‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 141 sur 198 · TRANSPORTS DE POPULATIONS · texte numérisé non relu

TRANSPORTS DE POPULATIONS

Caucase, auxquels Jean Tzimiscès ajoute, en 973, tout un peuple de Pauliciens, pris en Anatolie, à Mélitène, Théodosiopolis, etc., et déportés en masse. En 981, c'est encore une multitude d'Arméniens que le gouvernement impérial amène en Macédoine pour les opposer aux Bulgares.

En 1016, Basile II, ayant enfin conquis le Kastron de Mogléna, transporte toute la population aux frontières de la* Perse en la remplaçant par des Arméniens et des Géorgiens...

A la fin du xviii« siècle, une toute autre circonstance, Texpédition de Charles XII, amène toute une bande de Suédois en Bessarabie et en Bulgarie, où quelquesuns, paraît-il, firent souche et sont restés.

Enfin, de nos jours encore, en 1860, on voit les Tartares de Crimée, transportés dans la Dobroudja, d'où ils font fuir les Bulgares terrorisés, qui, à leur tour, vont peupler des villages en Serbie. En 1864, ce sont les Tcherkesses du Caucase.

Ces quelques exemples, qu'il serait aisé de multiplier^ montrent notamment qu'on doit s'attendre à trouver en Bulgarie beaucoup d'Arméniens ou de Géorgiens, dont le type plus fin, plus élégant, l'humeur plus souple, la tendance plus sémitique, peuvent parfois se reconnaître chez leurs descendants.

Faut-il rattacher à une quelconque des anciennes races cette curieuse population des Schopes, qui occupe les environs immédiats de Sophia, avec des mœurs, un costume si spécial et que les Bulgares considèrent comme étrangère, en même temps qu'ils la dépeignent enfoncée dans sa routine, arriérée, sans instruction et étrangère à tout progrès? On a parlé, à ce propos, des

1. Je citerai, dans le même ordre d'idée, le cas de Thasos, dont presque toute la population fut transportée par Mahomet H à Gonstantinople.

Pétchénègues qui massacrèrent le tzarrusse Sviatoslav et l'on s*est fondé sur des analogies de vêtements, de broderies, etc. Quoi qu'il en soit, ces Schopes constituent une des curiosités. de Sophia et prêtent à la ville le pittoresque de leurs costumes^ : les hommes vêtus de blanc, avec leur veste en peau de mouton, souvent brodée comme en Hongrie ; les femmes avec leur grande dalmatique très raide de laine bleue soutachée de blanc sur la chemise blanche brodée de rouge et le fichu blanc tombant sur les tresses. 11 faut les voir allant au marché, le bâton en équilibre sur l'épaule, avec deux couples de dindons ou deux seaux de lait à chaque bout.

Si la question est simplement posée pour les Schopes, on a quelque tendance à la résoudre aflirmativeniient pour les Pomari ou Pomaker du Rubdjuz au sud de Philippopoli, que j'ai déjà eu l'occasion de citer* comme parlant une langue spéciale et gardant de très curieux chants populaires, où Ton croit retrouver, avec des souvenirs de la Thrace antique, des restes de la légende d'Orphée.

C'est généralement sous le nom de Pomatses que l'on désigne les anciens Bulgares convertis à l'islamisme et dont quelques-uns, dans le Rhodope, sont, paraît-il, plus fanatiques que bien des musulmans, bien qu'ils aient gardé toute la langue bulgare à l'exception des nombres devenus turcs. Ces hommes vivent de la vente des bois et du goudron de bois. Les femmes, poussant à l'extrême la crainte des regards masculins propre aux musulmanes, non seulement se voilent devant un homme, mais se jettent aplat ventre contre terre quand elles en aperçoivent un sur le chemin.

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