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DES BOUCHES NATIONALES

Pour tout homme qui a voyagé et qui a vu des individus de différentes nations, il est avéré qu'il existe dans leurs physionomies et surtout dans la configuration buccale des traits caractéristiques, des dessins particuliers; il y a donc des bouches nationales, de même qu'on a toujours reconnu des caractères nationaux.

Généralement, il est très facile, pour peu qu'on soit initié à la buccomancie, de reconnaître la différence qui existe entre la bouche de plusieurs individus appartenant à des nations

bien distinctes ; mais on éprouve par fois d'assez grandes difficultés pour la déterminer scientifiquement.

On doit d'abord étudier les individus isolément, si l'on veut distinguer de prime abord le caractère national d'une bouche. L'investigation buccognomonique devient ainsi plus facile.

Un Anglais, un Italien, un Espagnol, un Autrichien, sont plus faciles à reconnaître pour un Français, dans les rues de Paris que sur les places publiques de Londres, de Milan, de Naples, de Madrid ou de Vienne. Les figures isolées, dit Lavater, nous ouvrent plutôt les yeux sur les traits caractéristiques de tout une nation, que la nation elle-même.

« L'homme était destinépour tous les climats et pour toutes les natures du sol, dit le philosophe Kant (1); il fallait par conséquent différents germes et dispositions naturelles qui puissent, selon l'occasion, être développés ou réprimés, afin qu'il convint à sa place dans le monde et parut en quelque sorte né dans cette place ou créé pour elle dans la suite des générations. L'air et le soleil semblent être les causes qui influent intimement sur la faculté génératrice et qui produisent un développement durable des germes et des dispositions, c'est-à-dire fondent une race.

Mais n'oublions pas que nous nous occupons spécialement des bouches nationales et que nous ne devons pas nous égarer dans un dédale de dissertations ethnologiques. Aussi mon but est-il de communiquer la substance essentielle des règles pratiques qui m'ont servi à désigner avec une exactitude presque mathématique les nations les plus diverses et les dif-

(i) Philosophe pour le monde. Tome 2, page 125.

férents âges, d'après l'étude de la configuration buccale; oui, car j'ai trouvé ces règles par l'examen approfondi des bouches de diverses nations. J'ai dessiné à plusieurs reprises le contour des joues, des lèvres, combiné avec l'angle de la figure; ces recherches m'ont conduit à la découverte du maximum et du minimum de cet angle. J'ai suivi la route indiquée par le physionomiste Camper de Franeker, commençant par un singe et m' élevant à travers tous les degrés intermédiaires depuis le nègre, l'européen, etc., etc., jusqu'aux figures des chefs d' œuvre antiques.

Le sentiment buccognomonique m'a fait distinguer très souvent les nations parmi les clients réunis dans mes salons. C'est que, comme le dit Lavater, tout- pays, toute province, toute ville, tout village, a sa physionomie et son caractère particulier, caractère évidemment approprié à cette physionomie. Qu'on dessine par exemple une douzaine de figures de paysans de plusieurs villages quelconques et qu'on les compare entre elles; qu'on fasse de même pour plusieurs villes; aussi difficile qu'il sera d'exprimer et de déterminer en paroles le caractère commun de chacune de ces deux espèces de figures, autant il sera facile de reconnaître ce caractère.

La généralité se laisse découvrir par l'examen du tout, pourvu qu'il ne soit ni trop grand ni trop varié.

La particularité, c'est-à-dire les traits particuliers et caractéristiques, sera beaucoup mieux et plutôt reconnue par l'examen et la comparaison des figures isolées. Quelque différentes que soient entr' elles les figures les plus belles ou les plus laides d'une ville ou d'un village, les plus belles ont toujours quelque chose de commun avec les plus laides. Mais il faut beaucoup d' exercice et une grande délicatesse de

sens pour découvrir facilement quelque chose. La forme de la figure en général, le caractère du profil, mais surtout la bouche et des dents sont les points les moins difficiles à examiner et à comparer.

L'histoire naturelle des bouches nationales est donc non seulement possible, mais encore importante pour celui qui pense et celui qui agit, pour le philosophe qui veut en faire la base d'un nouveau système de physiologie comparée et pour l'homme qui veut seulement trouver dans cette intuition buccale des règles de conduite envers ceux de ses semblables qu'il est appelé à fréquenter le plus souvent. L'histoire des bouches nationales , c'est-à-dire la buccomancie appliquée aux types nationaux , est un des fondements les plus profonds , les plus inébranlables de la science physiognomonique ; nier les bouches nationales et par conséquent le caractère national, c'est nier une vérité palpable.

« En considérant la configuration de l'homme, dit Winkelmann (\ ) notre œil nous persuade que dans la figure on peut toujours reconnaître le caractère national, comme on peut toujours y voir les manifestations de l'âme; car de même que la nature a séparé de grandes contrées et provinces par des montagnes et des rivières, de même elle a su dans sa variété distinguer les habitants de ces pays, par des traits particuliers.

« La forme du visage diffère autant que les langues et même que les dialectes. La diversité du langage provient de la diversité des instruments de la parole.

a Ainsi les nerfs de la langue sont nécessairement plus

(1) L'histoire de l'Art.

raides et moins agiles dans les pays froids que dans les climats chauds.

« C'est pour cette raison que toutes les langues méridionales ont plus de monosyllables et de voyelles, qui en rendent la prononciation plus facile, que celle des langues du Nord. »

Ce célèbre écrivain a cherché dans la contexture et configuration diverse des instruments de la parole, la différence des dialectes de la langue italienne. Ainsi, dit-il, les Lombards, nés dans la partie septentrionale de l'Italie, ont la prononciation rude et brève ; les Toscans et les Romains parlent d'un ton plus cadencé ; les Napolitains qui jouissent d'un ciel plus doux encore, font résonner plus fortement les voyelles et parlent à pleine bouche.

Cette observation de Winkelmann est si juste, si vraie, que toute personne qui s'est occupée de la connaissance des types nationaux les distingue, non seulement d'après la conformation de la figure, mais encore d'après la langue. On dirait, en effet, que chaque nation a adopté un idiome propre au climat qu'elle habite; les linguistes et les philologues s'accordent tous à dire que les langues méridionales ont beaucoup plus de voyelles et surtout beaucoup plus de sonorité que celles du Nord, qui, se trouvant surchargées de consonnes, sont rudes et âpres à la prononciation.

Citons des exemples :

L'anglais parle presque toujours les dents serrées les unes contre les autres, comme s'il voulait empêcher le brouillard de pénétrer dans sa bouche.

L'Allemand du Nord articule les mots beaucoup plus lourdement que l'Allemand de la région méridionale; quelle

différence entre la prononciation d'un Saxon, d'un Hanovrien et d'un Prussien !

La langue polonaise ne se ressent-elle pas de l'âpreté du climat? Quel amas de consonnes agglomérées dans chaque mot ! c'est à peine si la voyelle i, cette unique désinence des syllabes polonaises, leur donne un peu d'euphonie et force celui qui vous parle à entr' ouvrir un peu la bouche.

L'idiome russe est moins rude, moins âpre que le polonais, parce que la lithurgie grecque a beaucoup influé sur la formation de la langue moscovite qui se trouve avoir beaucoup plus de voyelles que le Suédois, le Danois et le Norwégien; néanmoins ses sons gutturaux, ses voyelles presque étouffées par une prononciation brève et saccadée, décèlent son origine septentrionale.

Quittons ces régions glacées, et revenons vers les pays que le soleil réchauffe avec amour, le soleil générateur de toutes choses, même de l'euphonie.

Les Français habitant une zone tempérée, où l'on ne ressent jamais ni les frimats du nord, ni les chaleurs tropicales du midi, parlent une langue qui n'a ni la rudesse, ni les consonnes étouffées des idiomes du nord, ni la sonorité, ni la cadence rithmique des dialectes méridionaux. Cette langue, claire, logique, correcte, élégante, énergique au besoin, est, en quelque sorte, une émanation du climat de la France, une manifestation du caractère national. C'est avec raison que Voltaire disait d'elle :

« La langue française est une gueuse, mais si pimpante, « si aimable, qu'on est obligé de lui faire l'aumône. »

Quelle ampleur ! Quelle sonorité ! Quelle majesté même dans la langue espagnole ! Quels grands mots prononcés à

pleine bouche, et en même temps quelle grâce chevaleresque ! C'est la langue du Cid et de Chimène, encore parfumée des grands souvenirs de Grenade et de Cordoue; c'est une hymne perpétuelle au soleil, aux fleurs et à la brise!

Si nous passons en Italie, quelle grâce un peu efféminée, quelle suave harmonie dans les divers dialectes! Partout nous retrouvons la langue des barcarolles, des cantilènes, . langue si grande, si fantastique dans les poèmes du Dante, si douce, si harmonieuse, sur la lyre de Torquato di Tasso, si fantastique, si romanesque dans l'Àrioste, si euphonique dans les chansons que les gondoliers de Venise et les pêcheurs napolitains répètent dans le silence des nuits, des lagunes au golfe d'Ischia !

Mais pourquoi me laisser entraîner dans ces pérégrinations linguistiques? Un auteur, dont j'ai oublié le nom, a dit en caractérisant les diverses langues européennes :

« A ses oiseaux, il faut parler anglais; à ses chevaux « allemand; à sa maîtresse, italien; à Dieu, espagnol; à « son ami, français. »

Cette appréciation, aussi bizarre que vraie, définit clairement les langues européennes, au point de vue des études buccognomoniques. En effet, la prononciation anglaise est un sifflement continuel. Les intonations allemandes sont si rudes qu'elles paraissent avoir été découvertes spécialement pour menacer les chevaux; l'italien, par sa douceur, par ses diminutifs coquets et gracieux, est la langue des femmes ; l'espagnol, noble, majestueux, riche, sonore, élève l'âme vers la divinité, et paraît prédestiné à la prière, aux louanges célestes. Quant à langue française, que j'ai déjà définie, appréciée, c'est le dialecte par excellence de l'homme.

Je laisse aux linguistes et aux philologues, le soin de pousser plus loin ces appréciations de langues, de dialectes et d'idiomes ; je me borne à ce simple et succinct aperçu qui suffira pour prouver à mes lecteurs que les divers langages sont autant de caractères distinctifs, non seulement des nationalités, mais encore de telles ou telles provinces ; que la prononciation influe beaucoup sur la configuration buccale, les lèvres et les dents jouant le principal rôle dans le mécanisme de l'émission de la parole. Aussi ne dois-je pas oublier de dire aux personnes qui se livreront à l'étude si importante de la buccomancie , de quelle grande utilité leur sera l'appréciation des langues européennes. On peut même affirmer que tout homme un peu versé dans la science buccognomonique , reconnaîtra facilement à quelle nation une personne appartient, sur la simple observation des contractions labiales, au moment où elle parle.

On ne doit pas s'attendre à trouver ici un essai approfondi sur les races humaines, à propos de buccomancie. Pourtant comme la science dont je suis le propagateur, a de nombreux points de contact avec l'appréciation physiologique, anatomique et phylosophique des nationalités , j'ai dû les indiquer succinctement.

Commençons par esquisser les caractères spéciaux des races examinées chacune en particulier et buccognomoniquement.

Le caractère buccognomonique de la race blanche se reconnaît à la bouche modérément fendue, aux dents incisives verticales, aux pommettes peu saillantes et peu larges.

La race blanche se divise en deux grandes souches ; 4° souche européenne; 2° souche orientale. La souche orientale se subdive en quatre tiges principales

qui sont à l'orient, la tige caucasique, au midi, la pélagique, à l'occident, la tige celtique, au nord, la tige germanique.

La tige caucasique qui habite la Mingrélie, la Géorgie et la Circassie, est remarquable par la beauté de ses femmes qui est devenue proverbiale ; ces beautés si célèbres dans tout l'orient, se reconnaissent à une bouche très petite, à leurs lèvres rouges comme le corail, à leurs dents verticales, bien rangées et qui se conservent intactes jusqu'à un âge très avancé. Chez les hommes on trouve les mêmes caractères buccognomoniques que chez les femmes , mais un peu plus fortement développés.

La tige pélagique, c'est-à-dire grecque, a conservé, dans plusieurs provinces, sa beauté primitive qui fournit les modèles des chefs-d'œuvre de l'antiquité artistique ; on la reconnaît au nez parfaitement droit et dérivant du front sans aucune dépression à sa racine ; à la bouche moyenne, à la lèvre supérieure un peu proéminente, à la blancheur de ses dents, à son sourire ambigu. Le tempérament des Pelages est à la fois sanguin et bilieux, ce qui fait que chez certains individus, notamment chez les femmes, la carie attaque le système dentaire; mais ce n'est là qu'une exception, car les Pelages ont généralement la dentition très solide.

La tige germanique a les tissus mous et chargés de graisse, la face arrondie; les lèvres grosses, fortement développées, les dents presque toujours mauvaises, infirmité qui est probablement occasionnée par la lymphe surabondante du tempérament, par les influences du climat et des aliments.

Les auteurs ethnologiques ont distingué deux grandes branches dans la tige germanique : 1° la teutonique; 2° la branche slave.

Les peuples d'origine teutone, c'est-à-dire les Danois, les Suédois, les Norwégiens et quelques habitants du nord de l'Allemagne, ont conservé le type caractéristique des Teutons leurs ancêtres. Leur tempérament est lymphatique; on les reconnaît à la grosseur ou plutôt à l'épaisseur de leurs lèvres; à leurs dents d'un blanc mat, lorsqu'elles ne sont pas envahies par le tartre et la carie ; à la coloration de leurs joues toujours déformées par une bouffissure démesurée; à leur sourire franc, loyal, mais un peu sauvage.

Les types caractéristiques des anciens Slaves sont encore empreints et très fortement, chez les Russes, les Polonais, les Hongrois et les habitants de la Bohême.

Généralement parlant, le Slave a le tempérament bilieux; la voix forte et rude ; la bouche très large, les dents très fortes, les joues d'un pâle jaunâtre ; son sourire est à la fois mélancolique, observateur, et empreint d'une indicible dissimulation.

Chez les Arabes , qui font partie de la souche orientale de la race blanche, le visage est ovale, mais fort allongé; le menton se termine ordinairement*en pointe, et le front très large se prolonge vers un sommet très élevé; le nez est prononcé , un peu aminci sur les côtés , et généralement aquîlin; ils ont les lèvres minces, la bouche agréable, d'une régularité parfaite, les dents bien rangées et se conservant sans altération jusqu'à l'âge de soixante ans. On trouve les mêmes caractères buccognomoniques chez les peuples pasteurs et nomades qui errent dans la partie septentrionale de l'Afrique, depuis le royaume de Maroc jusqu'à la basse Egypte.

Chez la race jaune, c'est-à-dire chez les peuples de l'Asie,

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les Chinois et les habitants des îles de la mer des Indes, les caractères buccognoraoniques sont encore plus prononcés : le visage est aplati, large aux pommettes, étroit au monton; le nez aplati et écrasé, quelquefois de niveau avec la saillie des joues , et à peine proéminent sur la face ; la barbe est bornée à la lèvre supérieure ; les dents incisives sont toujours verticales , mais jaunâtres et cariées , même dans la fleur de l'âge, à cause de l'abus du thé, du béthel et autres substances qui détériorent rapidement l'organisation buccale.

Dans un voyage que j'ai fait au mois de juillet à Londres, pour admirer les merveilles de l'exposition universelle, j'ai vu quelques Chinois, et j'ai pu constater que les observations faites par les ethnologues sur la conformation physique de ce peuple, sont vraies et exactes en ce qui touche la science buccognomonique. J'ai remarqué que la tête se comprime un peu en losange ; que la face est élargie comme un disque et presque circulaire, à cause de l'élargissement transversal du menton et de la projection latérale des pommettes ; que le contour du visage n'est rentré qu'à la hauteur des yeux, par une véritable convergence des tempes vers le sommet du crâne.

Chez les Mongols proprement dits, les dents sont toujours verticales et écartées ; la mâchoire supérieure est avec des pommettes excessivement proéminentes ; le menton finit en pointe, et termine la figure en avant par son amincissement disgracieux.

La variété hindoue a la bouche moyenne, garnie de dents verticales, les lèvres minces et colorées, le menton rond presque toujours marqué d'une fossette. On a pu remarquer

ces caractères buccognomoniques chez les Indiens qui sont venus en 1850, à Paris, avec l'ambassadeur Runjet-Sing- Bahadoor.

Les peuples qui habitent les Moluques et les états maritimes de Sumatra, forment ce qu'on appelle la variété malaise; ils tiennent à la fois des Hindous et des Chinois, par rapport à l'organisation buccale; ils ont le nez court, gros et très souvent épaté; la bouche très large, les dents verticales, jaunâtres, sujettes à la carie et mal rangées.

Les caractères buccognomoniques de la race hyperboréenne se manifestent sous l'aspect le plus hideux : chez celle qui est commune à l'ancien et au nouveau monde, et comprend les Lapons et les Samoïédes, le visage est fort large, court et plat, surtout vers le front; le nez, sans être fort large, est écrasé ; les pommettes sont très larges et très élevées; cette conformation diminuant l'étendue verticale du visage, lui donne un élargissement transversal très considérable.

La bouche est démesurément fendue, les joues pendantes, le menton long et pointu, les lèvres sont larges et retroussées, les narines larges et ouvertes; les dents sont verticales et écartées ; les hommes ont la voix très grêle.

Chez la race nègre, qui occupe la plus grande partie de l'Afrique, et se trouve même répandue en Asie, dans plusieurs îles, l'organisation buccale a un caractère tout particulier; le nègre, proprement dit, a le nez épaté, les pommettes saillantes, les lèvres épaisses, fortement portées en avant, le menton déprimé, les oreilles longues dirigées latéralement. Les dents fortes, bien rangées, paraissent d'une blancheur éblouissante , phénomène que quelques naturalistes-

physiognomonistes attribuent au contraste de la noirceur de la peau et de la couleur de l'ivoire.

«La bouche relevée et gonflée que les nègres ont de commun avec les singes de leurs pays, dit Winkelmann (1), est une croissance surabondante et une tumeur occasionnée par la chaleur de leur climat, comme nos lèvres à nous se gonflent par la chaleur ou par l'usage de liquides trop salés, et à quelques hommes par suite d'un accès de colère. »

Chez les Hottentots, cette malheureuse classe de nègres, la plus éloignée des races blanches ou caucasiques, le nez est beaucoup plus épaté que chez les autres africains ; les incisives et le menton sont beaucoup plus obliques que chez les éthiopiens ; les pommettes et arcades zygomatiques sont singulièrement développées, les yeux se trouvent placés à une distance démesurée l'un de l'autre.

« Considéré de profil , dit le docteur Broc (2), la figure du Hottentot est hideuse d'animalité; les lèvres livides s'y avancent en un véritable grouin, contre lequel s'aplatissent, se confondent pour ainsi dire, de vrais naseaux ou narines qui s'ouvrent presque longitudinalement et de la façon la plus étrange. »

« Chez les Austral asiens qui habitent la nouvelle Hollande, dit M. Bory de Saint-Vincent, la boîte osseuse de la tête paraît assez ronde et point déprimée sur le vertex, mais les mâchoires très prolongées antérieurement réduisent l'angle facial à 75 degrés au plus, et les dents sont sensiblement

(1) Histoire de l'art.

(2) Essai sur les races humaines.

proclives à la supérieure; les lèvres, particulièrement celle du haut, hideusement épaisses et proéminentes, formant une sorte de museau, donnent au visage la plus déplorable ressemblance avec les singes.

Chez la race rouge, qui peupla longtemps l'Amérique septentrionale, et se répandit sous le nom de Caraïbes dans l'Archipel des Antilles, le nez est long, prononcé, fortement aquilin; la bouche est moyennement fendue avec des dents verticales et des lèvres semblables aux nôtres.

Bornons ici notre excursion buccognomonique dans les diverses régions de l'univers ; nous ne devons emprunter à l'ethnographie que les détails et les aperçus indispensables pour démontrer l'universalité de la buccomancie, d'après les modifications de l'organisation buccale.

Ces modifications sont le résultat de l'influence du climat, tout comme les nuances de la peau, la hauteur et l'exiguité de la taille, et autres caractères spéciaux. Jamais on ne confondra la bouche d'un individu qui habite des lieux plus ou moins froids, avec celle d'un autre individu originaire des régions tropicales, pour peu qu'on ait étudié l'anatomie buccale et* observé les grandes lignes de la face.

« Par suite d'une disposition naturelle, dit Kant, les parties saillantes du visage qui sont les moins susceptibles d'être couvertes, et qui souffrent incessamment du froid, s'aplatissent successivement par suite d'une solicitude de la nature, afin de mieux se conserver. Ainsi naissent insensiblement le menton imberbe , le nez écrasé , les lèvres minces, les yeux clignotants, le visage aplati des Tartares Kalmouks. La croissance des parties spongieuses du corps

augmente dans un climat chaud et humide ; de là le gros nez retroussé et les grosses lèvres (4). »

Et maintenant que j'ai donné pour base à mon système buccognomonique, le témoignage des naturalistes, dés physiognomonistes, des voyageurs les plus célèbres, je vais rétrécir le cercle de mes observations, et faire de la buccomancie européenne pour l'instruction spéciale et l'usage de mes lecteurs.

Parlons d'abord des Français puisque nous sommes en France.

L'organisation buccale présente quelques légères variétés en France, parce que ce vaste pays, quoique placé sous la zone tempérée, n'en compte pas moins, pour ainsi dire, deux ou trois climats. Quelle différence de température de Marseille à Lille, de Besançon à Bayonne? L'Alsacien est presque Allemand, le Marseillais et le Roussillonais tiennent de l'Espagnol, le Bas-Breton de l'Anglais, le Flamand du Belge, son voisin. Mais il est un type buccognomonique général : étudions-le dans ses manifestations et phénomènes.

Le français est tout jeu de mine ; léger, bon, prétentieux, gai, doué d'une imagination brillante, spirituel; il ne sait pas se taire ; tout parle chez lui ; soit ses yeux, soit sa langue, soit les autres muscles de la figure. Mais autant sa configuration buccale se distingue de celle de tout autre nation, autant il est difficile de la saisir et surtout de l'exprimer par des paroles. Yoici pourtant quelques signes caractéristiques qui lui sont propres.

Doué d'un tempérament sanguin, le français conserve ses

(1) Philosophie pour le monde»

dents beaucoup plus longtemps que les autres nations européennes. Sa bouche est généralement moyenne, ni trop grande, ni trop petite; ses lèvres ne sont ni épaisses, ni minces ; la supérieure est très souvent proéminente, ce qui donne à sa physionomie un petit air d'impertinence et de jactance nationales.

Son sourire est fin, malicieux, railleur, souvent même provocateur.

Les incisives sont généralement courtes, minces et serrées, les molaires beaucoup plus grosses, proportion gardée ; aussi le français est- il moins Carnivore que les Anglais et les Allemands, ses voisins. Les dents œillères sont peu prononcées, et les individus chez lesquels les canines sont apparentes, ont presque tous un caractère hardi, belliqueux, despote, fier et courageux.

. Ce qui caractérise surtout une bouche française, c'est la mobilité des lèvres développée par une loquacité sempiternelle. On y remarque aussi du dédain, de l'orgueil, de la gaité, de l'expansion.

Chez les femmes surtout, la bouche a milles signes caractéristiques qui frappent l'œil exercé du buccomancien; les lèvres ont l'incarnat de la rose ; la grâce, la coquetterie, l'amabilité, l'enjouement, les agaceries, la pudeur, la gaité, la vivacité du sourire, y résident comme sur un trône de prédilection ; mais on y chercherait vainement la mélancolie des anglaises, la rêverie des allemandes, la pétulance des espagnoles, l'ardeur des italiennes; les françaises n'ont pas la beauté mâle et fière de la Minerve antique, mais en revanche la nature les a douées de tous les charmes, de toutes les séductions de Yénus AnaAvomène. Leurs dents; comme

celle des hommes, sont petites, courtes et serrées ; l'ouverture buccale est moyenne, le teint, surtout dans les départements du Nord, est vivement coloré ; dans le midi il se rapproche beaucoup de la teinte bistrée des espagnoles.

Une française qui fait la moue, rit, agace, s'indigne ou pleure, exprime à l'aide de sa bouche toutes les passions, tous les désirs de l'âme; la haine, l'amour, la coquetterie, l'indifférence et tout le merveilleux essaim des mystères féminins y passent, en voltigeant.

L'anglais pur sang se reconnaît à la grosseur, à l'épaisseur de ses lèvres qn' on dirait continuellement gonflées. Les incisives et les canines sont très fortement développées, ce qui provient sans doute de l'habitude nationale de manger beaucoup de viandes et peu de légumes ; les molaires sont beaucoup plus petites en proportion, et je dois faire observer qu'on trouve le même phénomène buccal chez les animaux carnassiers.

Yoici en peu de mots la silhouette buccognomonique d'un anglais.

Ouverture buccale grande; lèvres grosses et épaisses, incisives et canines très prononcées ; lèvres habituellement serrées l'une contre l'autre, comme pour empêcher l'air de s'introduire dans la bouche. On doit surtout observer attentivement l'anglais quand il parle, parce que l'émission de la voix imprime à la bouche son caractère particulier qui se développe alors et se manifeste plus ostensiblement qu'à l'état de repos.

L'anglais proprement dit, a une dentition régulière et qui résiste longtemps aux brouillards délétères de Londres ; Tusage journalier du thé et des liqueurs spiritueuses finit pour-

tant par ronger ses gencives, décharné les arcades dentaires, imprime aux lèvres une bouffissure qui les déforme et leur enlève leur caractère primitif.

D'ailleurs la prononciation anglaise, qui n'est qu'un sifflement continu, force l'ouverture buccale à se contracter désagréablement ; il n'est pas de bouche si gracieuse, si bien conformée, qui puisse' résister à un déplacement des muscles labiaux si fatigant qu'un anglais, vu même à une certaine distance , décèle sa nationalité dès qu'il prononce une syllabe; il n'est pas besoin pour constater ce fait d'entendre la voix de l'individu ; il se manifeste, comme je l'ai dit, par la seule contraction des lèvres et des joues.

Les anglaises,' dont nous trouvons les portraits plus ou moins fidèles dans les Keepsakes ont, à peu de choses près, la même dentition que les hommes; les incisives et les canines sont très développées ; les lèvres sont épaisses mais gracieusement arrondies; dans leur sourire, il y a beaucoup de mélancolie, surtout chez les Irlandaises.

Mais le caractère national et distinctif de la race anglaise qui la fait reconnaître parmi les autres peuples , consiste principalement dans les muscles arrondis et sans plis de son visage et dans sa taciturnité habituelle.

La figure de l'italien est tout âme, dit Lavater, sa langue tout exclamation, le front court, le frontal orbitaire fortement dessiné, le caractère osseux du nez, le contour délicat de la bouche lui donnent un titre de parenté avec les formes de l'ancienne Grèce. La bouche est moyenne, plutôt grande que petite, exprimant toutes les passions; les dents sont généralement d'une régularité parfaite, d'une blancheur éblouissante ; mais rarement le sourire est franc, et le buccoman-

LA BUCCOMAKCIS. 2'2'Ô

cien y découvre presque toujours une arrière pensée. Les lèvres sont superposées l'une sur l'autre avec cette régulatité de traits qu'on retrouve sur les médailles romaines. Parlant une langue qui n'est que chant et mélodie, l'italien, dans chaque émission de voix, donne à sa bouche un caractère nouveau bientôt remplacé par une autre contraction labiale; la grâce, la mobilité forment à elles seules le type buccognomonique des Italiens, surtout des Pisans et des Napolitains.

Les Espagnols, généralement maigres et petits, ont les dents assez bien rangées et paraissant d'autant plus blanches que le teint est plus jaune et plus basané. Chez eux la carie et les autres affections dentaires sont accidentelles. Ils rient rarement; dans leur sourire il y a plus de dédain, plus de majesté que de grâce et de franche gaîté. Comme les Maures de Grenade et de Cordoue,ils sont très graves, très sérieux, et chez eux l'hilarité n'est pas contagieuse comme chez les Français et les Italiens.

Les Espagnoles ont presque toutes la bouche petite, les dents mignonnes, d'une blancheur irréprochable; leurs lèvres un peu fortes expriment avec la plus grande facilité la pétulance de leur caractère, la nonchalance de leurs habitudes.

Il est un proverbe qui dit qu'on reconnaît une Andalouse à la trace que laisse son pied si petit qu'un enfant le tiendrait dans sa main; à sa bouche large comme un bouton de rose, à ses lèvres colorées comme la fleur du grenadier.

Je n'ai pas une foi entière aux proverbes, mais comme celui-ci a été probablement formulé par un buccomancien, je l'admets; il me paraît d'ailleurs résumer clairement l'appréciation buccognomonique de la beauté espagnole.

Chez les portugaises le type buccognomonique est le même;

seulement on remarquera qu'elles ont la bouche un peu plus grande, les lèvres plus épaisses que les espagnoles; le sourire des portugaises est moins fier, moins majestueux, moins provocateur que celui des Andalouses ; on y trouve même un fond de mélancolie.

Le hollandais a le front élevé, les yeux à demi ouverts, le nez charnu, les joues pendantes, la bouche large et ouverte, le menton large, les oreilles grandes et charnues. Cette appréciation buccoguomonique ne doit s'appliquer qu'aux habitants des provinces unies, et non pas aux flamands dont le caractère jovial tient le milieu entre le français et l'italien. L'usage des liqueurs fortes et surtout l'influence délétère du climat attaquent de bonne heure l'organisation buccale, et en Hollande, il n'est pas rare de trouver de jeunes hommes et déjeunes filles édentés comme des vieillards.

Chez les Allemands l'organisation buccale et la disposition dentaire diffèrent peu du. type buccoguomonique Hollandais; on les reconnaît surtout aux plis et aux sillons qui entourent leurs yeux et accompagnent leurs joues.

Terminons ce chapitre par quelques préceptes buccognomoniques tirés de l'analyse et de l'observation des bouches nationales.

On reconnaît les Français, surtout à leur sourire.

Les Italiens , à leur nez osseux, à leur menton saillant.

Les Anglais, à leurs grandes lèvres bien dessinées, contournées avec grâce, à leur menton rond et plein.

Les Allemands, à leurs joues plissées, à leur mauvaise dentition, à leur sourire bon, franc, loyal, mais parfois empreint de morosité. Les figures allemandes sont surtout reconnaissables à un nombre infini de petits traits, plis et sillons.

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On reconnaît les Suisses et particulièrement ceux du canton de Berne, au rang supérieur de leurs dents blanches, bien alignées et presque toujours en évidence; lesBâlois, à leurs lèvres déliées et qui ne ferment presque jamais; ceux du canton de Schaffhouse ont les côtés du front divergeants au dessus des tempes, les joues grasses et la bouche charnue, large et ouverte.

Les russes et les autres peuples du Nord se reconnaissent à leurs lèvres ramassées, à leur bouche proéminente. Tous ces peuples, dit Buffon, ont le visage large et plat, le nez camus et écrasé, les joues extrêmement élevées, les lèvres grosses et relevées, la bouche très grande.

Tous les peuples tartares ont le haut du visage fort large et ridé même dans leur jeunesse ; le nez court et gros, les joues fort élevées, le bas du visage étroit, le menton long et avancé, la mâchoire supérieure enfoncée, les dents longues et séparées. Les Tartares Mongoux qui ont conquis la Chine, sont moins laids et moins mal faits ; ils ont cependant conservé le type buccognomonique de leur race ; leur visage est plat, leur nez est court et écrasé.

Les Turcs comme les Arabes et les Égyptiens ont la bouche grande, mais gracieuse, les lèvres grosses, les dents serrées, petites et très blanches.

Bépandus dans toutes les parties du globe, les Juifs ont conservé le caractère de l'Orient, leur patrie commune, dit M. de Lentz, la chevelure courte, noire, crépue et le teint brun. Le caractère buccognomonique de la figure juive consiste principalement dans le menton pointu, ainsi que la grosseur des lèvres à la ligne centrale fortement dessinée.

Les grecs, quoique dégénérés, ont conservé dans plusieurs

provinces la beauté de leurs ancêtres, comme je le dis plus haut en parlant de la race pélagique.

Leur bouche, d'une régularité parfaite, leurs dents petites, serrées, bien rangées, d'une blancheur éblouissante, leurs lèvres de dimension moyenne, la gracieuse et mâle accentuation de leur physionomie font revivre les types immortalisés par le ciseaux des sculpteurs du siècle de Périclès. Mais dans leur sourire il y a plus de dissimulation que de franchise, plus de sauvagerie que de grâce.

Ce simple aperçu sur les bouches nationales, ce rapide voyage buccognomonique dans toutes les régions du globe démontrent, de la manière la plus évidente, l'importance de l'étude de la buccomancie, soit qu'on l'applique aux individus, soit qu'elle embrasse les races, les peuples et même les subdivisions connues géographiquement sous le nom de zones, de localités.

L'histoire buccognomonique de tous les peuples ne seraitelle pas pour le philosophe, qui étudie la grande famille humaine dans tous ses développements intellectuels et moraux, une mine d'observations d'autant plus féconde que personne ne l'a exploitée jusqu'à ce jour ?

L'historien lui-même n'y trouverait-il pas la révélation de certains faits dont les causes premières sont encore inconnues ? Le physiognomoniste surtout n'y découvrirait-il pas des trésors enfouis, des clartés nouvelles qui guideraient sa marche dans le sentier mystérienx à peine frayé par Lavater et'Gall?

Telles sont les questions que je pose au monde savant ; je suis forcé, quant à présent, de me borner à ces indications dont tout le monde comprendra l'importance.

Peut-être, aurai- je plus tard le temps et le courage d'accomplir ce grand voyage buccognomonique au milieu des races et des peuples répandus sur la surface de notre monde.

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