‹ La Bûche de NoëlChapitre 13 sur 18 · A MON ANCIEN' AMI FELIX PELCERF · texte numérisé non relu

A MON ANCIEN' AMI FELIX PELCERF

i C'est un subiect merveilleusement vain, divers et ondoyant que l'homme : il est malaysé d'y fonder iujement constant et uniforme. » Montaigne.

J'ai déjà fait un peu de beaucoup de métiers, j'ai regardé l'avenir par de nombreuses lorgnettes; j'ai goûté la vie à bien des tables faites de bois différents, et porté les costumes de toutes sortes de rôles dans cette multiple comédie que joue tous les jours notre monde avec Dieu pour auteur et pour spectateur.

De ces changements d'existence, des impressions diverses que j'ai dû y recueillir, je n'ai retiré encore aucune expérience, — l'expérience est un mot, prétentieux synonyme de mémoire le plus souvent ; — j'ai seulement gagné cette idée que le bonheur dé-

pend plutôt du teinpôjamont que des différents cadres où le sort transporte notre vie. J'ai aussi acheté cette conviction, que de tous les assaisonnements connus à nos joies terrestres, les plus savoureux, c'est le travail, l'ignorance du lendemain, et toujours et surtout la misère!

Mais n'est-ce pas beaucoup parler de moi-même ? On va croire que j'ai été poète, et je n'aurai peut-être pas l'héroïque modestie de dire non. N'ajoutons doncsur moi que ce qu'il faut encore pour arriver à Job le Rêveur.

Eh bien ! il a été un temps où j'étais ouvrier. Je ne me suis plaint alors à personne de cette condition ; je n'ai jamais crié, non plus, que j'en fusse fier-, je n'ai pas davantage abusé de mon humble rang pour publier de ces sortes de vers où le prolétaire dédaigneux traite la société en marâtre ou en catin ; je puis donc dire naturellement, puisque c'est la vérité : J'étais ouvrier. Parmi mes compagnons de labeur, je distinguai, dès le premier jour, un grand jeune homme d'à peu près trente ans, qu'on appelait Job. Il était roux, pâle et maigre, avec des lèvres très-rouges et des yeux très-noirs. Son front fort large, sinon élevé, avançait trop sur ses yeux; enfin, il portait une tète comme on en voit rarement, sur un corps comme on en voit trop dans Paris, corps anguleux, faussé, amoindri par une mauvaise nourriture.

Job était doué d'une bonté vraiment évangélique, mais à de certains jours cette bonté prenait de si

étranges façons que nul n'aurait pu la reconnaître. Quoique gagnant peu, Job était charitable. Lorsque je sortais avec lui et qu'il donnait à quelque mendiant, je l'entendais toujours accompagner son aumône de paroles significatives. — Vous avez fait votre part de travail, et vous demandez du pain, disait-il à un vieillard, je vous honore et vous plains, mon camarade -, mais si vous n'avez rien à vous reprocher, vous ne devez pas être trop malheureux. Dans tous les cas, bon courage ! il en faut jusqu'au bout. Quand c'était une de ces femmes chargées d'enfants chétifs et à moitié nus : « Vous êtes une malheureuse si vous ne songez pas à l'avenir de ces petits-là... et si vous le voyez, vous êtes une infâme... car vous en ferez des voleurs. Si vous voulez raccommoder mon linge, je vous payerai bourgeoisement, et je vous dirai peutêtre de bonnes choses. »

Il me répétait souvent : — Un gouvernement démocratique est bien puissant quand il est sincère! mais un des privilèges heureux des pouvoirs absolus, que ne contrôlent aucuns bavards, c'est de pouvoir ramasser tout ce monde-là sur le pavé sans préambule et sans cérémonie pour en faire par la force d'honnêtes instruments... Malheureusement, ajoutait-il, les gouvernements de tout genre sont égoïstes comme un seul homme.

Le caractère de Job ne subissait jamais la plus légère influence des petits événements de sa vie : mais il n'était vraiment joyeux qu'au printemps. Mé-

lancolique pendant Vautomne, il devenait tout à fait triste en hiver. L'été, il paraissait accablé, et c'est alors qu'il était le plus obstinément silencieux. Je n'ai jamais pu savoir, quelque ruse que j'aie mise en jeu, pourquoi cet homme, qui semblait avoir autant de connaissances acquises que d'intelligence, s'était fait ouvrier. A ma première demande, il avait simplement répondu : — Tu ne pourrais pas tout comprendre.

Quand il me connut assez bien et qu'il se laissa aller à penser tout haut devant moi, il m'arriva souvent, trouvant des idées justes, de lui demander pourquoi il n'écrivait rien, pourquoi il n'essayait pas de publier quelque chose. Job alors me regardait avec une sorte de pitié douce et ne disait mot. Une fois, pour réponse, il me mena dans sa chambre et me fit voir sur les murailles une quantité d'inscriptions gravées avec n'importe quelles pointes... — Voilà mes œuvres, dit-il.

Cette chambre de Job faisait, avant lui, partie de l'atelier; mais il avait obtenu, un jour, que lui seul y travaillât, puisque déjà il y couchait.

Comme Job était un gardien fidèle autant qu'un habile ouvrier, on n'avait pu lui refuser cette petite faveur. Heureux alors de sa solitude, il s'était mis à abattre deux fois plus d'ouvrage qu'auparavant-, c'était de ce moment aussi que les compagnons de Job l'avaient surnommé le Rêveur.

Maintenant, peut-être ètes-vous plus curieux de savoir quel état un homme comme celui dont je parle

avait pu choisir ou saisir. Je n'ai aucune raison de le cacher. Cet état, ce métier est un des plus durs, des plus utiles, des plus sales, des plus dédaignés de l'intelligence, parmi ceux que la civilisation exige; Joh et moi, nous étions corroyeurs, c'est-à-dire pour ceux qui l'ignoreraient encore, que nous recevions des mains du tanneur, pour les préparer avant de les remettre aux cordonniers et bottiers, les cuirs et les peaux qui, finalement, portent nos prétentions sur le pavé des villes. Job eût-il fait des chefs-d'œuvre, qui peut dire qu'ils auraient eu jamais la publicité accordée à ceux de ses ouvrages qui avaient le bottier pour éditeur? Oui, lecteurs de hasard, vous avez peut-être admiré dans quelque verte prairie, par un matin de printemps, une belle vache, au bienveillant muffle roux, à la robe brune et blanche, laquelle est venue s'étendre un beau jour sous les outils laborieux de Job 5 vous, monsieur, qui vous tenez si bien à cheval, vous avez peut-être séduit de beaux yeux, monté sur un vaillant animal, qui, de ruine en ruine, sera arrivé dans mes mains d'apprenti , et j'ai peut-être retrouvé les traces de votre éperon dans ces flancs généreux qui bondissaient sous votre orgueil... Vous aussi, madame, qui parcourez ceci en attendant quelqu'un, peut-être en ce moment fouettez-vous avec impatience votre tapis du bout vernis de vos étroites bottines?... Eh bien! ce cuir qui brille a peut-être passé dans mes mains, et, bien certainement vous y attachez plus de prix qu'aux lignes que je fais passer

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aujourd'hui dans les vôtres!... On n*a donc pas tort d'être corroyeur.

Aux heures de repas, je voyais toujours Job manger avec une extrême rapidité les aliments les plus simples. Dès qu'il avait fini, il se mettait à lire. La quantité de livres que j'ai vu passer sur son marbre (le travail des corroyeurs se fait en grande partie sur le marbre) est vraiment prodigieuse. — Si je devais jamais produire, me dit-il un jour, je me garderais bien de lire autant, ce serait peut-être la mort de toute originalité en moi... Mais avec l'avenir que Dieu m'offre je puis lire sans danger. Et il dévorait des bibliothèques. Depuis, je n'ai jamais rencontré un homme en qui respirât au même degré que dans Job la vénération, l'amour, la reconnaissance que l'.on doit aux hommes de génie, et, fait trop rare à observer, il ne niait, il ne contestait aucun génie vivant par cette misérable raison inavouée toujours qu'il est vivant : non ! Il jugeait comme jugent ceux qui possèdent la suprême bonté. «La bonté, dit Victor Hugo, c'est le fond des natures augustes. »

Un soir, on ne vit point rentrer Job. Le lendemain il ne reparut pas. Je fus chargé d'aller à sa recherche, j'y mis tout mon zèle et tout mon cœur, ce fut en vain, je n'eus de ses nouvelles nulle part; ni la préfecture, ni la morgue, ni les prisons, ni aucun des repaires explorables de Paris, rien ne me dit plus un mot de cette étrange destinée. Nul n'a jamais revu mon pauvre compagnon. Après quelque

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temps sa chambre me fut donnée. J"y ai copié tout ce qu'il a confié aux murailles, je me suis aussi rappelé autant que possible ce que je, lui ai entendu dire, et sans essayer même d'y mettre aucun ordre, je l'ai ajouté à ces quelques lignes qui sont presque des pleurs. Voici donc ce que je sais de Job ; ce sont, pour ainsi dire, les reflets des saisons qui agissaient si fort sur son caractère. Je ne donne point mon ami envolé comme un penseur, mais pour ce que nos naïfs compagnons ont toujours dit qu'il était : Job le Rêveur.

Voici ses œuvres :

Etre philosophe, c'est se tenir dans le milieu de tout.

Les riches ne savent pas être riches ; les pauvres ne savent pas être pauvres. — Ceux qui tiennent le milieu mélangent les vices de la pauvreté et les misères de la richesse. — Ici-bas, qui sait être heureux?

Dans un pays trop civilisé, le visage travestit l'âme aussi souvent qu'il la traduit. .

Si l'on voit plus de bons acteurs que de bonnes

actrices, c'est peut-être parce que les femmes dépensent dans la vie privée tout leur talent de comédie.

Trop souvent en France l'harmonie est une science qui consiste dans regorgement de la mélodie.

Appliquez la sobriété à toutes choses, et en doublant la somme de vos jouissances, vous doublerez leur durée.

La justice selon Dieu, c'est la clémence. Toute science humaine est une porte de l'infini. La délicatesse, c'est l'esprit du cœur.

Rien ne vaut l'appât de l'or pour inspirer la ruse et même l'esprit ; et si Notre-Dame de Paris était bâtie en or, je gage qu'il se trouverait assez de gens adroits pour l'enlever en une nuit sans qu'on s'en aperçût,

La véritable seconde vue, c'est la première.

Ce qui constitue essentiellement l'orgueil, c'est la chose résumée en ce mot paraître. Etre pour paraître est la raison des grands hommes; paraître sans être, est celle des sots ; être sans vouloir paraître, est celle des sages.

La philosophie est une ville pleine d'impasses.

Pour l'observateur désintéressé qui regarde de loin se jouer la comédie humaine, c'est souvent les rois que Dieu charge du rôle de bouffons.

On parviendrait peut-être à dire quand finira le monde -, on ne pourra jamais dire à quel point s'arrête la vanité d'une femme, l'amour-propre d'un banquier et l'orgueil d'un poète.

Mon avis est que lorsque Épiméthée ouvrit la boîte de Pandore , il n'en tomba que des plumes toutes taillées.

On ne traduit p.is plus les beautés des chefs-d'œuvre étrangers qu'on ne donne de regard aux lions en les empaillant.

Il y a quelque chose de plus rare que le génie, d'aussi rare que le bonheur : c'est la raison; et si le bonheur est aussi rare que la raison , c'est sans doute qu'elle seule le donne.

Il y a un livre qui sera toujours plus difficile à faire en France que Y Esprit des lois, c'est les Lois de l'esprit.

Dans la statistique des suicides de chaque année, pourquoi ne compte-t-on pas les poètes qui vont siéger dans les parlements, et les jeunes esprits qui entrent dans le journalisme?...

Les avocats ne prouvent qu'une chose, c'est qu'ils sont bavards.

Madame de Sévighé aima sa fdle , comme mademoiselle Mars aimait le rôle de Célimène.

Qu'y a-t-il de plus naturel à l'homme qu'uni1 sottise?

Les sauvages ont le pagne : nous avons les convenances.

Si toutes les nations du monde savaient bien le sens exact et national du mot politique en Angleterre, elles se regarderaient avec terreur; et d'un commun accord, elles feraient rentrer l'île perfide sous la mer.

Ne vous semble-t-il pas qu'on doive avoir pour la langue- du pays où l'on est né un peu du respect qu'on a pour le vêtement de sa mère?

En quel temps vivons-nous, et quel peuple sommes-nous, pour qu'on voie une grille de fer garder la boutique des boulangers?...

Savez-vous à quel moment les bommes de courage sentent en eux le frémissement de la peur? — C'est quand le danger est passé.

Ce qu'on nomme modestie, c'est souvent le haut-

de-chausses de l'orgueil.

Bohême, voulez-vous être trop connu? — Faites des dettes. Voulez-vous être très-inconnu ? — Faites des vers.

L'art est la part que Dieu a laissé à faire aux hommes dans ses œuvres.

C'est la faiblesse humaine qui a fait de la liberté une utopie.

Quand un homme de talent surgit à l'horizon , je me hâte d'en croire beaucoup de bien , car on en dira bientôt beaucoup de mal.

Que de femmes portent des bas-bleus, parce qu'elles n'en peuvent porter de blancs î

Pourquoi donc l'esprit est-il ordinairement l'avocat du mal?

JOB LE RÊVEUR. î29 1

Ne condamnons pas les fautes causées par des maux dont nous n'avons pas souffert.

Quand une femme bonne est laide, soyez sûr que sa laideur a augmenté de moitié sa bonté.

Les dispositions si variables du corps cachent le secret de bien des cboses. qu'on a toujours cherché ailleurs que là.

Le malheur des hommes d'une volonté puissante, c'est toujours de ne pas savoir s'arrêter à temps.

On juge les choses comme on les voit. Pauvre vue humaine! Pour un sens douteux qu'on connaît par la vue. toute chose a mille autres sens qu'on ne prend pas la peine de supposer.

Pour voir le mal les hommes ont des yeux de lynx, des yeux de taupe pour voir le bien.

Quand vous vous sentirez devenir méchant, allez songer dans les cimetières.

On est heureux sans le savoir; c'est quand on ne Test plus qu'on sait qu'on l'était.

La vie est une phrase pleine de parenthèses.

Le temps se passe à n'avoir pas le temps.

Les masques sont souvent plus beaux que les visages.

Connaître les hommes, c'est aimer les chiens

En fait d'influences, ne subissons que celles du cœur.

Que les absents aient toujours raison!

La mort n'est qu'une absence.

L'excessive civilisation oblige à se défier autant de ses qualités que de ses défauts.

Pourquoi donc ne suit-on que les mauvais conseils?

Le cloute et l'impuissance saisissent l'homme dans la paresse, comme le froid et la mort dans l'immobilité.

La gaieté demeure avec le labeur.

On est jeune à tout âge.

Les bommes les plus utiles aux autres sont ceux qui marchent dans la vérité, parlent dans la vérité, agissent dans la vérité et font connaître ou reconnaître et aimer la vérité.

Un peu de bêtise ne messied pas à la bonté du cœur, mais trop de bêtise étouffe le cœur, comme l'étouffé souvent trop d'esprit.

Les sots ne sont jamais vraiment bons.

0 gloire ! grande pourvoyeuse du malheur

La poésie n'a la raison pour ennemie que lorsqu'elle veut se passer d'elle.

Le plagiaire, c'est le voleur par vanité. Il faut être clément avec les malheureux.

Quand la sottise arrive à sa trentième puissance, elle a chance d'être appelée profondeur.

L'absolu humain, c'est la raison.

La philosophie doit être la scicnre dii vrai.

La perfection dans l'éloquence, c'est le silence.

Molière servit à son siècle un merveilleux festin. Les auteurs comiques modernes ont ramassé les miettes ; et ils en servent le moins qu'ils peuvent à la fois sur les plus grandes tables possibles.

L'orgueil est l'entremetteur le plus estimé de l'enfer.

Le malheur a des griffes, le bonheur a des ailes.

Un paradoxe, c'est un diamant qui a une paille.

Les femmes les plus savantes oublient toujours d'apprendre à vieillir.

Il ne pousse, en aucune forêt, de bois pour entretenir les beaux feux de joie qu'on nomme enthousiasmes.

Le jour où, dans toutes les langues, le mot défense aura remplacé le mot guerre, le genre humain touchera à l'harmonie universelle.

Il y a des pensées qui, la veille, sombres comme la nuit, le lendemain vous éblouissent comme des soleils.

Ce phénomène résulte davantage des dispositions diverses où la pensée trouve l'esprit que de la nature même de la pensée.

Ce qui fait qu'une pensée rappelée en même temps à plusieurs serait dans le même instant sublime pour ceux-ci, insignitiante pour ceux-là.

Une de ces pensées est celle-ci de Jacotot : « Tout est dans tout. »

l'ne pensée telle est encore celle-ci de Raphaël : « Comprendre, c'est égaler. »

29(5 iOB LE RÊVEUR.

Mais bien au-dessus de celles-là sont les pensées qui éblouissent partout et toujours, comme cette pensée de madame de Staël : « Tout comprendre, serait tout pardonner. »

Beaucoup de gens n'ont jamais connu le bonheur pour lui avoir toujours préféré le plaisir.

On est logique malgré soi ; c'est qu'on est aux ordres de la nature, si logique elle-même, et qui n'en sait rien.

Se faire aimer, c'est se rendre meilleur.

Faites de votre conscience une sœur de charité pour les autres, une bégueule pour vous-même.

Il est des êtres — ulcères sociaux — qui n'ont jamais compté sur eux-mêmes pour subvenir aux besoins de leur existence. Ils se rencontrent surtout parmi ceux à qui une enfance rude et travailleuse n'a rien révélé d'abord des épines de la vie. Il faut à ceux-là que les choses qui se meuvent autour d'eux aient un profit pour eux; et cela, sans qu'ils aient été pour rien dans ce qui a mis ces choses en motive-

ment. 11 huit que les autres êtres qui vivent dans leur cercle pensent, agissent, et voient l'avenir pour eux. A l'instant du labeur ils errent-, au jour de la souffrance ils pleurent; couchés ou assis, lorsqu'il faut être debout , leurs bras pendent, ou tout au plus leurs mains se joignent. D'une remarquable activité pour recueillir tout ce qui est jouissance, ils restent d'une dangereuse passivité lorsqu'il faut semer. Déplorable égoisme, d'autant plus fatal qu'il s'ignore lui-même. Stupide ignorance de la vie, que doivent combattre de tout leur pouvoir ceux qui les rencontrent sur leur chemin.

Dieu seul finit ce qu'il commence.

Pas de chef-d'œuvre qui ne rencontre des sifflets ! Pas de médiocrité qui ne trouve des bravos!

Une recette pour paraître toujours jeune, c'est de faire lire un bon cœur dans l'air de son visage.

Les paresseux sont des outils sans manche.

Pourquoi les hommes de beaucoup d'esprit sont-ils

si rarement des hommes de beaucoup de courage ?...

L'homme le plus heureux, c'est celui qui espère le plus.

Non-seulement les poètes sont orgueilleux, mais, hélas ! ils sont encore vaniteux.

Pour bien juger les choses, regardez-en l'envers.

L'ignorance a le droit d'être gaie.

Soyez pleins de pardons pour les fautes des vieillards.

Si vous vous êtes trompé dans votre jugement, comment réparerez-vous votre erreur ?

Dans le cours de la vie on se fait encore plus cfe mensonges à soi-même qu'on n'en fait aux autres.

Dans la bonté on trouve la justice qui est la source de toute liberté ; soyez tous bons, vous serez bientôt tous' libres.

Les gens qui s'exagèrent tout ressemblent à ces pauvres écrivains qui mettent un point admiratif à chaque phrase.

Dieu met ses conseils partout.

Un intérêt mystérieux emplissait pour moi la chambre du Rêveur, sombre bouge ouvert par une fenêtre vermoulue sur une cour de cinq pieds carrés. Tous ceux qui l'avaient habitée y étaient devenus fous. Ceci n'est point une imagination de conteur, mais bien une triste vérité dont les preuves sont trop trouvables. — Un ancien secrétaire d'ambassade, Céleste le H*** qui. lui aussi, s'était fait corroyeur (pourquoi ? c'est une autre histoire), en est sorti pour entrer dans une maison de santé. Un ascétisme outré avait déréglé son cerveau. Son successeur, qui avait le privilège de s'appeler Juvénal, et qui n'était pas tous les jours indigne de ce nom, y a vu s'ébranler sa raison (pourquoi? c"est impossible à dire.) Un ouvrier nommé Noël, qui précéda Job, et qui me conduisit le premier aux Funambules admirer Deburau. y devint fou par excès de paresse — ce qui pourrait fournir la matière d'un beau livre médical.

C'est là ce que raconte la chronique de la vieille maison du corroyeur.

Dans quel état intellectuel Job a-t-il fermé la porte

de sa chambre pour la dernière lois? voila ce que je me suis souvent demandé. Et moi-même, qui ose faire ce que Job n'a pas voulu tenter : écrire ! dans un pays et une époque où florissent tant de beaux génies littéraires!... suis-je bien réellement sorti de la chambre de Job aussi raisonnable que j'y étais entré?

A JULES PLOUV1EK.

Nous n'inventons jamais que le vrai.

lu Balzac.

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