Idem, tome V, page 166; voyez aussi pago
LB PATRIABCHAT D'OCURIDÂ. 37
que la qu.Bl\ficsi\on d'archevêgv^e appliquée quelquefois aux pontifes d'Ochrida et de Ternovo, dans les documents que nous citons, n'implique nullement que le prélat ainsi dénommé n'exerce pas les fonctions primatiales ou patriarchales. Ain^i dans la Novellê 131, trois siècles après le concile de Cbalcédoine, nous avons vu Justinien appeler simplement archevêque le pontife de Gonstantinople , tout en affirmant qu'il a le premier rang dans l'Église, après le pape. C'est ainsi que le pape lui-même est souvent appelé l'évêque de Rome. Les anciens auteurs français, notamment le trouvère de la chanson de Roland et Villehardoin , l'appellent simplement V(q>ôtre de Rome.
LE SECOND EMPIRE BULGARE ET LE PATRIARCHAT DK TERlfOYO
Il ne s'écoula pas deux siècles avant que la Bulgarie ne fût appelée à de nouvelles destinées par suite d'une heureuse union avec la Valachie.
En 1186, deux frères, Pierre et Assan, rétablirent, aux dépens des Grecs, l'empire vlacho-bulgare, dont la capitale fut à Ternovo , ville située entre les Balkans et le Danube. Le successeur de Pierre et d'Assan fut leur troisième frère, nommé Joannice ou Calojohannès^ Les Grecs l'ont surnommé SxuXo'wawïjç. La chronique de Villehardoin l'appelle : « Johan, Johans, Johannis ou Joannisse, li rois de Blakieet de Bougrie. »
Dès l'an 1197, Joannice avait écrit ou envoyé à Rome en annonçant l'intention de se soumettre au pape, et en demandant à Sa Sainteté de lui donner la couronne royale. Trois démarches successives
1. Assemani, tome V, 1"* partie, chap. iv. — Illyricum sor crum, tome VIII, page 210.
LE SECOND EMPIRE BUI.G4Rfi. 39
restèrent sans résultat. Mais Innocent III ^ étant monté sur le trône pontifical, résolut, en 1199, d'envoyer en Bulgarie Dominique, archiprêtre grec de Brindes, qui connaissait aussi bien le grec que le latin *. L'on a conservé la réponse que le roi bulgare fit au pape en 1202 ^ :
« Moi, Calojohannès, empereur des Bulgares et « des Valaques, je vous souhaite joie et salut... Nos jtt frères (Assan et Pierre) avaient voulu depuis longu temps envoyer auprès de Votre Sainteté, mais ils u n'ont pas pu le /aire à cause de' nombreuses con- « trariétés que nous avons eues. Nous-mêmes , « quoique nous ayons envoyé à Rome une première, M une deuxième et une troisième fois, nous n'avions « pas pu jusqu'à présent obtenir ce que nous désira rions; mais voyant que Votre Sainteté a daigné « envoyer quelqu'un dans notre empire, nous aussi, ic ainsi qu'il convient à un fils chéri, nous envoyons « à Votre Miséricorde, comme à un père aimant et 4K désiré , notre fidèle prêtre Biaise , évêque élu de « Brandizubère , qui retournera avec votre fidèle « envoyé, l'archiprêtre de Brindes. Tous deux vous «rapporteront de notre part -nos remercîments , « notre amitié et notre soumission (servitium),
1. Assemani, KcUendaria, tome V, pars I, chap. iv. — ïleury, livre LXXV, chap. loi,
2. Cette lettre se trouve dans Assemani, tome V, pages 125 et suivantes.
40 LÀ fiULOARtk CHRétlfiNNS.
« comme au père spirituel et au souverain pontife. a ...Nous demandons surtout à l'Église romaine, « notre mère , la couronne et la reconnaissance de « notre dignité {honorent), comme nos anciens em- « pereurs bulgares l'ont obtenu. L'un fut Pierre, (( l'un Samuel, et d'autres qui ont précédé ceux-ci (( sur le trône bulgare, ainsi que nous avons trouvé « qu'il était écrit dans nos livres*. »
Le roi Joannice écrivit une seconde lettre à Innocent III où il lui dit : a Depuis que les Grecs ont su « que j'ai envoyé vers vous, le patriarche (Jean) « et l'empereur (Alexis) m'ont mandé : Viens à « nous : nous te couronnerons empereur et nous te c( ferons un patriarche, parce qu*un empire ne peut « exister sans patriarche ; mais je n'ai pas consenti, « parce que je veux être serviteur de saint Pierre « et de Votre Sainteté... Je vous prie donc de m'en- « voyer des cardinaux pour me couronner empe- « reur et établir un patriarchat dans mes terres*.
Voici enfin une troisième . lettre que Joannice écrivit au pape en réponse à une deuxième mission
1. Chez les Slaves de cette époque, il existait, en effet, d*anciens livres que Ton consultait dans les grandes occasions. Voir le chant serbe sur Ourosch et les Mernavtchievitch : Marko prend les anciens livres; Marko regarde les livres et il ditf etc., etc. 2« vol. de la collection de Vuk, page 195. Poésies serbes de M. Dozon, page 73.