blancheur constatait que la prothèse n'avait encore rien à faire pour cette bouche, riche de tous les trésors de la nature.

— Madame, lui dis-je, à quelle heureuse circonstance dois-je l'honneur de votre visite, car je vois bien que vous n'êtes pas venue chez le dentiste pour vous faire soigner la bouche, vierge encore du contact de tout instrument.

— Vous avez raison, monsieur, répondit la dame en rougissant; j'ai de belles et bonnes dents; mais il n'en est pas ainsi de mes deux filles : voyez plutôt, monsieur.

Mes regards se portèrent alors sur les deux enfants; l'une avait les incisives superposées les unes sur les autres; l'arcade dentaire se terminait presque en un angle aigu que les lèvres ne couvraient qu'imparfaitement. Cette irrégularité provenant de la deuxième dentition, avait complètement modifié la physionomie de la pauvre enfant. Sa sœur avait aussi deux dents superposées; l'incisive du milieu rentrait dans la bouche et gênait la prononciation à tel point, qu'il en résultait une espèce de bredouillement continuel.

— Madame, dis-je, à ma belle cliente, ces irrégularités disparaîtront dans quelques jours parce que vous vous y êtes prise à temps ; si vous aviez tardé quelques mois seulement, l'art dentaire eût été impuissant.

Quelques explications claires et précises de mes procédés odontotechniques triomphèrent des craintes de la dame, et en quelques jours à l'aide du Régulateur Rogers (1) les dents des deux petites filles furent d'une régularité parfaite, et il

(1) Voir pour l'explication du Régulateur Roger s, l'Encyclopédie du Dentiste^ p. 456,

y avait transformation complète de physionemie. Comme la dame dans son enthousiasme maternel me remerciait de mes soins et vantait les merveilles de l'odontotechnie ; je lui dis en souriant :

— J'ai rendu vos deux filles aussi jolies que leur maman; vous admirez la métamorphose. Il s'agit maintenant de lire dans leur avenir.

— Yous êtes donc phophète, s'écria la dame en riant aux éclats ?

— Un peu, madame, et en voici la preuve. Votre plus jeune fille a un penchant très décidé pour la musique.

— C'est vrai, répondit la dame, Léonie se réjouit de voir arriver l'heure de la leçon de musique ; mais à quoi avezvous reconnu cette aptitude?

— A la conformation de la bouche. Examinez bien, madame, et dites-moi si dans le profil de Léonie il ne se trouve pas des rapports frappants avec la tête d'un oiseau-musicien, tel que chardonneret, fauvette et rossignol? Je vous assure quelle sera artiste de premier mérite.

— Et sa sœur ainée ?

— Quand elle aura dix-sept ans, vous vous hâterez de la marier, aussitôt que son cœur parlera. Sur les lèvres de Yalentine j'entrevois déjà mille aventures de romans.

— Yous m'effrayez.

— Je vous préviens, madame, et dans quelques années vous viendrez me dire que les prophéties du buccomancien se sont accomplies.

Neuf ans s'étaient écoulés; j'avais complètement oublié cet accident , lorsque je fus invité à un concert par une de mes clientes du faubourg Saint-Honoré. Parmi les virtuoses

de l'aristocratie nobiliaire et financière, je remarquai une jeune personne qui chantait avec un art, une facilité, une perfection qui soulevaient des tonnerres d'applaudissements.

— Est-il possible, monsieur, qu'en votre qualité de prophète vous n'ayez pas encore reconnu Léonie, me dit la dame en question et que je n'avais pas revue depuis. . .

Jouissez de votre triomphe, monsieur, car c'est d'après vos prédictions que nous avons soigné d'une manière toute particulière l'éducation musicale de Léonie.

Et Yalentine? dis-je à la dame à voix basse. . .

— A.h ! monsieur , me répondit-elle avec douleur , vos prédictions se sont encore accomplies. Elle a était enlevée l'année dernière par un clerc de notaire que mon mari avait brutalement éconduit, et force 'nous a été de consentir à cette mésalliance.

— Son cœur avait parlé, ainsi vous le voyez, madame, l'étude de la bouche est bonne à quelque chose....

Comme je l'ai déjà dit, je ne livre à la publicité ces petits incidents de ma carrière de praticien et de buccomancien, que pour prouvera mes lecteurs, que chacune de mes assertions est basée sur un fait incontestable ; que je ne me suis pas borné à de simples théories, parceque toute science nouvelle a besoin de preuves réelles pour obtenir son droit de cité et de bourgeoisie.

Il n'est pas d'âge dans la vie où les études buccognomoniques ne présentent non seulement des faits intéressants, mais encore des résultats d'une utilité incontestable. 1/ observation approfondie de l'organisation buccale fait entrevoir les premiers germes des lésions dentaires, et fournit des moyens sûrs d'en arrêter le développement dans l'enfance,

la buccognomonie jointe à la prothèse dirige la première éruption des dents, suit la dentition dans tous les développements et arrête par de sages précautions prises à l'avance, tous les désordres buccaux qui pourraient plus tard vicier, dénaturer la physionomie de l'individu.

Dans l' adolescence, la buccomancie et la prothèse, opérant toujours de concert comme deux sœurs fidèles, suivent d'un œ»l attentif les modifications qui s'opèrent dans la bouche, dont la conformation prend alors seulement son caractère particulier et permanent.

0 mères qui voulez que vos filles vous égalent en grâces, en beauté, lorsque s'épanouiront sur leurs fronts les premières fleurs du printemps de la vie, implorez les secours de l'odontotechnie et de la buccomancie.

L'odontotechnie qui possède des moyens sûrs pour conserver les dents et pour réparer, soit les accidents, soit les désastres buccaux qui ont pour résultat immédiat la laideur ou du moins l'altération de la beauté.

La buccomancie qui pourra, sur l'inspection de la bouche, vous révéler les penchants, les inclinations, les passions, les vices même les plus cachés. Souvenez-vous que les dames romaines mesuraient soir et matin le cou de leurs filles avec un fil de laine, pour s'assurer si certains désirs n'avaient pas embrasé leurs jeunes cœurs. Le poète Ovide qui nous a laissé de si curieuses études sur le cœur de la femme dans son Art d'aimer, dit en propres termes :

« Qu'on connaît aux lèvres d'une jeune fille, le degré de sa vertu. »

Ovide était buccomancien ; une étude approfondie des lèvres, des dents et des gencives lui avait révélé plus de mys-

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tères que toutes les dissertations que les philosophes et les moralistes ont laissées sur le cœur de la femme. Ici encore l'odontotechnie vient en aide à la science buccognomonique ; les maîtres de prothèse sont parvenus à triompher de la nature, ou du moins à l'arrêter dans ses déviations accidentelles: que de soins n'exige pas la bouche d'une jeune fille! Quelle vigilance ne faut-il pas pour conserver intactes les perles buccales , surtout à certaines époques où l'organisation dentaire périclite d'une manière effrayante !

Mes lecteurs s'apercevront comme moi que le sujet de ce chapitre fournirait seul la matière d'un long ouvrage; mais, outre que je réserve ce complément d'études buccognomoniques pour une époque plus reculée, je ne dois pas même insister plus longtemps sur cette matière que j'ai abordée seulement comme indication.

Dans l'âge mûr nous retrouvons encore l'odontotechnie et la buccomancie continuant leur œuvre de rectification et de préservation. Quel est l'homme qui puisse se vanter que ses dents n'ont jamais eu et n'auront jamais besoin des innombrables ressources de la prothèse? Un accident, une imprudence détériorent, détruisent même souvent la dentition la plus solide, et l'homme encore dans la force de l'âge, porterait sur son visage toutes les marques d'une décrépitude anticipée, si la prothèse ne suppléait pas à la nature en rendant à la physionomie son caractère particulier.

Dans la vieillesse surtout la prothèse est, en quelque sorte, une panacée universelle ; en effet les dents succombent alors comme toutes les autres parties du corps ; la bouche se dégarnit^ il ne resterait plus au vieillard que les gencives pour servir au double usage de la mastication et de la prononcia-

tk% LA BUCCOMANCIE,

tioD, si l'odontotechnie, après l'avoir suivi d'an œil attentif aux diverses périodes de sa carrière, n'avait pas découvert mille moyens pour obvier à une des plus cruelles infirmités du dernier âge. J'ai déjà cité dans un chapitre précédent quelques passages d'un entretien rapportés par le docteur Descuret dans sa Médecine des Passions, et où il est dit que si les vieillards sont presque tous tristes et moroses, c'est parce qu'ils n'ont plus de dents. Ce fait est même si avéré que personne ne l'a contesté, et si je voulais raconter ici les nombreuses métamorphoses que j'ai opérées, à l'aide de la prothèse, plusieurs de mes lecteurs traiteraient mon récit de fable.

Et pourtant à combien de vieillards n'ai-je pas rendu la santé, la gaîté ? A combien d'aïeules et de bonnes mamans n'ai-je pas conservé du moins des apparences d'une jeunesse éternelle ?

L'hiver dernier, une jeune dame qui a pour tante une vieille créole très riche, vint me trouver à ma maison de campagne à Passy, avenue de St-Cloud, 85, pour me consulter, disait-elle, sur une affaire fort grave.

Or voici de quoi il s'agissait : la vieille tante soit par caprice soit qu'elle eut des sujets réels de mécontentement contre sa nièce, voulait vendre tous ses biens à rente viagère. Le cas était embarrasant, la jeune dame était ma cliente, et je tenais à lui être utile.

— Madame, lui dis-je, votre tante est-elle bien âgée ?

— Elle a soixante-neuf ans ; mais vous lui en donneriez quatre-vingt.

— A-t-elle conservé ses dents ?

— Pas une.

— ■ Vous êtes sauvée.

— Comment ?

— Voici votre plan de campagne, suivez-le exactement et votre tante ne trouvera pas d'acheteur; faites lui bien comprendre qu'un bel et bon râtelier lui rendra sa beauté et son appétit de quinze ans ; conduisez-la chez moi, et je vous réponds du reste.

— Je comprends, répondit la jeune dame, qui entrait le lendemain dans mon cabinet, à dix heures précises, suivie de la vieille créole.

Je me surpassai ce jour là; le râtelier était d'une perfection telle que la douairière elle-même en fut émerveillée. Elle se regardait à toutes les glaces, elle riait aux éclats, elle sautait de joie, et dans son enthousiasme elle promit à sa nièce un bon souvenir dans son testament.

Quelques jours après elle changea d'avis, car elle revint chez moi fort en colère, me disant que je l'avais ensorcelée, qu'elle ne trouvait plus d'acheteur qui voulut se charger de ses biens à rente viagère.

Je lui fis observer combien cette détermination serait préjudiciable à sa nièce; elle me répondit qu'elle lui avait légué le quart de sa fortuue. Comme elle continuait à m'obséder de ses plaintes relativement à la sorcellerie, je lui répondis :

— Oui, madame, je suis sorcier, puisque j'ai été assez heureux pour rendre à votre physionomie la grâce et la douce sérénité du premier âge. Regardez-vous bien, madame, et dites-moi si la métamorphose n'est pas complète? Dites-moi si votre acheteur n'a pas eu raison de refuser toute transaction avec vous ? Vous souriez comme à trente ans, la peau de vos joues est presque aussi unie

que celle d'une femme qui vient d'atteindre le milieu de la vie. Enfin, madame, vous êtes ensorcelée, ou pour mieux dire, vous êtes rajeunie de trente ans et cela grâce à la prothèse, grâce à la tendre sollicitude de votre bonne, de votre excellente nièce qui vous a donné le sage conseil de recourir à l'odontotechnie.

— C'est pourtant vrai, fit la vieille dame. . . j'étais injuste envers ma nièce , je vais de ce pas tout réparer et instituer Paméla mon héritière universelle.

Ce qui fut dit, fut fait, et depuis cette époque la tante et la nièce viennent souvent me remercier l'une de l'avoir délivrée de la plus cruelle infirmité la vieillesse, l'autre de lui avoir assuré une brillante fortune.

Mais ce n'est pas seulement dans ces cas de nécessité absolue qu'on doit recourir à la prothèse et à la buccomancie ; très souvent il arrive que des personnes, par une négligence inqualifiable, perdent la plus grande partie des avantages dont la nature avait doué leur physionomie; l'aspect général du visage change insensiblement, et les observations buccognomoniques deviennent défavorables à la personne qui ne prend pas un soin quotidien de sa bouche.

Que la buccomancie, la prothèse et l'odontotechnie soient donc pour tout le monde un guide sûr et de tous les instants, un préservatif contre de déplorables infirmités et un remède tout puissant même lorsque ces infirmités buccales existent depuis longtemps.

Le moindre accident, la moindre lésion détériore les dents, les lèvres, et par conséquent la forme de la bouche; or la buccomancie ne s'exerce que sur cette importante partie de la physionomie humaine; il importe donc, non seulement de

bien conserver ses dents si elles sont dans un bon état, mais encore de rectifier les difformités naturelles afin de rendre ainsi à la figure le caractère qu'elle doit avoir.

J'ai été assez heureux pour voir mes longs travaux sur la prothèse et l'odontotechnie couronnés de nombreux succès ; j'ai même doté l'art dentaire de quelques découvertes, de quelques topiques depuis longtemps adoptés par mes confrères.

Ces découvertes, je les ai toujours mises et je les mettrai toujours à la disposition du public, et surtout des personnes qui se livreront à l'étude de la buccomancie. Tous les âges de la vie y trouveront une ample moisson, et si la science buccognomonique acquiert, comme je n'en doute pas, son droit de bourgeoisie parmi les admirables inventions du dix-neuvième siècle, la prothèse et l'odontotechnie auront contribué pour la plus grande part à donner à l'homme un sixième sens, en l'initiant aux mystères jusqu'à ce jour impénétrables de la buccomancie.

Combien de fois, dans le cours de mes recherches presque toutes' suivies de révélations immédiates, me suis-je écrié avec de Sturz le savant physionomiste :

« Si depuis des milliers d'années, on avait étudié les configurations humaines, ordonné et apparié d'après leurs nuances les traits caractéristiques, éclaircipar des dessins toutes les cavités, lignes et proportions remarquables, et ajouté une explication à chaque fragment, l'alphabet chinois de l'espèce humaine serait achevé, et nous n'aurions qu'à le feuilleter, qu'à l'ouvrir pour expliquer une figure quelconque. Quand je me livre entièrement à la pensée que l'accomplissement de cette œuvre élémentaire n'est pas de toute impossibilité, je

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porte mes espérances encore plus loin que Lavater ; je m'imagine alors une langue tellement riche, déterminée, parfaite, qu'il suffit d'une description littérale pour restaurer une configuration, qu'une peinture exacte de l'âme indiquera le contour du corps; qu'un Plutarque futur offrira au physiognomoniste le moyen d'établir la palingénésie des grands hommes, et qu'il sera facile de tracer un idéal pour toutes les vocations humaines. »

Appliquant à la buccomancie ces intuitions physiognomoniques, je puis dire avec plus de raison que la plupart des auteurs qui ont écrit sur.la physionomie, que l'étude buccognomonique est féconde en gigues révélateurs, à tel point qu'elle devient en quelque sorte l'alphabet de la langue nouvelle dont parle le savant Sturz. Oui, sur la bouche sont gravés d'innombrables caractères dont le sens a été méconnu jusqu'à ce jour comme celui des hyérogliphes de l'Egypte; ces caractères je les ai étudiés, définis et réunis en rudiments grammaticaux ; la langue nouvelle entrevue par Sturz existe donc ; langue si riche, si déterminée, si parfaite, qu'il suffira comme l'a dit le savant allemand d'une description littérale pour restaurer une configuration ; une peinture exacte de l'âme indiquera le contour de la bouche. Quand au Plutarque futur dont parle aussi le savant Sturz, je n'ai pas la prétention d'en remplir le rôle ; mais j'ose dire pourtant que la longue pratique de la buccomancie m'a fourni des moyens sûrs d'établir la palingénésie des grands hommes, et qu'il sera désormais facile de tracer un idéal pour toutes les vocations humaines, d'après la conformation de la bouche.

Recourons encore aux faits qui sont beaucoup plus concluants que toutes les assertions,

Il y a deux ans environ, un gentilhomme Napolitain vint chez moi pour avoir un râtelier complet; ce gentilhomme était marin et il avait perdu toutes ses dents par suite d'affections scorbutiques. Pendant qu'on mettait la dernière main à son dentier, le gentilhomme, causeur comme tous les méridionaux, mè questionna beaucoup sur mes découvertes odontotechniques et me demanda si j'avais lu les ouvrages de Porta.

Je lui répondis que je connaissais à fond tous les écrits de son compatriote et que j'avais fait de nombrenx emprunts à ses études physiognomoniques, pour mon ouvrage sur la buccomancie. Le mot de buccomancie le fit beaucoup réfléchir, et après quelques instants de silence :

— M. Rogers, me dit-il, dans votre ouvrage, s'il répond réellement à son titre, il y a tout une révolution physiognomonique. Yous dépasserez de dix siècles Lavater, Gall et tous les autres physiognomonistes. Je me suis beaucoup occupé moi-même de l'étude de la figure humaine, et je suis convaincu que la bouche résume à elle seule toutes les passions, tous les penchants, tous les goûts, tous les vices, comme toutes les vertus. La bouche a été jusqu'à ce jour comme un de ces monolites de Thèbes ou de Memphis, couverts de caractères que personne ne savait déchiffrer, et qui peuvent pourtant initier à tant de mystères.

Mais avant de me livrer à la joie que me cause la nouvelle que vous venez de m' apprendre, je dois m' assurer, si vous êtes réellement buccomancien, c'est-à-dire si vous avez découvert les hyérogliphes buccaux, si vous avez su en coordonner l'aphabet.

— Mettez mes faibles connaissances, a l'épreuve, répondis-je.

— Puisque vous connaissez Porta, vous devez avoir lu surtout ceux de ses chapitres qu'il a consacrés à l'étude de la figure humaine, comparée à celle des animaux. Dites-moi donc quel est l'animal auquel je ressemble le plus.

— Au renard, répondis-je, après avoir examiné un instant la configuration buccale du gentilhomme.

— C'est vrai, s'écria le marin, et dessinant sur son carnet une tête de renard :

— Voyez plutôt, ajouta-t-il.

En effet, la ressemblance des deux profils était des plus frappantes.

— Monsieur , dis-je au Napolitain , quand vous possédiez toutes vos dents, vous n'aviez pas un profil de renard. Voulez-vous que je rétablisse votre physionomie primitive.

— De grand cœur, voyons si la buccomancie peut rétablir une configuration totalement modifiée.

Je fis un croquis de la figure du gentilhomme, en ayant soin de remarquer les changements que l'absence des dents avait opérés dans les lignes faciales.

— Voilà bien la physionomie que j'avais, il y a quinze mois. Décidément vous êtes maître passé en buccomancie.

— Vous croyez, monsieur... lui dis-je... et si j'ajoutais que la buccomancie a des règles certaines pour faire reconnaître les hommes célèbres qu'on n'a jamais vus?

— C'est impossible.

— Je demande encore à être mis à l'épreuve ; avez-vous sur vous quelque médaille représentant un personnage.

— Oui, eu voici une en argent. Comment s'appelle l'homme dont la figure est empreinte sur ce métal ?

J'examinai attentivement la médaille.

— Cette tête , dis-je au Napolitain , est un type d'Américain-Espagnol. Analysons surtout la bouche qui n'a été reproduite qu'imparfaitement. Voyez. . . la lèvre.supérieure est un peu proéminente, renflée aux deux côtés de l'ouverture buccale; à l'état de repos, elle laisse voir les canines; pincées et presque collées sur le devant, les deux lèvres indiquent un caractère fortement trempé mais cruel. Quand cet homme sourit, sa bouche n'exprime que perfidie, ironie, duplicité, avarice et cruauté.

— Fort bien! vous êtes dans le vrai; mais vous ne m'avez pas dit le nom du personnage.

— Monsieur, cette médaille doit représenter le dictateur de Buenos- Ayres.

— Rosas! fit le Napolain.. dites-moi, sur votre parole d'honneur que c'est pour la première fois que vous voyez un portrait de Rosas.

— Je vous le jure.

— Et cette tête de jeune femme?

Le Napolitain tira de son carnet une miniature dont l'exécution me parut parfaite.

— Tête admirable, m'écriai-je; ainsi devait être la Chimène du Cid, de Corneille. Voyez cette bouche ! que de fierté, mais en même temps que d'impétuosité! La lèvre supérieure est proéminente dans la miniature, comme sur la médaille. La bouche est entr' ouverte à l'état de repos ; les dents d'une régularité parfaite, n'en sont pas moins caractéristiques. Les incisives petites et effilées indiquent un

certain degré de douceur de caractère, tandis que les canines fortes et presque saillantes en dehors des lèvres, dénotent un triple penchant à la colère, à la cruauté, à la fougue de toutes les passions tropicales. Si je ne me trompe, ce portrait est celui de la fille de Rosas, ou du moins d'une dame de sa famille.

— Vous dites vrai, s'écria le Napolitain, c'est le portrait de la belle Manuela, ce démon ou plutôt cet ange que Dieu a placé à côté du tigre de Buenos- Ayres, pour tempérer ses fureurs. Mais dites-moi donc comment vous êtes parvenu à une si haute perspicacité d'intuition ?

— Par la buccomancie, c'est-à-dire par l'étude comparée des différences et des rapports qui existent entre la conformation buccale de plusieurs individus.

— Et cette étude vous a conduit à des résultats certains?

— Vous le voyez.

— Vous pensez donc qu'il est possible, par votre système, d'arriver à reconstituer la palingénésie des célébrités de l'antiquité.

— J'en ai l'intime conviction.

— Me permettrez-vous de revenir demain avec un numismate, mon compatriote, pour soumettre votre sagacité buccognomonique à quelques épreuves ?

— Très volontiers.

Le temps qu'avait duré ce colloque avait suffi pour mettre la dernière main au râtelier, que j'adaptai sans douleur aucune, et avec la plus grande facilité, aux deux mâchoires du gentilhomme Napolitain. La transformation fut presque miraculeuse, et le gentilhomme s'empressa de con-

venir que son dentier rendait à sa physionomie son caractère primitif.

Le lendemain, il fut exact au rendez- vous, accompagné de son ami le numismate. On plaça, sur une petite table, plusieurs médailles de diverses époques et de tous les pays. Je les examinai une à une, et comme les noms et les légendes étaient effacées, le numismate s'attendait très probablement à me trouver en défaut. Mais la buccomancie a des règles certaines qui ne permettent pas la moindre erreur, et le numismate avoua franchement que j'avais beaucoup mieux deviné qu'un membre de, l'Académie des inscriptions et belles lettres.

Mais je n'ai pas voulu que la buccomancie restât renfermée dans le cercle étroit de la palingénésie des illustrations; j'ai appliqué ses préceptes aux qualités et aux imperfections morales de chaque individu, de telle sorte que si une personne me dit loyalement dans une lettre quels sont ses vices et ses vertus, je pourrai, sans l'avoir vue, lui envoyer le dessin exact et fidèle de sa bouche.

Quant à l'idéal des vocations dont parle Sturz, je suis parvenu à le réduire à quelques préceptes immuables, certains, à tel point que les personnes qui auront lu attentivement mon livre pourront, sur la simple inspection de la bouche d'un individu, lui dire quelle est sa vocation, c'està-dire son aptitude à telle ou telle profession, et lui tracer la route qu'il doit suivre ici bas.

Ici encore je puis joindre le fait au précepte.

Vers la fin de 1847, une dame de province que j'avais guérie d'une odontalgie chronique, vint me voir accompagnée de son fils, âgé de 15 ans; la physionomie, et surtout la

configuration buccale de l'enfant me frappèrent à tel point, que la mère me dit en souriant :

— Bon Dieu ! comme vous regardez mon petit Adolphe!

— A quelle profession le destinez-vous, madame?

— Il veut être musicien.

— Madame, il ferait fausse route et n'arriverait à rien : la bouche de votre fils me révèle qu'il a naturellement une rare aptitude aux mathématiques, aux sciences exactes. Choses qui vous paraîtra extraordinaire, les mathématiques et la musique sont deux sœurs jumelles, mais quoique appartenant à la même famille, il ne faut pas les courtiser toutes deux à la fois. Je vous conseille donc de faire entrer votre fils à l'école Polytechnique ; il serait un musicien médiocre, et je suis sûr qu'avec peu d'efforts il deviendra un tacticien distingué.

Mon conseil a été suivi, et l'enfant de ma cliente est aujourd'hui un des officiers sur lequel le corps du génie compte le plus.

Je sais bien que mes doctrines buccognomoniques, par cela seul qu'elles sont nouvelles, qu'elles révolutionnent le paisible domaine de la physiognomonie, si délaissé depuis Lavater et Gall, trouveront beaucoup d'incrédules, d'antagonistes et même de détracteurs peu bienveillants.

Mais je dois subir le sort de tous les novateurs et attendre patiemment que le temps, ce grand maître, ce grand consécrateur de toutes choses, que le temps, dis-je, aidé par une expérience de chaque jour, ait donné complètement raison à la buccomancie.

Le triomphe ne sera ni difficile ni long à venir; le génie profondément investigateur de ce siècle de découvertes, ne

rejeté aucune idée avant de l'avoir soumise à la pierre de touche de l'expérimentation. C'est tout ce que je demande. Pourvu que les personnes qui liront mon livre, l'aient ouvert sans prévention hostile , elles seront bientôt convaincues de l'incontestable vérité, je dirai même de l'immense utilité de mon système buccognomonique.

Lorsqu'elles auront parcouru les divers chapitres consacrés à l'exposition de mes doctrines, elles ne douteront plus de la certitude des innombrables intuitions et révélations fournies par la buccomançie. Elles pourront apprécier le rôle important que la nature a assigné à l'organisation buccale dans cet ensemble qu'on est convenu d'appeler physionomie humaine. L'excellence de la prothèse leur sera si clairement démontrée, qu'elles ne mettront plus en doute l'efficacité de ses moyens pour restaurer, rajeunir même toute figure détériorée.

N'est-ce pas à la prothèse et à l'odontotechnie que je suis redevable de mes premiers aperçus buccognomoniques? N'est-ce pas la prothèse qui a guidé mes premiers pas dans ce dédale de passions, de désirs, de penchants, d'inclinations, d'appétits, de pensées, de dispositions intérieures et extérieures qui s'appelle la bouche.

Appelé par instinct et par goût à soigner, à guérir les infirmités buccales, j'ai étudié, analysé la bouche dans ses moindres détails, et d'observations en observations, je suis arrivé à découvrir un filon inépuisable que mes devanciers avaient laissé inaperçu dans la mine pourtant si explorée de la physiognomonie.

Puisque c'est la prothèse gui m'a rendu buccomancien , puisqu'elle m'a révélé des mystères inconnus jusqu'à ce

jour, il y aurait folie à contester son utilité de chaque instant et même son importance.

Que les personnes qui, par accident, par maladies, ou par défaut de soins, ont éprouvé des pertes dentaires, soit partielles, soit totales, se hâtent donc de recourir à l'odontotechnie, si elles veulent rétablir leur physionomie dans son état naturel. Toute figure humaine a son caractère particulier ; chacun de nous a été marqué, par le créateur, d'un sceau spécial , et c'est sur la bouche principalement que réside l'individualité qui nous distingue de nos semblables. La bouche est le siège des passions, des appétits, comme les yeux sont les deux flambeaux de l'imagination et de la pensée qui illumine aussi toute la région frontale.

Prenons donc un soin tout particulier de notre bouche ; la prothèse et l'odontotechnie possèdent mille moyens pour réparer tous les accidens; elles suppléent même à la nature. Pour ma part, j'ai eu le bonheur d'enrichir l'art dentaire de plusieurs découvertes odontotechniques, faisant ainsi marcher de pair, la théorie et la pratique, la science buccognomonique et les procédés matériels, pour soulager les infirmités buccales.

Il y aura bientôt seize ans que j'ai découvert les râteliers osanores, aujourd'hui connus et adoptés par tous les dentistes de l'Europe. Que de frayeurs, que de tortures n'ai-je pas épargnées aux personnes qui ont le malheur de perdre leurs dents, en les délivrant pour toujours des pivots, des crochets et des ligatures qui formaient l'attirail de la vieille prothèse !

Mais là ne se sont pas bornés mes efforts et mes recherches ; éclairé par le flambeau de la buccomancie, qui me

révélait chaque jour de nouveaux secrets, je ne devais ni ne pouvais resteindre le cercle de mes études, de mes expériences. Aussi , après avoir débarassé l'art dentaire des obstacles de la routine, en inventant les osanores ; après avoir réussi à rendre aussi, sans douleurs, à chaque physionomie son caractère particulier, même sa beauté primitive, j'ai cherché à remédier aussi aux autres infirmités buccales, à rendre à la voix toute sa sonorité, à rectifier les vices de prononciation , qui proviennent presque tous de l'absence des dents, ou de leur disposition irrégulière.

Cette fois encore mes efforts ont été couronnés d'un plein succès ; mes nouveaux râteliers que j'ai appelés orthophoniques, des deux mots grecs or thos (droit) et phonè (voix), remplissent parfaitement le but que je m'étais proposé, c'est-à-dire qu'ils rendent à la voix humaine toute sa plénitude, rendent ses sons plus doux, plus harmonieux, et font disparaître tous les vices de prononciation ; ils sont même un palliatif des plus efficaces contre le psellisme ou bégaiement, cruelle affection qui a résisté, jusqu'à ce jour, aux tentatives de la chirurgie.

Je n'insiste, sur ces détails qui me sont personnels, que pour prouver que la buccomancie dérive de deux sources principales, la physiognomonie et la prothèse. L'étude physiognomonique m'a donné les premières indications, mais c'est par la prothèse que je suis parvenu à coordonner, à compléter mon système buccognomonique.

11 est hors de doute, comme je me suis attaché à le démontrer, que l'art dentaire, en remédiant à tous les désastres buccaux , fait disparaître les modifications de la physionomie humaine, occasionnées parla perte, la détério-

ration ou les dispositions vicieuses des dents. J'ai joint, comme il a été facile de s'en convaincre, l'exemple au précepte, ne me bornant pas, aiusi que l'ont fait la plupart de mes devanciers, à des expositions, à des démonstrations purement théoriques.

Tout inventeur, tout novateur doit être clair et explicite jusqu'à l'évidence la plus palpable : tel est le but que je me suis efforcé d'atteindre, et je crois avoir réussi.

Mes découvertes et nouveaux procédés odontotechniques, adoptés depuis plusieurs années, font déjà partie de l'art dentaire; quant à mon système buccognomonique, j'attends le jugement sans appel du public, ce souverain juge de toutes choses, jugement collectif et , par cela même, vrai dans toute la force du terme, parce que l'envie et la prévention ne peuvent agir qu'isolément et sont pea redoutables ; surtout quand on a pour soi un travail sérieux , entièrement nouveau, et la conviction d'avoir accompli une mission importante.

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