HELLENES EN BULGARIE
Il existait autrefois d'autres Pomatses au nord des Balkans, entre les rivières Isker et Osma, qui, bien que visiteurs des mosiquées, avaient gardé la religion de leurs pères avec toutes leurs superstitions, culte des fontaines sacrées, etc.
S*il subsiste en Bulgarie quelques Thraces et des descendants d'Arméniens, importés au moyen âge, les Hellènes ne sauraient manquer d'être beaucoup plus nombreux, surtout dans la Bulgarie du sud. Le pays n'a pu vainement dépendre, pendant des siècles, d'abord de la Macédoine hellénisante, puis de Byzance. Et, sans doute, les petits-fils des Grecs du moyen âge sont aujourd'hui noyés et confondus dans la masse; mais il en est venu d'autres sans cesse, de nos jours encore, des commerçants, des banquiers, etc., qui, tout en prenant la nationalité bulgare, n'ont cessé de rester Grecs, d'avoir des noms grecs, parfois même de parler grec. Aujourd'hui même, où les luttes entre Bulgares et Grecs ont atteint un tel degré d'acuité en Macédoine, d'assez nombreux Grecs sont fonctionnaires bulgares et on cite volontiers le fait à Sophia comme une preuve de la très grande tolérance manifestée par la Bulgarie en réponse aux persécutions des Grecs d'Athènes contre les Bulgares fixés en Grèce. En 1900, il y avait encore deux députés grecs au parlement bulgare. Néanmoins, et il ne saurait en être autrement, les Grecs diminuent de nombre en Bulgarie. Des villes, où ils étaient à peu près seuls, prennent chaque jour une tournure plus slave.
Parmi les groupes grecs les plus nombreux et les plus compacts, on cite ceux de Philippopoli, de Tatar Bazardjik et surtout celui de Sténimakho dans le Rhodope, que Dumont, d'après une inscription douteuse, considérait comme une colonie de l'Eubée. D'une façon générale on peint tous ces Grecs, ainsi qu'il arrive souvent pour les minorités, comme étroite-
ment unis et reliés par une sorte de franc-maçonnerie.
On peut encore grouper avec les Grecs, mais à la condition d'en faire une catégorie bien à part, ces bergers nomades dont nous avons rencontré, dans le Balkan, les campements étranges, les troupeaux de moutons gardés par des chiens féroces et les chevaux chargés de sacs de houille ou de bois^. Les KaLraJka,tchani ont, tout au moins, des Grecs le costume avec la fustanelle, les jambières lacées, les babouches recourbées et le petit bonnel ; ils ont aussi la langue, mais ils ne font que médiocrement honneur à leurs compatriotes.
J'ai déjà dit un mot de la question juive en Bulgarie, où elle ne se pose guère 2. Les Juifs sont, en moyenne, peu nombreux, sauf dans quelques grandes villes comme Philippopoli et sur le Danube. Mais il en est tout autrement quand on passe en Macédoine et là on trouve ce phénomène très rare\d'une population juive assez dense pour constituer la majorité, pour avoir pris racine au sol, pour le cultiver elle-même et pour y former une sorte de pays juif, qui, même dans les régions à Israélites très nombreux mais localisés en certains commerces et industries comme la Galicie ou la Pologne, n'existe pas avec le même caractère.
Tandis que les juifs au nord du Danube sont, pour la plupart, de la race allemande, ceux du sud sont de la race espagnole, moralement très supérieure. Salonique leur appartient presque totalement et suit leurs usages; toute la ville se repose le jour du Sabbat. Vers l'ouest, entre Monastir et Larissa, Kastoria est une ville juive, peuplée par des émigrés de Salonique au début du xixe siècle et où les Juifs, propriétaires du sol, ont été