ACTE D in»»ON DES BULGARES AVEC L EGLISE ROMAINE
Tout le monde cîirétien sait que la nation Bulgare avait autrefois une hiérarchie nationale , canonique et indépendante, hiérarchie qui était unie par les liens de la soumission filiale à la sainte Église romaine , et était reconnue par cette dernière pour canonique et indépendante. Des circonstances particulières, jointes à d'intolérables procédés, ont permis au patriarche grec de Constantinople de dépouiller la nation Bulgare de cette institution canonique, et de réunir ainsi ses droits au siège de Constantinople.
Depuis cette époque , les Bulgares n'ont cessé de protester hautement et avec de profonds soupirs contre cette usurpation de leurs droits les plus sacrés. Notre nation actuelle, professant les mêmes convictions, honore ces droits et considère qu'ils ne peuvent lui être ravis ni anéantis par le temps. Encouragée par les assurances qu'a données S. M. I. le sultan, notre souverain, dans le hatti-humayoun
(lu 6-18 février 1856, assurances qui garantissent à toutes les populations de TEmpire ottoman la liberté de conscience \ elle proteste aujourd'hui, comme Tont fait constamment ses ancêtres, d'autant plus qu'elle voit menacer la morale universelle et le développement intellectuel par les oppressions et le& abus anti-canoniques du clergé grec.
D'une part, scandalisée par la conduite immorale et la vie débauchée des évêques grecs ^ dont plusieurs sont en ce moment devant les tribunaux pour crimes d'homicide et de violences; d'autre jpfirtt pleine de zèle pour la conservation de la foi orthodoxe dans cette pureté qui lui a été transmise par ses ancêtres, comme ces derniers l'ont également reçue des saints Apôtres et des conciles œcuméniques , la nation Bulgare , blessée dans sà conscience religieuse, par toutes les considérations précédentes, a décidé de rompre les liens qui l'unissent au. patriarche grec de Constantinople, et de se séparer de son autorité non canonique. Elle
1. Voici les dispositions du hatti-humayoun , invoquées par les Bulgares : « Ma Sublime Porte prendra des mesures pour « assurer à chaque culte, quel que soit le nombre de ses adhé- « rents, la pleine et entière liberté de son exercice... Vu que « tous les cultes sont et seront librement pratiqués dans mes .a États, aucun sujet de mon empire ne sera gêné dans Texeru cice de la religion qu'il professe, et ne sera d'aucune manière tt inquiété à cet égard. Personne ne pourra être contraint à H changer de religion.* »
avaît déclaré à plusieurs reprises, et déclare maintenant solennellement qu'elle reconnaît désormais pour toujours la sainte Église Bulgare de Constantinople* pour sa véritable mère spirituelle. La nation Bulgare désire ardemment que, par Tentremise et les soins de cette sainte Église, son ancienne hiérarchie canonique et indépendante soit reconstituée et que son chef ainsi que ses successeurs portent le titre de patriarche Bulgare. En reconnaissant ledit chef spirituel pour chef de toute l'Église Bulgare, de tout le clergé Bulgare, dont il sera le directeur, conformément aux préceptes de l'Église et aux lois de l'Empire, la nation Bulgare désire que la reconstitution de sa hiérarchie canonique et indépendante soit opérée sous la protection et les auspices de la sainte Église occidentale Romaine, qui autrefois reconnaissait la hiérarchie Bulgare pour canonique et indépendante.
A cet effet, les soussignés, à qui la nation a donné ses pleins pouvoirs pour faire les démarches nécessaires afin de renouveler le lien avec la sainte Église occidentale Romaine par le moyen du chef de cette Église, qui est le véritable successeur de saint Pierre et le chef suprême de l'Église Romaine, nous déclacons solennellement que nous reconnaissons pour saints les dogmes et les cérémonies de l'Église occi-
1. Il s*agit ici de l'Église catholique que les Bulgares^unis ont récemment fondée à Constantinople.
dentale Romaine , et nous promettons une entière et sincère fidélité à S. S. le pape Pie IX, à ses successeurs qui le remplaceront dans cette haute dignité, ainsi qu'à son clergé. D'ailleurs, connaissant les décrets de la sainte Église occidentale Romaine, nous avons, de même que la nation Bulgare, la conviction que nos cérémonies religieuses, la liturgie, les coutumes de notre clergé et notre manière de professer les dogmes, resteront intactes et identiques de la même manière que tout cela s'accomplit actuellement dans les Églises orientales, chose, du reste, permise et décidée dans le concile de Florence, en ce qui concerne seulement les dogmes et les cérémonies dans les Églises orientales.
En conséquence , les soussignés prions S. S. le pape Pie IX d'accepter l'union de la susdite manière et la communion avec notre Église Bulgare, et de daigner reconnaître sans aucune restriction notre hiérarchie canonique et indépendante. Enfin, nous prions humblement Sa Sainteté de vouloir bien inviter S. M. l'Empereur des Français d'être, en sa qualité de fils aîné de l'Église, le médiateur auprès de S. M. I. le sultan, pour que notre hiérarchie soit reconnue indépendante par le gouvernement ottoman, et pour que ce gouvernement nous prête une protection bienveillante contre les intrigues qui peuvent arriver de la part du clergé grec' ou d'un autre côté. Nous prions également le gouvernement français de
daigner nous accorder sa protection et ses bons offices, comme il les accorde aux autres nations de l'Empire ottoman, qui reconnaissent l'Église occidentale. Fondant nos espérances sur la charité chrétienne de Sa Sainteté, nous signons ci-dessous avec le plus grand respect filial,
De Sa Sainteté, Les plus humbles serviteurs.